‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 125 sur 518 · U. XL · texte numérisé non relu

U. XL

* Eccl. XXXTII, 19.

-it

Ï70 POUTIQUE

Dieu , et i'lninj;iner vainement iiu'il enveira ses auges pour nous soutenir, quand nous nous serons précipités nous-mêmes ; ainsi que Satan osait le conseiller u Jésus-Christ

ARTICLE IV

(’.nnsfquencex de la doctrine précédente : de la majesté, et de scs accompagnements.

PBEMIÈBB PBOPOSITIOS.

Ce que c’est que la majesté.

^ Je n'appcIIe pas majesté cette pompe qui environne les rois, ou cet éclat extérieur qui éblouit le vulgaire. C'est le rejaillissement de la majesté , et non pas la majesté elle-même.

La majesté est l'image de la grandeur de Dieu

dans le prinee. ^

Dieu est inlini | Dieu est tout. ; Le prince , en \ -huit que pr!néc~n'èst pas "regardé comme uni I homme particulier ; c'est un personnage public,!

; tout l'État est en lui ; In volonté de touUc peuple j ' est renfermée dans la sienne. Comme en Dieu est réunie tonte perfection 'T.'t toute vertu, ainsi toute la puissance des particuliers e.st réunie en la personne du prince. Quelle grandeur qu’un seul homme en contienne tant I

La puissance de Dieu se fait sentir en un instant de l'extn'mité du monde é l'autre : la puissance royale agit en même temps dans tout le royaume. Elle tient tout le royaume en état, comme Dieu y tient tout le monde.

Que Dieu retire sa main , le monde retombera dans le néant : que l’autorité cesse dans le royaume, tout sera en confusion.

Considérez le prince dans son cabinet. De là parlent les ordres qui fout aller de concert les magistrats et les capitaines , les citoyens et les soldats , les provinces et les armées par mer et par terre. C’est l'image de Dieu qui, assis dans son tréne au plus haut des deux , fait aller toute la nature.

^ n Quel mouvement se fait, dit saint Augus-

• tin ’ , au seul commandement de l’empereur !

• il ne fait que remuer les lèvres, il n’y a point

• de plus léger mouvement , et tout l’empire se re-

• mue. C’est , dit-il , l’image de Dieu , qui fait tout

• par sa parole. II a dit , et- les choses ont été ■ faites ; Il a commandé, et elles ont été créées. •

On admire ses œuvres ; la nature est une matière* de discourir aux curieux. ■ Dieu leur donne le

• monde à méditer; mais iis ne découvriront ja-

• mais le secret de son ouvrage depuis le corn-

* Mntth. n-,«. 7.

* AUÿ. iu Pi. CYLTIII . n* a , I. IV , col. 1073.

" inenccmciil jus(|u’a la (In '. . On en voit quelque parcelle ; mais le fond est ini[)énétrable. Ainsi est le secret du prince.

Les desseins du prime ne sont bien connus que par l’exécution. .Vinsi se manifestent ics conseils de Dieu : jusque-là, personne n’y entre que ceux que Dieu y admet.

Si ia puissance de Dieu s’étend partout, la magnificence l’accompagne. Il n’y a endroit do l’univers où il ne paraisse des marques é-ctalantes de sa bonté. Voyezl’ordre, voyez la justice, voyez la tranquillité dans tout le royaume : c’est l’effet naturel de l’autorité du prince.

Il n’y a rien de plus majestueux que la bonté répandue ; et il n’y a point de plus grand avilissement de la mqjesté , que la misère du peuple causée par le prince.

Les méchants ont beau se cacher, la lumière de Dieu les suit partout ; son bras va les atteindre jusqu’au haut des deux , et jusqu’au fond des abîmes. - Où irai-je devant votre esprit , et où

• fuirai-je devant votre face? Si je monte nu ciel,

• vous y êtes ; si je me jette au fond des enfers ,

■ je vons y trouve ; si je me lève le malin , et

• que j’aille me retirer sur iesmers les plus eloi- " gnées , c’est votre main qui me mène là , et vo-

• tre main droite me tient. Et j’ai dit : Peut-éti-e

• que ies ténèbres me couvriront ; mais la nuit a

• éténnjourautonrdemoi. Devant vous lestènè-

• bres ne sont pas ténèbres , In nnit est éclairé-e

• comme le jour : l’uliscurité et la lumière ne sont

■ qu’une mémo chose *. » Les méchants trouvent Dieu partout, en haut et en bas, nuit et Jour; quelque matin qu’ils se lèvent , il les prévient ; quelque loin qu'ils s’écartent , sa main est sur eux.

