‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 124 sur 518 · L1II · texte numérisé non relu

L1II

POLITIQUE

■ noDoer Tuvenir. Qu'ils te sauvent des moins de

• tes ennemis. Ils sont comme de la paille que le « feu dévore ; ils ne peuvent se sauver eux-mémes

• de la flamme. •

Ceux qui se vantent de prédire les événements incertains, se font semblables à Dieu. Car écoutez comme il parle'. • Qui est celui qui appelle,

• et qui compte au commencement toutes les races

■ futures? ^Ioi le Seigneur, qui suis le premier et

• le dernier ; qui suis devant et après.

• Amenez-mol vos dieux , 6 Gentils I dit le Sei-

• gneur , que je leur fasse leur procès. Parlez , sj

• vous avez quelque chose à dire , dit le roi de

■ Jacob ; qu'ils viennent , et qu'ils vous annoncent

• l'avenir. Découvrez-nous les choses futures, et < nous vous tiendrons pour des dieux '. »

Et encore’ : « Écoutez, maison d'Israël , voici « ce que dit le Seigneur ; Ne marchez point dans

• les voies des Gentils ; no craignez point les si-

■ gnes du ciel , que les Gentils craignent : la loi « de ces peuples est vaine. >

Les Gentils ignorants adoraient les planètes et les autres astres ; leur attribuaient des empires , des vertus, et des influences divines, par lesquelles ils dominaient sur le monde, et en réglaient les événements ; leur assignaient des temps et des lieux , où ils exerçaient leur domination. L'astrologie Judiciaire est un reste de cette doctrine , autant impie que fabuleuse. Ne craignez donc ni les éclipses , ni les comètes , ni les planètes, ni les constellations que les hommes ont composées à leur fantaisie , ni ces conjonctions estimées fatales, ni les lignes formées sur les mains ou sur le visage, et les images nommées Talismans, imprégnées des vertus célestes. Ne craignez ni les flgures , ni les horoscopes , ni les présages qui en sont tirés. Toutes ces choses, où l'on n'allègue pour toute raison que des paroles pompeuses , an fond sont des rêveries que les affronteurs vendent cher aux ignorants.

Ces sciences curieuses , qui servent de couverture aux sortilèges et aux maléfices , sont condamnées dans tous les États , et néanmoins souvent recherchées par les princes qui les défendent. Malheur à eux , malheur encore une fols I Us veulent savoir l'avenir, c'est-à-dire, pénétrer le secret de Dieu. Ils tomberont dans la malédiction de Saûl. Ce roi avait défendu les devins , et il les consulte. Une femme devineresse lui dit , sans le connaître *: ■ Vous savez que Saül a exterminé

• les devins , et vous venez me tenter pour me

• perdre? Vive le Seigneur I répondit Saùl , il ne . vous arrivera aucun mal. La femme lui dit : Qui

' Ibid, xu , 4. .

■ Si. xu, XI, 22, SX.

S Jtrrm. X , 1 , 2 , X.

4 I. Rts- xxnil , 10 , etc.

• voulez-vous que je vous évoque? Évoquez-nxii « Samuel , répondit Saül. La femme aj'ant vu Sa- ■ muel , s'écria de toute sa force ; Pourquoi m'a-

• vcz-vous trompée? vous êtes Saül. Saül lui dit :

< Ne craignez rien , qu'avez-vous vu? Je voisquel-

• que chose de divin qui s'élève de terre. Saül

• répliqua : Quelle est sa figure? Un vieillard s'é-

• lève, dit-elle, revêtu d'un manteau. Il comprit

• que c'était Samuel , et se prosterna la face con-

• treterre.AlorsSamuelditàSaüliPourquoi trou-

• blez-vous mon repos en m'évoquant? et que

< vous sert de m'interroger, après que le Seigneur

• s'est retiré de vous , pour aller A celui que vous

• enviez? Le Seigneur fera suivant que Je vous « l'ai dit de sa part : il vous ôtera votre royaume

• et le donnera à David ; parce que vous n'avez

• pas obéi à la parole du ^igneur, et n'avez pas « satisfait sa juste colère contre Amalec. C'est la

• cause de tous les maux qui vous arrivent aujour-

• d'hui. Et le Seigneur livrera avec vous le peu-

• pie d'Israël aux Philistins : demain voua et vos

• enfants serez avec moi. • C'est-à-dire , vous serez parmi les morts.

