‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 105 sur 518 · PREMIÈRE PROPOSITION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PROPOSITION

Dieu est le vrai roi.

Un grand roi le reconnaît lorsqu’il parle ainsi en présence de tout son peuple ' : « Béni soyez- <« vous, ô Seigneur Dieu d’Israël , notre père de « toute éternité et durant toute l’éternité I A vous, « Seigneur, appartient la majesté, et la puissance, « et la gloire, et la victoire, et la louange : tout n ce qui est dans le ciel et dans la terre est à vous : « H vous appartient de régner, et vous comman- « dez à tous les princes : les grandeurs et les ri- « chesses sont à vous; vous dominez sur toutes 1 choses : en votre main est la force et la puisauce, « la grandeur et l’empire souverain. »

L’empire de Dieu est étemel ; et de là vient qu’il est appelé le roi des siècles *.

L’empire de Dieu est absolu : « Qui osera vous « dire , ô Seigneur : Pourquoi faites-vous ainsi ? « ou qui se soutiendra contre votre jugement? ^ »

Cet empire absolu de Dieu a pour premier titre et pour fondement la création. Il a tout tiré du néant , et c'est pourquoi tout est en sa main : « Le ^igneur dit à Jérémie < ; Va en la maison « d’un potier ; là tu entendras mes paroles. Et • j’allai en la maison d’un potier, et il travaillait « avec sa roue , et il rompit un pot qu’il venait de

• 1. Par. XXI\, tO, 12.

* Apor. SV, 3.

» Sap. XII, 12.'

4 Jcr. SVIII, 1,6.

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« faire de boue, et de la même terre il en Ht « un autre ; et le Seigneur me dit : Ne puis-je •< pas faire comme ce potier? Comme cette terre « molie est en la main du potier, ainsi vous êtes « en ma main , dit le Seigneur. »

11* PfiOPOSITION.

Dieu a exercé visiblement par lui-même Tempiie et l’autorité sur les hommes.

Ainsi en a-t-il usé au commencement du monde. Il était en ce temps le seul roi des hommes , et ies gouvernait visiblement.

il donna à Adam le précepte qu’il lui plut, et lui déclara sur quelle peine il l’obligeait à le pratiquer’. Il le bannit; il lui dénonça qu’il avait encouru la peine de mort.

Il se déclara visiblement en faveur du sacrifice d’Abel contre celui de Gain. Il reprit Caïn de sa jalousie ; après que ce malheureux eut tué son frère , il l’appela en jugement , il l’interrogea , il le convainquit de son crime, il s’en réserva la vengeance, et l’iuterdit A tout autre ’ ; il donna à Caki une espèce de sauvegarde , un signe , pour empêcher qu’aucun homme n’attentât sur lui Toutes fonctions de la puissance publique.

Il donne ensuite des lois à Noé et à ses enfants ; il leur défend le sang et les meurtres , et leur ordonne de peupler la terre * .

Il conduit de la même sorte Abraham , Isoac et Jacob.

Il exerce publiquement l’empire souverain sur son peuple dons le désert II est leur roi , leur législateur, leur conducteur, li donne visiblement le signal pour camper et pour décamper, et les ordres tant de la guerre que de la paix.

Ce règne continue visiblement sous Josué, et sous les Juges : Dieu les envoie : Dieu les établit : et de là vient que le peuple disant à Gédéon :

• Vous dominerez sur nous , vous et votre fils , et le

• fils de votre fils ; il répondit : Nous ne domine- « rons point sur vous, ni moi , ni mou fils;.mois « le Seigneur dominera sur vous *. »

C’est lui qui établit les rois. Il fit sacrer Saül et David par Samuel ; il affermit la royauté dans la maison de David , et lui ordonna do foire régner à sa place Salomon son fils.

C’est pourquoi le trône des rois d’Israël est appelé le trône de Dieu. « Snlômon s’assit sur le ■ trône du Seigneur, et il plut à tous, et tout « Israël lui obéit » £t encore : « Béni soit le < Seigneur votre Dieu , dit la reine do Soba à

• On.in.

• Ibid. IV, 4, 6,6, 9, 10.

3 Ibid. 16.

' Ibid. IX, 1,6, 6, 7.

S Jud. VIII, SX, 23-

• 1. Par. XXJX , 23.

« Salomon qui a voulu vous faire seoir sur «m « trône , et vous établir roi pour tenir la place du « Seigneur votre Dieu. »

lU* PBOPOSmON.

Le premier empire parmi les hommes est l’empire paternel.

