‹ suvres complètes de Henri Heine De tout un peuChapitre 11 sur 34 · BABE · texte numérisé non relu

BABE

Et tu ne voudrais pas prendre quelques , soucis pour avoir ta propriété, pour pouvoir dire : « Ce champ, cette maison sont à moi? »

FLYNS.

Bah ! je trouve bien plus commode* qu’un autre s’inquiète pour moi.

LE MAITRE D’ÉCOLE

Flyns, voilà la première fois que je te surprends à parler raisonnablement. Avec la liberté viendraient aussi les lumières, ce poison moderne... votre mort, »

Non-seulement l’auteur fait très-bien ressortir que la liberté de la presse a d’aussi grands ennemis dans les classes inférieures que dans les hautes

classes, et que personne, plus que les serfs eux-

memes, n’a horreur de l’abolition du servage ; nonseulement il se rencontre encore dans cette scène beaucoup d’autres traits d’une vérité non moins saisissante, mais nous y voyons clairement que

Struensée, avec ses grandes idées, était complètement isolé, et que, dans cette lutte d’un seul contre la masse, il devait infailliblement succomber. Cependant, le sentiment délicat de notre poète a compris que, dans une chute pareille, il fallait adoucir en quelque sorte la trop grande douleur de son

ST RDENSE E

héros. Aussi lui fait-il prévoir en esprit le temps où les bienfaiteurs du peuple seront d’accord avec le

peuple lui-même; S truensée entrevoit, en. mourant, l’aurore de cet heureux temps, et il prononce ces belles paroles :

« Le jour se lève! Je dépose humblement ma vie devant le trône éternel. La volonté cachée se découvre et brille du plus vif éclat; les faits pâlissent comme les chagrins d’ici-bas. Mais une récompense bien douce et bien belle m’apparaît; là où j’ai fait mon œuvre, je vois, mûrir de »

riches et nobles moissons. Je n’ai donc pas vécu en vain; je n’ai donc pas aveuglé le royaume par de fausses doctrines! Le. jour vient; de ce que j’ai voulu, les temps font une vérité; la tyrannie

reconnaît que la fin de son affreux règne approche. Je vois de sanglants échafauds s’élever les uns après

les autres, un peuple en fureur brise ses chaînes;

dans sa rage insensée, il frappe son roi, puis il se frappe lui-même de coups toujours nouveaux. La hache infatigable coupe les tètes comme le faucheur coupe les moissons*; tout à coup une main puissante arrête cette fureur et ce carnage. Le bour-

reau se repose; mais la\main puissante ne vient pas pour bénir; elle ne porte pas le rameau de la paix. Airqiée du glaivé, elle prodigue le sang des peuples jusqu’à ce que la lutte cesse par épuisement: une mer mugissante vient frapper de ses vagues un tombeau solitaire, et tout rentre dans le repos. Et alors luisent des jours plus sereins; peuples et rois font une éternelle alliance. Ce temps est nécessaire, il doit venir; il est aussi certain que la toute-puissante sagesse. Ce n’est que par les rois que 'les peuples sont puissants, ce n’est que par les peuples que les rois sont grands. »

Après avoir dit ce que nous pensons de l’idée fondamentale, du style et de l’action de la nouvelle tragédie de Beer, il nous reste encore à examiner de plus près les figures que nous y voyons agir.

Nous employons à dessein ce mot figures au

lieu de caractères , désignant par la première de ces expressions l’extérieur, et par l’autre l’ètre intérieur du personnage. — Que l’auteur nous par-

donne cette critique un peu rude, mais Struensée

n’est pas une figure. Ce que nous voyons en lui de noyé, de larmoyant, d’ultra-attendri, est peut-être

ce qui doit constituer son caractère ; nous voulons

meme l’admettre comme tel, mais cela lui enlève

toute physionomie extérieure. Il en est de môme du

comte de Rantzau, qui, plus noble de cœur que de

caste, s’évanouit comme Struensée à force de sen-

timentalité, ce vice héréditaire des héros de Beer. Ce n’est qu’en examinant le fond de son âme que nous

lui reconnaissons un caractère faiblement tracé, il est vrai, mais enfin un caractère. Sa haine contre la reine Juliane avec laquelle il se ligue pourtant contre Struensée, et plusieurs autres traits encore, lui donnent une physiônomie, une individualité, un caractère, en un mot. On peut en dire autant, dans une certaine mesure, du pasteur Struensée qu’un de nos amis regardait, à tort sans doute, comme une copie du Père dans le Paria de Delavigne. Ce personnage, s’il a une figure extérieure, le doit moifts au poète lui-même qu’à l’acteur qui le représente. La haute taille d’Esslair, dans ce rôle de pasteur réformé, nous a produit l’effet d’une de ces vieilles et colossales cathédrales gothiques 'qui v ont été disposées pour le culte protestant. Les jolies - images qui ornaient les murs sont en partie détruites, en partie recouvertes d’un badigeon frais

encore; les piliers sont nus et froids, et la parole

qui, elle aussi, tombe si nue et si froide de la chaire

nouvellement construite, est cependant la parole

de Dieu. Ainsi nous est apparu Esslair, notamment

dans la scène où le pasteur Struensée bénit son fils

d’un ton presque liturgique.

Le caractère de la reine Caroline-Mathilde est

tout naturellement celui d’une femme charmante,

et nous croyons fort que l’auteur, en le traçant, s’est

souvenu de l’infortunée Marie-Antoinette, car la

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