‹ suvres complètes de Henri Heine De tout un peuChapitre 14 sur 34 · Par Wolfgang'Menzel. 2 parties. Stuttgart · texte numérisé non relu

Par Wolfgang'Menzel. 2 parties. Stuttgart

vrage de M. Menzel, d’une part pour indiquer que

cet article n’est rien moins qu’un compte rendu,

d’autre part pour consoler l’auteur de ce qu’au lieu de parler à fond du contenu de son livre, nous ne ferons que l’envisager dans ses rapports avec d’autres livres du meme genre, et en relever les passages les plus apparents et le§ pensées les plus saillantes.

En cherchant tout d’abord à quels livres du même genre l’ouvrage que nous avons sous les yeux peut être comparé, il ne nous en vient presque pas d’autre à la mémoire que les. Leçons sur la littérature, par Frédéric Schlegel. Ce livre, lui aussi, n’a pas trouvé son juge compétent, et, quelle que soit la véhémence avec laquelle certains écrivains, poussés par de mesquins motifs protestants, se sont élevés dans ces derniers temps contre Frédéric Schlegel, il ne s’en est pourtant pas rencontré un seul qui fût en état de se poser en juge de ce grand critique. Nous devons avouer, il est vrai, que son frère Auguste-Wilhelm et quelques nouveaux critiques, tels que Willibald Alexis, Zimmermann, Varnhagen d’Ense et Immermann, lui sont passablement supérieurs comme pénétration et sagacité; mais

ceux-ci n’ont produit jusqu’ici que des monographies, tandis que Frédéric Schlegel embrassant, dans

un ensemble grandiose, toutes les branches de la

production littéraire, a, pour ainsi dire, donné à chaque œuvre une nouvelle vie en la ramenant à sa source première, de sorte que son livre ressemble à un chant d’esprits créateurs.

Les marottes religieuses qui apparaissent çà et là dans les écrits postérieurs de Schlegel, et en faveur desquelles il s’imaginait écrire exclusivement, ne sont cependant que quelque chose d’accidentel, notamment dans ses Leçons sur la littérature , l’idée de l’art est encore, et beaucoup plus qu’il ne le pense lui-même, le point central et dominant qui enveloppe tout le livre de ses rayons d’or.

L’idée de l’art n’est-elle pas en même temps le centre de toute cette période littéraire qui commence à l’apparition de Goethe, et qui vient de finir ? N’est-elle pas le vrai centre dans Gœthe luimême, le grand représentant de cette période ? Et, lorsque Frédéric Schlegel, dans sa critique de Gœthe, lui dénie toute espèce de centre, cette erreur a peut-être sa source dans un dépit pardonnable. Nous disons pardonnable, pour ne pas émit

ployer le mot humain . Les Schlegel, guidés par l’idée de l’art, regardaient l’objectivité comme la plus haute des conditions nécessaires h une œuvre d’art, et, la trouvant 'an suprême degré chez Goethe, ils l’élevèrent sur le pavois; la nouvelle éqolele reconnut pour son roi. Et, lorsqu’il le fut, il les remercia à la manière des rois, en repoussant les Schlegel d’une façon blessante et en foulant aux pieds leur école.

La Littérature allemande de Menzel est un digne pendant à l’œuvre susmentionnée de Frédéric Schlegel. Même grandeur de conception, de tendance, de vigueur et d’erreur. Ces deux ouvrages feront méditer les littérateurs futurs, car non-seulement on y trouve les plus beaux trésors d’intelligence, mais encore chacun’ d’eux caractérise

parfaitement l’époque où il a été écrit. C’est sur- ♦

tout cette -dernière circonstance qui en rend la comparaison intéressante. Dans l’œuvre de Schlegel, nous voyons tout à fait les tendances, les besoins, les intérêts, la direction générale de l’esprit allemand il y a quinze ou. vingt ans, et l’idée de l’art est le centre de tout. Mais, si les leçons de Schlegel forment en quelque sorte une épopée littéraire.

T œuvre de Menzel nous apparaît au contraire comme un drame mouvementé; les intérêts du temps y entrent en scène et débitent leurs monologues;, les passions, les désirs, les espérances, la terreur et la pitié y parlent tour à tour; les amis conseillent, les ennemis serrent de près, les partis sont en présence; l’auteur leur rend justice à tous; comme un vrai dramaturge, il-*ne traite aucun des partis en lutte avec trop de prédilection, et la seule chose qui manque dans son livre, c’est le chœur pour nous dire tranquillement le dernier mot du combat. Mais ce chœur, M. Menzel ne pouvait pas nous le donner par la raison toute simple qu’il n’a pas encore vu la fin de ce siècle.