Ainsi Dieu donne au prince de découvrir les trames les pins secrètes. Il a des yeux et des mains partout. Nous avons vu que les oiseaux du ciel lui rapportent ce qui se passe. Il a même reçu de Dieu , par l’usage des affaires , une certaine pénétration qui fait penser qu’il devine. At-il pénétré l’intrigue , ses longs bras vont prendre ses ennemis aux extrémités du monde : ils vont les déterrer au fond des abîmes. Il n’y a point d’asile assuré contre une telle puissance.

Enfin, ranuusez ensemble les choses si grandes et si augustesigue nous avons dites ^nr l’au^ torité royale. Voyez un peuple imnynse réuni en une seule personne^ : voyez cëRepuissance sacrée , paternelle et absolue ; voyez la raison secrète qui gouverne tout le corps de l’État , renfermée dans une seule tête ; vous voyez l’image

' Sert, iri, II.

* /'i. I JlXVItl, 7,H, 0, <-IC

TIREE DE . ECRIT jRE. UV. V.

de Dieu dans les rois , et vous avez l'idée de la mojesté royale, jç

Dieu est la sainteté même , la bonté même , la puissance même , la raison même. En ces choses est In majesté de Dieu. Eu l’image de ces choses est la m^esté du prince.

Elle est si grande, cette majesté, qu’elle ne peut être dans le prince comme dams sa source; elle est empruntée de Dieu , qui la lui donne pour le bien des peuples , ù qui il est bon d’être contenus par une force supérieure.

Je ne sais quoi de divin s'atlachc au prince, et inspire la crainte nus pcpules. Que le roi ne s’oublie pas pour cela lui-même. «Je l'ai dit, c’est

• Dieu qui parle ; je l'ai dit : Vous êtes des dieux ;

■ et vous ètcstousenfantsduTrès-Haut;mais vous

• mourrez comme des hommes , et vous tomberez > comme les grands*. > Je l'ai dit. Vous êtes des dieux ; c’est-à-dire : Vous avez dans votre autorité, vous portez sur votre front un caractère divin. Vous êtes les enfants du Très-Haut: c’est lui quia établi votre puissance pour le bien du genre humain. Mais, 6 dieux de chair et de sang, ô dieux de boue et de poussière , vous mourrez comme des hommes , vous tomberez comme les grands. La grandenrséparc les hommes pour un peude temps ; une chute commune à lafln les égale tous.

O rois, exercez donc hardiment votre puissance ; car elle est divine et salutaire au genre humain; mais exercez-la avec humilité. Elle vous est appUquée par le dehors. Au fond , elle vous Inisse faibles; elle vous laisse mortels; elle voua laisse pécheurs, et vous charge devant Dian d’un plus grand compte.

n' PBOPOsmox.

La magnanimité , la m-ignificence, et tonies les grandes vertus conriennent à la nu-ijesté.

V A la grandenr conviennent les choses grandes : à la grandeur la plus éminente, les choses les plus grandes , c'est-à-dire , les grandes vertus. ^ I.e prince doit penser de grandes choses. < Le

■ prince pensera des choses dignes d’un prince ’. >

Les pensées vulgaires déshonorent la majesté.

• Soûl est élu roi ; en même temps Dieu , qui l’a

• élu , lui change le coeur, et il devint un autre

• homme *

Taisez-vous , pensées vulgaires , cédez aux pensées royales.

Les pensées royales sont celles qui regardent le bien général ; les grands hommes ne sont pas nés pour eux-mêmn : les grandes puîssânces,

* Pi. LXXXI,«,7.

* /I. XXXII, s.

* f . Sip. X , 8 , 9.

que tout le monde regarde , sont faites pour le bien de tout le monde.

Le prince est iKir sa charge, entre tous les hommes , le plus au-dessus des petits Intérêts, le plus intéressé au bien public : son vrai intérêt est celui de l’État. 11 ne peut donc prendre des desseins trop nobles , ni trop au-dessus des petitee vues et des pensées particulières.

