‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 103 sur 518 · LXXXI.S · texte numérisé non relu

LXXXI.S

» Deut. XXTU. s.

* ./a». VIII , sa.

‘ h, XIX, 11.

• thii. XXIV, s.

’ iccU L , Ï7, W.

USIQIJB PBOPOSmOS.

Le partage des biens entre les liommes, et la division de» hommes mêmes en peuples et en nations , ne doit [mint altérer la société garnie du genre humain.

« SI quelqu’un de vos frères est réduit à la pau- « vreté , n’endurcissez pas votre cœur et ne lui res-

• serrez pas votre main : mais ouvrcz-la au pau-

• vTe , et prétez-lui tout ce dont vous verrez qu’il » aura brâoin. Que cette pensée impie ne vous « vienne point dans l’esprit ; T-c septième an ar- « rive , où selon la loi toutes les obligations jiour « dettes sont annulées. Ne vous détournez pas pour

• cela du pauvre , de peur qu’il ne crie contre vous « devant le Seigneur , et que votre conduite vous » tourne à péché ; mais donnez-lui , et le secourez » sansaucundétourni artifice, afinqueleSeIgneur « vous bénisse*. •

La loi serait trop inhumaine si en partageant les biens, elle ne donnait pas aux pauvres quelque recours sur les riches. Elle ordonne, dans cet esprit, d'exigersesdettes avec une gramle modération. « Ne prenez point à votre frère les Instni- « ments nécessaires jiour la vie, comme la menla

• dont il moût son blé ; car autrement il v ous au-

• rait engagé sa propre vie. S’il vous doit , n'en-

• trez pas dans sa maison pour prendre des ga-

• ges, mais demeurez dehors, et recevez ce qu'il » vous apportera. Et s'il est si pauvre qu'il suit » contraint de vous donner sa couverture, qu’elle « ne passe pas là nuit chez vous ; mais rendez-la « à votre frère , afin que dormant dans sa couv er- " ture il vous Wnisse ; et vous serez juste devant « le Seigneur '. ■

Lu loi s’étudie en toutes choses à entretenir dans les citoyens cet esprit de secours mutuel.

• Quand vous verrez s’égarer, dit-elle’, lebœuf ou « la brebis de votre frère, ne passez pas outre sans

• les retirer. Quand vous ne connaîtriez pas celui ■ à qui elle est , ou qu’il ne vous toucherait en

• rien , menez son animal en votre maison , jus-

• qu'à ce que votre frère le vienne requérir. Faites- « en de même de son âne , et de son habit, et d«

• toutes les autres choses qu’il pourrait avoir . perdues. Si vous les trouvez, ne les négligez « pas comme choses appartenantes à autrui ; • c’est-à-dire, prenez-en soin comme si elle était à vous , pour la rendre soigneusement à celui qui l’a perdue.

Par ces lois , il n’y a point de partage qui cm-

' Z)M(.XÏ,3,»,», 10.

» Ihid. XXIV. 0, 10, II, 13, 13.

’ Sbid. xxu, 1,3,3.

POLITIQUE

pfche que je n'ole wln de ce qui est & autrui , comme s'il était à mol-méme ; et que je ne fasse part i autrui de ce que j'ai , comme s’il était véritablement à lui.

C'est ainsi que la loi remet en quelque sorte en communauté les biens qui ont été partagés , pour la commodité publique et particulière.

Elle laisse même dans les terres si justement partagées quelque marque de l'ancienne communauté ; mois réduite ù certaines bornes pour l'ordre public. • ^'ous ^uvez , dit-elle entrer dans

• la vigne de votre procliain , et y manger du

• raisin tant que vous voudrez , mais non pas

■ l'emporter dehors. Si vous entrez dans le» blé»

■ de votre ami , vous en pourrez cueillir des épis ,

• et les froisser avec la main , mais nou pas les

- couper avec la faucille.

* Quand vous ferez votre moisson , si vous ou-

• bllez quelque gerbe , ne retournez pas sur vos

• pas pour l'enlever , mais laissez-la enlever à l'é-

- trauger, au pupille et à la veuve, afin que le > Seigneur vous bénisse dans tous les travaux de

• vos mains. > Il ordonne la même chose des olives , et des raisins dans la vendange ’.

