‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 244 sur 518 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Passages de saint Allianase sur la signiAcatioo du mot de petsmuieè en Jèsus-Clitist.

Il est vrai qu’atiparavant nous avons marqué un endroit de saint Athanase , où il appelle deux personnes, l’homme qui est né de Marie, elle i'erhe qui est né devant tous les temps; c’est dans une épitre à ceux d’Antioche , autre que celle que nous avons, et dans laquelle constamment cela n’est pas ; mais Facundus citant celleci comme très-autorisée dans les Églises ', je n’en veux point révoquer en doute la vérité : seulement, comme nous n’avons qu’une traduction de cette lettre en latin , on pourrait peut-être douter de quels termes s’était servi saint Athanase , ou de celui de ôûoirpoiTonra.oudecclui de Sôiç Ciaotm- <JKÇ, puisqu’on traduit souvent en latin l’un et l’autre terme par celui de personne, persona, comme il se fait encore aujourd’hui dans nos versions. Ce qui pourrait faire croire qu’il se serait pliitêt servi du mot d’hypostase ou de subsistance, c’est que la signification n’en était pas fixée de son temps, comme il parait par sa lettre synodiquB à ceux d’Antioche que nous avons , où il laisse pour indifférent de reconnaître en Dieu trois hypostases pour y signifier trois personnes, ou une hypostose pour y signifier une seule nature.

Je laisse donc aux critiques A examiner de quel terme se sera servi saint Athanase dans cette épitre à ceux d’Antioche, produite par Facundus ; et quoi qu’il en soit, il peut y avoir une raison particulière qui ait porté ce grand homme à employer dans cette épitre le mot à/e, personne , je dis même celui de irpo'vwirov ; car Facundus, par qui seul niNIs connaissons cette lettre, nous apprend qu’elle était faite contre les apollinaristes, et qu'on la leur faisait souscrire lorsqu’ils se convertissaient A la foi catholique. On sait l’erreur des disciples d’Apollinaire, qui disaient que le Fils do Dieu n’avait pris qu’un corps humain sans prendre une âme ; ou que s’il avait pris une âme , c’était l’âme de l’animal , et non pas ce qui s’appelle l’âme raisonnable et intelligente, ou si l’on vent la raison et l'intelligence. Cela étant, il n’aurait pas pris la nature humaine parfaite; il n'aurait pris que le corps , et non pas l’âme raisonnable ; et

' Forundiu. lib. xi , rap. n , p. 470.

ainsi ce qu'il aurait pris ne pourrait ôtrc appelé personne en nous-mêmes. Caron n’appelle en nous personne ni le corps, ni l’émc animale et sensitive , si on la voulait distinguer de la raisonnable, ni même l’émc raisonnable, ni aucune partie de l’homme ; mais le tout , c’est-à-dire , le corps et l'àme unis ensemble , et la partie sensitive autant que la raisonnable. C’était l’esprit de l’Église , en condamnant les hérétiques , de choisir les termes les plus propres à prévenir leurs chicanes et leurs équivoques. Cest ce qui fait même quelquefois varier le langage de l’Église ; ce qui parait principalement dans le terme de consubstantiel, qui autrefois réprouvé dans les sabelliens , qui en abusaient, fut rétabli contre les ariens dont il excluait les raffinements. Ainsi le mot de personne, qui d’une certaine manière signifie la totalité ou l’intégrité et la perfection des natures , peut avoir été choisi par saint Athanase , en cette occasion particulière, pour confondre les sectateurs d’Apollinaire, qui étant à l’homme, en Jésus-Christ, une partie aussi essentielle de sa substance qu est l’éme raisonnable, ne pouvaient pas l’appeler une personne , même au sens que nous y appelons les autres hommes; et le mot de personne était déjà si consacré à exprimer l’unité de la personne de Jésus-Christ , qu’on le trouve partout ailleurs dans saint Athanase. Dans son livre intitulé que Jésus- Christ est un, il constitue le mystère de l’incarnation en ce qu'il n'y a pas deux personnes en Jcsus-Chrisl , mais une seule personne, quoiqu'il y ait deux natures, ce qu’il répète par trois fois. Il le répète encore dans son livre de l’Incarnation contre Paul de Saraosate. Il ne peut avoir changé un langage si établi que , comme on a dit, par une vue particulière pw rapport à Apollinaire, dont ce terme étouffait toutes les chicanes. Mais dans le passage de saint Chrysostôme dont nous parlons, ce Père ne disputait pas contre Apollinaire, qui faisait en Jésus-Christ l’homme imparfait : il n’avait donc pas le même besoin que saint Athanase alors du mot de personne, pour signifier l’intégrité de la nature humaine en Jésus-Christ; augfsontraire, il avait besoin du mot de personne dans la plus étroite signification contre les Juifs et les sabellicns, qui refusaient de reconnaître en Dieu la pluralité des personnes. Ajoutons que cette signification du mqii personne était alors plus fixée et eutièremeut établie, puisque même les hérétiques se fussent rendus suspects en s’en éloignant, et pour cela n’osaient le faire : ajoutons que saint Chrysostôme ne s’en est jamais servi dans un autre sens : ajoutons que le lieu môme dont il s’agit exigeait ce sens propre du mot de personne; puisque ce Père, connue on a vai, y voulait combat-

tre l’unité des personnes que les Juifs et les .sabclliens mettaient en Dieu. En fallait-il davantage pour déterminer à ce sentiment un bon eVjudicieux critique? mais c’est que le nôtre aime à charger les Pères , et à excuser les hérétiques.

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