‹ Sur une période des épidémies d'oreillons dans les pensionnats de jeunes garçons et ses rapports avec la période d'incubationChapitre 12 sur 15 · OBSERVATIONS PERSONNELLES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PERSONNELLES

Les observations individuelles qui m’ont d’abord suggéré l’idée de ce travail et qui m’ont ensuite servi à discuter les relevés entrepris afin d’en élargir la base ne seraient pas complètes si je ne les faisais précéder de renseignements généraux sur la situation et la distribution de l’établissement où se sont déclarés les cas que j’ai observés.

Je commencerai donc par une rapide description de cette maison d’éducation que je désigne par A.

L’édifice, neuf et bien construit, est éloigné de tout autre agglomération d’enfants. Il est situé dans un quartier élevé et très sain; sa façade principale, dont le développement est de trois cents mètres, donne sur une voie spacieuse bordant un vaste jardin ; ses deux faces latérales prennent jour l’un au couchant sur une large rue, l’autre au levant sur un terrain que longe une superbe avenue plantée d’arbres, et sur lequel s’élève, à distance, une petite construction neuve, peu élevée et non encore habitée.

En arrière les bâtiments, assez peu élevés pour lais-

ser le soleil baigner les cours dans toute leur étendue, regardent un établissement d’enseignement supérieur où les jeunes gens viennent séulement suivre les cours et ne séjournent pas. D’ailleurs un couloir large de cinq mètres et copieusement aéré règne entre les deux édifices.

L’établissement A est divisé en deux parties, le quartier des grands qui comprend des élèves de 12 à 15 ans environ, et celui des petits où se trouvent des élèves de moins de douze ans.

Mais la séparation des deux quartiers est loin d’être absolue. Quelques élèves couchent au premier quartier et prennent leurs récréations au second; les élèves du premier quartier doivent traverser la cour du second pour accéder à leur réfectoire et les élèves du second quartier gagnent le leur en passant par celui du premier. En outre l’infirmerie, éloignée il est vrai des deux quartiers, leur est commune.

L’établissement comporte : 1° des internes qui ne sortent que le dimanche; 2" des demi-pensionnaires qui y passent la plus grande partie de la journée (de 8 heures du matin à 7 heures du soir); des externes qui ne sont présents que pendant les classes.

Les demi-pensionnaires sont partout en contact avec les internes; les externes eux-mêmes se trouvent mêlés avec les internes pendant les classes et de courtes récréations.

Les internes du premier quartier au nombre d’une soixantaine sont répartis entre les deux, dortoirs numé-

rotés 1 et 2 et trois études, numérotées 1, 2 et 3. Ceux du second quartier au nombre d’une quarantaine sont répartis entre deux dortoirs numérotés 3 et 4 et deux études numérotées 6 et 8.

Il résulte delà : lo qu’il n’est guère possible d’admettre l’introduction de la maladie autrement que par les élèves ou les fonctionnaires de l’établissement à l’exclusion de la propagation par voisinage.

2 » Qu’elle peut être apportée par les externes et les demi-pensionnaires tous les jours, et par les. internes les jours de sortie. Le D' Lancereaux, a déjà signalé dans ses rapports la fréquence des épidémies introduites par les internes revenant de leurs sorties.

Aussitôt qu’une affection contagieuse ou épidémique est signalée chez un élève, celui-ci est, soit reconduit dans sa famille s’il est externe ou demi-pensionnaire, soit isolé à l’infirmerie s’il est interne. Les locaux où il a séjourné sont désinfectés par une abondante pulvérisation d’acide pliénique ou par une fumigation d’acide sulfureux, puis largement aérés.

Les internes malades sortent de l’infirmerie, quand les parents viennent les chercher, par une porte spéciale, sans passer dans les autres parties de l’établissement.

Quand un malade quitte l’infirmerie, ses effets sont . passés à l’étuve et sa chambre désinfectée par une pulvérisation abondante d’acide phénique.ou par une. fumigation d’acide sulfureux prolongée pendant 24 ou

36 heures.

Je donne ces indications «une fois pour toutes afin de n’avoir pas à y revenir avec détail dans chacune des observations qui suivent.