Moïse rappelle, parcemoyen, dans la mémoire des possesseur» , tpi'ils doivent toujours regarder la terre comme In mère commune et la nourrice de tous les hommes ; et ne veut pas que le partage qu'on en a fait leur fosse oublier le droit primitif de In nature.

Il comprend les étrangers dans ce droit. • Lals-

• sez , dit-iU , ces olives , ces raisins et ces gerbes « oubliées, à l'étranger, au pupille et à la veuve. •

Il recommande particulièrement, dans les jugements , l'étranger et le pupille , honorant en tout la société du genre humain. • Ne pervertis point ,

■ dit-il i, le jugement de l’étranger et du pupille : « souviens-toi que tu as été étranger et esclave en

■ Égypte. •

Il est si loin de vouloir qu'on manque d'humanité aux étrangers , qu’il étend même en quelque façon cette humanité jusqu’aux animaux. Quand on trouve un oiseau qui couve, le législateur défend de prendre ensemble la mère et les petits. • Laisse-la aller, dit-il , si tii lui êtes ses

• petits'. • Comme s’il disait : Elle perd assez en le» perdant, sans perdre encore sa liberté.

Dans le même esprit de douceur, la loi défend de " cuire le chevreau dans le lait de sa mère* ; » et de • lier la bouche , c'est-à-dire, de refuser la

* Drut. xxitl , SI , 16.

* /6«r. XXIV, is.M.ii.

> Ibid

* Ibid. XXIV, 17, «.

‘ Ibid. XXII. 6,7.

* Ibid. XIV, 21.

• nourriture , au bœuf qui travaille à battre le

• blé '. .

• Est-ce que Dieu a soin des bœufs? > comme dit saint Paul a-t-il fait la loi pour eux , et pour les chevreaux , et pour les bêtes? et ne parait-il pas qu'il a voulu inspirer aux hommes la douceur et l'humanité en toutes choses ; alin qu'étant doux aux animaux, ils sentent mieux ce qu'ils doivent à leurs semblables ?

Il ne faut donc pas penser que les bornes qui séparent les terres des particuliers , et les États , soient faites pour mettre la division dans le genre humain; mais pour faire seulement qu’on n’attente rien lêsunsBurles autres, et qucehacun respecte le repos d’autrui. C'est pour cela qu’il est dit : - Ne

• transporlo point les homes qu’ont mis les an-

• ciens dans la terre que t’a donnée le Seigneur

• ton Dieu > Et encore : • Maudit celui qui re- « mue les bornes de son voisin *. »

Il faut encore plus respecter les bornes qui séparent les États, que celles qui séparent les particuliers; et on doit garder la société que Dieu a établie entre tous les hommes.

Il n’y a que certains peuples maudits et abominables , avec qui toute société est interdite , à cause de leur effroyable corruption , qui se répandrait sur leurs alliés. • N’aie point, dit In loi',

• de société avec ces peuples , ne leur donne point

• ta fille, ne prends pas la leur pour ton fils , |iar-

• ce qu’ils le séduiront et le feront servir aux ■ dieux étrangers. •

Hors de là Dieu défend ces aversions qu'ont les peuples les un» pour les autres ; et au contraire , il fait valoir tous les liens de la société qui sont entre eux. • N’ayez point en exécration l’Idu- < méen , parce que vous venez de même sang ; ni 7 l'Égypticn , parce que vous avez été étrangers

• dons sa terre >

Aussi est-U demeuré , parmi tous les peuples , certains principe» communs de société et de concorde. Les peuples les plus éloignés .s’iiiiissent par le commerce, et conviennent qu’il faut garder la foi et les traités. Il y a, dons tous les peuples civilisés, certaines personnes à qui tout te genre humain semble avoir donné luie sûreté pour entretenir le commerce entre les nations. La guerre même n'empêehe pas ce commerce ; les ambassadeurs sont regardés comme personnes sacrées ; qui viole leur caractère est en horreur ; et David prit avec raison une vengeance terrible des Am-

' Dtul. XXV, 4.

• I. for. IX , ».

» flriif. XlX, 14.

4 Ibid. XXVII, 17.

4 Ibid. VII, 2,6, 4.

® Ibid. XXIU, 7.

