CHOIX DU SUJET ET PLAN
Appelé à veiller, sous la direction et le contrôle, en prenner lieu d’un médecin instruit, consciencieux et expérimenté, le Loranchet, en dernier lieu d’un éminent maître le Df Lancereaux, appelé dis-je à ved- 1er successivement de la santé de deux agglomérations d’enfants, j’ai été amené à faire des observations et des remarques que la plupart des étudiants ne sont pas à même de faire aussi aisément ; notamment, sur les accidents nerveux de la grippe, sur la rougeole, la scarlatine, les oreillons et leur récidive, sur l’herpétisme, tant au point de vue de l’origine que du traitement hydrothérapique institué par le D' Lancereaux, enfin sur l’incubation des oreillons dont j ai eu la bonne fortune d’observer cette année même une épidémie ressemblant de très près au type qui sc dégagera de la présente these.
Il y a peu de chose à dire sur l’herpétisme après le Lancereaux et les faits que j’apporterais n’ajouteraient qu’une pâle confirmation à ce qu’il a si bien établi. Parmi les autres remarques que je lui ai
soumises, celles qui concernent les épidémies d’oreillons lui ont paru les plus nettes et sur son conseil je me suis attaché à les compléter. Mes recherches ont été singulièrement abrégées et facilitées par l’obligeant concours que m’ont prêté quelques collègues : les D« Bonfils, Pénassc, Lcparquois, MM. Schirmer, Pigeaud et Pruvost, auxquels j’adresse ici mes plus sincères remerciements. Ces recherches m’ont d’ailleurs donné la grande satisfaction de confirmer sans cesse mes premières vues.
Quoique d’une importance secondaire, en raison de la bénignité ordinaire de la maladie, les oreillons présentent pourtant un véritable intérêt, tant au point de vue de la science pure qu’à celui de la prophylaxie.
Or, cette maladie est encore mal connue, classiquement du moins, le professeur Tillaux écrivait encore en 1884 dans son excellent 7 >’aiïe d’anatomie topographique, 4“ édition, p. 275, au sujet de cette singulière affection. « Cette maladie, locale pour les uns, n’est our la plupart des médecins que la manifestation d’un état général; elle se présente ordinairement sous forme épidémique, est accompagnée, précédée ou suivie de l’engorgement de diverses autres glandes, le testicule, l’ovaire, etc. C’est une sorte fluxion d’origiiie rhumatismale de peu de gravité, qui ne suppure à peu près jamais; elle porte sur le tissu fibreux de la glande, et me semble comparable aux fluxions articulaires résultant de la-même cause. » Il n’y est pas question d’une infection. La contagiosité de la mala-
die est pourtant admise depuis longtemps, et le professeur Dieulafoy, bien qu’aucun microbe spécifique ne soit encore indiscutablement trouvé, range les oreillons dans le cadre des maladies infectieuses (d/an«e/ de Pathologie inter ne,^'‘èàiûon, 1894, (p. 3o5 etsuiv.)Mais quant à l'incubation, il dit que sa « durée, mal connue, oscille de 8 à 12 jours ». Il dit encore: « l’épidémie ne frappe pas d’emblée un grand nombre de personnes, elle s’étend progressivement etune première atteinte confère l’immunité. » Or, ce n’est pas progressivement qu’elle s’étend, tout d’abord au moins, c’est pas à coups, par poussées très distinctes, ainsique nous le démontrons.
Le fait a d’ailleurs été signalé déjà. Le D’ Comby dans son petit traité intitulé « Les oreillons » (Bibliothèque Gharcot-Debove, 1898) dit en effet : « Les coups portés par la contagion dans les pensions, les régiments, ne soift pas d’emblée nombreux et multipliés ; ils sont successifs et séparés par des intervalles assez longs qui tiennent à la durée assez longue de l’incubation. »
Mais le D' Comby dit autre part p. 51 «L’incubation la plus courte n’est pas inférieure à huit jours, la plus longue peut atteindre quatre semaines, » et il s’appuie sur un relevé de 21 cas de Lombard et Rilliet se répartissant ainsi.
Incubation de 8 jours. . . . 1 cas
■19 à 20'ours. . . . tt cas
2üàS2jours. . • • 13 cas
33 à 26 jours. ... 1 cas
Poirrior
P’Espine et Picot donnent comme limite extrême 4 et 26 jours.
Il me paraît, comme à M. Mercklen, bien difficile d’admettre des écarts aussi considérables dans un phénomène biologique défini, et je pense que ces deux cas exceptionnels de Lombard et Rilliet résultent d’une erreur dans la détermination du point initial.
Çadet de Gassicourt a parlé d’une petite épidémie importée dans ses salles par un enfant venu du dehors et où le premier eas intérieur éclata 20 jours après l’apparition des premiers symptômes chez l’enfant importateur.
Roth, cité par M. Comby, a vu dans le service de M. Bamberger trois cas où l’incubation avait été de î8 jours.
Pcarse, également cité par M. Comby, fixe à 18 jours la durée de la période d’incubation.
M. Mercklen cite trois cas où l’incubation a été de 15 à 17 jours, trois autres où elle aurait été de 20, 25 et 26 jours.
M. Antony dit que dans la majorité des cas la période d’incubation est de 18 à 22 "jours ; pour M. Hénoch cettè période oscille de i4 à 22 jours. Ces appréciations me semblent très proches de la vérité. Je le démontrerai par mon travail qui porte sur près de 3oo cas répartis en 3i épidémies que j’ai décomposées en 87 périodes.
II y a peut-être lieu toutefois d’introduire une nouvelle considération, celle de l’àge des sujets. Mes nom-
bres sont en général inférieurs à ceux que donnent les épidémies de casernes.
