V* PROPOSITION
Scwnd injuste mfttifde la guerre : le plUago.
Ainsi s’armèrent les quatre rois dont on vient de parler '< : et ils enlevèrent le riche butin , et les captifs qu’Abraham délivra.
Si l’on souffre de telles guerres, il n’y aura plus de royaume ni de province tranquille. C’est pour- ((uoi Dieu oppose à ces ravisseurs la magnanimité d’Abraham , qui ne se réserve rien du butin <iu’il avait recous, que ce qui appartenait à ses alliés, compagnons de son entreprise. Etau surplus, il ne veut pas que iicrsonne se pût vanter sur la terre « d’avoir enrichi .\braham *. «
Souvent aussi Dieu livre ceux qui pillent à d’aures pillards. Écoutez Isaïe o. « Malheur à vous X qui pillez ! ne serez-vous pas pillés vous-mêmes? X Et vous qui méprisez (toutes les luis de la justice , X et croyez pouvoir tout voler impunément) , ne « serez-vous pas méprisés par quelque autre plus X puissant que vous? Oui , quand vous aurez cessé X de piller, on vous pillera. Et quand , las de '< combattre , vous cesserez de mépriser vos enne- X mis (au milieu des périls d’une guerre injuste ) , " vous tomberez dans le mépris. •
' Jrrrm. xxvil
> Pan. Il , 3H.
» ./rrrm. L, S3
* /.•ni. XIV , 5, 6.
* Ji-rem. i., 31 , 40.
JliiU. LI, 0.
' GVn.xiv.o, Il , 12. Ci-devant, arl. I , vil* proposil.
* il. XXXIll, I
Quoique cette raison de lui nuire fût basse et injuste, il céda pour le bien de la paix, se retinmt dans le vofsinagc; et l’affaire se termina par un traité de paix solennel , où ses ennemis reconnurent le tort qu’ils avaient, et le bon droit d’Isaac.
vu* PROPOSITION. '
Qilatrième injuste motif : la gloire des armes , et la douceur de la victoire. Premier esemplo.
Il n’y a rien déplus flatteur que cette gloire militaire, elle déicide souvent d’un seul coup des choses humaines, et semble avoir une espèce de toute-puissance , en forçant les événements ; et c’est pourquoi elle tente si fort les rois de la terre. Mais un va voir combien elle est vaine.
Amasias , roi de Juda , avait remporté des victoires signalées contre l’idumée, et en avait pris les forteresses les plus renommées. Enflé de ce succès, X il cnvo}'a des ambassadeurs à Joas, roi "d’Israël; pour lui dire*: Venez, et voyons- X nous (à main armée; éprouvons nos forces). X Joas (plus modéré) lui fit répondre : Vous avez X prévalu contre les enfants d’Édom, et votre « cœur s’est enflé : contentez-vous de cette gloire , X et demeurez en repos. Pourquoi voulez-vous X vous attirer un grand mal , et tomber vous et « votre peuplesous ma main? Amasias n’acquiesça X pas à ce sage conseil. Le roi d’Israël marcha : X ils se virent, comme Amasias l’avait proposé, X à Béthsamés, ville de Juda. Ceux de Juda fu- « rent battus, et prirent la fuite : Joas prit Ama- X sias ,etle ramenadans Jérusalem, ctfit démolir X quatre cents coudées de murailles de cette ville X royale ; et enleva tout l’or et tout l’argent qui X s'y trouva, et tous les vaisseaux de la maison X du Seigneur (de celle d’Obedédon , où l’arche X avait reposé du temps de David ) et du palais ; et X prit des otages , et retourna à Samarie. » Tel fut le fruit de la querelle que fit Amasias à Joas , sans autre sujet quccelui d'une vainegloire , et de faire paraître ses forces-, et le courage des siens.
> Cen. XXVI, 12, 13 et scq.
* IV. Hcy. XIV, 7, 8 et seq.
POUTIQUK
VIII* pnoi’osiTiov.
Second cienip.c du môme motif, qui fait voir combien la tentation en est dangereuse.
«Néchao, roi d’Égjpte, marcha en bataille « contre les Charcamites le long de l Euphrate ; et « Josias alla à sa rencontre'. Mais Néchao lui • envoya des ambassadeurs pour lui dire : Qu’ai-je « à déméler avec vous, roi de Juda? Ce n’est pas O à vous que j'en veux : j’attaque un autre pays » où Dieu m’a commandé de marcher en dili*
« gence : ne combattez plus contre Dieu qui est « avec moi , de peur que je ne vous fasse périr.
