H ŒUVRES DF H F X R I HE INE
Ions ÿ entremêlent leurs doux et caressants accords, alors, comme un nageur téméraire, je me précipite dans les flots bouillonnants et bizarrement éclairés des hommes, et je danse, et je cours, et je plaisante et je lutine les uns et les autres, et je ris, et je dis à tort et à travers tout ce qui me vient à la tête. Dans la dernière redoute, j’ai été particulièrement gai ; j’étais si fou que je ne sais vraiment pourquoi je n’ai pas’ marché sur la tête. Si mon plus mortel ennemi m’était venu à la traverse, je lui aurais dit : « Demain, nous nous tuerons; mais aujourd’hui je veux cordialement te couvrir de baisers. » La plus pure gaîté, c’est l’amour; or Dieu est l’amour, donc Dieu est la plus pure gaîté ! Tu es beau ! Tu es charmant! Tu es V objet de ma flamme! Je t'adore, ma belle ! C’étaient là les paroles que mes lèvres répétaient cent fois instinctivement. Et je serrais la main à tout le monde, et j otais très-gentiment mon chapeau à tous, et tous les hommes me rendaient mes politesses. Seul, un adolescent allemand fit le rustre, et déblatérait contre ce qu’il appelait ma singerie des manières de la Babylone ivelche , et tonna de sa voix de basse de vieux Teuton, buveur de bière : « Dans une mascarade allemande, l’Allemand doit parler al-
LETTRES DE BERLIN
lemand. » — 0 adolescent allemand, comme je te trouve, toi et tes paroles, non-seulement niais, mais presque blasphématoires, dans ces moments où mon
âme embrasse avec amour l’univers tout entier; où je voudrais, en jubilant, embrasser Russes et Turcs,
où je voudrais, en pleurant, me jeter au cœur de
mon frère l’Africain enchaîné. J’aime T Allemagne et les Allemands; mais je n’aime pas moins les habitants du reste de la terre, dont le nombre dépasse • quarante fois celui de tous les Allemands. L’amour donne sa véritable valeur à l’homme. Dieu merci! je vaux donc quarante fois plus que ceux qui ne peuvent pas se dégager du bourbier de l’égoïsme national et qui n’aiment que l’Allemagne et les Allemands.