Deux cas de M. Rendu {Bull, et mên. de la santé médicale des hôpitaux, 1893), sont à ce point de vue très suggestifs, la contagion s’étant produite à des instants qu’on a pu définir avec précision:
1“ Une dame, mère de famille, fait une incubation de 20-21 jours;
2» Un enfant de six ans fait une incubation de i 3 -i 4 jours.
Il semble donc que l’incubaton serait de deux septénaires chez les enfants, de trois septénaires chez les adultes et qu’elle aurait une valeur intermédiaire chez les adolescents. Cette influence de l’âge ne paraît pas avoir été signalée jusqu’ici.
Malheureusement mes documents ne sont pas assez complets sous le rapport de l’âge des sujets pour que j’ai pu arriver à une conclusion ferme sur cette question.
L’excellent article « Oreillons » du D'’ Laveran dans le Dictionnaire des sciences médicales qui date de 1882 et le livre du D'’ Comby qui date de 1898 contiennent toutes les indications bibliographiques intéressantes jusqu’à ces dernières années, je me dispenserai donc de reproduire’ou de recommencer une bibliographie de la question.
. Il me suffira d’ajouter qu’en 1892 E. Jessop a publié un mémoire sur la période d’incubation des oreillons {The incubation period of mumps. British med. journ.) ;
qu’en 1898, M. Rendu a donné un travail sur la période de contagiosité des oreillons. Bull, et mém. Soc. mèd. des hôp. de Paris ;
que M. Antony et P. Mercklen, aussi en 1898, ont donné des mémoires sur l’incubation prolongée et la contagiosité des oreillons (Bull, et mém. de la Soc. méd. des hôpitaux.
Les matériaux dont je me suis servi sont de deux ' sortes :
I* des relevés de registre d’infirmerie faits dans des établissements de jeunes élèves pensionnaires.
2“ Des observations personnelles faites dans l’nn de ces établissements. Bien que ces dernières m’aient fourni la première idée de mon travail, je commencerai par exposer les relevés et par les traduire en tableaux graphiques parce qu’ils frappent plus à première vue. Mes observations, qui me serviront surtout à la discussion des détails, seront exposées en second lieu.
Je tirerai en suite mes conclusions des uns et des
autres.
RELEVÉS D’EPIDEMIES
Sept établissements les Lycées Louis-le-Grand, St- Louis, Henri-lV, Montaigne, Janson de Sailly, Michelet, Hoche, m’ont fourni des documents. Deux d’entre eux, bien que leur situation ne soit pas en apparence des plus favorables au point de vue de l’hygiène, ne m’ont pas offert une seule épidémie pour une période de plus de dix ans, mais seulement des cas isolés et en petit nombre. 11 est vrai qu’ils comptent surtout des élèves de plus de quinze ans. Dans l’un et dans l’autre les orchites ourliennes sont relativement fréquentes, i pour 4 ou 5 cas. Je m’y arrêterai pas davantage.
. Les cinq autres, que je désignerai seulement par les lettres A. B. G. D. E., m’ont présenté des épidémies plus ou moins fréquentes, plus ou moins denses.
J’exposerailes résultats de mon enquête pour chacun d’eux en particulier en indiquant la nature des documents que j’ai utilisés.
Dans les tableaux, chaque point des lignes horizontales représente un jour; des lignes verticales de points
sont tracées de 5 en 5 jours pour faciliter la lecture; les jours sont numérotés en prenant pour origine le premier cas constaté de chaque épidémie. De. cette manière j’ai évité de surcharger les tableaux de dates dont l’importance est secondaire.
Chaque épidémie est affectée d’un numéro d’ordre qui permet de se reporter au texte pour les renseignements non consignés au tableau.
Pour les étabhssements où les élèves ne sont pas répartis dans des quartiers nettement séparés et pour les épidémies au sujet desquelles il ne m’a pas été possible d’avoir des renseignements précis sur la distribution des cas dans les différents quartiers, tous les cas sont représentés par un gros point noir. 3 ’ai au contraire figuré par des signes de différentes sortes les cas qui se sont produits dans des parties distinctes d’un même étaolissemeut toutes les fois que cette distinction a été possible et m’a paru intéressante. Les cas notés comme douteux sont indiqués par le signe ?
Le point ou signe représentatif d’un cas est placé au jour de la constatation et la durée de l’épidémie est comptée du jour de la constatation du premier cas à celui de la constatation du dernier.
On a figuré par un trait plein la durée des vacances qui se sont présentées, pendant avant ou après les épidémies.
Date
Nom
Observations
23 janvier 1890-91
18 mars
Goc.
Pi.
maître, orchite ourlienne, sort le 15 avril.
Lor.
douteux.
Plo.
double; orchite.
Phe. (2)
double; orchite ourl. le jll mai, sort le 16 mai.
Del.
double
Aufc.
Phe. (1)
Fal.
Val.
Led.
Jour
Mus.
25 mai
Delap.
Tan.
Gui.
Duv.
Gai.
orchite le 4 juin
pf juin
Prass.
Mat.
noté d’abord douteux, puis léger.
Gré.
L’ho.
Kar.'
Lecl.
Ner.
Kal. (2)
Guil. (3)
5 juillet
Kal. (1)
Guil. (1)
Guil. (3)
Date
Nom
du collège
du quartier
de l’étude
en classe
Observations
15 fév.
25 mai
26 mai
12 juin
6 juillet
24 juillet
17 octobre
10 juillet
22 fév.
Bac.
Esc.
Dém.
Math.
Delf. P.
Lag.
Laf.
Dav.
Hong.
l)au.(2)
Cav.
Midi.
Em.
douteux.
12 mars
Aud.
Berg.