« Josias ne voulut point s’en retourner; mais il « se mit en état de faire la guerre, et ne voulut « point écouter Néchao, qui lui parlait de la part « de Dieu. Il s’avança donc pour combattre dans « la plaine de Mageddo. Blessé par les archers , il > dit à ses serviteurs : Retirez-moi du combat , « car je suis blessé. On l’enleva de son chariot , « pour le transporter dans un autre qui le suivait , « selon la coutume des rois, et on le ramena à n Jérusalem , où il mourut pleuré de tout le peu- "ple, et principalement de Jérémie, dont les « lamentations se chantent encore aujourd’hui « par tout Israël. »
Si un si bon roi se laisse tenter par le désir de la victoire, ou en tout cas par celui de faire la guerre sans raison , que ne doit-on pas craindre pour les antres?
IX* PnOPOSITION.
On combat toujours avec une sorte de désavautage , quand on fait la guerre sans sujet.
On peut remarquer, sur ces deux exemples, que c’est un désavantage de faire la guerre sans raison.
Une bonne cause ajoute aux autres avantages de la guerre, le courage et la confiance. L’indignation contre l’injustice augmente la force , et fait que l’on combat d’une manière plus déterminée et plus hardie. On a même sujet de présumer qu’on a Dieu pour soi; parce qu’on y a Injustice , dont il est le protecteur naturel. On perd cet avantage, quand on fait la guerre sans nécessité , et de gaîté de cœur : de sorte que , quel que puisse être l’événement, selon les terribles et profonds jugements de Dieu , qui distribue la victoire par des ordres et par des ressorts très-cachés; lorsqu’on ne met |>as la justice de sou côté, on peut dire , par cet endroit-là , que l’on combat toujours avec des forces inégales.
C'est même déjà un effet de la vengeance de Dieu , d’être livré à l’esprit de la guerre. Et il est écrit d’.\masias , dans l’occasion que nous venons
‘ H. Parai, xxxv, 20, 21 Cl scq.
de voir, que ce priuce ne voulut pas écouter les sages conseils du roi d’Israël , qui le détournait d’uneguerre injustement entreprise : « parce que " c’était la volonté du Seigneur, qu’il fût livré « aux mains de ses ennemis, à cause des dieux « d’Idumée qu’il avait servis *«
X' PHOPOSITION.
On a sujet d’espérer qu’on met Dieu de son côté , quand on y met la justice.
• Seigneur, disait Josaphat * , les enfants d’Amn mon et de Moab , et les habitants de la monta- « gue de Séir, ont été épargnés pas nos ancêtres , « lorsqu’ils sortaient de l’Egypte ; et ils se sont n détournés à côté, pour ne passer point sur ces « terres , et n’avoir pas occasion de combattre ces - peuples. Et eux, au contraire, Ils assemblent « une armée immense pour nous chasser de la « terre que vous nous avez donnée. Vous donc , « notre Dieu, ne les jugerez-vous pas, puisque « nous n’avons point assez de force pour nous « opposer à cette prodigieuse multitude qui tombe « sur nous? Nous ne savons que faire pour leur n résister, et il ne nous reste que de lever les yeux « vers vous. •
Ainsi pria Josaphat : et il reçut dans le moment des assurances de la protection de Dieu.
XI* PBOPOSITIOJi.
Les plus forts ‘sont assez souvent les plus circonspects à prendre les armes.
On en a vu des exemples dans les guerres d’Aroasiaset de Josias. J'en ajouterai encore un dans un fait particulier.
Dans une déroute des enfants d’Israël du parti d’Isboseth, conduit par Abner contre David « Asaél , un des frères de Joab , qui se fiait en la « légèreté de ses pieds plus viles que ceux des « chevreuils habitants des forêts, poursuivait « Abner sans se détourner à droite ni à gauche , ■< et allant toujours sur ses pas. Abner regarda « un moment derrière , et lui dit : Êtes-vous Asaël? «Oui, réiwndit-il. Abner poursuivit : Retirez- « vous d’un côté ou d’un autre , et attachez-vous « à qui vous voudrez parmi la jeunesse fugitive, « pour en avoir la dépouille. Asaël ne cessa point « de le presser : et Abner répéta encore : Retirez- « vous , je vous prie , et cessez de me poursuivre ; « autrement je serai contraint de vous percer, et « de vous laisser attaché à la terre : et comment « pourrai-je après cela lever les yeux devant vo- « tre frère Joab? Asaël méprisa ce discours; et " Abner le frappa dans l’alue, et le perça d’outre
» II. Para/. XXV, 20.
