XXXII
z:evj uy (jOOgIc
TIREE DE L'ÉCRITURE. LIV. III
IV* PBOPOSITIOK.
Dana le penpk , ceox à qui le ptince doit le plus pounoir, aont les faibles.
Parce qu’ils ont plus besoin de celui qui est, par sa charge , le père et le protecteur de tous.
C'est pour cela que Dieu recommande principalement aux juges et aux magistrats les veuves et les pupilles.
Job, qui était un grand prince, dit aussi : • On
• me rendait témoignage , que j'écontais le cri « du pauvre , et délivrais le pupille qui n’avait
> point de secours ; la bénédiction de celui qui « allait périr venait sur moi , et je consolais le
> cœur de la veuve '. • Et encore : « J’étais l'œil
• de l'aveugle , le pied du boiteux , le père des « pauvres ■ Et encore : • Je tenais la première
• place, assis au milieu d’eux , comme on roi en-
• vironné de sa cour et de son armée : j'étais le
• consolateur des affligés ’. •
Sa tendresse pour les pauvres est inexplicable.
■ Si j’ai refusé aux pauvres ce qu’ils demandaient , « et si j'ai fait attendre les yeux de la veuve ; si •j’ai mangé seul mon pain, et ne l’ai pas par-
• tagé avec le pupille , parce que la compassion
• est née avec moi , et a crû dans mon cœur dès
• mon enfance : si j’ai dédaigné celui qui mou- " mit de froid fauted’habits;slsesc6tésnem’ont
■ pas béni , et s’il n’a pas été réchauffé par la laine « de mes brebis, puisse mon épaule se séparer
• de sa jointure , et que mon bras soit brisé avec « ses os*. » Être impitoyable à son peuple , c’est se séparer de ses propres membres , et on mérite de perdre ceux de son corps.
Il donne libéralement ; il donne pénétré de compassion ; il donne , sans faire attendre : qu’y a-t-il de plus paternel et de plus royal?
Dans les vœu.x que David fit pour Salomon , fc jour de son sacre, il ne parle que du soin qu’il aura des pauvres, et met en cela tout le bonheur de son règne. • Il jugera le peuple avec équité, et « fera justice an pauvre*. » Il ne se lasse point de louer cette bonté pour les pauvres. • 1 1 protégera ,
■ dit-il, les pauvres dn peuple, et il sauvera les " enfants des pauv rcs , et il abattra leurs oppres-
• seurs. ■ Et encore : • Tous les rois de la terre i’a-
• doreront, et toutes les nations lui seront sujet-
■ tes, parce qu'il délivrera le pauvre des mains - du puissant, le pauvre qui n'avait i>olnt de sc- " cours. Il sera bon au pauvre et à l’indigent; il " sauvera lesdracsdes pauvres ; il lesdélivrcrn des
■ usures et des violences, et leur nom sera ho-
' M. xviv, II, ta, la.
> r/. ibitt. 15, la.
• /rf. ibi4. 2T».
* /^ \X\i, Ifl 17. IK, etc.
^ ijixi, I, I, II, 12, etc.
« Dornble devant lui. > Ses bontés pour le* pauvres lui attireront avec de grandes rlebcsses, la prolongation de scs jours, et la bénédiction de tous les peuples. • Il vivra, et l’or de Saba lui . sera donné ; il sera le sujet de tous les vœux ,
• on ne cessera de le bénir. . Voilà un règne merveilleux , et digne de figurer celui du Messie.
David avait bien conçu que rien n’est plius royal que d'être le secours de qui n’rn a point ; et c est tout ce qu'il souhaite au roi son fils.
Ceux qui commandent les peuples , soit princes, soit gouverneurs, doivent, à l'exemple de ^éhémias, soulager le peuple accablé '. • I.es . gouverneurs qui m’avaient précédé foul,aient le . peuple , et leurs serviteurs tiraient beaucoup : . et moi , qui craignais Dieu , je n’en ai pas usé « ainsi ; au contraire, j’ai contribué à rebâtir les . murailles : je n’ai rien acquis dans le pays; • plus soigneux de donner que de m'enrichir : • et " je faisais travailler mes serviteurs. Je tenais
• une grande table, où venaient les magistrats
• et les principaux de la ville, sans prendre les . revenus assignés au gouverneur ; car le peuple
• était fort appauvri. >
C'est ainsi que ^'chémias se réjouissait d’avoir soulagé le pauvre peuple, et il dit ensuite plein de confiance : . O Seigneur I souvenez-vous de « moi en bien, selon le bien que j’ai fait a votre . peuple ’. .
V* PBOFOSITIOX.
