‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 174 sur 518 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Artifice cie M. Simon pour ruiner une des preuves fondamentales de l’Église sur ie pêciié originel, Urée du baptême des entaals.

C est ce qui nous réduit à examiner une fois les jugements qu'il prononce avec tant d'antoritê : et encore que selon les lois d'une dispute réglée , à qui afiirme sans raison , il suffise de nierde même ; œ ne sera pas perdre le temps que de montrer l’ignorance , la témérité ou plutôt la mau valse foi de ce censeur.

Je dis donc premièrement qu'il affaiblit la preuve de l’Église. Sa preuve fondamentale pour établir le péché originel , était le baptême des petits enfants. Scs autres preuves étaient solides, mais il y fallait de la discu.ssion : le baptême des petits enfants était une preuve de fait , pour laquelle il ne fallait que des yeux ; le peuple en était capalfle comme les savants, et c’est pourquoi saint .Augustin l’étfiblit dans un sermon en cette sorte' : Il ne faut point, disait-il, mettre en question s'il faut baptiser les enfants : c’est unedoetrine établie il g a longtemps , avec une souveraine autorité dans CÉglisc catholique. Ixs ennemis de FÉglise (les p<‘lngiens) en demeurent d'accord avec nous, etiln'g n point en cota de question. Voilà doue une première vérité qui n'était pas contestée. Il faut baptiser les enfants : le baptême leur est nréessaire ; mais a quoi leur est-il nécessaire? Le baptême le montrait, puisque constamment il était donné en rémission des péchés ; c'était une seconde vérité, qui n'était pas moins constante que la première. L'autorité, ditsaint Augustin • , de l’Église notre mère le montre ainsi; la règle inviolable, de la vérité ne permet pas (F en douter : quiconque veut ébranler cet inébranlable rempart, cette forteresse imprenable , U ne ta brise, pas, il se brise contre elle. Et un peu après’ : Ce.sl une chose certaine, c'est une chose établie. On peut souffrir les erreurs dans tes autres questions, qui ne sont point encore examinées , qui ne sont pointaffermiesparla pleine autorité de t’ Église ; on peut dans cette occasion supjmrter ferrrur;

' &-rm. 304 , Al. I4,rf4*rfr6. r«p. I, Q* 13.

» /frêrf. cap. kvii, n” I7.

} iLiJ. cap. &AI , 11' Mi.

OÉFEiSSE DE LA TRADITION

mais U ne faut pas permettre d'en venir jusqu’à renverser te fondement de la foi.

Ce fondement de la foi était la déclaration solennelle que faisait l’Église , qn’on baptisait les enfants, qu'on les lavait de leurs péchés; par où il fallait croire de nécessité qu'ils naissaient pécheurs , et que , n'ayant point de péchés propres à expier, on ne pouvait laver en eux que ce grand péché que tous avaient commis en Adam. Il ne fallait point argumenter, l'action parlait ; le péché originel , si diOIclIe à persuader aux incrédules , devenait sensible dans la forme du baptême , et la preuve de l'Église était dans son sacrement.

Cet admirable sermon de saint Augustin fut prononcé dons l'Église de Carthage le Jour de la nativité de saint Jean-Baptiste, au commencement de l’hérésie de Pelage , et avant que scs sectateurs eussent été condamnés ; mais l’Église qui les tolérait jusqu'alors , et les attendait i pénitence , leur dénonçait par ce sermon dans la capitale de l'Afrique, qu’elle ne les tolérerait pas longtemps , et jetait les fondements de leur prochaine condamnation. En effet , quelque temps après , dans la même église de Cartilage ou ce sermon avait été prononcé , on tint un concile approuvé de toute l’Église , oùJ’on condamna les pélagiens par le baptême des petits enfants. En voici le canon' : Quiconque dit qu'il ne faut point baptiser les petits enfants nouvellement nés, ou qu'il tes faut baptiser à la vérité en la rémission des péchés, mais cependant qu’ils ne tirent pas d’Adam un péché originel qu’il faille expier parla régénération ; doit il s'ensuit que Informe du baptême qu’on leur donne en la rémission des péchés n'est pas véritable, mais qu’c! te est fausse ; qu’il soit anathème.