> Ibid. XX, lü, II et scq.
î II. Rnj. n, 17, 18 et s«i.
TIREE DE L'ECRnXRE. LIV. IX.
• en outre. II mounit sur-le-champ desa blessure : ;
• et tous les passants s’arrêtaient pour voir Asaël :
• courbé par terre. •
On ne pouvait garder plus de modération, dans sa supériorité , que le faisait Abner, un des vaillants hommes de son temps, ni ménager davantage Joab et Asaél.
Xll' PBOrOSLTIOV.
SugUale dérision des conquérants par le prophète Isnie.
• Comment êtes- vous tombé, bel astre qui lui-
• siez au ciel comme l’étoile du matin ; vous qui
• frappiez les nations, et disiez en votre cœur :
• Je monterai Jusqu’au ciel ; je m’élèverai au-des-
• sus des astres ; Je prendrai séance sur la roon-
• tagne du temple où Dieu a flxé sa demeure a « côté du nord ; Je volerai au-dessus des nues , et « Je serai semblable au Très-Haut? Mais Je vous
• vois plongé dans les enfers , dans l'ablme pro-
• fond du tombeau. Ceux qui vous verront , se
• baisseront pour vous considérer dans ce creux ,
• et diront en vous regardant : N’est-ce pas là
• celui qui troublait la terre , qui ébranlait les
• royaumes, qui a fait du monde un désert,
> qui en a désolé les villes et renfermé ses cap-
• tife dans des cachots? Les rois des Gentils sont « morts dans la gloire , et enterrés dans leurs
• sépulcres : mais vous , on vous en a arraché ,
• et vous êtes resté sur la terre , comme une bran-
• che inutile et bnpurc, sans laisser de postérité ' . ’•
Et un peu devant’ : « Quand vous êtes tombé
• à terre, tout l’univers est demeuré dans l’éton-
• nement et dans le silence : les pins mêmes se « sont réjouis , et ont dit que depuis votre mort
• personne ne les coupe plus (pour en construire
• des vaisseaux , et en faire des machines de puer- « re). L’enfer a été troublé par votre arrivée , et
• a envoyé au-devant de vous les géants . Les rois
• de ia terre se sont élevés , et tous les princes des
• nations; et tous vous disent ; Quoi donc I vous
• avez été blessé comme nous ; vous êtes devenu
• semblable à nous? Votre orgueil est précipité « dans les enfers , votre cadavre est gisant dons le
• tombeau , vous êtes couché sur la pourriture , et
• votre couverture sont les vers? •
XIII* PBOFOSITIOn.
Deoi paiules du Fils d« Dieu qui snèantisseut h fausse gioire, et èlcignent l’amour des conquêtes.
Il n’y a rien au-dessus de ces expressions, que la simplicité de ces deux paroles du Fils de Dieu ’ : ■ Que sert à l’honune de conquérir le
■ A. siT, 11, 13 atieq.
’ Itid. 9, 1 etseq.
I Matth. ivi.ia,
MasezT. — v. I
« monde , s’il perd son àme ? Et i|u’csl ce qu’on • donnera en échange pour son âme? •
Et encore , pour foudroyer d’un seul mot la fausse gloire : • Ils ont reçu leur récompense '. •
I Is ont prié dans les coins des rues ; Ils ont jeûné ; ils ont fait l’aumêne. Ajoutons : ils ont exercé ces grandes vertus militaires, si laborieuses et si éclatantes, pour fai reparler les hommes : -i En vérité, a je vous le dis ; ils ont reçu leur récompense. • Ils ont voulu qu’on parlât d’eux : ils sont contents ; on en parle par tout l’univers, ils jouissent de ce bruitconfusdont ilsétaient enivrés ; et vains qu’ils étaient, ils ont reçu une récompense aussi vaine que leurs projets : Receperunt mercedem suam, tiani vanam, comme dit saint Augustin ’.
