‹ suvres complètes de Henri Heine De tout un peuChapitre 15 sur 34 · chapitre intitulé 'Religion · texte numérisé non relu

chapitre intitulé 'Religion

« 11 faut qu-à l'immobilité s’oppose le mouvement, à la unort la «Vie, à ^immuable un éternel

devenir. C’est cela seul qui a donné au protestantisme sa .grande signification dans Y histoire du

monde. Avec une force toute juvénile, qui aspire à un développement plus haut encore, il a résisté à la vieille immobilité. :ll a pris pour sa loi une loi de la nature, et c’est par cette loi seule qu’il peut vaincre. Ceux d’entre des protestants, comme les orthodoxes, par exemple,* qui sont tombés dans un autre genre d’immobilité, ont abandonnée véritable intérêt de la lutte. Us se sont arrêtés, et -ils n’ont plus le droit de se plaindre des catholiques qui se sont arrêtés aussi. On né peut triompher que par l’éternel progrès; toute autre voie est fatale. Peu

importe le point où l’on s’arrête; cela est aussi

indifférent que de savoir a quelle heure une horloge s’est- arrêtée. Elle est là pour marcher. »

Le thème du protestantisme nous conduit à

son digne champion Johann-Heinrich Yoss, à qui M. Menzel prodigue en toute occasion les termes les plps durs, les comparaisons les plus blessantes. Nous ne saurions blâmer trop sévèrement un pareil procédé. Quand [Fauteur appelle notre brave Yoss « un grossier paysan de la basse Saxe, > nous sommes presque tenté de croire qu’il incline luimême vers ce parti des nobles et-des prêtres contre lequel Yoss a si vaillamment lutté. Ce parti est trop puissant pour qu’on puisse le combattre avec une épée de parade, et nous avions besoin d’un grossier paysan bas saxon qui retrouvât la vieille épée de bataille du temps de la guerre des Paysans,

et en frappât d’estoc et de taille. M. Menzel n’a peut-

être jamais senti combien le cœur d’un grossier paysan de la basse Saxe pouvait être profondément blessé par le dard amical d’une fine, déliée et très-

noble vipère. Les dieux ont sans doute préservé

M. Menzel de cette douleur-là, car autrement il aurait vu que la grossièreté des écrits de Yoss n’était que dans les faits et non dans les mots. Il se peut que Yoss, dans son zèle protestant, ait poussé un peu trop loin l’esprit iconoclaste; mais qu’on songe que maintenant l’Église est partout l’alliée

de l’aristocratie, et que même en certains endroits elle est à sa solde. L’Église, cette grande et souvev raine dame d’autrefois devant laquelle les chevaliers ployaient le genou, et en l’honneur de qui ils allaient rompçe des lances contre tout l’Orient, cette Église est devenue faible et Vieille; elle ^vou-

drait bien aujourd’hui se mettre au service de ces

mêmes chevaliers en qualité de nourrice, et elle

leur promet de bercer et d’endormir les peuples par ses chants, afin qu’on puisse mieux les enchaîner et les tondre pendant leur sommeil.

C’est dans le chapitre de i Art que se trouvent le plus grand nombre des sorties dirigées contre Voss.

Ce chapitre forme* presque toute la seconde partie de l’œuvre de M. Menzel. Nous ne dirons rien des jugements qu’il porte sur nos contemporains les plus proches. L’admiration qu’il éprouve pour Jean-Paul fait honneur à son cœur, ainsi que son

enthousiasme pour Schiller. Nous partageons l’une

et l’autre; toutefois, nous ne sommes pas de ceux i qui cherchent, en comparant Schiller à Goëthe, à , amoindrir la valeur de ce dernier. «

Ce sont deux poètes de premier ordre ; ils sont tous deux grands, excellents, extraordinaires, et, si nous

OEUVRES DE IIENRI IIEINE

avons quelque prédilection pour Goethe, cela tient à

cette toute petite raison que; selon nous, Goethe eût été capable de créer un Frédéric Schiller, complet avec tous ses Brigands, ses Piccolominis, ses Louises, ses Maries et ses Puçelles d’Orléans, s’il, eût eu besoin, dans ses œuvres v de: faire figurer un. pareil poète avec tous les poèmes qu’il comporte.