J’ajouterai que tous les diagnostics ont été faits ou confirmés par mon excellent maître le D‘' Lancereaux. Ils ne peuvent donc être suspects; aussi ne retiem drai-je de mes observations que les faits pouvant offrir quelque intérêt uu point de vue où je me place.

Premier groupe d’observations.

Observation I

Le 22 février au matin le jeune Fm..., enfant de 12 ans, 2 ® dortoir, 3® étude,'sorli dans sa famille le 8 et le 15 février, se présente Ù l’infirmerie. II a eu du frisson la veille au soir, a mal dormi et n’a pas d’appétit. La déglutition et la mastication.sont un peu pénibles.

Il se plainfrde-^ouleurs sourdes dans la région pa rotidienne gauche qui est notablement tuméfiée sans rougeur ni tension excessive de la peau. Toute la région des glandes salivaires gauches est douloureuse à la pression; la tuméfaction bien que plus accusée sur la parotide s’étend aux autres glandes et aux parties avoisinantes.

Du côté droit, la tuméfaction est à peine sensible. Cependant, la pression exercée au niveau des glandes salivaires tant la sous-maxillaire que la parotidienne est un peu douloureuse.

La température axillaire prise à 8 heures du matin est 38“,4.

L’enfant est aussitôt isolé et les locaux désinfectés.

Le 23 . — La tuméfaction ainsi que la gêne de la mastication et de la déglutition se sont accentués des deux côtés. La température n’est plus que 87®,7. A midi l’enfant quitte le Lycée pour se rendre dans sa famille.

Le local qu’il a ojcupé à l’infirmerie est soigneusement désinfecté par l’acide sulfureux, puis largement ouvert au soleil.

L’enfant est rentré guéri le 18 mars.

Deuxième groupe.

OllSERVATIONS II, III, IV

If. — Le 12 mars au matin le jeune A..., âgé de i 4 ans (2' dortoir, 3 ® étude) se présente à la visite avec une tuméfaction manifeste de la joue du côté gauche l les deux côtés sont douloureux à la pression; gêne de la mastication et de la déglutition; diminution de 1 appétit. Il n’a pas eu de frisson, mais a mal dormi. Température axillaire 37«,6. Le malaise, au dj^ d^l’élève, remonte à deux jours environ.

III. — En même temps le jeune B..., i 4 ans, 2® dortoir, 3“ étude, offre exactement les mêmes symptômes, mêmes commémoratifs; température axillaire 87“,5. Ces deux élèves sont immédiatement isolés.

IV. — Le soir du même jour le jeune V. Br..., 12 ans, 2® dortoir, 3 ® étude, se présente encore avec les mêmes signes, mais inDins accusés ; la température n’est que 87°, 3 . Cependant le diagnostic d’oreillons est porté par moi et confirmé le lendemain par le D” Lancereaux. . Br..., est isolé à son tour.

Les trois cas se développent parallèlement, la tuméfaction augmente pendant trois jours après s’être éten- Puirrier ^

dUè l’àpidemeilt à toute la face et une grande partie du éoti. Elle est énarine chez les deux premiers A. et B; gui présentent âü suprême degré le masqüe groteS(|üe si GarâGtéristiqüë ; elle est notablement moindre Ghëz la troisièmèj mais suit exactement et jour par jour lês mêmes phuses.

Les températures oscillent entre 37°,2 et 37°,8. Au bout de trois jours l’âppétit ést redevenu excellent et, malgré une certaine gêne de la déglutition et surtout de la mastication, les malades mangent avec plaisir.

Le 17 mars chez V. Br., le 18 mars chez A et Be la tuméfaction et les phénomènes douloureux commencent à diminuer, nond’üne fàçonrégulière et progressive, mais avec des retours tantôt à droite tantôt à gauche. Du reste, la douleur ne paraît pas être en proportion dti gonflement des tissus.