Que de sueurs , (pie de travaux , disait Alexandre (mais (pie de sang répandu) pour faire parler les Athéniens I 11 sentait la vanité de cette frivole récompense; et en même temps il se repaissait de cette fùmée.
ARTICLE III
Des guerres entre les citoyens , avec leurs motifs; et des règles qu'on y doit suivre.
PBEXIÈaS PBOPOSITIOX.
Premier exemple. On résout ta ftnerre entre les tribus par un faux sou{)voa; et en s’expliquant on fait la paix.
Ceux de la tribu de Ruben et de Cad, et la moitié de la tribu de Manassé , étaient séparés de leurs frères par le Jourdain ; et ils érigèrent sur les bords de ce fleuve un autel d’une grandeur immense. Le reste des enfants d’Israël , ayant appris qu’on érigeait contre eux cet autel dans la terre de Chanaan , s’assemblèrent tous en Silo pour combattre contre eux; et en attendant envoyèrent un dépoté de chaque tribu , avec Phiné^ , fils d’Éléazar, souverain sacrificateur. Comme ils furent arrivés dans la terre de Galaad où ils trouvèrent les Rubénistes , et les autres qui élevaient cet autel , ils leur parlèrent ainsi ’ : • Quelle est « cette transgression de la loi de Dieu? Pourxpioi 1 abandonnez-vous le Dieu d’Israél , et bâtissez- > vous un autel sacrilège pour vous éloigner de « son culte? Que si vous croyez que la terre que a vous habitez est immonde (faute d’être sanc- « tifiée par un autel) , venez plutôt avec nous dans • la terre où est établi le tabernacle du Seigneur , « et y demeurez. Nous vous prions seulement de « ne pas délaisser le Seigneur ni notre six'iété , en « établissant un autre autel que celui du Seigneur
• WafS. vi.l.S.
I > în Pt. cxvill, tenu. xn. a’ 2i l- IV, cot. Ilüfi.
' > Jat. XXII, 10, Il etseq.
ts
Digitiz
roUTIQUE
notre Dieu ; cl de ne point atliixr sur nous tons
• sa juste vengeanee , cumme fit Aehab par son
• Itl.nsphemc.
" Ceux de Ruben et les autres ré|)ondirent à
• ce discours : Iæ Seigneur, le très-puissant Dieu
• sait , et tout Israël en sera témoin , que nous
■ n’élcvoiis cet autel que pour être un memorial
■ eicmel du droit que nous avons, nous et nos " entants , sur les holocaustes ; de peur qu’un jour
• vous ne leur disiez ; Vouf n’avez |>oint de part - au culte de Dieu. Phinées, qui étiit le chef de
• la légation, ayant onl celte réponse prononcée
• parlesRuIwnlsteset les autres, aveeexéeration
• du sacrilège qu’on leur imputait , en fit rapport
• n toid le peuple qui en fut content ; et le nou-
• vcl autel fut apixtlé : Tcmoign.age que le Sei-
• gneur était Dieu. •
On voit là que le.s tribus allaient armer contre leurs frères, qu’ils estimaient prévaricateurs, mais que , sans rien précipiter, on en vint à un entier éclaircissement , comme la prudence et la charilé le voulait ; et la paix fut faite.
Il' PUOéOSITIOX.
hvs'ODd pvrmple. Le peuple amie pour la juste poailioii tTuii triiiie, faule J'eu liwcr tes mileurs.
In lévite faisant son chemin, logea en passant dans la ville de Gnbaa, (|ui appartenait à ceux de Benjamin : il en fut indignement traité , iui et sa femme, qui mourut entre leurs bras impudiques '. Ia; lévite, pour exciter la vengeance publique , en partagea le corps mort en douze morceaux, qu’il dispersa dans tous les eonflns d'Israël. A ce speelaclc , cbacun s’écriait * : • On
• n’a Jamais vu une telle chose en Israël. .Assem-
• blez-vons, dit-on aux tribus, et ordonnez en
• commun ce qu'il faut faire. •
Les tribus étant assemblées, il fut ordonné qu’avant toutes choses on demanderait les coupables Mais , au lieu de le's livTcr, ceux de Ih-njamin en entreprirent la defense, et se jetèrent dans Gubaa , au nombre de vingt -cinq mille éombattonU, tous gens de main et de courage, et très-instruits dans l’art delà guerre. Cependant les tribus entreprirent une guerre si difllcile ; et après divers comliats avec un évi-nement douteux, la tribu de Benjamin fut exterminée, a la réserve de six cents hommes, qui avaient échappé à tant de sanglantes batailles.