Par la même raison, dans un livre d’une période antérieure, celui de Schlegel, nous apercevons le vrai centre beaucoup plus facilement que dans un livre tout récent. Tout ce que nous voyons, c’est que te point central du livre de M* Menzel n’est, plus l’idée de l’art. Menzel cherche plutôt à saisir dans les livres les conditions de la vie, il cherche à découvrir un organisme dans le monde des écrits, et plus d’une fois il nous a semblé qu’il traitait la littérature comme une végétation. Il en parcourt

avec nous le domaine à la façon d’un botaniste, il nomme les arbres par leur nom, fait des plaisanteries sur les plus grands chênes, flaire avec humour chaque carré de tulipes, donne un baiser à

toutes les roses, se penche gracieusement vers quel-

ques fleurettes des prés qu’il aime; et tout cela d’un air si fin, qu’on serait tenté de croire qu’il entend l’herbe pousser. -

Nous voyons d’autre part que M. Menzel vise à l’érudition, ce qui est également une tendance de notre époque moderne, une de ces tendances par lesquelles elle se distingue de la période antérieure de l’art. Nous avons fait de grandes conquêtes intellectuelles, et c’est la science qui doit nous en assurer la possession. Les gouvernements de quelques États allemands ont même reconnu cette importance de la science, notamment en Prusse ou les noms de Humboldt, Hegel, Bopp, A.-W. Schlegel, Schleiermacher, etc., brillent, sous ce rapport, du plus vif éclat. La même tendance, grâce surtout à l’influence de ce genre de savants allemands, s’est introduite en France; là aussi, l’on reconnaît que toute science a «une valeur par elle-même ; qu’elle ne doit pas être cultivée en vue de l’utilité du mo-

ment, mais trouver sa place dans le domaine de la pensée que nous transmettrons, comme le plus précieux des héritages, aux générations futures.

M. Menzel est une tête plutôt encyclopédique que synthétiquement savante. Sa volonté le poussant vers l’érudition, nous trouvons dans son livre un bizarre assemblage de ses dispositions naturelles et de sa tendance préconçue. Les sujets n’y procèdent pas d’un principe essentiel et unique; ils sont plutôt traités séparément d'après un ingénieux schématisme; toutefois, ils se complètent les uns par les autres, de telle sorte que le livre forme un tout parfait.

A ce titre l’œuvre gagne péut-être pour la masse du public qui en saisit plus facilement l’ensemble,

et qui trouve à/ chaque page quelque pensée spiri-

tuelle, profonde ou attrayante, ayant par elle-même

toute sa valeur, sans qu’il soit besoin de la ramener

à un dernier principe. L’esprit, qu’on a le droit ♦

d’attendre dans les productions intellectuelles de Menzel, n’y manque pas non plus, et il a d’autant plus de prix qu’il n’est pas cherché, mais qu’il sort du sujet lui-même; on ne peut nier cependant que M. Menzel ne s’en serve souvent pour combler les

lacunes de sa science. M. Menzel est sans conteste*

un des écrivains les plus spirituels de l’Allemagne ; il lui est impossible de mentir à sa nature ; lors même que, refoulant toutes ses saillies, toute sa verve, il cherche à enseigner d’un ton roide et pédantesque, il est encore surpris par l’esprit des idées, et ce genre d’esprit, cet amalgame intellect

tuel qui n’a jamais existé dans aucune tête, cet accouplement étrange de la plaisanterie et de la sagesse, est ce qui domine dans l’œuvre de Menzel. Nous insistons sur l’esprit de l’auteur, et nous en faisons d’autant plus l’éloge qu’il y a de parle monde beaucoup de natures arides qui voudraient bien proscrire l’esprit; on les entend chaque jour s’élever, comme Pantalon, contre cette plus basse des facultés de l’ame, et, eh bons citoyens, en bons pères de famille, ils demandent à la police de le prohiber. Que l’esprit soit tant qu’on voudra une des plus basses facultés de l’âme, nous croyons pourtant qu’il a du bon. Quant à nous, nous n’aimerions pas à en être privé. Depuis qu’il n’est plus d’usage de porter une épée au côté, il est absolument indispensable d’avoir de l’esprit dans la tête. Et, lors même qu’on aurait le caractère assez mal

fait pour s’en servir non-seulement comme d’un moyen de défense nécessaire, mais encore comme d’une arme offensive, ne vous indignez pas trop, 6 nobles Pantalons de la patrie allemande ! Cet esprit offensif que vousr nommez satire a son utilité dans ce temps de drôles et de méchants* Il n’est plus de rèligion capable de tenir en bride les convoitises des petits despotes de la terre ; ils vous outragent impunément, leurs chevaux foulent vos moissons; vos filles poussées par la faim vendent leur fleur à un sale parvenu; toutes les roses de ce monde sent la proie d’une impudente race de loups-cerviers et de laquais privilégiés, et contre les excès de la richesse, et de la violence, rien ne peut vous protéger, rien que la mort et la satire.