On voit par là que cette preuve du péché originel , qu'on tirait de la nécessité et de la forme du baptême , était celle de toute l'Église catholique dans les conciles universellement reçus. Les Pères du même concile de Carthage, dons la lettre qu'ils écrivirent au pape saint Innocent, pour lui demander la conflrmatlun de leur jugement, insistent surcette preuve, comme sur celle qu'on ne pouvait rejeter sans renverser le fondement de fa/ot ' , qui était précisément ce que saint Augustin avait prêché , encore qu’il n'assistêt point à ce concile ; et le pape la reçut aussi comme incontestable , en disant , que c'est vouloir anéantir le baptême, que de dire que ses eaux sacrées ne servent de rien aux enfants

C’est donc là ce fondement de la fol , sur lequel les pélagiens ne pouvaient pas dire rpie l’Orient

ne fût pas d’accord avec l'Occident , puisque les deux Églises en convenaient avec un si grand consentement, que tes peuples même, dit saint Augustin dans le sermon déjà cité', auraient couvert de confusion ceux qui auraient osé le renverser. Cest aussi ce qui fermait la bouche aux pélagiens , qui ne faisaient que biaiser quand on en venait à cet argument , et paraissaient évidemment déconcertés, comme les réponses de Julien le pélogien le font connaître*. Mais aujourd’hui M. Simon entreprend de les délivrer d'un argument si pressant et si important ; et n'osant pas le détruire ouvertement , de peur d'attirer sur lui le cri de tout l'univers, il l'affaiblit indirectement, enjoignant la nécessité de l'eucharistie avec celle du baptême ; comme si saint Augustin et toute l'Église l'avait crue égale. Mais on voit ici manifestement le malicieux artifice de cet auteur. La preuve que l'on tirait du baptême subsistait par sa propre force , indépendamment de celle qu'on tirait de l'eucharistie, comme ou le peut voir par le sermon de saint Augustin , qu’on a rapporté , et encore par le canon du concile de Carthage , où l'argument du baptême , même seul, fait le sujet de l'anathème de f Église, sons qu'il y soit fait mention de celui de l'eucharistie. Quand donc M. Simon fait marcher ensemble ces deux preuves , c’est qu'il espère d'affaiblir l'une en l'embarrassant avec l'autre : il voulait faire ce plaisir aux nouveaux pélagiens , dont il est le perpétuel défenseur, aussi bien que des anciens partisans de eette hérésie , comme la suite de ce discours la fera paraître. En effet , la preuve tirée du baptéms n’a aucune difficulté. Si donc il à senti qu'il y en avait dans celle qu'on tirait de l'eucharistie, et qu'il fallait un plus long discours pour la faire entendre , la bonne fui voulait qu'il les séparât. Il devait dire , non pas comme il fait , que la preuve que saint Augustin tire dubapirme etde teucharistic ne paraitpas coneluanle ; maisque la preuve de l'eucharistie est plus difficile à pénétrer que l’autre , qui va toute seule , et qui n'a aucun embarras. Mais s'il eût parlé de celte sorte , la victoire de l'Église était manifeste , et sa preuve très-évidente. Il fallait donc pour favoriser les pélagiens anciens et modernes , affaiblir, ou plutêt détruire la preuve la plus manifeste du péché originel , et avec elle renverser le fondement de l'É glise, comme les Pères, dont nous avons vu les autorités , l'ont démontré.

* Serm. 294 , il. 14. rsp. X4 ii , n* 17.

* .Suj. roml. JhI. IU). III, cap. IIJ.

' CoHc. Cfirth. can. II.

* Kpitt. r mtr. Ciirik. ml tnH in ^ne.

^ IM. Inn. ad <à»hc. .Vifct.

ET SAINTS PÈRES. LIV. I

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