Nous ne saurions exprimer trop; énergiquement notre répulsion pour la. façon dure et acrimonieuse dont M. Menzel parle de Goethe. IL dit. beaucoup de choses qui, prises dans un sens général, sont vraies, mais qui ne peuvent pas s’appliquer à; Goethe; En lisant ces pages où» il parle de: Goethe, ou. plutôt condamne Goethe, nous éprouvâmes tout à coup le: même sentiment d’inquiétude que l’été dernier, à

L'ondres, lorsqu’un banquier nous montra par sim-

pie curiosité quelques fausses bankrnotes; elles nous brûlaient les mains et.. nous ne: pûmes; assez' vite nous en débarrasser, de peur^ qu’on. ne,< vînt àmous accuser d’en être l’auteur, et< qu’on ne nous fib pendre sans plus de façons devant Old-Bailey. Aussitôt après avoir satisfait, dans les pages de Menzel sur. Goëthe notre inquiète, curiosité, nous sentîmes naître en nous l’indignation. Nous n’avons nulle

envie de prendre la défense de.Goëthe ; noua croyons* que cette doctrine de Menz.eh: « Goethe m’esL pas u& génie, ce n’est, qu’un talent *■ trouverai peu de gens, disposés à l’admettre 4. et quemême ce peu.degenaaccorderont encore 1 que çà et là Goëthe a-Je talent* d’ètre un génie. Mais, lors-mêmeiqueM*. Manuel aur rait raison, était-il convenable de fomuilon-sii durement un jugement si dur? Il s’agit en définitive-, de. Goëthe, du roi Goethe, et le critique qui- ose» porter, lb scalpel sur un pareil roi des poètes devrait avoir, au moins la courtoisie de ce bouiTeau. anglais quii décapita Charles I er , et qui, avant d'accomplir cette fonction critique, s'agenouilla- devant Je royal cour*

pable et lui demanda pardon;.

Mais d’où vient cette sévérité: envers Goéth^que. nous remarquons çà et là, même che&les esprits lôft plus distingués? C’est peut-être parce- que Goethe,, qui ne devait être que le primus inter sti arrivé à la tyrannie dans la république i des intelligences!, que beaucoup de grands esprits nourrissent contre^ lui une rancune secrète. Ils le regardent sans^doute* comme un Louis XI qui opprime la haute noblesse, intellectuelle, en même temps qu’il élève le tiers état, la chère médiocrité. Ils voient qu’il flatte les

corporations des villes, qu’il envoie de gracieux autographes et des médailles à ses a amés et féaux, » et qu’il crée sur le papier une noblesse de « trèslouables » 1 qui se croient déjà au-dessus de ces vrais grands, lesquels, aussi bien que le roi luimême, tiennent leur noblesse de la grâce de Dieu, ou, pour parler comme les whigs, de l’opinion du peuple.

Mais qu'importe tout cela? N'avons-nous pas vu dernièrement dans les caveaux royaux de Westminster que ces grands qui, de leur vivant, se querel- 0 laient avec les rois, étaient cependant, après leur mort, couchés à côté d'eux ? De même Goëthe n'empêchera pas que les grands esprits qu'il aimait, de son vivant, à tenir à distance, ne se rencontrent avec lui dans la mort, et ne trouvent à ses côtés leur place éternelle dans le Westminster de la littérature allemande.

La mauvaise humeur des grands est contagieuse, et le temps tourne à l’orage. Le principe de l’époque de Goëthe, l’idée de l’art, s’en va; un temps nouveau commence avec un principe nouveau, et, chose

i. Hochgelobten.

étrange, comirie le fait remarquer le livre deMenzel, il commence par une insurrection contre Goethe.

Peut-être Goethe lui-même sent-il que le monde objectif du beau, qu’il a créé par sa parole et son exem-

pie, s’écroule sous la loi de la nécessité, de même * que l’idée de l’art perd peu à peu sa puissance; que dès esprits frais et nouveaux sont poussés en avant par l’idée nouvelle du temps nouveau, et,

semblables aux barbares du Nord se ruant sur le

Sud, renversent le goëthisme 1 civilisé, et établis-

sent à sa place le règne de la subjectivité la plus sauvage. De là les efforts pour mettre sur pied une milice provinciale au service de Goethe. Partout des garnisons, et de l’avancement pour encourager ses soldats. Les vieux romantiques, les janissaires, sorlt organisés en troupes régulières; ils

doivent vendre leurs marmites, endosser l’uni-

forme de Goethe et faire l’exercice tous les jours. Les recrues chantent, boivent et crient vivat; les trompettes sonnent...

L’art et l’antiquité seront-ils en état de refouler la nature et la jeunesse ?

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