TIRÉE DE L’ÉCRllURE. LIV. I. 311

monitcs , et de leur roi , qui avait maltraite scs ambassadeurs

I/Cs peuples qui ne connaissent pas ces lois de société sont peuples inhumains , barbares , eimemis de toute justice, et du jtenre humain , que l'Écriture appelle du nom odieux de • gens sans <1 foi et sans alliance' . >

Voici une belle règle de sabit Augustin pour l'application de la charité. » On la raison est éga-

• le, il faut que le sort décide. L'obligation de

• s’entr'aimer est égale dans tous les hommes , et

• pour tous les hommes. Mais comme on ne peut

• pas également les servir tous , on doit s'attacher

• principalement A servir ceux que les lieux , les

• temps et les autres rencontres semblables nous

• unissent d'une façon particulière comme par une

• espèce de sort'. •

ARTICU: VI.

De Camour de lu patrie.

PHEUIÈBE PnOPOSITIOX.

Il faut être bon dlincn, cl sacriner S «a paWo dans le bciwin tout ce qu'on a, et sa propre viei où il est parlé de la guerre.

Si l’on est obligé d'aimer tous les hommes , et qu'à vrai dire il n’y ait point d'étranger pour le chrétien , à plus forte raison doit-il aimer scs concitoyens. Tout l'amour qu’on a pour soi-meme , pour sa fiuiiillc , et pour ses amis , se réunit dans l’amour qu’on a pour sa patrie, où notre bonheur et celui de nos familles et de nos amis est renfermé.

C’est pourquoi les séditieux, qui n’aiment pas leur pays, et y portent la division, sont l'exécration du genre humain. La terre ne les peut pas supporter, et s'ouvre pour les engloutir. C’est ainsi que périrent Coré , Dathan et Abiron. • S’ils « périssent, dit Moïse*, comme les autres hom-

• mes; s’ils sont frappés d’une plaie ordinaire, le « Seigneur ne m’a pas envoyé ; mais si Dieu fait

• quelque chose d'extraordinaire, et que la terre

• ouvre sa bouche pour les engloutir, eux et tout

• ce qui leur appartient , en sorte qu'on les voie

■ entrer tout vivants dans les enfers, vous eon-

• naîtrez qu’ils ont blasphémé contre le Seigneur.

• A peine avait-il cessé de parler, que la terre

■ s'ouvritsous leurs pieds, et lesdévora avec leur

• tente, et tout ce qui leur appartenait. •

Ainsi méritaient d'étre retranchés ceux qui

mettaient la division parmi le peuple. Il ne faut polntavoirde société avec eux ;en approcher c'est

■ II. Re}. «,a, ti

• Krai. I. 31.

^ 5. rfe /Tor/. r/ir/W. lib. t, cup. xxTiii,). iii, col.lt.

* .\nm. XVI, 28. rlc.

j approcher delà pe.ste. • Retirez-vous , dit Moïse ■ , ! • de la tente de ces impies , et ne touchez rien

• de ce qui leur a])partient , de peur que vous ne

• soyez enveloppés dans leurs péchés et dans

• leur perte. »

On ne doit point épargner ses biens quand il s'agit de servir la patrie. Géxiéon • dit Areux de

• Soceoth : Donnez de tpioi vivre aux soldats qui ■ sont avec moi , lutree qu'ils défaillent , afin que « nous poursuivions les ennemis. • Ils refusent, et Gédéon en fait un Juste chAtiment* . Qui sert le public sert chaque particulier. Il faut même sans hésiter exposer sa vie pour son pays. Ce sentiment est commim A tous les peuples , et surtout il paraît dans le peuple de Dieu.

Dans les besoins de l’État , tout le monde sans exception était obligé d’aller A la guerre , et c’est pourquoi les armées étaient si nombreuses.

La ville de Jubés en Galaad, assiégée et réduite A l'extrémité parIN'aas, roi des Ammonites , envole exposer son péril extrême A Saül, « qui « aussitdtfAlt couper un bœuf en douze morceaux, « qu'il envoya aux confins de chacune des douze

• tribus avec cet édit : Qui ne sortira pasavec Saül « et Samuel, ses Ixcufs seront ainsi mis en pièces ; < et aussitôt tout le peuple s'assembla comme un

• seul homme : et Saül en fit la revue A Bézech; « et ils SC trouvèrent d’Israël trois cent mille, et . trente mille de Juda : et ils dirent aux envoyés

• de Jabès : Demain vous serez délivrés ’. ■

Ces convocations étaient ordinaires ; et il faudrait transcrire toute l’histoire du peuple de Dieu pour en rapporter tous les exemples.