Le vrai caractère du priiKe est de pourvoir aux besoins du peuple, comme celui du IjT.in e.sl de ne sun^ter qu'a lui-meme.
Aristote l'a dit; mais le Saint-Esprit l'a prononcé avec plus de force.
Il représente en un mot le caractère d’une âme superbe et tyrannique, en lui faisant dire ; • Je ■> suis , et il n'y a ([ue moi sur la terre *. •
Il maudit les princes qui ne songent qu’à euxmêmes , par ces terribles paroles * : . Voici ce « que dit le Seigneur : Malliettr aux pasteurs « d’Israël qui se paissent eux-mêmes. Les trou- . peaux ne doivent-ils pas être nourris par les « pasteurs? vous mangiez le lait de mes brebis, " et vous vous couvriez de leur laine , et vous
• tuiez ce qu'il y avait de plies gras dans le trou- . peau , et ne le paissiez pas ; vous n'ax ez pas « fortifié ce qui était faible, ni guéri ce qui était « malade, ni remis ce qui était rompu , ni clierché « ce qui était égaré , ni ramené ce qui était perdu :
vous vous contentiez de leur parler durement et . Impérieusement. Et mes brebis dispersées, parce
■ II. ÜMdr. ». 15, IS, 17, 18 > /./. ibid. 19.
t Is. XLVII, 10.
* Z'rccA. xxxiv, a, a, 4, rtc.
POLITIQUE
MS
• quelles n'avaient pas de pasteun , ont été la •> proie des bêtes farouches ; elles ont erré dans « toutes les montagnes et dons toutes Iss collines ,
• etscsoutrépanduessurtoutelafacedolaterre;
• et personne ne les recherchait, dit le Seigneur.
• Pour cela, A pasteurs, écoutez la parole du
■ Seigneur : je vis éterneiiement , dit le Seigneur :
• parce que mes brebis dispersées ont été en proie
• faute d'avoir des pasteurs; car mes pasteurs
> ne cherchaient point mon troupeau : ces pas-
> teurs se paissaient eux-mémes, et ne paissaient « point mes brebis; et voici cequedit le ligueur :
• Je rechei-cherai mes brebis de la main de leurs
• p;isteurs , et je les chasserai , afin qu'ils ne pais- X sent plus mon troupeau , et ne se paissent plus
• eux-mémes; et je délivrerai mon troupeau de
■ leur bouche, et ils ne le dévoreront plus. >
Ou voit ici , premièrement : que le caractère du mauvais prince est de se poitre soi-méme , et de ne songer pas nu troupeau ;
Deuxièmement : que le Saint-Esprit lui demande compte non-seulement da mol qu'il fait, ■sais encore de celui qu'ii ne guérit pas ;
Troisièmement ; que tout ie mal que les ravisseurs font é ses peuples , pendant qu'il les abandonne , et ne songe qu'à scs plaisirs , retombe sur lui.
Vl' PEOPOSITIOV.
Le prince inutile au bien du peuple , est puni aussi bien que le mèctuint qui le tyrannise.
C'est la règle de lajustleedi vine, dene punir pas seulement les serviteurs violents , qui abusent du pouvoir qu'il leur a donné , mais encore les serviteurs inutiles , qui ne font pas prolltcr le talent qu'il leur a mis en main. • Jetez le serviteur inu-
■ tile dans les ténèbres extérieures , • c'est-à-dire , dans la prison obscure et profonde , qui est hors de la maison de Dieu : • là seront pleurs et grin- •. céments de dents '. •
C'est pourquoi nous venons d'entendre qu'il reprocluiit aux pasteurs, non-seulement qu'ils dévoraient son troupeau , mais qu'ils ne le gué- .rissaient pas , qu'ils le négligeaient et le laissaient dévorer.
Mardochée manda aussi à la reine Esther, dons le péril extrême du peuple de Dieu : ■ Ne croyez . pas vous pouvoir sauver toute seule, parce que
• vous êtes la reine , et élevt-e au-dessus de tons
• les autres : car si vous vous taisez, les Juifs
• seront délivrés par quelque autre voie ; et vous ' périrez , vous , et la maison de votre père *. •
' Manh. ixT, ao.
> E$th. IT, 13, i«.
vil* paoposiTioir.
La bonté du prince ne doit pu être altérée par l'ingratitude du peuple.
