‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 109 sur 518 · II. XLV, I · texte numérisé non relu

II. XLV, I

* I. Rrç. XII, 3, 4, S.

> nu. XXVI, 16 < nu. 34.

‘ nu. XXIV , 7, 1 1 , de. ; XXVI , 33.

s nu. XXIV. a.

POLITIQUE

lu' raoposmos.

On doit obëlr au priiira par prinri[>p de religion et de ceoadence.

Saint Paul , après avoir dit qup le prince est le ministre de Dieu , conclut ainsi ' ; « I i est donc

• nécessaire que vous iui soyez soumis, non-seu-

• lement par la crainte de sa colère, mais encore

■ par l’obligation de votre conscience. -

C’est pourquoi « il le faut servir, non à l’oeil ,

• comme pour plaire aux hommes, mais avec

• bonne volonté , avec crainte , avec respect , et

• d’un cœur sincère comme à Jésus-Christ •

Et encore : • Serviteurs, obéissez en toutes choses

« à vos maîtres temporels, ne les servant iioint

■ il l’œil, comme pour plaire à des hommes, mais « en simplicité de cœur et dans la crainte de

• Dieu. Faites de bon cœur tout ce que vous faites,

• comme servant Dieu et non pas les hommes ,

• assurés de recevoir de Dieu même la récom- ' |>en$e de vos services. Regardez Jésus-Christ

• comme votre maître’. •

Si l’.\pôtre parle ainsi de la servitude, état contre nature , que devons-nous penser de la sujétion légitime aux princes et aux magistrats protecteurs de la liberté publique !

C’est pourquoi saint Pierre dit : • Soyez donc

• soumis, pour l’amour de Dieu , à l’ordre qui est " établi parmi les hommes : soyez soumis au roi , > comme A celui qui a la puissance suprême ; et

• à ceux A qui il donne son autorité, comme étant

• envoyés de lui pour la louange des bonnes ac-

• tions et la punition des mauvaises «

Quand même ils ne s’acquitteraient pas de ce devoir, il faut respecter en eux leur charge et leur ministère. • Obéissez Avos maîtres , non-seu-

• lement A ceux qui sont bons et modériis, mais

• encore A ceux qui sont fâcheux et injustes >i

Il y a donc quelque chose de religieux dans le respect qu’on l'end au prince. Le service de Dieu et le respect pour les rois sont choses unies; et saint Pierre met ensemble cesdeux devoirs ; Crai-

• gnez Dieu , honorez le roi ®. »

Aussi Dieu a-t-il mis dans les princes quelque chose de divin. « J’ai dit : l'ous êtes des dieux ,

• et vous êtes tous enfants du Très-Haut > C’est Dieu même que David fait parler ainsi.

De IA vient que les serviteurs de Dieu jurent par le salut et la vie du roi , comme par une chose divine et sacrée. Urie parlant A David : « Par votre

' 4t«m. XIII. s.

’ Bphft. VI, K, 0.

3 (otou. III, SS, 23, S4.

« I. Pftr. Il, 13, U.

• /rf. IH.

• Id. 17.

^ Pt UI\!U, «.

■ salut et par la con.servation de votre vie, je ne

• ferai point cette chose '. »

Encore même que le roi soit infidèle, |iar la vue qu’on doit avoirde l’ordre de Dieu : • Par le salut « de Pharaon , je ne vous laisserai point sortir

• d’ici ’. •

Il faut écouter ici les premiers chrétiens, et Tertullien qui parle ainsi nu nom d’eux tous ;

• >'ous jurons , non par les génies des césars , mais « par leur vie et par leur salut, qui est plus uii- « guste que tous les génies. IVe savez- vous pas que

• les génies sont des démons? Mais nous , qui re- « gardons dans les empereurs le choix et le juge-

• ment de Dieu qui leur a donné le commandement « sur tous les peuples , nous respectons en eux ce O que Dieu y a mis, et nous tenons cela A grand

• serment ’. •

Il ajoute : » Que dirai-je davantage de notre “ religion et de notre piété pour l’empereur, que

• nous devons respecter comme celui que notre

• Dieu a choisi : en sorte que je puis dire que Cé-

• sar est plus A nous qu’A vous , parce que c’est

• notre Dieu qui l’a établi *1 •

C’est donc l'esprit du christianisme de faire respecter les rois avec une espèce de religion , que le même Tertullien appelle très-bien , ■< la religion « de la seconde majesté »

Cette seconde majesté n’est qu’un écoulement de la première, c’est-A-dire, de la divine, qui pour le bien des choses humaines , a voulu faire rejaillir quelque partie de son éclat sur les rois.