Cétait un sujet de plainte A ceux qui n'étaient pas appelés , et ils le prenaient A affront. . Ceux « d'Épliraïm dirent A Gédéon : Quel dessein av ez- « vous eu de ne nous point appeler quand vous « alliez combattre contre Madian ? Ce qu'ils

• dirent d'un ton de colère , et en vinrent pres- « que A la force ; et Gédéon les apaisa en louant « leur valeur*. •

Us firent la même plainte à Jephté , et la chose I allajnsqu’A la sédition*; tant on se piquait d'honneur d'être convoqué en ces occasions. Chacun exposait sa vie non-seulement pour tout le peuple, mais pour sa seule tribu. Ma tribu, dit

• Jephté avait querelle contre les Ammonites ;

• ce que voyant, j’ai mis mon Ame en mes « mains ( noble façon de parler qui signifiait - exposer sa vie), et j'ai fait la guerre aux Am-

• monites. •

* j\trm. XTI, 20.

> Jud. TIM, 6, 15, 16, 17.

3 !. firç. M,7, fl, 9.

' Jtif/. VIII, I ,'i, n.

i /ùu/. Kfi, I.

* /àif/. 3,3.

su POLITIQUE

Ccst une honte de demeurer en repos dnns sa maison , pendant que nos citoyens sont dans le travail et dans le péril pour la commune patrie. David envoya Urio se reposer chez lui , et ce bon sujet répondit ' : > L'arche de Dieu , et

• tout Israël et Juda sont sous des tentes; mon < seigneur Joab, et tous les serviteurs du roi

• mon seigneur couchent sur la terre : et mol - J'entrerai dans ma maison pour y manger à

• mon aise , et y être avec ma femme ! Par votre

• vie , Je UC ferai point une chose si indigne. ■

Il n'y a plus de Joie pour un bon citoyen quand sa patrie est ruinée. De là ce discours de Mathatias, chef de la maison des .\smoncens ou Machabées ‘ : ■> Malheur à moi ! pourquoi suis-je

• né pour voir lamine de mon peuple , et celle

• de la cité sainte ? puis-je y demeurer davan-

• tage , la voyant livrée à ses ennemis , et son " sanctuaire dans la main des étrangers ? Son

• temple est di-slionoré comme un homme de « néant ; scs vieillards et ses enfants sont mas-

• sacrés au milieu de ses mes, et sa Jeunesse a

• péri dans la guerre : quelle nation n'n point ■ ravagé son royaume, et ne s'est point enrichie . de ses dépouilles ? on lui a ravi tous scs or-

• nements ; de libre elle est devenue esclave :

• tout notre éclat , toute notre gloire , tout ce

• (pi'il y oyait parmi nous de sacré , a été souillé

• par les Gentils ; et comment après cela pour-

• rlous-nous vivre ? •

On voit là toutes les choses qui unissent les citoyens et entre eux et avec leur patrie : les autels et les sacrifices , la gloire , les biens , le repos et la sûreté de la vie ; en un mot , la société des choses divines et humaines. Mathatias , touché de toutes ces choses , déclare qu'il ne peut plus vivre voyant scs citoyens en proie , et sa patrie dé-solée. • En disant ces paroles , lui et ses en-

• fants déchirèrent leurs habits , et se couvrirent

• de cilices , et se mirent à gémir •

Ainsi faisait Jérémie, • lorsque son peuple . étant mené eu captivité , et la sainte cité étant « désolée, plein d'une douleur amère, il pro-

• nonça en gémissant ces lamentations * • qui attendrissent encore ceux qui les entendent.

Le même prophète dit à Baruch , qui dans la mine de son pays songeait encore à lui-méme et i sa fortune : • Voici , 6 Bamch I ce que te dit le

• Seigneur Dieu d'Israël : J'ai détmit le pays que

• J'avais bâti , J'ai arraché les enfants d'Israël que

• J'avais plantés, et J'ai miné toute celte terre;

• et tu cherches encore pour toi do grandes cho-

■ II. «rg. XI, 10. II.