« L’universalité est le caractère de notre temps, » dit M. Menzel dans la deuxième partie de son ouvrage, page 63; of, cet ouvrage portant entièrement, comme nous l’avons fait observer plus haut, le cachet de notre temps, nous y trouverons aussi cette tendance à l’universalité. d’ouvrage semble embrasser, en effet, tout l’ensemble de la vie et de la science dans des chapitres intitulés : la Masse de la littérature , Nationalité , Influencé de l'éducation

classique , Influence des littératures étrangères , le Libre échange des littératures. Religion , Philosophie , //istoire,É(at , Natui'e , Artf Critique . On peut douter qu’un savant aussi jeune soit suffisamment initié à tant de disciplines différentes, pour nous donner un jugement approfondi sur leur état actuel. Aussi a-t-il appelé à son aide la divination et la construction. Il devine souvent avec un rare bonheur, et il construit "toujours avec esprit. Bien que parfois ses hypothèses soient arbitraires et erronées, il est incomparable dans sa manière de grouper les ressemblances et les contrastes. Il procède par combinaison et conciliation. '

Nous allons donner, comme échantillon de la

manière de M. Menzel, le passage suivant extrait du chapitre intitulé fEtat.

« Avant d’examiner la littérature de la pratique politique, jetons un coup d’œil sur les théories.

» Toute pratique découle des théories. Nous ne sommes plus au temps où les peuples, par une certaine fougue toute physique, ou par suite de circonstances fortuites et locales, avaient entre eux des querelles passagères. Ils se battent maintenant

pour une idée; aussi leurs luttes ont-elles un caractère général. Non-seulement cela est vrai des dissensions qui éclatent au sein de qhaque peuple, mais un pepple ne se bat contre un autre qu’autant qu’une idée est prédominante chez l’un, tandis que, chez l’autre, c’est une idée différente qui l’emporte,

La lutte est devenue complètement philosophique, de religieuse qu’elle était auparavant. Ce n’est plus pour une patrie ou pour un grand homme qu’on se bat, c’est pour des convictions auxquelles doivent se

subordonner les peuples comme les héros. Certains peuples ont vaincu avec des idées; mais, dès qu’ils ont osé mettre leur nom à la place de l’idée, iis ont succombé honteusement; des héros ont conquis par les idées une sorte de domination universelle; mais, dès qu’ils ont abandonné l’idée, ils ont été brisés, réduits en poudre. Les hommes ont changé, \ les idées seules sont restées.

» L’histoire, n’est que l’école des principes. Le siècle dernier a été plus fécond en spéculations d’avenir; le nôtre l’est d’avantage en vues rétrospectives, en principes d’expérience. Dans l’un et dans l’autre, on trouve le levier des événements par lequel s’explique tout ce qui est arrivé.

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» Il n’y a, dans le monde polique, que deux principes ou pôles opposés, et aux deux extrémités du grand axe se sont établis les partis dont la lutte devient chaque jour plus ardente. Sans doute tous les signes caractéristiques d’un parti ne se trouvent pas chez chacun de ses membres ; sans doute il en est un bon nombre qui savent à peine qu’ils appartiennent à tel parti déterminé; sans doute encore tes membres d’un même parti se combattent entre eux lorsqu'ils tirent du même principe des conséquences différentes, mais cela n’empêche pas qu’en thèse générale le critique le plus subtil, aussi bien que le gros public des journaux, ne soit obligé de • tracer une ligne de démarcation entre le libéralisme et lè servilisme , le républicanisme et l’autocratie. Quelles que puissent être les nuances, le clair-obscur et ces teintes mêlées jusqu’à l’incolore absolu, par lesquelles les deux couleurs principales se rejoignent, nulle part ces deux couleurs ne disparaissent complètement; elles forment la grande, Tunique opposition en politique, et, d’ordinaire, on les reconnaît au premier coup d’œil'sur les hommes et sur les livres. De quelque côté que nous portions nos regards dans le domaine politique, nous ren-

controns ces couleurs; elles le remplissent tout entier, et, derrière elles, il n’y a que le vide.