Outre la difficulté de cette guerre, il y avait encore à considérer l’extinction d’une tribu dans Israël. C’est de quoi toutes les tribus étaient affligées : • Quoi donc , disait-on < , il périra une
* Jvd. XiX, I ; 3 ot SK}.
* tbirl. XIX, dOi
i /frit/, XX, I , S ot »«|-
* Ibid. XXI , 3, e, 7 et toq.
; • des tribus , une des sources d’Israël? - Mais la ' justice l’emiHirla : et tout ce qu'obtint le regret d’une perte si considérable, c’est d’aider cette miséralilc tribu , autant qu’on pouvait, à se rétablir par le mariage.
I III’ PBOrOSITION.
! Troisième exemple. On procëiUil par les annei S ta puiiiliün de reiix qui ne venaieni pas à l'araiée , éUnI maridés |isr ordre public.
Cest ce qui parait dans la même guerre, ou l’un introduisit une accusation en demandant :
• Qui sont ceux qui ne se sont pas ivnidus à
• rassemblt>e générale? On trouva que ceux de « Jabés Ualaad y avaient manqué : et on eboisit
• dix mille des meilleurs soldats pour les passer
• au fil de l'épée v
Gedéon avait puai à peu près de même ceux de Soceotb , qui par un esprit de révolte reiusérent des vivres à l’armée qui marchait à l’eiiuemi. Il prit la tour de Pliaimuel, ou ils mettaient leur espérance ; il la démolit, et en fit mourir les luibitauts*.
C’est ainsi qu’un 6te aux rebelles et aux mutins les forteresses dont ils abusent ; et on laisse un exemple à la postérité , du ebàtiment qu’oii en fait.
On voit clairement , par ces exemples , que la puissaneo publique doit être armée , ol’m que In fiircc demeure toujours au souverain.
IV’ PBOPOSITIOX.
QuaUtème exemple. La guerre entre David et Islsixetli iiU de Saill.
Tout le royaume de Saiil , après la mort de cc prince, appartenait à David. Dieu en était lumseulcmimt le maitre absolu , par son domaine souverain et universel, mois encore le propriétaire, par sestiires particuliers surlaiomilled'Abraliam, et sur tout le peuple d’Israël. Dieu donc ayant donné ce royaume entier à David , qu’il avait fait sacrer par Samuel, et à sa famille, on ne peut douter de son droit ; et néanmoins Dieu voulait qu’il conquît ce royaume qui lui appartenait à si juste titre.
Ce droit Je David avait été reconnu par tout 1e peuple, et même par In famille de Saiil. Jonatbos , fils de Saiil , dit à David ^ « Je sais que . vous régnerez sur Israël , et je serai le second
• apres vous : et mon père ne l’ignore pas. u En effet, Saul lui-mème, dans un de ses bons moments, avait parlé à David en eos termes ’ : « Comme je sais que vous régnerez trés-certai-
< Jud. XXI, H, B. 10- > Ibid. Tin, S, e et soq.
i I. Kcÿ. XXIII, 17.
b Ibid. XXIV, 21, 23.
TIREE DE EÉCniTl RE. I.IV. IX.
• ncmpnt , et que vous aurez en main le royaume
• d'Israël, Jurez-moi que vous conserverez les > restes de ma race. > Ainsi le droit de David était constant.
Cequi retarda l'exécution de la volonléde Dieu, fut qii'Ahner, fils de Ncr, qui commandait les armées sous Saül , lit valoir le nom de ce prince , et mit son fils Isboseth sur le trône durant sept ans ' , pendant que David régnait ô Hébron sur la maison de Juda.