■ I. .Vof*. U, 7, s, etc.

> ISul. II.

* iMm. Jcr.

« scs ? ne le fais pas ; contente-toi que Je te sauve

• la vie

Ce n'est pas assez de pleurer les maux de ses citoyens et de son pays ; il faut exposer sa vie pour leur service. C'est à quoi Mathatias excite en mourant toute sa famille ’. • L’orgueil et la

■ tyrannie ont prévalu ; voici des temps de mal-

• heur et de mine pour vous : prenez donc ' courage , mes enfants ; soyez zélateurs de la loi,

• et mourez pour le testament de vos pères. »

Ce sentiment demeura gravé dans le coeur de scs enfants ; il n’y a rien de plus ordinaire dans la houchc de Judas , de Jonathas et de Simon , que ces paroles : Mourons pour notre peuple et pour nos frères. • Prenez courage, dit Judas

• et soyez fous gens de creur : combattez vaillam-

• ment ces nations armées pour notre mine. Il « vaut mieux mourir à la guerre que de voir périr

• notre pays et le sanctuaire. ■ Et encore : « A Dieu

■ ne plaise que nous fuyions devant l'ennemi ; si

• notre heure de mourir est arrivée, mourons en

• gens de cœur pour nos frères , et ne mettons

• [loint de tache à notre gloire 4. •

I.’Écriture est pleine d'exemples qui nous apprennent ce que nous devons à notre patrie; mais le plus beau de tous les exemples est celui de Jésus-Christ même.

Il* PBOPOsrnoH.

rèsus-Chrisl éublit, par u doctrine et par ses exemples, l'imour que les cita) ens doivent avoir pour leur peine.

Le Fils de Dieu fait homme a non-seulement accompli tous les devoirs qu'exige d’un homme la société humaine , charitable envers tous et sauveur de tous, et ceux d'un bon flis envers ses parents, à qui il était soumis ‘ : mais encore ceux de bon citoyen , se reconnaissant • envoyé « aux brebis perdues de la maison d'Israël “. » Il s’est renfermé dans la Judée , . qu'il parcou- « rait toute en faisant du bien , et guérissant « tous ceux que le démon tourmentait ’ .

On le reconnaissait pour bon citoyen ; et c’était une puissante recomm,aiidalion auprès de lui, que d’aimer la nation Judaïque. Les sénateurs du peuple Juif , pour l’obliger à rendre « nu een- <1 turion un serviteur malade qui lui était cher, •I priaient Jésus avec ardeur, et lui disaient : Il

• mérite que vous l’assistiez ; car il aime notre « nation , et nous a bêti une synagogue ; et Jésus

• allait avec eux , et guérit ce serviteur *. •

' jtr. xLT, 1 , 2 , 1 . s.

’ I. Macii. Il, 12, U),ttc.

* Ibid. 1U, 66 , 68. ,

* Ibid. IX , 10.

‘ iw. Il, 61.

* .Vallk. IV, 21.

’ dri. X. 36.

' Zvc. V1I,S,1,6,0, 10.

(, lé

TIRÉE DE L’ÉCRITURE. LIV. 1

Quand il songeait aux malheurs qui menaçaient de si près Jérusalem et le peuple juif , il ne pouvait retenir ses larmes. « Eu approchant « de la ville et la regardant , il se mit à pleurer

• sur elle : Si tu connaissais , dit-il , dans ce « temps qui t’est donné pour te repentir, ce qui « pourrait t’apporter la paix ! mais cela est ca- « cliéàtes yeux » Il dit ces mots entrant dans Jérusalem au milieu des acclamations de tout le peuple.

Ce soin, qui le pressait dans son triomphe, ne le quitte pas dons sa passion. Comme on le menait du supplice, « une grande troupe de peuple « et de femmes , qui le suivaient , fhippaient « leur poitrine et gémissaient ; mais Jésus se tour- « nant h elles leur dit : Filles de Jérusalem , im « pleurez pas sur mol ; pleurez sur vous-mêmes

• et sur vos enfants , car bientôt vont venir les « jours où il sera dit : Heureuses les stériles: heun rcuses les entrailles qui n’ont point porté de n fruit , et les mamelles qui n’ont point nourri ■ d’enfants *. » Il ne se plaint pas des maux qu'on lui fait souffrir injustement , mais de ceux qu’un si inique procédé devait attirer à son peuple.

