‹ suvres complètes de Henri Heine De tout un peuChapitre 24 sur 34 · PREMIER TABLEAU · texte numérisé non relu

PREMIER TABLEAU

Un temple antique de Diane, tombant en ruines; Ges ruines sont encore assez bien conservées ; seulement, çà et là oo voit une colonne bri^e, et un vide dans la toiture, à travers laquelle apparaît le ciel du soir et un croissant de lune. A droite, la vue s'étend sur une forêt. A gauche, l’autel, avec, une statue de Diane. Ses nymphes, “nonchalamment groupées, sont accroupies çà et là sur le sol. Elles

LA DEESSE DIANE

semblent chagrines et ennuyées. De temps à autre, l’une d’elles se lève, fait quelques pas de danse, et

semble se perdre dans de gais souvenirs. D’autres se

joignent à elle, et exécutent des danses antiques. Enfin elles forment une ronde -autour de la statue

de la déesse, d’une façon moitié plaisante, moitié solennelle, comme si elles voulaient s’égayer à une fête du temple. Elles allument les lampes, et tressent des guirlandes.

Tout à coup, du côté de la forêt, entre précipitamment Diane, dans son costume de chasseresse, et telle quelle est représentée dans sa statue. Elle semble effrayée, comme une biche qui fuit. Elle raconte à ses nymphes inquiètes que quelqu’un la poursuit. Elle est dans l’angoisse la plus vive, mais ce n’est pas seulement de l’angoisse. A travers ses alarmes et son courroux, des sentiments plus tendres se font jour. Elle regarde toujours du côté de la forêt, semble enfin apercevoir celui qui la poursuit, et se cache derrière sa propre statue.

Un jeune chevalier allemand parait. Les nymphes l’entourent en dansant, pour le tenir éloigné de la statue de leur souveraine. Elles cajolent, elles menacent. Elles luttent avec lui, il se défend en les

agaçant. Enfin il s’arrache à elles, aperçoit la statue, élève des bras suppliants, se jette à ses pieds, les embrasse avec désespoir, et offre de se consacrer à elle à la vie et à la mort. II voit sur l’autel un couteau et une coupe de sacrifice, une pensée horrible s’empare de lui, il se souvient que la déesse aimait autrefois les victimes humaines, et, dans l’ivresse de sa passion, il saisit le couteau et la coupe qu’il va remplir du sang de son cœur pour en faire une li-

bation; déjà il tourne l’acier contre sa poitrine, — alors la Diane s’élance en personne de sa cachette, saisit son bras, arrache le couteau de sa main, et tous deux se regardent pendant une longue pause, avec une admiration mutuelle, frémissants, ravis, tremblants, pleins d’angoisse mortelle, de désir, d'amour. Dans une danse à deux, ils se fuient et se cherchent, mais cette fois pour se retrouver toujours, et toujours retomber dans les bras l’un de l’autre. Enfin on les voit s’asseoir^ sur le piédestal de la statue, causant comme d’heureux enfants, tandis que les nymphes dansent en chœur autour d’eux, et, par leur pantomine, font le commentaire et la conversation des deux amants.

(Diane raconte à son chevalier que les anciens

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dieux ne sont pas morts, mais qu’ils se tiennent cachés dans les cavernes des montagnes et les temples en ruine, où ils se visitent la nuit, et célèbrent joyeusement leurs fêtes.)

Tout à coup on entend une musique suave et

charmante, et l’on voit entrer Apollon et les Muses. Apollon joue un hymne devant les amants, et ses compagnes exécutent autour de Diane et du chevalier une danse mesurée et harmonieuse. La musique

devient plus bruyante ; du dehors éçlatent des mélodies puissantes, des accords de cymbales et de tympanon : c’est Bacchus qui fait joyeusement son entrée triomphale avec ses satyres et ses bacchantes.

Il est monté sur un lion dompté ; à sa droite chevauche sur un âne Silène au ventre rebondi. Danses folles et abandonnées des satyres et des bacchantes. Ces dernières, avec des pampres, ou même des serpents dans leurs cheveux flottants, ou bien ornées de couronnes d’or, secouent leurs thyrses, et montrent ces poses extravagantes, incroyables, impossibles même, que nous voyons sur les vases antiques et autres bas-reliefs. Bacchus descend auprès des amants, et les invite à prendre part à son culte joyeux. Ceux-ci se lèvent, et dansent à deux, dans

toute son ivresse, la danse du bonheur et de la vie, à laquelle se joignent, avec leur cortège,* Apollon et Bacchus, ainsi que les nymphes de Diane.

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