Chez V. Br. toute trace de la maladie a disparu lé 19; c’est seulement le 23, c’est-à.dire au bout de ii jours qUè A. et B. ont repris toUt-à-fâit leur physionomie normale. ToUs trois restent encore isolés jusqu’au 27 mar« et ne'sont renvoyés parmi leurs camarades qu’après avoir pris trois baihS. ToUs leurs effets sont passés à l’étuve et les pièces qu’ils ont occupées sont désinfectées par l’âcide sulfureux, puis largement ou veftéS au Sbleil péhdâM plüsiéurs joürS.

frbïsièWie groupe.

dâSERVATION V

Le 28 mars au matinj le jeune Dé B., 15 ans, i'’'’dortôih; i” Étudé, fréqüeritàrit èh cour les élèves qui font l’dbjël dès obséfvàtiè&s II, III, IV particulièrement

V. B. Sorti dans sa famille le 3 mars et le 22 mars, se présente à l’infirmerie avec la joue gauche tuméfiée se plaignant d’une gêne très grande de la mastication et de la déglutition; les parties tuméfiées sont douloureuses à la pression, a eu un frissotn la veille au soir, température axillaire On l’isole et on désinfecte

les locaux où il a séjourné.

Deux jours plus tard, les élèves s’en allaient en vacances de Pâques; il en restait seulement une dizaine qu’on fit coucher dans un local non occupé antérieurement. On désinfecte tous les locaux où avaient séjourné les élèves précédemment atteints.

Le jour même de l’entrée du malade la tuméfaction envahit le côté droit. Elle augmente pendant cinq jours; latempératureesttonihéeà 30° 8, dès le quatrième jour ; le masque grotesque subsiste avec des alternatives de diminution et d’aqgnjentation tant à droite qii’4 gauçfie.

Il commence ù dîùiinùer franchement le 4 &7ril et est à peine disparu quand, le 9 avril, le malade est enipiené par sa famille.

La maladie a dope duré au moins douze jours, .

(Jiiatrième groupe.

Observation VI

Le i3 avril, le soir même de la rentrée des vacances de Pâques, le jeune Ma., 6 ans, se présente à l’infirmerie les. deux joues tuméfiées ; il a la fièvre (temp. axillaire 39”, 8), de la courbature, des névralgies, une toux coqueluchoïde ; à l’auscultation on trouve dans toute l’étendue des poumons des râles bronchiques.

Les commémoratifs sont chargés. L’enfant a eu une.

atteinte sérieuse de grippe le 21 février; il a été en. suite soigné pour une rougeole assez sévère du i4mars au 2 avril, dans une chambre peu éloignée de celle qu’occupait De B. (Obs. V); le 2 avril il était sorti dans sa famille convalescent, mais non complètement rétabli. Il a toussé toutes les vacances. La veille de la rentrée, au dire de la mère, il aurait eu un frisson.

L’évolution des oreillons s’est achevée en huit ou neuf jours au milieu de symptômes se rattachant à la grippe, à la coqueluche et à la bronchite consécutive à ta rougeole. Le maximum de la tuméfaction a été atteint vers le 17 avril.

ÜBSEKVAïION MI

Le i4 avril au matin le jeune Dem., ii ans, 4® dortoir, 8® étude, venant souvent à l’infirmerie, a eu les oreillons en 1898, se présente avec une atteinte d’oreillons doubles. La tuméfaction est peu marquée sur les parotides, elle l’est un peu plus sur les glandes sous-maxillaires ; gêne légère de la mastication, température 87°, 5. Excellent appétit. La tuméfaction augmente jusqu’au 16 ; le .'7 la famille emmène l’enfant. Le 22 tout signe a disparu.

Observation VIII

Le i4 avril encore, le jeune C..., ii ans, 3° dortoir, 6® étude, vient assez souvent à l’infirmene.

La tuméfaction est bilatérale, peu prononcée ; elle porte sur toutes les glandes salivaires et les tissus en-

vironnauts, gêne légère de la mastication et de la déglutition, température axillaire

Isolement. Désinfection des locaux.

Au bout de cinq jours, la tuméfaction et tous les autres signes ont disparu.

La tuméfaction atteint son maximum le i6.

Observation IX

Encore le 14 avril, le jeune Q..., i4 ans, dortoir, i‘e étude, habitué de l’infirmerie, a eu la grippe le 17 janvier, la rougeole le 12 février; se présente en outre à l’infirmerie très souvent sous toutes sortes de prétextes.

