OBSERVATION I
(Bulletin de Médecine et de Chirurgie de La Rochelle, x 891.)
Suture musculaire, par le D' Dubois (de Fontapour).
Le 3 octobre 1889, je suis appelé à Saint-Christophe chez M. D..., qui vient d’être victime d'un accident dans les circonstances suivantes: monté sur sa charrette, les jambes pendantes, il conduit lui-même le cheval, lorsqu’en arrivant à un carrefour le cheval prit peur, tourna brusquement, et la jambe droite de M. D...se trouva prise entre le mur et une patte de fer attenant à la voiture. Les voisins accoururent et transportèrent le malade chez son père qui habitait près de là. Je trouve M. D... sans connaissance, pâle, défiguré et perdant beaucoup de sang. J’applique immédiatement la bande d'Esmark, pratique des injections sous-cutanées d’éther et fais prendre quelques grogs au malade qui revient assez facilement à lui-même. J’examine alors la plaie
qui me paraît considérable : les muscles formant la saillie du
mollet: les deux jumeaux, le plantaire grêle et le soléaire sont complètement sectionnés. Je nettoie la plaie avec l'eau phéniquée au 1/50, j'enlève la bande d’Esmark, et le sang cesse de couler, les artères ayant été respectées. La situation me paraît extrêmement grave, j'appelle mon confrère et ami le D' Roux en consultation. Malgré le mauvais état des muscles qui ont été sectionnés par écrasement,mais vu les conditions hygiéniques excellentes dans lesquelles se trouve le malade qui n’est âgé que de quarante-deux ans qui est issu de parents robustes et qui lui-même est d’une nature sèche, nerveuse, sans rachitisme, sans scrofule, sans syphilis et qui n’est débilité par aucune maladie antérieure, nous décidons d’un commun accord de faire des sutures musculaires.
Nous mettons le membre dans le relâchement; et, pendant que mon confrère saisit les extrémités des muscles en les rapprochant le plus possible, je passe avec une aiguille conrbe 3 fils de catgut n° 2 à chaque extrémité. Nous faisons les sutures en laissant entre chaque muscle une solution de continuité d'environ 1 em. 1/2, en ayant soin d'appliquer deux tubes de drainage n° 1, l’un traversant complètement le mollet et l'autre placé parallèlement aux muscles. Nous recouvrons le tout de la peau que nous maintenons par des sutures entortillées. Le pansement de Lister est appliqué dans toute sa rigueur : gaze phéniquée protective, machintosch, ouate, bande, et le malade est transporté dans son lit. Le pouls està 1o0etla température à38 degrés centigrades. Nous ordonnons : bouillon, vin, lait, et 4 grammes d'extrait de quinquina. Le soir même, le malade ne peut plus suppor-
ter son pansement et me fait appeler. La température est à
385 et le pouls toujours à 100. Je renouvelle le pansement et pousse dans les tubes de drainage des injections phéniquées au 1/50 : le liquide sort teinté de sang. Le malade paraissant surexcité, je conseille 2 grammes hydrate de chloral et r gramme bromure de potassium dans une potion de 125 grammes à prendre par cuillerées à bouche. La nuit est assez calme. Le lendemain 4 octobre, jetrouve le malade dans le même état. Les 5,6, 3 et 8 octobre, je continue le même traitement et renouvelle le pansement de Lister et les injections matin et soir. Le 9 octobre, le liquide sort à peine teinté de sang, j'ajoute à ma solution un peu de coaltar saponiné, et deux jours après, c'est-à-dire le 11 octobre seulement la suppuration commence à se produire. La température descend à 38 degrés et le pouls se maintient à 100. Je fais prendre 4o centigrammes de quinine le matin et dans la soirée 1 gramme d'antipyrine, le malade se plaignant de violents maux de tête. Les 12, 13, 14 et 15 octobre, rien de particulier, même état que les jours précédents ; Le 16 octobre à ma visite du matin, la suppuration est sanieuse, roussâtre. Le malade a perdu l'appétit, les épingles situées au centre de la plaie baignent dans le pus, j'en enlève trois et maintiens les bords de la plaie en contact avec des bandeiettes de diachylon.La température ce jour-là est de 39 degrés centigrades et le pouls à 112.Je redouble de sévérité pour le pansement de Lister et ordonne 6o centigrammes de quinine matin et soir. {.e 17 et le 18, l’état du malade ne se modifie pas et m'inspire d'assez vives inquiétudes.
M'étant bien trouvé dans certains cas de chlorure ce calcium, je remplace l'eau phéniquée par une solution de chlorure de chaux à 2 c/o. Le 18, je commence des injectioi s
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chlorurées et continue le même traitement : 1 gramme de quinine tous les jours, 4 grammes de quinquina, peptone, jus de viande, etc. Je pratique ces injections les 19, 20, ar et 22 octobre. Le 22, toutes les épingles sont enlevées. Je suis surpris, le 23, de voir la suppuration modifiée. Le pus est louable et ia suppuration est abondante. Le pouls est à 98 et la température à 38 degrés. Même traitement les 24, 25, 26, 27 et 28 octobre. Le 20, je trouve le malade relativement bien; le pouls est à 80 et la température à 37°5. La suppuration est toujours abondante, la plaie de la peau paraît se cicatriser. Le pansement est fait deux fois par jour jusqu’au rer novembre et le traitement tonique rigoureusement continué. Du re' au 16 novembre, je vois le malade une fois par jour et tout semble marcher régulièrement. Le 17, j'enlève le drain qui se trouve placé parallèlement aux muscles, et huit jours après, c’est-à-dire le 25 novembre, le second drain qui traverse le mollet, et je continue le pansement de Lister que je renouvelle tous les trois jours jusqu’au 8 décembre, époque à laquelle je trouve le malade aussi bien que possible. J’applique un bandage roulé et permets à mon malade de se lever. Il marche dans la chambre avec deux béquilles, mais il lui est impossible de s'appuyer sur sa jambe. Le 18 décembre seulement, il commence à s'appuyer sur la pointe du pied. Je conseille quelques bains sulfureux.
Dans les premiers jours de janvier, il marche avec un seul
bâton et fin janvier il marche assez librement.