Jésus-Christ , qui va toujours à la source , semble l’avoir marqué par ces paroles : « Tout royaume « divisé en lui-même sera désolé; toute ville et « toute famille divisée en elle-même ne subsistera « pas *. V Des royaumes il va aux villes, d’où les royaumes sont venus; et des villes H remonte encore aux familles, comme au modèle et au principe des villes , et de toute lo société humaine.

Dès l’oçigine du monde Dieu dit à Ève, et en elle à toutes les fenunes : « Tu seras sous la puis- « sance de l’homme , et il te commandera K »

Au premier enfant qu’eut Adam , qui fut Caïn , Ève dit : « J’ai possédé un homme par la grâce « de Dieu *. » Voilà donc aussi les enfants sous la puissance paternelle. Car cet enfant était plus encore en la possession d’Adam , à qui la mère elle-même était soumise par l’ordre de Dieu. L’un et l’autre tenaient de Dieu cet enfant , et l’empire qu’ils avaient sur lui. « Je l’ai possédé, dit Ève, O mais par la grâce de Dieu.

Dieu ayant mis dans nos {iarents , comme étant en quelque façon les auteurs de notre vie , une image de la puissance par laquelle il a tout fait , il leur a aussi transmis une image de la puissance qu’il a sur scs œuvres. C'est pourquoi nous voyons dans le Décalogue , qu’après avoir dit : « Tu adortN « ras le Seigneur ton Dieu , et ne serviras que « lui ; V il ajoute aussitôt : x Honore ton père et « ta mère, afin que tu vives longtemps sur la « terre que le Seigneur ton Dieu te donnera >• Ce précepte est comme une suite de l’obéissance qu’il faut rendre à Dieu , qui est le vrai père.

De là nous pouvons juger que la première idée de commandement et d'autorité humaine, est venue aux hommes de l’autorité paternelle.

Les hommes vivaient longtemps au commencement du monde , comme l’atteste non-seulement l’Écriture , mais encore toutes les anciennes traditions : et la vie humaine commence à dçcroitro seulement après le déluge, où U se fit une si grande altération dans toute la nature. Un grand nombre de familles se voyaient par ce moyen réunies sous l’autorité d’un seul grand-père ; et cette union de tant de familles avait quelque image de royaume.

' II. Par. IX , 8.

* Matth. XII, 26.

* Gcn. III, 16.

4 Ibid, nr, I.

» Bxod. XX , 13.

TIRÉE DE L'ÉCRITURE. LIV. II

Assurément durant tout le temps qu'Adam vécut, Seth , que Dieu lui donna é la place d’Abel , lui rendit avec toute sa famille une entière obéissance.

Caïn , qui viola le premier la fraternité humaine par un meurtre, fut aussi le premier à se soustraire de l’empire paternel : haï de tous les hommes, et contraint de s’établir un refuge, il bâtit la première ville, à qui il donna le nom de son fils Henoch

Les autres hommes vivaient à la campagne, dans la première simplicité , ayant pour loi la volonté de leurs parents , et les coutumes anciennes.

Telle fut encore, après le déluge, la conduite de plusieurs familles, surtout parmi les enfants de^m, où se conservèrent plus longtemps les anciennes traditions du genre humain, et pour le culte de Dieu, et pour la manière du gouvernement.

Ainsi Abraham, Isaacet Jacob, persistèrent dans l’observance d’une vie simple et pastorale. Ils étaient avec leur famille libres et indépendants : ils traitaient d’égal avec les rois. Abime- Icch , roi de Gérare , vint trouver Abraham ; • et

• ils firent un traité ensemble ■. «

Il se fait un pareil traité entre un autre Abime- Icch, fils decelui-cf, et Isaac, fils d’.âbraham.

• Nous avons vu , dit Abimelech que le Seigneur

■ était avec vous , et pour cela nous avons dit :

■ Qu’il y ait entre nous un accord confirmé par

• serment. »

Abraham fit la guerre de son chef aux rois qui avaient pillé Sodomc, les défit, et offrit la dlme des dépouilles à Melchisédech , roi de Salem , pontife du Dieu très-haut i.

C’est pourquoi les enfanta de Seth, avec qui il fait un accord , l’appellent Seigneur, et le traitent de prince. • Ëcoutez-nous , ^igneur ; vous êtes

• parmi nous un prince de Dieu ‘ , ■ c’est-à-dire , qui ne relève que de lui.

Aussi a-t-il passé pour roi dans les histoires profanes. Nicolas de Damas, soigneux observateur des antiquités, le fait roi; et sa réputation dans tout l’Orient est cause qu’il le donne à son pays. Mais au fond la vie d’ Abraham était pastorale, son royaume était sa famille; et il exerçait seulement, à l'exemple des premiers hommes, l’empire domestique et paternel.

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