Il n'y a rien de plus ingrat envers Moïse que le peuple Juif. Il n'y a rien de meilleur envers le peuple Juif que Moise. On n'entend partout dans l'Kxode et dans les Nombres , que des murmures insolents de ce peuple contre lui ; toutes leurs plaintes sont séditieuses , et Jamais il n'entend de leur bouche des remontrances tranquilles. Des menaces ils passent aux effets. • Tout le peuple
• criait contre lui, et voulait le lapider '. » Mais, pendant cette fureur, il plaide leur cause devant Dieu , qui voulait les perdre. • Je les frapperai
• de peste , et je les exterminerai , et Je te ferai
• prince d'une grande nation plus puissante que
• celle-ci. — Oui , Seigneur, répondit Moise , afin
• que les Égyptiens blasphèmentcontre vous. Glo- « rillez plulAt votre puissance, A Dieu patient et
• de grande miséricorde ! et pardonnez àce peuple
• selon vos bontés inAnies *. ^
Il ne répond pas seulement aux promesses que Dieu lui fait , occupé du péril de ce peuple ingrat , et s'oubliant toujours lui-méme.
Bien plus, il se dévoue pour eux. « Seigneur, « ou pardonnez-leur ce péché , ou effacez-moi « de votre livre ■c'est-à-dire, Atez-moi la vie.
David imite Moïse. Malgré toutes ses bontés , son peuple avait suivi la révolte d'Absalon; et depuis, celle de Séba *. Il ne leur en est pas moins bon ; et même no laisse pas de se dévouer, lui et sa famille , pour ce peuple tant de fois rebelle. • Voyant l'ange qui frappait le peuple : O
• Seigneur ! s'écria-t-il , c'est moi qui ai péché ,
■ c'est moi qui suis coupable ; qu'ont fait ces bre-
■ bis que vous frappez? Tournez votre main con-
■ tre moi , et contre la maison de mon père ‘. >
• A Dieu ne plaise, dit Job que Je me sols « réjoui de la chute de mon ennemi , ou du mal
• qui lui arrivait. Je n'ai pas même péché contre
• lui par des paroles, ni Je n'ai fait aucune im-
• précation contre sa vie. ■
VIIl* PEOPOSITIOX.
Le prince ne doit rien donner k son ressentiment ni b son humeur.
Ixis commencements de Saiil sont odmirahles , lorsque la fortune n'avait pas encore perverti en lui les Iwnncs di.spositions qui l'avaient rendu digne de la royauté. Une partie du peuple avait refusé de lui obéir ; • Cet homme nous pourrs-t-il
■ /Vum. XIV, 4, 10.
* /b/d. 12, 13, etc.
» IXAII, 31.
* U. JtfJ. XV, XX.
& Ibid, im, 17.
Job. &1XI,39, 30.
TIREE DE LÉCRITÜUE. UV. III.
• sauver? Ils le méprisèrent , et ne lui apportè- <• rent pas les présents ordinaires eu cette occa-
• sion'. «Comme donc il venait de remporter une glorieuse victoire , < tout le peuple dit à Samuel : « Qu'on nous donne ceux qui ont dit : Saül ne « sera pas notre roi , et qu'on les fasse mourir. A
• quoi Safil répondit : Personne ne sera tué en
■ ce jour, que Dieu a sauvé son peuple ’. «
En ce jour de triomphe et de salut , Il ne pouvait offrir à Dieu un plus digne sacrifice que celui de la clémence.
Voici encore un exemple de sa vertu en la pet^ sonne de David. Durant que Saül le persécutait, il était avec ses troupes vers le Carmel , où il y avait un homme extraordinairement riche , nommé Kabal. David le traitait avec toute la bonté possible : non-seulement II ne souffrait pas que scs soldats lui lissent aucun tort ; chose difficile dans la licence de la guerre , et parmi des trouiies tumultuniremcut ramassées sans paye réglée, telles qu'étaient alors celles de David; mais les gens de Nabal confessaient eux-mémes, qu'il les protégeait en toutes choses. ■ Ces hommes , di- . scnt-ils, nous sont fort bons : nous n'avons ja-
• mais rien perdu parmi eux ; et nu contraire ,
• pendant que nous paissions nos troupeaux , ils
■ nous étaient nuit et jour comme un rempart • C'est le vrai nsage de la puissance : car que sert d'élre le plus fort , si ce n'est jiour soutenir le plus faible?
C'est ainsi qu'en usait David : et cependant comme scs soldats, en un jour de réjouissance, vinrent demander à IS'abal , avec toute la douceur possible, qu'il leur donnât si peu qu'il voudrait; cet homme féroce, non-seulement le refusa , mais encore il s'emporta contre David d'une manière outrageuse, sans aucun respect pour un si grand liommc, destiné ù la royauté par ordre de Dieu ; et , sans être touché de la persécution qu'il souffrait injustement, l'appelant, au contraire , un valet rebelle qui voulait faire le maître t.