Il n’avait rien oublié pour les prévenir. « Jé- <• rusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et « qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien X de fois ai-je voulu ramasser tes enfants , comme

• une poule ramasse ses petits sous ses ailes: et <1 tu n’as pas voulu ! et voilà que vos maisons

• vont bientôt être désolées »

II fut , et durant sa vie , et à sa mort , exact observateur des lois et des coutumes louables de son pays, même de celles dont il savait qu'il était le plus exempt.

On se plaignit à saint Pierre qu’il ne payait pas le tribut ordinaire du temple, et cet apôtre soutenait qu’en effet il ne devait rien. « Mais Jé- « sus le prévint en lui disant ; De qui est-ce que

• les rois de la terre exigent le tribut, est-ce de

• leurs enfants ou des étrangers? Pierre répondit : « Des étrangers : Jésus lui dit : Les enfants sont

• donc francs ; et toutefois , pour ne causer point

• de désordre, et i>our ne les pas scandaliser,

• allez et payez pour moi et pour vous ■*. » Il fait ptiyer un tribut qu’il ne devait pas , comme fils , de peur d’apporter le moindre trouble à l’ordre .public.

Aussi , dans le désir qu'avaient les pharisiens de le trouver contraire à la loi , ils ne purent jamais lui reprocher que des choses de néant , ou les miracles qu’il faisait le jour du sabbat*;

> Luc. XIX, 41, 42.

* Ibid. XXIII, 27, 28,29.

* MaUh. XXIII, 37, 38.

* Ihid. XVII, 24, 25 , 2«.

S Luc. xiu, 14. Joan. v, e, 12; ix, u, I6.

comme si le sabbat devait faire cesser les œuvres de Dieu aussi bien que celles des hommes.

■ Il était soumis en tout à l’ordre public , fai- ■ sont rendre à César ce qui était à César, et à « Dieu ce qui est à Dieu '. »

Jamais il n’entreprit rien sur l’autorité des magistrats. « Un de la troupe lui dit : Maître , O commandez à mon frère qu'il fasse partage « avec moi. Homme , lui répondit-il , qui m’a éta- « bli pour être votre juge et pour faire vos par- « tages ’ ? »

Au reste, la toute-puissance qu’il avait en main ne l’empêcha pas de se laisser prendre sans résistance. H reprit saint Pierre qui avait donné un coup d’épée, et rétablit le mal que cet apôtre avait fait *.

Il comparait devant les pontifes, devantPilate, et devant Hérode, répondant précisément sur le fuit dont il s’agissait à ceux qui avaient droit de l’interroger. « Le souverain pontife lui dit ; Je « vous commande, de la part de Dieu, de me B dire si vous êtes le Christ fils de Dieu : et il ré- « pondit : Je le suis >> Il satisfit Pilate sur sa royauté qui faisait tout son crime , et l’assura en même temps « qu'elle n’était pas de ce monde *. * Il ne dit mot à Hérode qui n’avait rien à commander dans Jérusalem , à qui aussi on le renvoyait seulement par cérémonie, et qui ne le voulait voir que par pure curiosité, et après avoir satisfait à l’interrogatoire légitime. Au surplus, il no condamna que par son silence la procédure manifestement inique dont on usait contre lui, sans se plaindre, sans murmurer; « se 11- « vrant , comme dit saint Pierre à celui qui le « jugeait injustement. »

Ainsi il fut fidèle et affectionné, jusqu’à la fin, à sa patrie, quoique ingrate, et à ses cruels citoyens, qui ne songeaient qu’à se rassasier de son sang avec une si aveugle fureur, qu’ils lui préférèrent un séditieux et un meurtrier.

Il savait que sa mort devait être le salut de ces ingrats citoyens , s’ils eussent fait pénitence ; c’est pourquoi il pria pour eux en particulier, jusque sur la croix où ils l’avaient attaché.