IV" PBOPOSIXIOX.

Les rois doivent respecter lear propre piiissoncc , et ne remployer qu’au bien public.

Leur puissance venant d’en haut , ainsi qu’il a été dit, ils ne doivent pascroirequ’ilsen soient les maîtres |wur en user A leur gré ; mais ils doivent s’en servir avec crainte et retenue, comme d’une chose qui leur vient de Dieu , et dont Dieu leur demandera compte. • Écoutez, ô rois, et com-

• prenez ; apprenez , juges de la terre : prêtez l’o-

• rcille , A vous qui tenez les peuples sous votre « empire , et vous plaisez A voir la multitude qui

• vous environne. C’est Dieu qui vous a donné la « puissance : votre force vient du Très-Haut , qui

• interrogera vos œuvres, et pénétrera le fond

• de vos pensées; parce que, étant les ministres " de son royaume , vous ii’avcz pas bien jugé , et

n’avez pas marché selon ses volontés. Il vous ■ paraîtra hicntAt d’une manière terrible : car A « ceux qui commandent est réservé le châtiment

' II. Hrg. XI, Il ; XIV, 19.

* Grn. \ui, lA, 10.

3 TrtiuU. jptd. n° 32

* Id. ibid. n* 33.

* Jd. ibid.

TIRÉE DE L’ECRITURE. LIV. II l

« le plus dur. On nura pitié des petits et des faiblés; mais les puissants seront puissamment

• tourmentés. Car Dieu ne redoute la puissance

• de personne , parce qu'il a fait les grands et les petits , et qu'il a soin également des uns et des

• autres. Et les plus forts seront tourmentés plus ■ fortement. Je vous le dis , ô rois , afin que vous

• soyez sages, et que vous ne tombiez pas >

Ixs rois doivent donc trembler en se servant de la puissance que Dieu leur donne , et songer combien horrible est le sacrilège d'employer au mal une puissance qui vient de Dieu.

Nous avons vu les rois assis dans le tréne du Seigneur, ayant en main l'épée que lui-méme leur a mise en main. Quelle profanation et quelle audace aux rois injustes, de s'asseoir dans le tréne de Dieu , pour donner des arrêts contre ses lois ; et d’employer l'epée qu'il leur met en main , à faire des violences , et h égorger ses enfants I Qu'ils respectent donc leur puissance ; parce que ce n'est pas leur puissance , muis la puissance de Dieu , dont il faut user saintement et religieusement. Saint Grégoire de ^azlanze parle ainsi auz empereurs : > Respectez votre pourpre : re- ' connaissez le grand mystère de Dieu dans vos t personnes ; il gouverne par lui-méme les choses

• célestes; il partage celles de la terre avec vous. « Soj cz donc des dieux à vos sujets. • C'est-à-dire , gouvemez-les comme Dieu gouverne , d'une manière noble, désintéressée, bienfaisante; eu un mot , divine.

ARTICLE III

L'autorité royale est paternelle , et son propre caractère c’est la bonté.

Après les choses qni ont été dites , cette vérité n'a plus besoin de preuves.

[Sous avons vu que les rois tiennent la place de Dieu , qui est le vrai père du genre humain. ^o^^s avons vu aussi que la première idée de puissance qui ait été parmi les hommes est celle de la puissance paternelle; et que l'on a fait les rois sur le modèle des pères.

Aussi tout le monde est-ll d'accord , que l'obéissance qui est due à la pulssanee (uiblique, ne se trouve , dans le Décalogue, que dans le précepte qui oblige à honorer ses parents.

Il parait , par tout cela , que le nom de roi est un nom de père , et que la bonté est le caractère le plus naturel des rois.

Faisons néanmoins ici une réflexion particulière sut une vérité si importante.

» Sni>. VI, î, s, rlc.

PaSMlèXB PBOPOSITIO.V.

La bonlé est uac qualité royale et le vrai apanage de la grandeur.