Quelque certain et reconnu que fût le droit de David , il n'usa pas de ses avantages durant cette guerre , et ménagea le sang des citoyens. En ce temps , les Philistins , ennemis du {xuiple de Dieu , n'entreprenaient rien, et David n'avait rien û craindre du côté des étrangers : ainsi il ne pressait pas Isboseth , et le laUssa deux ans paisible, sans faire aucun mouvement, l-a guerre s'alluma cusuite -, « et il y eut un combat assez rude entre . les deux partis ’. • Mais .Abncr, d'une hauteur où il s’étalt rallié , avec ce qu'il avait de troupes plus affectionnées ù la maison de Sniil,qui étaient cellesdc la tribude Benjamin, d'où ilétait, - ayant
• crié à Joab , qui poursuivait éprement l'armée
• en déroute * : Jusqu'à quand poursuivrez-vous . des fugitifs? et voulez-vous les passer tons au
• fil de l’épéc? Ignorez-vous ce que peuvent de
• braves gens dans le désespoir, et ne vaut-ll pas . mieux empêcher vos troupes de pousser à bout
• leurs frères? • Joab ne demandait pas mieux , et n'eut pas plutôt ouï le reproche d'.Abner qu'il lui répondit : ■> Vive le Seigneur! si voua aviez . parlé plus tôt, le peuple dés le malin aurait « cessé de poursuivre son frère. Il fit en même
• temps sonner la retraite; et le combat, qui . avait duré jusqu'au soir, cessa à l'instant. •
On voit, en cette conduite, l'esprit où l'on était d'épargner le sang fraternel, c'est-à-dire, celui des tribustoutes sorties de Jacob. C'est leseul combat mémorable qui fut donné ; et, quelque rude qu'il eût été, on ne trouva parmi les morts que dix-neuf hommes du côté de David ; et de celui ' d'.Abner, quoique battu, seulement trois cent soixante.
On remarque même que Dav id n'aila jamais en personne à cette guerre, de pour que la présence du roi n'engageût un combat général. Ce prince ne voulait pas tremper ses mains dans le sang de ses sujets : et il ménagea autant qu'il pouvait les restes de la maison de Saül , à cause de Jonatlias. Ce ne furent que rencontres particulières , ou , comme • David allait toujours croissant etse for- ■ tillant de plus en plus , pendant que la maison
' II. Jtrg. Il, s ft MSI.
■ Jbiil. 17.
• lut. 20, 27, M.
« de Saül ne cessait de diminuer ' , • il crut qn'il valait mieux la laisser tnmtier comme d'elle-méme, que de la poursuivre à outrance.
Tout roulait dans le parti d'Isboseth sur le crédit du seul Abner. David n'avnit qu'à le ménager, et àproflter comme il fil des mécontentements qu'il recevait tous les jours d'un maître égaleraeni faible et hautain
Abner, en son àme , savait que David était le roi légitime ; et un jour, maltraité par Isboseth , il le menaça de faire régner David sur tout Israël , comme te Seigneur l'avait ordonné et promis *.
Il traita en effet avec David, à qui il avait gagné fout Israël et tout llenjamin , en leur disant : • Hier et avant-hier vous cherchiez David
• pour le faire roi; accompiis.sez donc ce que le
• Seigneur a dit : Qu'il sauverait par sa main tout
• Israël de la main des Philistins K •
Il arriva, dans ces conjonctures, que Joab tua Abner en trahison. • Et sa mort ne fut pas plu-
• tôt sue par Isboseth , que les bras lui tombèrent
• de faiblesse , et que tout Israël fut mis en trou-
• blés*. » Ce qui donna la hardiesse à deux capitaines de voleurs de le tuer lui-méme en plein Jour dans son lit , où il dormait sur le midi ; et ils apportèrent sa tète A David*.
Ainsi finit la guerre civile , comme David l'avait toujours espéré , sans presque verser de sang dans les combats. Mais David , dont les mains en étaient pures, de peur qu'on ne crut qu'il avait eu part à l'assassinat d' Abner et à celui d'Isboseth, s'en disculpa par deux actions éclntanles qui lui gagnèrent tous les cœurs.
La conjoncture des temps , où le règne qui commençait était encore peu affermi, ne permettait posa David de faire punir Joab, dont la personne était importante et les services nécessaires. O qu'il put faire ml sujet du meurtre d'Abner fut de dire à toute l'armée, et à Jo.ib même’ : • Déchl-
• rezvos habits, et revêtez- vous de sacs, et pleu- « rez dans les funéraillesd'Abner.David lui-méme « suivait le cercueil. Et quand on eut enterré Ab-
• lier, David éleva sa voix, et dit en pleurant :
• Abner n'est pas mort comme un Uchc : tes mains
• n'ont pas été liées, ainsi qu'on fait aux vaincus;
• ni tes pieds n'ont pas été mis dans les entraves :
• tu CS tombé comme il arrive aux plus braves,
• devant des enfants d'iniquité. A ces mots tout
• Israël redoubla scs pleurs. Et comme toute ■ la multitude venait pour mnuger avec le roi
■ H. It*ç. III. I.