Caïphe ayant prononcé qu’il fallait que Jésus mourût " pour empêcher toute la nation de pé- « rir, » l’évangéliste remarque f « qu’il ne dit pas « cela de lui-même; mais qu’étant le pontife do «cette année, il prophétisa que Jésus devait « mourir pour sa nation ; et non-seulement pour

* Vatth. XXII, 21.

* Luc. KU, 13 , 14.

* Ibid. XXIII, BO. 61. Joan. XTm, II.

* MaUh. XXVI , 03, 64. Luc. xxu, 70.

* Joan. xvni, 30 , 37.

* Petr. 11,23.

' Joan. XI, 60, 61, 62.

POLITIQtJE

• sa nalion , mais encore ponr ramasser en un les

• enfants de Dieu dispersé. >

Ainsi il versa son sang avec un regard particulier pour sa nation ; et en offrant ce grand sacrilice, qui devait faire l’expiation de tout l'univers , U voulut que l'amour de la patrie y trouvât sa place.

lit’ PHOrosrrioa.

Les apOtret et les premiers fidèles ont Uiojours Clé de bons citüyeus.

Leur maître leur avait inspiré ce sentiment. Il les avait avertis qu'ils seraient persécutés par toute la terre , et leur avait dit en même temps ■ qu'il les envoyait comme des agneaux au mi-

• lieu des loups * ; • c'est-à-dire , qu'ils n'avaient qu'à souffrir sans murmure et sans résistance.

Pendant que les Juifs persécutaient saint Paul nvecune haine implacable, ce grand homme preud Jésus-Christ , qui est la vérité même , et sa conscience A témoin que , touché d'une extrême et continuelle douleur pour l'aveuglement de scs frères, « U souhaite d'être anathème pour eux.

• Je vous dis la vérité , Je ne mens pas : ma con-

• science éclairée par le Saint-Ksprit m'en rend j

• témoignage etc. • |

Dans une famine extrême il fit une quête pour j

ceux de sa nation, et apporta lui-même à Jéru- I Salem les aumênes qu'il avait ramassées pour eux ' dans toute la Grèce. « Je suis venu , dit-il ’ , pour

> faire des aumènes à ma nation, v

Ki lui ni ses compagnons n'ont Jamais excité de sédition, ni assemblé tumultuairement le peuple 4.

Contraint par la violence de ses citoyens d'appeler à l'empereur, il assemble les Juifs de Borne pour leur déclarer n que c'est malgré lui qu'il a « été oblige d'appeler à César ; mois qu'au reste

• il n'a aucune accusation ni aucune plainte ù

> faire contre ceux de sa nation '. • Il ne les accuse pas ; mais il les plaint, et ne parie jamais qu'avec compassion de leur endurcissement En effet, accusé devant Félix, président de Judée il se défendit simplement contre les Juifs , sans faire aucun reproche à de si violents persécuteurs.

Durant trois cents ans de persécution impitoyable , les chrétiens ont toujours suivi la même conduite.

Il n'y eut Jamais de meilleurs citoyens, ni qui füssent plus utiles à leur pays, ni qui servissent plus volontiers dons les armées , pourvu qu'on ne

■ HaUh. X , 16.

■ JloiN. IV, 1 , 6, 3.

1 XXIV, 17. a«m. XV, ZI., 36.

4 ytcl.XXIt, 13, 18.

* /6irf. XXTtll, 10.

5 Ibid. XXIV, 10, etc.

voulût pas les y obliger A l'idolâtrie. Écoutons le témoignagedeTertullicn.«Vousditcsquelesehré-

• tiens sont inutiles : nous naviguons avec vous , « nous portons les armes avec voas , nous eul-

• tivons la terre , nous exerçons la marchan-

• dise ‘ , ■ c'est-à-dire , nous v ivons comme les autres dans tout ce qui regarde la société.

L'empire n'avoit point de meilleurs soldats ; outre qu'ils combattaient vaillamment, ils obtenaient par leurs prières cequ'ilsnc pouvaient faire par les armes. Témoin la pluie obtenue par la légion Fulminante, et le miracle attesté par les lettres de Marc-.Aurèle.

Il leur était défendu de causer du trouble , de renverser les idoles , de faite aucune violence ; lc.s régies de l'Église ne leur permettaient que d’attendre le coup en patience.