A cette terrible sentence, Saül tomba de frayeur, et il était hors de luL-même'. Et le lendemain la prédiction fut accomplie’.

Il n'était pas tru pouvoir d'une enchanteresse d'évoquer une âme sainte ; ni au pouvoir du démon, quia paru, selon quelques-uns, sous la forme de Samuel , de dire si précisément l'avenir. Dieu conduisait cet événement , et voulait nous apprendre que , quand il lui plaît , il permet qu en trouve la vérité par des moyens illicites, pour la Juste punition de ceux qui s’en servent.

Ne vous étonnez donc pas de voir arriver quelquefois ce qu'ont prédit les astrologues. Car, sans recourir au hasard , parce que ce qui est hasard à l'égard des hommes est dessein à l’éga rd de Dieu ; songez que , par on terrible Jugement , Dieu même livre à la séduction ceux qui la cherchent. Il abandonne le monde, c'est-à-dire, ceux qui aiment le rnonde, à des esprits séducteurs dont les hommes ambitieux et vainement curieux sont le Jouet. Ces esprits trompeurs et malins amusent et déçoivent par mille illusions les Ames curieuses, et par là crédules. Un de leurs secrets est l'astrologie , et les autres genres de divinations , qui réussissent quelquefois , selon que Dieu trouve juste de livrer ou à l’errreur, ou à de Justes supplices, une folle curiosité.

C'est ainsi que Saül trouva dans sa curiosité la sentence de sa mort. C'est ainsi que Dieu doubla son supplice, le punissant non-seulement par le mal même qui lui arriva , mais encore par la prA-

' Rtÿ. xxvtli.so, 21.

’ Ibid. XXXI,

."UUli

TIRÉE DE L’ÉCRmiRE. LIV. V.

voyance. Si c’cst un genre de punition, de livrer les hommes curieux à des terreurs furieuses, c'en est un autre de tes li vrar à de flatteuses espérances. Enfin leur crédulité , qui fait qu'ils se fient ù d’autres qu'à Dieu , mérite d’étre punie de plusieurs manières; c'est-à-dire, non-seulement par le mensonge , mais eneorc par la vérité ; afin que leur téméraire curiosité leur tourne à mat en toutes façons.

C’est ce qu'enseigne saint Augustin , fondé sur les Écritures, dans le deuxieme livre de la Doctrine chrétienne, ch. xx et suivants.

Gardez-vous bien , 6 rois , 6 grands de la terre, d'approcher de vous ces trompeurs et ces ignorants, que l'on appelle devins; • qui vous font

• des raisonnements , et vous donnent des déci-

• sions de ce qu'ils ignorent , • dit 1e plus sage des rois'.

Ne cherchez point parmi eux des interprètes de vos songes, comme s'ils étaient mystérieux. « Celui qui s’y fie est un insensé : une vaine cs-

• pérancc , et le mensonge , est son partage. Celui

• qui s'arrête à ces trompeuses visions, ressemble

• à l’homme qui embrasse une ombre , et qui court « apres le vent. Un homme croit voir un autre « homme devant lui dans son sommeil , et prend « pour vérité une creuse et vaine ressemblance. » (Ce ne sont que vapeurs impures, qui s'élèvent dans le cerveau , d’une nourriture mal digérée. )

• Espérez-vous épurer vos pensées par ce mélange K confus d’imaginations, ou que le mensonge

• vous iustruise de la vérité? La divination est

• une erreur, les augures une tromperie , et les O songes un mensonge et une illusion. Il n’appar-

• tient qu’au Très-Haut d’envoyer de véritables « visions : et tout le reste ressemble aux fantai-

• sies qu'une femme enceinte se met dans l'esprit.