A ce coup la douceur de David fut poussée à bout ; il courait à la vengeance : mais Dieu lui envoie Abigaïl , femme de Nabal , aussi prudente que belle , qui lui parla en ces termes ‘ : ■ Que le
• roi mon seigneur ne prenne pas garde aux cm-
• portements de cet insensé. Vive le Seigneur qui « vous a empêché de verser le sang , et a consen é
• vos mains pures et innocentes ! le Seigneur « vous sera une maison puissante et fidèle , parce
• que vous combatte! pour lui. A Dieu ne plaise
■ I, Kr}. X , J7.
■ tbid. SI, IS, 13.
3 Ibid. SXT, Ift, 1«.
* /èàrf. i«, fir.
& /6lJ. 2t, rtc.
. qu'U vous arrive de faire aucun mal dans tout « le cours de votre vie! Quand le Seigneur aura
< accompli ce qu'il vous a promis, et qu'il vous
• aura établi roi sur son peuple d'Israël , vous
• n'aurez point le regret d'avoir répandu le sang « innocent , ni de vous être vengé vous-même, et
• cette triste pensée ne viendra pas vous troubler . au milieu de votre gloire ; et mon seigneur se
• ressouviendra de sa servante. .
Elle parlait à David comme assurée de sa bonté , et le touchait en effet par où il était sensible , lui faisant voir que la grondeur n'était donnée aux hommes que pour bien faire , comme il avait toujours fait ; et qu'au reste toute sa puissance n'aurolt plus d'agrément pour lui , s'il pouvait se reprocher d'en avoir usé avec violence.
David , pénétré de ce discours , s 'écrie • : • Béni . soit le Dieu d'Israël qui vous a envoyée à ma
• rencontre ; béni soit votre discours , qui a cab
> mé ma colère ; et bénie soyez-vous vousmême ,
> vous qui m'avez empêché de verSer du sang , et . de me venger de ma main. •
Comme il goûte la douceur de dompter sa colère I et dans quelle horreur entre-t-il de l'action qu'il allait faire I
Il reconnaît qu'en effet la paissance doit être odieuse, même à celui qui l'a en main, quand elle le porte à sacrifier le sang innocent à son ressentiment particulier. Ce n'est pas être puissant , que de n'avoir pu résister à la tentation de la puissance ; et quand on en a abusé , on sent toujours en soi-même qu'on ne la méritait pas.
Voilé quel était David : et il n'y a rien qui fasse plus déplorer ce que l'amour et le plaisir peut sur les hommes , que de voir un si bon prince poussé jusqu’au meurtre d’Urie par cette aveugle passion.
Si le prince ne doit rien donner à scs ressentiments particuliers, k plus forte raison ne doitil pas se laisser maîtriser par son humeur, ni par des aversions ou des inclinations irrégulières : mois il doit agir toujours par raison comme on dira dons la suite.
IX‘ PKOPOSITIOX.
L'a bon prince épargne le sang humain.
« Qui me donnera, avait dit David’, qui me . donnera de l'eau de la citerne de Bethléem ? ,\us-
> sitêt trois vaillants hommes percèrent le camp « des Philistins , et lui apporlèrent de l'eau de cette
• citerne : mais U ne voulut pas en boire , et la ré-
< pandit devant Dieu en effusion , disant : Le Sel- « gneur me soit propice ; à Dieu ne plaise que je
' 1- Hrg. xxr, 33, 33.
> II. Hcr. xxui, is, is, 17.
POLITIQUE
- boive le saii" de ces hommes , et le p^rll de leurs > Imcs. »
■ Il sent, dit saint Ambroise', sa eonseienee
• blessée par le péril où ees vaillants hommes s'é-
• talent mis pour le satisfaire ; et eette eau qu'il
■ voit achetée au prix du sang, ne lui cause plus
• que de l'horreur. •
X* PaOPOSITlON.
Uu bon priaoe détesto les scUoiu san^inaiine.
" Retirez-vous do moi, gens sanguinaires, • disait David'. Il n’y a rien qui s'accorde moins avec le protecteur de la vie et du salut de tout le peuple , que les hommes eniels et violents.