d Le parti libéral est celui qui détermine le caractère de lepoque moderne, tandis que le parti servile porte encore essentiellement dans ses actes le cachet du moyen-âge. Le libéralisme avance donc du même pas que le temps, ou bien il est plus ou moins gêné dans sa marche, selon que le passé persiste plus ou moins dans le présent. Le libéralisme correspond au protestantisme en tant qu’il proteste contre le moyen âge; il n est même qu’un nouveau développement du protestantisme dans le sens temporel, de même que le protestantisme a été un libéralisme spirituel. Le libéralisme se recrute dans les rangs de la classe moyenne éclairée, tandis que le servilisme a ses partisans parmi les hautes classes et les masses ignorantes. Cette classe moyenne, par un travail d’assimilation incessant, Fait fondre peu à peu les cristallisations glacées des classes du moyen âge. Toute la civilisation moderne est sortie du libéralisme ou l’a servi; c’est elle qui a affranchi les esprits de la foi autoritaire de l’Église. Toute la littérature est le triomphe du libéralisme, car ses ennemis mêmes

sont obligés de combattre avec ses armes. Tous les savants, tous les poètes lui sont venus en aide, il' a trouvé son plus grand philosophe dans Fichte, et dans Schiller son plus grand poète. »

Dans le chapitre intitulé Philosophie , M. Menzel se range sous le drapeau de Schelling, et dans celui qui a pour titre Nature , il a célébré comme il convient la doctrine de son maître. Nous approuvons complètement tout ce qu’il dit de ce grand penseur, , qui appartient à tout le genre humain. Goèrres et Steffens, comme penseurs en sous-ordre de l’école de Schelling, sont aussi très-bien traités. Le premier est apprécié avec amour; mais nous trouvons un peu trop poétique l’éloge que M. Menzel fait de

sa Mystique chrétienne . Cependant, nous aimons en-

core mieux voir ce grand esprit surfait que rapetissé par la passion de parti. M. Menzel pose Steffens

en représentant du mysticisme, et la manière dont l’auteur juge le mysticisme et le piétisme est, bien v qu’erronée, toujours profonde, originale et grande. Nous n’attendons pas grand’chose de bon du piétisme, quoique M. Menzel s’efforce d’en prédire les meilleurs résultats. Nous partageons à cet égard l’avis çl’un homme d’esprit qui dit tout

crûment, que « sur cent piétisîes, il y a quatre-vingtdix-neuf fripons et une dupe. » Nous n’avons aucune confiance dans ces hypocrites de piété, et ce ü’est pas avec du lait d’ânesse qu’on rendra la vigueur à noire époque affaiblie. Nous attendrions plutôt le salut du mysticisme. Bien que, dans sa forme actuelle, il soit déplaisant et dangereux, il peut produire des résultats salutaires. Par cela même que le mystique se retire dans le monde chimérique de sa contemplation intérieure, et prétend

trouver en lui-même la source de toute connais-

sance, il se soustrait à la suprématie de toute autorité extérieure, et les mystiques les plus orthodoxes ont retrouvé de cette manière, dans les profondeurs de leur âme, ces vérités primordiales qui sont en contradiction avec les prescriptions de la foi positive; ils ont nié J’autorité de l’Église, et ont sacrifié leur vie pour la défense de leur opinion.

C’était un mystique de la secte des esséniens, ce

rabbin qui reconnut en lui-même la révélation du Père, et qui délivra le monde de l’aveugle autorité de lois inflexibles et de prêtres astucieux; c’était

un mystique, ce moine allemand qui, dans sa

pensée solitaire, entrevit la vérité depuis longtemps

disparue de l’Église; et ce seront des mystiques qui

•nous délivreront du culte modçrne de la lettre, qui ■‘fonderont de ''nouveau une religion naturelle, une religion oùlfon reverra des dieux joyeux sortir des ! 'forêts et des pierres.; et où les hommes s’amuseront ; 'comme des dieux. L’Église catholique a toujours ■ eu de^entiment 'profond de ce danger du mysticisme; aussi, ^lans le moyen âge, a-t-elle plus favorisé l’étude d’Aristote que celle de Platon; aussi, au siècle dernier, a-t-elle combattu le jansénisme. -Et^, de nos jours, elle se montre si bienveillante envers des hommes f tels que ‘Schlegel, Goërres, Haller, Muller, etc., c’est sans doute parce qu’elle ne les considère que comme des guérillas dont on peut tirer bon parti dans -de mauvais temps de guerre où les armées permanentes de la foi sont quelque peu réduites, mais que, plus tard, en temps de paix, on saura bien réprimer comme il convient. Cela nous • mènerait trop loin si nous voulions montrer combien,. en Orient, le mysticisme sape aussi la foi autoritaire; comment, par exemple, dans ces derniers temps, les sofis ont produit plusieurs sectes dont les idées religieuses sont de la nature la plus élevée.

Nous ne saurions assez louer la perspicacité dont

M. Menzel a fait preuve en parlant .du protestantisme et du catholicisme. Il voit dans celui-ci le principe de la stabilité, dans celui-là le principe de révolution. Il dit avec beaucoup de raison dans le

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