‹ Sur une route de cyprèsChapitre 19 sur 27 · SUR UNE ANCIENNE GRAVURE · texte numérisé non relu

SUR UNE ANCIENNE GRAVURE

La douleur a pétri cette face hautaine De son pouce acharné, sournois et patient Jusqu'à ce que la Mort touche en le meurtrissant Ce mousquetaire sombre aux yeux de capitaine.

Aucun nom ne se lit au-dessous du portrait Qui par delà les jours ici le perpétue. Tel qu'il a su porter sa tristesse inconnue. Il est mort tout entier sans livrer son secret.

Son héroïsme obscur vaut mieux que notre fièvre. Il fut homme. Il possède au pli dur de la lèvre Le silence qui scelle un malheur à jamais.

'Envions-le surtout de ne connaître plus

Cette honte du flux qui succède au reflux

Dans le cœur où persiste hélas! ce qu'on aimait.

SUR UN ECR1TOIRE DE KOR1N

(vente Hayaschi, n° 161)

IZcritoire de laque où l'or a pénétré Si longuement le bois qu'il alourdit et pare, Encastrant des sapins compacts au tronc nacré Dans un bloc précieux, de goût sobre et barbare.

Tu m'évoques le ciel rose et bleu du Japon, Ses jardins où les fleurs ont des aspects de fées, Les jouets de bonheur que semblent ses maisons, Et ses femmes qui nous paraissent des poupées.

Et je me vois moi-même, exilé pour toujours Loin d'un monde mauvais fait de lutte inutile, T'ouvrant très lentement vers la fin d'un beau jour, Sur mon balcon désert, devant un lac tranquille.

Le crépuscule roux t'enflammerait encor ;

Et la pierre où ma main broierait l'encre de Chine

Tigurerait vraiment au milieu de tant d'or

'La porte d'un vieux temple empli de nuit divine

Alors d'un pinceau fin, sur un papier d'étoffe, ]e dirais longuement, en de petites strophes :

« J'ai connu, loin d'ici, dans mon pays natal, Une femme à l'amour incertain comme l'onde ; Tout chargé de regrets, radeau morne et fatal, Mon cœur navigue sur sa chevelure blonde. »

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