’ Ibid. t. 7, B.
• Ibid, I, 10.
< Ibid. 17, IB, 19.
• Ibid. IV, I.
• Ibid. 6, 0, 7, B.
’ Ibid. III , 31 , 32 ft seq.
43fi
POUTIÜUE
• pendant le jour : A Dieu ne plaUc , dit David ,
> que j'interrompe le deuil , et que je goûte uii
• morrenu de pain, avant le coucher du soleil.
• Ainsi Dieu me soit en aide! Tout le peuple
• entendit ce serment ; et louant ce que fit David , le reconnut Innocent du meurtre d'.Abner. »
Il fit plus, et • disait tout haut à ses servi-
• teurs ' : Ne voyez-vous pas qu'Israel perd au-
• jourd'hui un grand capitaine? Pour moi je suis
• faible encore , et sacré depuis peu du temps. Ces
■ enfants de Sarvia (c'était Joab et Abisaî son < frère) me sont durs ; le Seigneur rende aux
■ méchants suivant leurs crimes! • C'est tout ce que permettait la conjoncture des temps.
Pour cc qui regarde Isboseth ; quand ces deu-x chefs de brigands , Baana et Itéelmb , lui en apportèrent la tête , croyant lui rendre un grand service ; ■< Vive le Seigneur , dit-il ■ , qui m’a
■ toujours délivré de toute angoisse! Celui qui - vint m'annoncer la mort de Saül , dont il se
• vantait d'étre l'auteur , et qui croyait m'appor-
• ter une nouvelle agréable, dont il attendait
• récompense, fut mis à mort par mon ordre.
• Combien plus redemanderai-je à deux traîtres
■ le sang d'un homme innocent, qu'ils ont tué
> sur son lit , et qui ne leur avait fait aucun mal I > Ainsi périrent ces deux voleurs , comme avait péri ctdui qui se glorifiait d'avoir tué le roi Saül. La différence qu'y mit David , c’est que celui-ci fut puni comme meurtrierdc l’oint du Seigneur ; et ceux-là furent tués comme coupables du sang d'un homme innocent qui ne leur faisait aucun mal, sans l'appeler l’oint du Seigneur, parce qu'en effet il ne l'était pas.
On voit , par la conduite de David , que dans une guerre civile un bon prince doit ménager le sang des citoyens. S’il arrive des meurtres, qu'un pourrait lui attribuer à cause qtfii en profite. Il doit s'en justifier si iiautcmcnt , que tout le peuple en soit content.
V' PBOPOSITION.
t'iiiquiéme et sixième exemple. La guerre civile d'Absaloa et de Sélia, avec rtiistuire d'Adouias.
Jamais prince n'était né avec de plus grands avantages naturels , ni plus capable de cniiscr de grands mouvements , et de former un grand parti dans un État, qu’Absalon fils de David. Outre les grâces qui accompagnaient toute sa personne ’ , c'était le plus accueillant et le plus prévenant de tous les hommes. Il faisait paraître un timonr immense pour la justice, et savait flatter par rct endroit-là, tous ceux qui paraissaient avoir le
* Â/.f. IV, 0, 10, II.
* /6id. XJÏ, XV.
moindre sujet de se plaindre '. IVous l'avons observé ailleurs : et je ne sois si nous avons aussi remarqué que David s'était peut-être un peu ralenti de cc cûté-là , durant qu'il était occupé de liethsabéc. Quoi qu'il en soit , Absuion sut profiter de la conjoncture où la réputation du roi son père semblait être entamée par cette faiblesse , et encore plus par le meurtre odieux d’iine, un si brave homme , si attaché au service , et si fidèle à son maitre.
Il était le fils aîné du roi, le trûne le regardait ; et il en était si proche , qu'à peine lui restait-il un pas à faire pour y monter.
