MON MAITRE PRÉFÉRÉ
Cher et vénéré maître,
Quand j’écoutais à l’Hôtel-Dieu vos leçons si vivantes et si pénétrées de l’amour sincère de la Science, et depuis, dans les entretiens dont vous n’avez pas dédaigné d’honorer un de vos plus humbles élèves, je vous ai souvent entendu répéter cette parole, cet axiome devrais-je dire, qu’il faudrait avoir toujours présent à l’esprit quand on a l’ambition d’apporter son obole au trésor des connaissances humaines :
« Là où il n’y a pas loi générale, il n’y pas scien- « ce ».
Et vous ajoutiez :
« La Médecine ne fait pas exception à cette règle, non plus que la Chimie ou la Physique. Si je disais à un physicien que certains corps ne tombent pas dans le vide avec la même vitesse que d’autres, le physicien me répondrait sans hésiter: « Vous avez mal mesuré là vitesse, ou vous avez mal fait le vide ». Si
je disais à un chimiste que l’oxygène et l’hydrogène purs ne se combinent pas toujours avec détonation ou ne forment pas d’eau quand j’approche un corps incondescent d’un mélange de deux volumes d’hydrogène pour un volume d’oxygène, il répliquerait à l’instant « vous avez fait quelque erreur sur la nature ou les proportions des gaz mélangés, quelque méprise sur l’incandescence du corps approché ».
Eb bien moi, médecin, si vous venez me dire qu’une maladie déterminée dans des conditions déternainées de milieu ne se comporte pas conformément à la loi de cette maladie, je réponds avec assurance : « Ou, la loi « invoquée n’en est pas une, et la science est encore « à faire sur ce point ; ou vous vous être trompé dans votre diagnostic ».
De même si vous me dites qu’un remède guérit telle maladie quelquefois, sans pouvoir dire ce qui fait que d’autres fois il ne guérit pas, je vous répondrai : « Je ne sais pas si vous avez vraiment un remède ».
Il est bien vrai que l’objet de la médecine est plus complexe que celui de la physique ou de la chimie, et qu’il est bien plus difficile d’y faire l’analyse complète de toutes les conditions d’une observation ou d’une expérience, et qu’en raison de cela il est bien plus difficile d’en dégager les lois*; mais cette difficulté même à laquelle tient le retard évident de la médecine sur les deux sciences dont nous venons de parler est un aiguillon de plus pour le chercheur.
.l’ai le regret, en ce moment où la microbie a déjà
fait et nous permet tant de merveilles, de ne pas présenter un microbe nouveau, ce qu’on attend peut être au vu du titre de ce travail.
Je n’apporte même aucune contribution à cette étude du microbe spécifique qu’ont ébaucbéê MM. Oap^tan et Charrin (Société de Biologie, i88i), M. Karth (Thèse de Paris, i 883 ), mon regretté maître le professeur Aug. Olivier, Ac. de médecine, 23 juin 1885 et Revue des maladies de l’enfance, juillet 1885, M. Boinet [Lyon médical, 1885), Bordas (Société de Biologie, 1889), Laveran et Catrin (Société de Biologie, 1898).
Je n’apporte qu’une loi de durée fondée sur les observations les plus macroscopiques ; mais je pense que cette loi est vraie, sans autres exceptions réelles, c’est-à-dire sans autres exceptions que celtes, seulement apparentes, dont trouve une explication plausible et claire fondée sur l’examen même des circonstances.
C’est pourquoi, cher et vénéré maître, je vous ai demandé de me faire l’honneur d’accepter la dédicace de mon travail.
Je vous suis profondément reconnaissant de m’avoir accordé cette précieuse marque d’intérêt. Je ne saurais trop vous remercier aussi d’avoir, avec votre sens critique, pénétrant et sûr, guidé mon choix hési tant entre ce sujet et d’autres qui ne vous ont pas paru comporter la même netteté de démonstration.
Je travaillerai à éclairer ces petits coins de la science où j’ai cru apercevoir à la faible lueur de mes obsM*
vafions des lois méconnues, plutôt qu’inconnues, tant il est vrai qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. C’est seulement lorsque vous m’aurez dit « Je vois » que je jugerai mes recherches mûres pour la publication. C’est le seul hommage digne de vous que puisse vous offrir votre disciple de la dernière heure.