‹ suvres complètes de Henri Heine De tout un peuChapitre 25 sur 34 · SECOND TABLEAU · texte numérisé non relu

SECOND TABLEAU

Grande salle dans un château gothique. Des serviteurs en costumes armoriés, aux couleurs bariolées, sont occupés des préparatifs d’un bal. A gauche,

une estrade, avec des musiciens qui essayent leurs instruments. A-droite, un fauteuil élevé où est assis le chevalier, songeur et mélancolique. Près de lui son épouse en costume de. châtelaine, manches collantes, col en pointe, — et son bouffon avec le fouet et le bonnet de fou; tous deux s’efforcent en vain par * leurs danses d’égayer- le chevalier. La châtelaine exprime, par un pas respectueux et mesuré, son amour conjugal, et tombe presque dans une sentimentalité que le fou exagère en la parodiant, et faisant les sauts les plus baroques. Les musiciens jouent aussi toute sorte de préludes charivariques. Au dehors, coups de trompette, et bientôt paraissent les convives du bal, chevaliers et damoiselles,

LA DEESSE DIANE

figures un peu roides et panachées, dans toute la surcharge de la toilette du moyen âge : les hommes rudes et timides, les femmes affectées, précieuses et modestes. ÀJeur entrée se lève le burgrave : révérences et inclinations des plus cérémonieuses. Le chevalier et la châtelaine ouvrent le bal. Valse allemande très-grave. Le chancelier et ses secrétaires paraissent dans le costume noir de leur emploi,* la poitrine couverte de chaînes d’or, des cierges allumés dans la main; ils exécutent la danse des flambeaux, tandis que le fou, s’élançant à la galerie, dirige l'orchestre et bat dérisoirement la mesure. De nouveau, au dehors, des coups de trompette.

Un serviteur annonce que des masques inconnus demandent à entrer. Le chevalier fait un signe d’adhésion; la porte du fond s’ouvre, et l’on voit paraître trois cortèges de figures masquées, quelquesunes ayant en main des instruments de musique. Celui qui conduit le premier cortège joue sur une lyre. Ces sons semblent éveiller chez le chevalier de doux souvenirs, et tout le monde écoute avec surprise. — Pendant que le chef du premier groupe joue de la lyre, sa suite l’entoure en dansant avec solennité ; du ^second cortège sortent quelques

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joueurs de cymbales et de tympanon : à ce bruit, [le chevalier semble frissonner de la plus vive allé- . presse; il arrache la tymbale à l’un des masques, et 4 se met à jouer et danser tour à tour les danses les plus follement gaies. Les figures du second cortège,

portant des thyrses dans les mains, l’entourent avec une ivresse non moins folle et désordonnée. Un étonnement toujours plus grand s’empare des chevaliers et des dames, et la châtelaine ne peut plus maîtriser sa pudique surprise. Le fou seul, descendant de f orchestre, témoigne sa satisfaction la plus entière,

et fait des cabrioles de plaisir. Tout à coup le mas-

que qui conduit le troisième cortège parait devant le chevalier, et, d’un geste impérieux, lui ordonne de le suivre. Surprise et indignée, la châtelaine se précipite vers ce masque et semble lui demander

qui il est. Mais celui-ci s’avance orgueilleusement

devant elle, jette son masque et son manteau, et l’on voit apparaître Diane dans son costume de chasseresse. Les autres figures se démasquent aussi et jettent les manteaux qui les cachaient f ce sont Apollon et les Muses qui forment le premier cortège, tandis que le second est composé de Bacchus et de ses compagnons, le troisième de Diane^et de ses

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nymphes. A la vue de la déesse, le chevalier se jette

à ses pieds, et semble la conjurer de ne pas le quitter une seconde fois. Le fou, transporté, se met aussi à ses genoux, et la supplie de le prendre avec lui. Diane ordonne à tous de faire silence, elle exécute la plus noble de ses danses divines, et, par ses gestes, elle fait comprendre au chevalier qu’elle se rend à ' la montagne de Vénus, où il pourra la retrouver plus tard. Enfin la châtelaine donne libre cours à sa colère et à son emportement dans les bonds les plus insensés, et nous voyons un pas de deux où la volupté de la Grèce païenne danse un combat singulier avec la vertu conjugale et domestique de la Germanie spiritualiste.

Diane, fatiguée du combat, jette à toute l’assemblée des regards de mépris, et s’éloigne enfin avec sa suite par la porte du milieu. Le chevalier au désespoir veut les suivre, mais est retenu par soq 1 épouse avec ses suivantes et toute sa valetaille; —

au dehors, musique jubilante de la bacchanale, tandis que, dans la salie, la danse empesée des flambeaux reprend son cours interrompu.

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