Apres le meurtre d'Urie, le même David , qu'un amour aveugle avait jeté , contre sa nature , dans cette action sanguinaire, croyait toujours nager dans le sang ; et ayant horreur de lui-méme , il s’écriait : • OSeigneur! délivrez-moi du sang’. • Les violences et les cruautés , toujours détestables, le sont encore plus dans le< princes, établis pour les empêcher et les punir. Dieu, qui avait supporté avec patience les Impiétés d’Achab et de Jézabel, laisse partir la dernière et irrévocable sentence , après qu'ils ont répandu le sang de Nnboth. Aussitôt Élie est envoyé pour dire à ce roi cruel* ; • Tu as tué, et tu as possédé le « bien de Naboth , et tu ajouteras encore à tes
• crimes; mais voici ce que dit le Seigneur ; An « même lieu oii les chiens ont léclié ie sang de
• Naboth , ils lécheront aussi ton sang ; et je rui-
• nerai ta maison sans qu'il en reste un seul hom- « me , et les chiens mangeront le corps de ta fem-
• me Jézabel. Si Acliab meurt dans la ville, les
• chiens le mangeront ; et s'il meurt à la campa-
■ gne, il sera donné aux oiseaux. •
Antiochus , surnommé l'illustre , roi de Syrie , périt d'une manière moins violente en appai-cnce , mais non moins terrihlc. Dieu le punit en l'abandonuant aux reproches de sa conscience , et ù des eliagrins furieux , qui se tournèrent enliu eu maladie iueurable.
Son avarice l’avait engage à piller le temple de Jérusalem, et ensuite à persécuter le peuple de Dieu. 1 1 lit de grands meurtres , et parla avec grand orgueil’. Et voilà que tout d'un coup, entendant parler des victoires des Juifs qu'il persécutait a toute outrance,'’ il fut saisi de frayeur à » ce discours, et fut jeté dans un grand trouble :
■ il se mit nu lit , et tomba dans une profonde tris-
• tesse ; parce que ses desseins ne lui avaient pas
• réussi. Il fut plusieurs jours en cet état ; sa tris-
' .4führ. Apot- ÜAvtd. cop. vu, if* 3t, t I, col-
• Pt. (AXXVlll , 19.
4 lit. Ary. 10, 3.1. Si.
• tc.vsc se renouvelait et s'augmentait tous les jours,
• et il SC sentait mourir. .Alors, appelant tous ses
• courtismis, il leur dit : Le soniineil s'est n-tiré
■ de mes yeux ; je n'ai plus de force , et mon cœur
• est abattu par de cruelles inquiétudes. En quel
• abîme de tristesse suis-je plongé I quelle horrible
• agitation sens-je en moi-même , moi qui étais si
■ heureux, et si cliérl do toute ma cour dans ma
• puissance! Maintenant je me ressouviens des
• maux et des pilleries que j’ai faites à Jérusalem ,
• et des ordres que j’ai donnés sans raison pour « faire périr les peuples de la Judée. Je connais
• que e’est pour cela que m’arrivent les maux
• ou je suis ; et voilà que je péris accablé de tris-
• tesse, dans une terre étrangère'. «
Il se joignit à cette tristesse des douleurs d’entrailles, et des ulcères par tout le corps ; il devint insupportable à lul-mêmc , aussi bien cpi’aux autres, par la puanteur qu’exhalaient ses membres pourris. En vain reconnut-il lapuissance divine (Kir ces paroles : « Il est juste d'être soumis à Dieu ,
■ et (pi'un mortel ne s'égale pas a lui ; » Dieu rejeta des soumissions forcées. . Et ce méchant le priait
• en vain dans un temps où Dieu avait résolu de
■ ne lui plus faire de miséricorde*. •
• .Ainsi mourut ce meurtrier et ce blaspliéma-
• telle, traité comme il avait traité les autres’. > C'est-à-dire, qu'il trouva Dieu impitoyable, comme il l’avait été.
Voilà cc qui arrive aux rois violents et sanguinaires. Ceux qui oppriment le iK'Uple, et l’épuiscutpiœde cruelles vexations, doivent craindre là même vengeance , puisqu’il est écrit * : • Le . l»in est la vie du pauvre ; qui le lui ôte est un
• liomme sanguinaire. •
XI' paoposmoiv.
LcA bons princes exposent leur vte )H)ur le saint do ioiirs peii[>Ii>Sy et lacouscrrent aussi pour l'amuiir d'eux.
L'uu et l'autre nous paraît par cen deux exem* pics.
Peudant la révolte d’Absalon , David mit son armée en bataille, et voulut martdier avec elle à son ordinaire. ■ Mais le peuple lui dit : Vous A viendit'Z pas: car quand nous serons défaits, A les rebelles ne croiront pas pour cela avoir A vaincu. Vous êtes vous seul compté pour dix A mille , et il vaut mieux que vous demeuriez dans A lu ville pour nous sauver tous. Le roi répondit : A Je suivrai vos conseils ••
Il cède sans résistance, il ne fait aucuo seiu-
• I. .VfirA. VI, 8, 9, lü, eUr.
» J!. V.ith. IX, a, 9, 12, li.
• M.ibvi. 38.