• Le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux , « et le Seigneur des seigneurs : un Dieu grand , « puissant , redoutable ; qui n'a point d'égard aux « personnes en jugement , et ne reçoit pas de pré- « sents; qui fait justice nu pupille et à la veuve ; « qui aime l’étranger et lui donne sa nourriture

• et son vêtement’. •

Parce que Dieu est grand et plein en lui-même , il se tourne, pour ainsi dire, tout entier à faire du bien aux hommes, conformément à cette parole :

• Selon sa grandeur, ainsi est sa miséricorde'. •

Il met une image de sa grandeur dans les rois , afin de les obliger à imiter sa bonté. -

Il les élève à un état où ils n'ont plus rien à désirer pour eux-mêmes. Nous avons oui David disant : • Que peut ajouter votre serviteur à toute « cette grandeur dont vous l’avez revêtu *? v

Et en même temps il leur déclare qu'il leur donne cette grandeur pour l'amour des peuples, v Parce que Dieu aimait son peuple , il vous a fait ■ régner sur eux *. » Et encore : ■ Vous avez plu V au Seigneur, il vous a placé sur le trAnc d'Is- " raél ; et parce qu’il aimait ce peuple , il vous a « fuit leur roi pour faire justice et jugement L •

C’est pourquoi dans les endroits ou nous lisons que le royaume de David fût élevé sur le peuple , l’hébreu et le grec portent pour le peuple. Ce qui montre que la grandeur a pour objet le bien des peuples soumis.

En effet , Dieu qui a formé tous les hommes d'une même terre pour le corps, et a mis également dons leurs .Ames son image et sa ressemblance, n'a pas établi entre eux tant de distinctions, pour faire d'un cAté des orgueilleux, et de l'autre des esclaves et des misérables. Il n'a fait des grands que pour protéger les petits; il n'a donné sa puissance aux rois , que pour procurer le bien public, et pour être le support du peuple.

Il' FBOPOSITIOX.

Le prince n'esl pas né pair liii-meme, mais istur te public.

C'est une suite de la proposition précédente , et Dieu eonflrme cette vérité par l'e-xcmplc da Moïse.

Il lui donne son peuple à conduire, et eu même temps il fait qu'il s'oublie lui-même.

t Di-ul. 1, 17, is.

• r.Ti. Il , M.

• II. Rcj. VII. 50. 1. Per. xni. is.

t II. Plir. M. II.

S Ul. Sr». » , «

pounyuE

lit;

Après bcAucoop de travaux , et après qu'il a supporte l'ingratitude du peuple durant quarante ans , pour le conduire en la terre promise , il en est exclu : Dieu le lui déclare , et que cet honneur était réservé à Josué'.

Quant il Moïse ,11 lui dit ; > Ce ne sera pas vous

• qui introduirez ce peuple dans la terre que je > leur donnerai’. » Comme s'il lui disait : Vous en aurez le travail , et un autre en aura le fruit.

Dieu lui déclare sa mort prochaine^; Moïse, Siins s'étonner et sans songer & lui-méme , le prie seulement de pourvoir au peuple. • Que le Dieu

• de tous les esprits donne un conducteur é cette

• multitude, qui puisse marcher devant eux;

• cpii le mène et le ramène, de peur que le peu-

• pie du Seigneur ne soit comme des brebis sans

• ]iastcur<. •

Il lui ordonne une grande guerre en ces termes : > Venge ton peuple des Madionites, et

• puis tu mourras *. • Il veut lui faire savoir qu'il ne travaille pas pour lui-méme , et qu'il est tait pour les autres. Aussitét, et sons dire un mot sur sa mort prochaine , Moïse donne ses ordres pour la guerre, et l'achcve tranquillement®.

Il achève le peu de vie qui lui reste , à enseigner le peuple et à lui donner les instructions qui composent le livre du Deutéronome. Et puis il meurt, sans aucune récompense sur la terre, dans un temps où Dieu les donnait si libéralement. Aaron a le sacerdoce pour lui et pour sa postérité : Caleb et sa famille est pourvu magnifiquement ; les autres reçoivent d'autres dons ; Moïse rien ; on ne sait ce que devient sa famille. C'est un persounage public né pour le bien de l'univers ; ce qui aussi est la véritable grandeur.

Puissent les princes entendre que leur vraie gloire est de n'étre pas pour eux-mémes, et que le bien public qu'ils procurent leur est une assez digne récompense sur la terre , en attendant les biens éternels que Dieu leur r^erve I iii' raoposiTiox.

Le prince (luit pourvoir aux besoins dn peuple.

• Le Seigneur a dit à David : Vous paîtrez

• mon peuple d'Israël , et vous en serez le con-

• ductcurr. •

• Dieu a choisi David, et l'a tiré d'après les

• brebis pour paître Jacob son serviteur, et Is-

• raêl sou héritage®. > Il n'a fait que changer de

t TVi»/. 7.

’ Amwi. XI, 17.

» JM. XXVII, 13.

• Ibtd. 10, 17.

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