L’Égiise ne tenait pas pour martyrs ceux qui s'attiraient la mort par quelque violence semblable, et par un faux zèle. Il pouvait y avoir quelquefois des Inspirations extraordinaires ; mais ces exemples n’étaient pas suivis , comme étant audessus de l’ordre.

INous voyons même , dans les actes de quelques martyrs, qu’ils faisaient scnipule de maudire les dieux ; iis devaient reprendre l'erreur sans aucune parole emportée. Saint Paul et scs conv pagnonsen avaient ainsi usé ; et c'est ce qui faisait dire au secrétaire de la communauté d'Éphèse * :

• Messieurs, Il ne faut pas ainsi vous émouvoir, s Vous avez ici amené ecs hommes , qui n'ont « commis aucun sacrilège , et qui n'ont point blas- « phémé votre dée.sse. > Ils ne faisaient point de scandale , et prêchaient la vérité sans altérer le repos public, autant qu'il était en eux.

Combien soumis et paisibles étaient les chrétiens persécutés! ees paroles de Tertiillicn l'expliquent admirablement ’ : • Outre les ordres

• publics par lesquels nous sommes poursuivis ,

• combien de fois le peuple nous nttnquc-t-il à « coups de pierres , et niel-il le feu dans nos mai- « sons dans la Ibreur des bacchanales! On n'é- « pargne pas les clirétiens même après leur mort :

• on les arrache du repos de la sépulture et comme

• de l'asile de la mort. Et cependant quelle ven-

• geance recevez-vous de gens si cruellement « traités? Ne pourrions-nous pas avec peu de flam- « beaux mettre le feu dans la vilie , si parmi nous « il était permis de faire le mal pour le mal? et " quand nous voudrions agir en ennemis déclan'-s, « manquerions-nous de troupes et d'armées? Les

• Maures , ou les Mareomans , et les Pnrthes mê-

• mes qui sont renfermés dans leura limites, se

' TctIhU. dipiil. n*42.

1 » Art. xu , 57.

I • Tcrt. Apvt. d*87.

TIRÉE DE L’ECRITURE. LIV. IL

« trouveront-ils en plus grand nombre que nous , •• qui remplissons toute la terre? Il n’y a que peu « de temps que nous paraissons dans le monde; « et déjà nous remplissons vos villes, vos lies, « vos châteaux, vos assemblées, vos camps, les « tribus , les décuries , le palais , le sénat , le « barreau , la place publique. Nous ne vous lais- ' sons que les temples seuls. A quelle guerre ne c serions-nous pas disposés , quand nous serions

• en nombre inégal au vôtre , nous qui endurons

• si résolument la mort, n’était que notre doctrine « nous prescrit plutôt d’étre tués que de tuer? « Nous pourrions même , sans prendre les armes « et sans rébellion, vous punir en vous abandon- « nant : votre solitude et le silence du monde « vous ferait horreur : les villes vous paraîtraient

• mortes; et vous seriez réduits, au milieu de « votre empire , à chercher à qui commander. Il « vous demeurerait plus d'ennemis que de ci- « toyens; car vous avez maintenant moins d’en- < nemis , à cause de la multitude prodigieuse des « chrétiens.

« Vous perdrez , dit-il encore ‘ , en nous per- « dont. Vous avez par notre moyen un nombre « infini de gens , je ne dis pas qui prient pour

• vous , car vous ne le croyez pas , mais dont « vous n’avez rien à craindre. »

11 se glorifie avec raison que parmi tant d’attentats contre ia personne sacrée des empereurs , il ne s’est jamais trouvé un seul chrétien , malgré l’inhumanité dont on usait sur eux tous. « Et « en vérité, dit-ii *, nous n’avons garde de rien

• entreprendre contre eux. Ceux dont Dieu a ré- « glé les moeurs ne doivent pas seulement épar- « gner les empereurs, mais encore tous les hom- « mes. Nous sommes pour les empereurs tels que « nous sommes pour nos voisins. Car il nous est « également défendu de dire, ou de faire, ou de « vouloir du mal à personne. Ce qui n’est point

• permis contre l’empereur n’est permis contre « personne; ce qui n’est permis contre personne ■ l’est encore moins sans doute contre celui que

• Dieu a fait si grand. »

Voilà quels étaient ies chrétiens si indignement traités.

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