Ce .Saiil, changé en un autre homme, dans le temps (pt’il fut fmole à la grâce de son ministère était au-dessus de tout.

Au-dessus de la royauté , dont il appivhendc le fardeau, et dont il méprise le faste ’. .Nous l’avons déjà vu.

Au-dessus des sentiments de vengeance. .A un jour de victoire , où tout le )ieuple lui veut immoler .*ies ennemis, il offre à Dieu un sacrillce de clémence ’.

Au-dessus de lui-même , et de fous les senti- I ments que le sang inspire. Prêt à dévouer iHitir le peuple sa propre personne et celle de Jonatims son fils bien-oimé K

Que dirons-nous de David , A qui on donne cette belle et juste louange* : • Leroi, monsei- ■ gneur, ressemble à un ange de Dieu ; il n’est

• ému ni du bien ni du mal qu'on dit de lui. - Il va toujours au bien public, soit que les hommes ingrats blâment sa conduite, soit qu’elle trouve les louanges dont elle est digne.

Voilà la véritable magnanimité que les louanges n’enflent point, que le blâme n’abat point, que la seule vérité touche.

On abandonne avec joie toute sa fortune à la conduite d’un tel prince ; • Vous êtes comme un

• ange de Dieu ; faites de moi tout ce qu’il vous

• plaira, > lui dit Miphiboseth *, petit-fils de Saiil, trahi par Siba , son serviteur.

En effet, David n'était plein que de grandes choses , de Dieu et du bien public.

Kous avons vu que, malgré les rébellions et l'ingratitude de son peuple , il se dévoue pour lui à la vengeance divine , comme étant le seid coupable : « Frappez, Seigneur, frappez ce cou- > pable, et épargnez le peuple innocent •

Combien sincèrementavoue-t-il sa faute , chose si rare à un roi I Avec quel zèle la répare-t-il!

« J'ai péché, dit-il 7, d'avoir fait le dénombre-

• ment du peuple. O Seigneur ! pardonnez-moi ;

• car j'ai agi trop follement. «

Nous luiavonsvu mépriser sa vie en cent com-

• I. Fr<J. •%, \J.

, * Ibid. II. 12. 13.

Ihid. HT, 41.

4 Ibid. HT, 17.

• Ibi4. HX, 37.

• Ibid IHT. 17.

TOUTIQUE

baU : et après , nous levons ^71 se mettre au-destua de la glaire de combattre , en se conservant pour son État.

Mais combien est-il au-dessus du ressentiment et des injures I Nous avons admiré sa joie , quand Abigall l'empècha de se vengerdesa propre main. Nous l'avons vu épargner, et défendre contre les siens, Saûl son persécuteur, quoiqu'il sût qu'en se vengeant II s'assurait la couronne , dont la succession lui appartenait Quelle hauteur de courage , de se mettre si aisément au-dessus de la douceur de régner, et de celle de la vengeanse I Quand Saûl et Jonathas furent tués , David les pleure tous deux ; David chante leur louange. Ce n'est pas seulement Jonathas , son intime ami , dont il déplore In perte : Il pleure son persécuteur. • Saûl et Jonathas , tous deux aimables et

• couverts de gloire , toujours unisdans leur vie,

■ n'ont pas été séparés é la mort. Filles d'Israél ,

• pleurez Saûl qui vousiiabillait de pourpre, par

■ qui vous aviez des paruresd'or; • et le reste '.

il ne tait point les vertus d'un prédécesseur injuste , qui a fait tout ce qu'il a pu pour le perdre : il les célèbre , il les immortalise par une poésie incomparable.

Il ne pleure pas seulement Saûl ; il le venge, et punit do mort celui qui s'etait vanté de l'avoir tué. • Je l'ai percé de mon épée , disait ce traître ‘,

• après lui avoir été le diadème de dessus la tète , > et le bracelet qu'il avait au bras j pour vous ap-

porter ces marques royales, à vous, mon sei-

• gneur. >

Ces riches présents ne sauvèrent pas ce parricide. • Ponrquoi n’as-tu pas craint de mettre la

• main sur l'oint du Seigneur ’? •

Que ce soit, si vous voulez, l'intérét de la royauté qui lui ait lait venger son prédécesseur ; toqjours est-ce un sentiment au-dessus des pensées vulgaires, que David baimi, loin de témoigner de la joie d'une mort qui le délivrait d'un si puissant ennemi et lui mettait le diadème sur la tête , la venge sur l'heure , et assure le repos public avec la vie des rois.