4 Eixl. xxxiv, ïi.
4 il. Rfj X'UI, 3, ♦-
TIREE DE L’ÉCRITURE. LIV. III
aai
blantde se retirer à regret; en un mot, U ne fait i point le vaillant : c'est qu'il l’étoiL • Dans un combat des Philistins contre David ,
• comme les forces lui manquaient , un Philistin
• allait le percer,' Abisal , fils de Sarvia , le défen-
• dit , et tua le PÙIistiu : alors les gens de David
• lui dirent avec serment ; Vous ne viendrez plus
• avec nous li la guerre , pour ne point éteindre la
• lumière d’Israél •
La valeur de David s’était fait sentir aux Philistins, à oe lier géant Goliath , et même aux ours et aux lions , qu'il déchirait comme des agneaux Cependant nous ne lisons point qu'il ait combattu depuis ce temps. Il oe faut pas moins estimer la condescendance d'un roi si vaillant, qui se conserve pour son État , que la piété de scs sujets.
Au reste, l'histoire des rois, et celle des Machabées, sont pleines de fameux exemples de princes qui ont exposé leur vie pour le peuple ; et il est Inutile de les rapporter.
L'antiquité païenne a admiré ceux qui se sont dévoués pour leur patrie. Saul , au commencement de son régne , et David à la fin du sien , se sont dévoués à la vengeance divine pour sauver leur peuple.
^'uus avons déjà rapporté l'exemple de David : voyons celui de ^ûl.
Saüi victorieux, résolu de poursuivre les ennemis jus(|u'au bout ; selon une coutume ancienne dont ou voit des exemples dons toutes les nations, engagea tout le peuple par ce serment : > Maudit
• celui qui mangera jusqu'au soir, et jusqu'à ce
• que je me sois vengé de mes ennemis • c'està-dire, des Philistins, ennemis de l'Etat. Jonathas, qui n'avait pas oui ce serment de son père, mangea, contre l'ordre, dans son extrême besoin ‘ ;et Dieu , qui voulait montrer, ou combien était redoutable la religion du serment, ûu combien on doit être prompt à savoir les ordres publics , témoigna sa colère contre tout le peuple ‘ . Sur cela que fait Satif '■?■< Vive Dieu, le Sauveur
• d'Israël ! dit-il ; si la faute est arrivée par mon " fils Jonathos, il sera irrémisslblement puni de
• mort. Séparez-vous d'un coté , et moi je serai
• de l'autre avec Jonathos. O Seigneur Dieu d'Is-
• raël I faites connaître en qui est la faute qui « vous a mis en colère contre votre peuple. Si elle
• est en mol , ou en Jonatlms , faites-le conuBlIrc. '
• Aussitôt le sort fut jeté ; Dieu le gouverna :
• tout le peuple fut délivre ; il ne restait que Saiil
• et Jonathas. Saül poursuit imn« hésiter : Jetez
■ II. Kr}. IXI, IS, 18. 17.
* I. avp. XVII, 38. Birl XLvn, 3.
" 1. Reg.xWt'H.
* rtirf. 37.
‘ IM. 3», tO. 41.
« le sort entre moi et Jonathas : il tombe sur Jo- « natbas ' ; • ce jeune prince avoue ce qu’il avait fait, son père persiste invinciblement à vouloir le faire mourir : il fallut que tout le peuple s'unit pour empêcher l'exécution mais du cèle de Saiil le vœu fût accompli , et Jonathas fut dévoué à la mort sons s'y opposer.
XII* PBOPOSITIOS.
Le guuvemeDicnt doit Cire doux.
« Ne soyez pas comme un lion dans votre mai- ■< son, opprimant vos si^ets et vos domesti- « ques^ »
I.C prince ne doit être redoutable qu'aux méchants. Car, comme dit l’apôtre ^ , « il n'est pas « donné pour faire craindre ceux qui font bien , > mais ceux qui font mal. Voulez-vous ne crain-
• dre pas le prince, faites bien ; et vous n'aurez
• de lui que des louanges. Car il est ministre de
• Dieu pour le bien : que si vous faites mal ,
• tremblez ; car ce n'est pas en vohi qu’il porte « l'épée. •
Ainsi le gouvernement est doux de sa nature; et le prince ne doit être rude , qu'y étant forcé par les crimes.
Hors de là , il lui convient d'être bon , affuble , indulgent , en sorte qu'on sente a peine qu'il soit le maître. « Vous ont-ils fait leur prince , ou leur
■ gouverneur, soyez parmi eux comme l’un « d'eux*. »
C'est au prince de pratiquer ce précepte de l'Ecclésiastique r : » Prêtez l'oreille au pauvre « sans chagrin ; rendcz-lul ce que vous lui devez ,
■ et répondez-lui paisiblement et avec douceur. >. La douceur aide a entendre et à bien répondre.