• N'y mettez point votre cœur, si vous ne voulez

• être le Jouet d’une honteuse faiblesse , d’une

• folle cr^uUté,ctd’uneespéranee trompeuse »

II* psorosiTiO’i.

On ne doit pas présumer des censeils humains , ni de leur sagesse.

« L’homme sait à peine les choses passées , qui

• hii découvrira les choses futures’? >

Ainsi , • qui se fie en son cœur, est fou’. > Et encore : s Ne vous élevez pas dans votre cœur « comme un taureau Ririeux, de peur que cette « pensée ne vous dévore. Vos feuilles seront man-

• gêes, vos fruits tomberont; vous demeurerez « un bois sec : votre gloire et votre force s’éva- « noulront’. »

» Pnm. xiui, a.

■ fret. »UT, 1 , 3, a, «, S, e, 7.

a /Sût. X, if.

* Prm>. XXVIII , 36.

a Jfecl. VI, 3,3, Hcund. lxx.

M6SCCT. — T. I.

Les Égyptiens se piquaient d'une sagesse extraordinaire dans leurs conseils. Voici comme Dieu leur parle ‘ : « Les princes de Tanis, sages « conseillers de Pharaon , lui ont donné des con-

• seilsextravagants. Comment dites- vous à Pha- « raon : Je suis le fils des sages , le fils de ces an-

• eicns rois renommés par leur prudence ! Où

• sont maintenant vos sages? Qu’ils vous disent « ce que le Dieu des armées a ordonné de l’É- > gypte. Les princes de Tanis ont perdu l'esprit :

• les princes de Memphis se sont trompés , et Ils

• ont trompé l’Égypte , eux en qui elle se liait « comme en ses remparts. Le Seigneur a répandu ■< au milieu d'eux l'esprit de vertige : la tête leur

• a tourné : et ils font errer l’Égypte , comme un

• ivix^e qui chancelle et tournoie en vomis- < sant. L’Égj'pte ne fera plus rien : elle ne fera

• ni grandes ni petites choses. On la verra éton-

• née, et tremblante comme une femme. Tous ceux

• qui la verront , trembleront à la vue des desseins ' que Dieu a sur elle. >

Quand on voit ses ennemis prendre de faibles conseils, il ne faut pas pour cela s'enorgueillir; mais songer <pie c’est le Seigneur qui leur envoie cet esprit d'égarement pour les punir, et craindre un semblable jugement.

S’il se retire , dit le saint prophète ’ , ^ la sa-

• gesse des sages périt , et l’intelligence des pru-

• dents est obscurcie. •

* C’est lui qui réduit à rien les conseils pro-

• fonds, et qui rend inutiles les grands de la

• terre ’. •

Tremblez donc devant lui , et gardez-vous de présumer de la sagesse humaine.

III’ PHOPOSITION.

Il faut oonsuller Dieu par la prière , et mettre en loi Si conàancs , en faisant ce qu’on peut de son cdté.

Nous avons vu que c’est Dieu qui donne la sagesse. Nous venons de voir que c’est Dieu qui l’ôtc aux superbes. Il faut donc la lui demander humblement.

C'est ce que nous enseigne l'Ecclésiastique, lorsqu’aprcs nous avoir prescrit, dans le chapitre XXXVII, tant de fois cité, tout ce que peut faire la prudence , il conclut ainsi ’ : « Mais , par-des-

• sus tout, priez le Seigneur, afin qu'il dirige vos a pas à la vérité. • Lui seul la connaît à fond ; c'est à lui seul qu'il en faut demander l'intelligence.

Mais qui demande de Dieu la sagesse, doit foire de son côté tout ce qu’il peut. C'est à cette condition qu'il permet de prendre confiance à sa paissance et à sa bonté. Autrement, c’est tenter

■ /<. XIX, II, 13, sic.

* U. Xlll, 14.

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