Il avait encore un redoutable ennemi; c'était un fils de Saûl qui partageait le royaume : il semblait que la politique le pouvait porter à ménager davantage celui qui le défit de Saûl ; mais ce grand courage ne veut point être délivré de ses ennemis par des attentats et par des crimes.

En effet, quelque temps après, des méchants loi apportèrent la tête de ce second ennemi.

' II. Ke}. I, 17, S3, S4, rtc.

* md. 10.

s Ibid. 14.

• Voilà, lui dirent-ils'. In tête d'Isboseth, flhi « de Saûl, qui en voulait à votre vie; mais le

• Seigneur vous en a vengé. David dit : Vive le

• Seigneur qui m’a délivré de tout péril ! j’ai fait

• mourir celui qui croyait m'apporter une nou-

• veile agréable en m'annonçant la mort de Saûl ;

• il trouva la mort lui-même au lieu de la récom-

• pense qu'il espérait ; combien plus vous dois-je

• ûter de la terre , vous qui avez tué dans son lit « un homme innocent ! •

11 les fit mourir aussitêt , et fit attacher en lieu public leurs mains sanguinaires et leurs pieds qui avaient couru au meurtre ; afin que tout Israël connût qu'il ne voulait point de tels set^ vices.

Et ce qui montre qu'il agit en tout par les motifs les plus nobles , c'est le soin qu'il prend des restes de la maison de Saûl ’ : • Reste-t-il encore

• quelqu'un de la maison de Saûl , afin que je lui

• fasse du bien pour l’amour de Jonathas? > Il trouva Mlphiboscth, fils de Jonathas, à qui il donna sa table, après lui avoir rendu toutes les terres de sa maison.

Au lieu que les rois d'une nouvelle famille ne songent qu'à affaiblir et à détruire les restes des maisons qui ont été sur le trûne devant eux , David soutient et relève la maison de Saûl et de Jonatbas.

En un mot, toutes les actions et toutes les paroles de David respirent je ne sais quoi de si grand , et par conséquent de si royal , qu'il ne faut que lire sa vie et écouter ses discours pour prendre l'idéo

de^la m^animité. — — ^

! "Â la magnanimité répond la magnificence , \ ^i joint les grandes dépenses aux grands des- i

teins.

David no'üferrestencorc ûiïlicau modèle. Ses victoires étaient marquées par les dons magnifiques qu'il faisait au sanctuaire , qu'il enrichissait des dépouilles des royaumes subjugués La belle chose de voir ce grand homme , après avoir achevé glorieusement tant do guerres, passer sa vieillesse à faire les préparatifs et les desseins de ce magnifique temple , que son fils bétit après sa mort!

• Il assembla à grands frais tout ce qu'il y avait

• de plus excellents ouvriers ; il amassa des poids

• immenses de fer et d'airain : les cèdres qu'il fit

• venir n'avaient point de prix : il consacra à ce

• grand ouvrage cent mille talents d’or, et dix

• millions de talents d'argent; le reste était in-

• nombrable. Salomon mon fils est jeune , et la

• maison , disait-il , que je veux bàür doit être re-

> II. glç. nr, », », 10, II, II.

I > /Si4. Il, I, 7, 8.».

' Ibid, vm. 11. 1. Par. irai. II.

TIRÉE DE L’ECRITURE. LIV. VI. î7S

• méc par tout rtmivers ; ainsi je lui en veux pré- « parer toute ia dépense *. «

Après de si magniflques préparatifs, ii croyait n’avoir rien fait. « J’ai offert, dit-ii *, à Dieu toutes

• ces choses dans ma pauvreté. * Ii trouve pauvre tout ce 'qu'il a préparé, parce que cette dépense royale n'égalait pas ses désirs ni ses idées, tant il ics avait grandes.

On parlera plus commodément , en un autre endroit, des magniflcenccs. de.$Alomou-r^tii^ autres grands j9is dfi Et pour déflnir en

/quoi œnsiste la magnilicence , on verra qu’ellé ! parait dans les grands travaux consacrés à l’utilité publique , dans les ouvrages qui attirent de ia gloire à la nation , qui impriment du respect aux : sujets et aux étrangers, et rendent immortels les 'noms des jiriji(^,

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