• Soyez doux à éconter la parole , afin de la con- « cevoir , et de rendre avec sagesse une réponse
• véritable 7. •
Par la douceur on expédie mieux les affaires , et ou acquiert une grande gloire. • Mon fils , fai-
• tes vos affaires avec douceur , et vous élèverez
■ votre gloire au-dessus de tous les hommes’. > Moïse était le plus doux de tous les hommes
et par là le plus digue de commander sous un Dieu qui est la bonté même. • Il n été snuetifiê
■ par sa fui et par sa douceur; et Dieu l'a choisi
• parmi tous les hommes pour être le conducteur « de son peuple'”. ■
* I. Reÿ. \|V, 43.
> nid. 45.
3 £cct. IV, 35.
* Rvm. XIII, 3, 4.
» Eccl. XXXII, I.
* Ibid. IV, H ’ Ibid. V, 13.
Ibid. III, 19.
* jV«M. XII, 3.
«• HlK-l. XLV,4.
POLITIQUE
Nous avons vu la bonté et la douceur de Job , qui , • assis au milieu du peuple comme un roi
• environné de sa cour , était le consolateur des « adligés »
Moïse ne se lassait Jamais d'écouter le peuple , tout ingrat qu'était ce peuple à ses bontés , • et
• il y passait depuis le matin jusqu'au soir ■ David étaittendre et bon. Natban le prend par la
pitié , et commence par cet endroit, comme par le plus sensible , à lui faire entendre son crime.
• Un pauvTe homme n'avait , dit-il *, qu'une pe-
• tite brebis ; eile couchait en son sein , et il l'ai-
• malt comme sa flile : et un riche la lui a ravie et
• tuée , etc. »
Cette femme de Thécua , qui venait lui persuader de rappeler Absalon , le prend par le même endroit : « Hélas ! je suis une femme veuve : un « de mes fils a tué son frère ; et ma parenté as-
• semblée me veut encore ôter celui qui me reste ,
• et éteindre l’étincelle qui m'est demeurée ; et le. " toi lui dit : Allés , j’y dooneral ordre*. «
Elle achève de le toucher, en lui représentant le bien du|peuple , comme la chose qui lui était la plus chère. • D’où vous vient cette pensée contre
• le peuple de Dieu? et pourquoi ne rappclez-
• vouspas votre fils banni, que tout le peuple dé-
• sire »
On peut voir pur les choses qui ont été dites , que toute la vie de ce prince est pleine de bonté et de douceur. Ce n'est donc pas sans raison que nous lisons dans un psaume , qui apparemment est de Salomon ^ • O SeigneurI souvenez- vous de « David et de toute sa douceur. •
Ainsi , parmi tant de belles qualités de David , son fils n’en trouve point de plus mémorable , ni de plus agréable ù Dieu , que sa grande douceur.
Il n'y a rien aussi que les peuples célèbrent tant. - Nous avons ouï dire que les rois de la moi-
• son d’Israël sont dou.v et cléments’. » Les Syriens parlent ainsi à leur roi Bénadad , prisonnier d’un roi d’Israël. Belle réputation de ces mis parmi les peuples étrangers , et qualité vraiment royale I
Z III" PBOPOSITIOa.
Les princes sont faits pour être aimés.
Nous avons déjà rapporté cette parole : • Salo-
• mon s’assit dons le trône du Seigneur , et il plut
• à tous , et tout le monde lui obéit >
■ Job. xxtx , S5.
' Kxod. avili, 13.
I II. Rtg. an, a, 4.
* Ibid. aiT, 6, a, 7, 6
* Ibid. 13.
* P«. cxail, I.
' III. flrj.aa, 31.
a 1. Par. aaix , 33.
On ne connaît pas ce jeune prince : il se montre , et gagne les coeurs par la seule vue. Le trône du Seigneur, où il est assis, fait qu’on l’aime naturellement, et rend l’obéissance agréable.
De cet attrait naturel des peuples pour leurs princes, natt la mémorable dispute entre ceux de Juda, et les autres Israélites, à qui servirait mieux le roi - Ces derniers vinrent à David , et lui di- « rent : Pourquoi nos frères de Juda nous ont-
• ils dérobé le roi, et l’ont-ils ramené à sa maison, « comme si c’était ù eux seuls de le servir? Et « ceux de Juda répondirent : C’est que le roi m’est « plus proche qu’à vous , et qu’il est de notre tri- - bn ; pourquoi vous fâchez-vous? l’avons-nous " fait par intérêt? nous a-t-on donné des présents
• ou quelque chose pour subsister? Et ceux d’Is- « raël répondirent : Nous sommes dix fois plus
■ que vous , et nous avons plus de part que vous
• en la |iersonnc du roi : vous nous avez fait in-
• jure , de ne nous avertir pas les premiers pour
• ramener notre roi. Ceux de Juda répondirent
• durement à ceux d’Israël. • Chacun Veut avoir le roi i chacun , passionné pour lui , envie aux autres la gloire de le posséder : il en arriverait quelque sédition , si ie prince , qui en effet est un bien public , ne se donnait également à tous.