Tuméfaction surtout sous-maxillaire et bilatérale, température 37'>,4.

Dès la veille, il avait ressenti une gêne de la mastication et de la déglution.

La tuméfaction atteint son maximum, le 18 et elle a disparu le 2.3 avril, sans avoir atteint de grandes proportions.,

Observation X

Toujours le i4 avril, s’est présenté le jeune I..., i3 ans, 2® dortoir, 3^ étude, encore un habitué de l’infirmerie, ayant eu la grippe le 8 février.

Mêmes symptômes, même marche que chez le précédent. La (empéralure axillaire ne dépasse pas 37»,3.

Observation XI

Le 17 avril, Fe jeune E..., de race noire, i4 ans, 2« dortoir, i^e étude, voisin d’étude de B... (Obs. V), vient à l’infirmerie, qu’il redoute, se plaignant de céphalalgie, de courbature, de douleur, derrière l’oreille et dans les régions parotidiennes qui sont un peu tuméfiées. La pression est douloureuse sur tous les trajets nerveux et surtout au niveau des racines postérieures. Amygdales un peu rouges et tuméfiées. Langue épaisse, saburrale, inappétence, température axillaire 38°,5.

Diagnostic : atteinte légère d’oreillons, avec fièvre grippale. Isolement, désinfection.

Les oreillons qui commencent à décroître le i9, ne laissent plus de trace le 28 avril, mais les névralgies persistent. Retour de la fièvre, 37°,9, et exacerbation des douleurs, principalement aux creux poplités, le I**' mai.

Observation XII

Le 20 avril, le jeune M..., 12 ans, 3^ dortoir, 6e étude, habitué de l’infirmerie, se présente parce qu’on lui a dit qu’il avait sans doute les oreillons. La tuméfaction existe en effet des deux côtés, mais légère, ainsi que la douleur à la pression des parties tuméfiées ; gêne très légère de la mastication, Temp. 370,3. Isolement, désinfection. La tuméfaction diminue dès je premier jour.

Le 22 tout symptôme a disparu.

Observation XIII

Le mêmé jour que le précédent, od iti’ënvoié le jeüiie Bou..,i2 ans, égaleinéiit dû 3® dortôit et de la B® étiide, ayant eu la^grippe lè 16 mars.

Il se présenté dans le.é mêmes conditions qüé le jiBécèdént; iiiêmé évolution de la mâladiè.

Cinquième groupe.

Observation XIV

Le 6 mai au soir, le jeune D... (2' dortoir, 3® étude), voisin de dortoir de E... (Obs. XI), arrive à l'infirmerie, (a déjà eu les oreillons, dans l’établissement en 1898).

Tuméfaction très légère à gauche seulement de la région sous-maxillaire, gêne de la mastication. Température axillaire 37',i . Isolement, désinfection.!)..., avait déjà remarqué le 5 mai en heurtant faiblement du cou le fer de son lit, qu’il était plus sensible que d’habitude et avait dit à son camarade E..., qu’il croyait avoir les oreillons; mais ne se sentant pas malade autrement, il ne dit rien à son maître. Le 5 il remarque qu’il a de la peine à mâcher et que la pression du doigt sous la mâchoire gauche est douloureuse. Le 6, la tuméfaction étant visible, on l’avait envoyé à l’infirmerie.

Le 8 mai, il n’en restait plus de trace.

Observation XV

Le 7 mai au matin se présente le jeune B..., 11 ans 1/2, 2® dortoir, 3® étude, voisin d’étude de I... (Obs. X), voisin de dortoir de E... (Obs. XI), est sorti le dimanche 19 avril et 3 mai, mais non le dimanche 26 avril.

Légère tuméfaction dans la région de la glande pa-^ rotide et surtout de la sous-maxillaire gauche; gêne légère de la déglutition. L’enfant ne s’était aperçu de rien jusqu’à ce jour, temp. 37°,2.

La tuméfaction et les sensations pénibles n’augmentent pas, elles commencent à diminuer dès le 8, et sont évanou'es quand l’enfant quitte l’établissement le 10 mai au soir.

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