CHAPITRE XX
Que H. Simon n'a pu dû dire que tes preuves de suiat
Augustin et de l’uKienne Église «mire les pélagiens
ne sont pu ooodunntes.
Au reste , tout ceci fait voir le but qu'il a eu de dire que les preuves de saint Augustin et de l’Eglise sur le péché originel ne sont pas concluantes ; puisque celle du baptême, prise en elle-même, ne souffre aucune réplique , et que celle de l’eucharistie, qui a sa dlfllculté particulière, ne laisse pas de conclure ce que voulait saint Augustin , et avec lui l'ancienne Église. Leur dessein était de détruire la chimérique distinction que les pélagiens voulaient introduire entre le royaume des deux , que Jésus-Christ promet par le baptême en saint Jean , chap. iit , v. S , et la vie éternelle qu'il promet en saint Jean, chap. ii i, t S, par le moyen de l’Eucharistie. Mais étant d'une vérité incontestable que la vie que l’eucharistie, qui est notre nourriture , nous conserve , est la même que celle que le baptême , qui est notre renaissance, nous avait donnée; par conséquent ces deux passages , que les pélagiens opposaient l’un à l'autre , ne tendent vUIblemcnt qu’à la même fin , et nous promettent sous différents noms la même vie dentelle : d’autant plus qu’au même endroit de l'Évangile , où le royaume des deux nous est promis dans le baptême , il est aussi expliqué quelques versets après ', que c’est la vie éternelle qui est promise sous ce nom , puisqu'il y est dit que le Fils de Dieu est mort pour la donner à tous ceux qui croient, parmi lesquels II faut compter les petits enfànts baptisés , selon la tradition constante de l’Église , comme nous l’avons démontré par saint Augustin.
Le passage de saint Jean , au chapitre iii , est évident. Dieu a tant aimé le monde, dit le Sauveur, gu'il a donné ion File unique, afin que ceux qui croient en lui aient ta vie éternelle. Visiblement la vie éternelle n’est ici que la même chose que Jésus-Christ avait exprimée par le royaume des deux quelques versets auparavant. Saint Augustin l’a prouvé par la suite de ces passages dans ce célèbre sermon que nous avons tant allégué’, où il a si solidement établi la nécessité du baptême. Il était donc de la dernière absurdité de distinguer la vie éternelle d’avec le royaume des deux ; et, comme dit le même Père, le recours des pélagiens à cette frivole et imaginaire distinction était la marque de leur faiblesse.
J’ai voulu m’étendre un peu sur cette matière , et pour tirer d'embarras ceux que M. Simon y voulait jeter, et ensemble pour lui montrer qu’il
' Jonn. III, 18, ta.
* 5rrM.tH, «liu H.
DÉFENSE DE LA TRADITION
tisracs de saint Cyrille, approuve par conséquent cette explication , qui y est contenue.
Apres avoir vu ces choses, et avoir pris tant de soin à prouver que l’explication des luthériens , de Férus et de Cajetan répugne au sentiment commun de tous les Pères , il semblera que M. Si mon devait s’en être éloigné, selon la règle qu’il pose comme inviolable : qu’il faut expliquer l’Ecriture d’une manière conforme aux sentiments de l’antiquité. Mais ceux qui le concluraient ainsi , ne connaitraient guère cet auteur ; car il ne lui faut qu’un seul endroit, et un petit mot pour détruire et affaiblir ce qu’il semble dire partout ailleurs avec plus de force. Et en effet , malgré tout ce qu’il avance en faveur de l’explication qui trouve l’eucbaristie dans ce chapitre de saint Jean, le même M. Simon, en parlant de Théodore d’Héraclée , qui l’expliquait de l’incarnation, en a fait ce jugement ' : Ce sens paraii assez naturel , quoiqu'il ne soit pas commun ; car il semble qu'il s'agisse plutôt en cet endroit du mystère de l'incarnation , ou de Jésus-Christ considéré en lui-méme, que de l’eucharistie. Gomme si dans l’Eucharistie Jésus-Christ n’était pas aussi considéré en lui-méme , ou qu’il n’y fût pas véritablement présent ; mais ne le pressons pas làdessus : demandons-lul seulement si ces expressions, // parait assez naturel y il semble qu’il s'agisse phitôty etc. ne sont pas visiblement des manières d’insinuer un sentiment , et de lui donner la préférence , bien qu’il ne soit pas commun. Ainsi Théodore d’Héi*aclée, un arien (car M. Simon convient qu’il l’était ) l’emporte , par l’avis de ce critique , sur tous les Pères , sur tous les interprètes anciens et modernes , et sur deux conciles œcuméniques, celui d'Éphèse et celui de Trente. Est-ce là un défenseur de la tradition , ou plutôt n’en est-ce pas l’ennemi et le destructeur secret’/