Il y a un charme pour les peuples dans la vue du prince ; et rien ne iui est plus aisé que de se faire aimer avec passion.- La vie est dans la gaie-
• té du visage du roi , et sa clémence est comme la
• pluie du soir ou de i’arrière-saison". > La pluie, qui vient alors rafraîchir la terre desséchée par l’ardeur ou du jour ou de l'été , n’est pas plus agréable qu'un prince qui tempère son autorité par la douceur ; et son visage ravit tout le monde quand il est serein.
Job explique admirablement ce charme secret du prince. - 1 Is attendaient mes paroles comme la
• rosée , et Us y ouvraient leur bouMie comme on
• fait à la pluie du soir. Si je leur souriais , ils
• avaient peineà le croire; et ils ne laissaient point
• tomber ù terre les rayons de mon visage’. • Après le grand chaud du jour ou de l’été , c’està-dire, après le trouble et l’affiiction, scs paroles étaient consolantes; les peuples étaient ravis de le voir passer : et heureux d’avoir un regard , Hs le recueillaient commequelquechose de précieux.
Que le prince soit donc facile à distribuer des regards bénins ,.ct à dire des paroles obligeantes.
• La rosée rafraîchit l’ardeur, et une douce pa-
■ rôle vaut mieux qu’un présent *. »
Et encore : • Une douce parole multiplie les
" II. Rfÿ. xn. 41 , 43, 43.
" /*rw. XTI, IS.
I Job. XXIX, 3.3, 54.
* Bell, ixiii, IS.
TIRÉE DE L’ÉCRITURE LIV. IV
I amis , et adoucit les ennemis ; et une langue
• agréable donne i’al)ondnnce >■
Il y faut pourtant joindre les effets. •< L’hom-
• me qui donne des espérances trompeuses, et
• n’accompiit pus scs promesses , c’est une nuée « et uu vent qui n’est pas suivi de la piuie *. »
Un prince bienfaisant est adoré par son peuple. « Tout le pays fut en repos durant les jours n de Simon : il cherchait le bien de sa nation :
« aussi sa puissance et sa gloire faisaient le plai-
• sir de tout le peuple *. »
Que la puissance est affermie , quand elle est ainsi chérie par les peuples ! et que Salomon a raison de dire : « La bonté et la justice gardent le « roi ; et son trône est affermi par la clémence* ! »
Voilà une belle garde pour le roi , et un digne soutien de son trône.
XIV* PBOPOSITION.
Un prince qui se fait hair par ses violences, est toujours à la veille de périr.
Il est regardé non comme un homme, mais comme une béte féroce. " Le prince impitoyable « est un lion rugissant , et un ours affamé »
Il se peut assurer qu’il vit au milieu de ses ennemis. Gomme il n’aime jpersonne , personne ne l'aime. « Il dit en son cœur : Je suis, et il n’y a « que moi sur la terre : il lui viendra du mal sans « qu’il sache de quel côté : il tombera dans une « misère inévitable. La calamité viendra sur lui , '• lorsqu'il y pensera le moins® . »
O Brisez la tête des princes ennemis qui disent : « Il n’y a que nous « Ce n’est pas , comme nous verrons , qu’il soit permis d’attenter sur eux ; à Dieu ne plaise ! mais le Saint-Esprit nous apprend qu’ils ne méritent pas de vivre , et qu’ils ont tout à craindre , tant des peuples poussés à bout par leur violence , que de Dieu qui a prononcé que « les hommes sanguinaires et trompeurs ne « verront pas la moitié de leurs jours *. »
XV* PBOPOSITIOX.
Le prince doit se garder des paroles nid es et - muqueuses.
Nous avons wx que le prince doit tenir ses mains nettes de sang et de violence ; mais il doit aussi retenir sa langue , dont les blessures souvent ne sont pas moins dangereuses , selon cette parole de David ; • Leur langue est une épée af-
• Eccl. VI , 6.
• Ptov. xav, 14.
• I. Siach. xrv , 4.
• Prvv. XX, 28.
^ Ibid. XXVIII, 16.