Pour se donner un relief proportionné à une si haute naissance, • il se fit des chariots, et des
• cavaliers, avec cinquante hommes qui le pré-
• cédaient ‘ - et ii imposait au peupic avec cet éclat. Cc fut une faute contre la bonne politique ; et il ne fallait rien permettre d'extraordinaire à un esprit si entreprenant. Le roi , peu detiaot de sa nature , et toujours trop indulgent à ses enfants , ne le reprit pas de cette démarche hardie. Absalon le savait gagner par les flatteries; et, privé dans une disgrâce de la présence du roi , il lui lit dire ^ : * Pourquoi m’avez-vous retiré de Gessur
• où j'étais banni? Ii m’y fallait laisser achever ■ mes jours. Quoje voie la face du roi ou qu’il
• me donne la mort. -
Quand il eut assez établi scs intelligences par tout le royaume , et qu'il se crut en état d'éclater, il choisit la ville d’Hébron , l'ancien siège de la royauté , qui lui était tout acquise , pour se déclarer. I.e prétexte de s’éloigner de la cour ne pouvait être plus spécieux , ni plus flatteur pour le roi Pendant que j’étais Iranni de votre cour,
• j'ai fait vœu, si je revenais à Jérusalem pour y
• jouir de votre présence , de sacrifier au Seigneur V dans Hébron •
Absalon ne fut pas plutôt à Hébron , qu'il lit donner le signal de la révolte à tout Israël. Et on s'écria de tous cotés ; ■ Absalon règne dans Hébron ■
Ce prince artificieux engagea dans ce voyage deux cents hommes des principaux de Jérusalem , qui ne pensaient à rien moins qu'à faire Absalon roi ; mais ils se trouvèrent cependant forcés à se déclarer pour lui. En même temps on vit paraître à la tête de son conseil , v Achitophel ,
• le principal ministre et le conseiller de David
• que l'on consultait comme Dieu , et sous David,
' II* àvj. XV, X et scq.
> Ibid. I.
> Ibid. ItT, 32.
• /6i^. XV, 7, «.
> lb:d. 10.
• Iljd. II.
' Ibid. l*.
TIHEE DE L'ECRITERE. EIV. !X.
• et depuis sous Absalon • En même temps Amasa , capitaine renommé , fut mis à la tête de ses tronpes ' ; et ce prince n'oubtia rien pour donner de la réputation A son parti.
Pour imprimer dans tous les esprits que l’affaire était irréconciliable , Achitophel conseilla A Absalon, aussitêt qu’il fut arrivé A Jérusalem, d’entrer en plein Jour dans l’appartement des femmes du roi \ afin que quand on verrait l’outrage qu’il faisait au roi, dont ii souillait la couche, tout le monde sentit anssitêt qu'il était engagé sans retour , et qu’il n’y avait plus de ménagement.
Tel était l’état des affaires du cête des rebelles. Considérons maintenant la conduite de David.
Il commença d’abord |>ar se donner du temps pour SC reennnattre ; et abandonnant Jérusalem , où le rebelle devait venir bientêt le plus fort, pour l'accabler sans ressource , il se retira dans un lieu caché du désert avec l’élite des troupes *.
Comme il sentit la main de Dieu qui le punissait, selon la prédiction de Nathan, il entra A la vérité dans l’humiliation qui convenait à un coupable que son Dieu frappait, sc retirant A pied en pleurant avec toute sa suite , la tête couverte , et reconnaissant le. droit du Seigneur .Mais en même temps il n’oublia pas son devoir. Car ayant vu que tout le royaume était en péril par cette révolte , il donna tous les ordres nécessaires pour s’assurer tout ce qu'il avait de plus lldélcs serviteurs; comme les légions entretennes de Phéléthl et de Céréthi ; comme la troupe étrangère d’Ethaï Géthécn ; comme Sadoe et Abiathar avec leur famille ®. Il songea aussi A être averti des démarches du parti rebelle, en diviser les conseils , et détruire celui d’Achitophel , qui était le plus redoutable’.
Apirs avoir ainsi arrêté le premier feu de la rébellion , et pourvu nu.\ plus pressants Iresoins , pardes ordies qui lui réussirent, il semiten état de combattre. Il partagea lui-même son armée en trois (ce qu'il faut une fois observer); parce que cettedivision était nécessaire pour faire combattre sans confusion , surtout de grands corps d'armées telles qu’on les avait alors. 11 en nomma les officiers et les commandants , et leur dit : ■ Je mar- « eberai A votre tête > Il vit bien qu’il y allait du tout pour la royauté , et crut qu’il n'avait point