CHAPITRE XI
M. Simon emploie contre les Pères , et mônw contre les plus grands , les manières les plus dédaigneuses et les plus moqueuses.
C’est ici le temps de montrer combien la critique de M. Simon est injurieuse aux Pères, et combien il affecte de faire voir toutes sortes de défauts dans ces grands hommes.
Premièrement, leur doctrine n’est pas saine. Pour saint Augustin , il n’y faut pas seulement penser : c’est un novateur, à qui on fait favoriser le calvinisme : saint Chrysostôme , qui est celui que l’auteur semble vouloir relever le plus , parle en nestorien : saint Jérôme est ennemi de l’épiscopat ‘ : saint Hilaire ôte à Jésus-Christ la crainte et la tristesse, selon sa nature humaine. Il pouvait dire la douleur des sens avec autant de raison. Quelque effort que tes scolastiques fassent pour concilier la doctrine de ce Père avec les sentiments de l'Église, il est difficile qu'ils y réussissent *. C’est l’arrêt de M. Simon. Les pèitt bénédictins, plus habiles critiques que lui, ne sent pourtant pas de son sentiment , et l’on peut voir leur dissertation dans la nouvelle édition de saint Hilaire; mais M. Simon n’estime pas tout ce qui tend à justifier les saints docteurs , et à rendre la tradition uniforme. Saint Hilaire n’est pas ici le seul coupable : saint Jérôme ne s’éloigne pas de son sentiment : M. Simon le prononce ainsi \ Il prend tout au pis contre les Pères; et s’il y a quelque chose qui paraisse dur ou suspect dans leurs écrits , c’est partout ce qu’il relève. Voilà pour les grandes fautes qui regardent la foi. T.es petites, que nous ferons consister dans la manière d’exposer l’Écriture sainte, n’inspirent pas moins de mépris pour ces grands hommes.
Quoiqu’il préfère les Grecs aux Latins, les premiers ne se sauvent point de sa censure. L’idée qu’il donne d’abord de saint Basile comme d’un rhéteur, nous a déjà fait sentir le peu d’estime qu’il en fait; puisque rhéteur et déclamateur, selon lui, est la même chose. Il est pourtant bien certain , par le commun consentement de tout le monde et des critiques anciens comme des modernes , de Photius comme d’Érasme , que ce graud homme est un des plus graves , des plus exacts et des plus savants', comme des plus éloquents écrivains de l’Orient.
Saint Grégoire de Nazianze , rhéteur comme
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ET DES SAINTS PEUES. LIV. IV
lui ,adrji cDSonéloge : mais en voici un nouveau qu'il ne fout pas oublier. Parmi les discours de ce Père , qui sont au nombre de cinquante-deux , il y en a un que M. Simon a voulu traiter d'homélie , ce qui lui donne lieu d’en faire l'éloge en ces termes ; U terait « désirer que nous eussions d’autres homélies de ce savant évêque sur le Nouveau Testament; car bien qu'il soit plus orateur que commentateur, il fait connaître de temps en temps qu'il était exercé dans le style des livres sacrés. N’est-ce pas lè une admirable louange pour un hommedonttout le disconrs n'est qu’un Judicieux tissu de l’Écriture , et qui en fait paraître partout une connaissance profonde ? Quel fruit veut-on qu’on espère de la lecture des saints docteurs , si tout ce qu’on peut arracher en faveur des plus excellents , quoiqu’ils passassent leurs jours dans la méditation des saints livres, c’est qu’il leur échappe quelque chose de temps en temps, par où l’on pourrait Juger qu’ils sont exercés dans l'Écriture? Au reste , ce sont toujours en apparence de grandes louanges parmi ces dédaigneuses façons de parler ; c’est toqjours ce docte Père, ce savant évêque; c’est le style perpétuel deM. Simon. U serait à désirer qu'il eût fait d’autres homélies; mais par malheur il n’v en a point; et quand on en vient au fruit qu’on peut recueillir du travail de ces savants hommes , on ne trouve plus rien entre ses mains.
Saint Grégoire de Nyssc est un troisième rhéteur de l'Église grecque. Voici encore pour lui un éloge particulier de M. Simon' : Nous avons cinq homélies de saint Grégoire de Nysse , sur l'Oraison dominicale, où il explique toutes tes parties de celte prière les unes après les autres. il semble qu’il n’y a là qu’à louer ce Père, et sa manière exacte de tout expliquer Cun après l’autre; Il viendra pourtant un mais, et le voici ; Mais cet ouvrage, dit-on , est plutM d’un prédicateur éloquent que d'un interprète de l'hcriture; comme si pour interpréter l’Écriture il ne fallait que de lacritique, et que les instructions morales , tirées , comme elles le sont dans ces boinélies, du texte de l’Évangile, n’en étaient pas la véritable interprétation. Que l’auteur se déclare nu moins comme un homme qui ne prétend que peser les mots, et qu’en humble grammairien il évite la théologie, qu’il ne traite aussi bien que pour la gâter.
Nous avons vu avec quel mépris sont traitées les oraisons contre Eunome , c’est-à-dire , un des plus solides ouvrages de saint Grégoire de Nyssc ; et l’on peut Juger par cet essai de l’estime qu il •fait des autres. Cependant il semble , à la fin, qu il
ait voulu approuver quelqu’un des écrits de ce Père : Le livre, dit notre auteur ■ , où il fait paraître plus d'application à sa matière, est son second discours sur ta résurrection de Notre- Seigneur. A la bonne heure ; on verra du moins quelque livre de ce Père qui sera du goût de notre critique; mais, ajoute-t-il aussitôt, i7 y a st(fel de douter qu'il soit véritablement de lui. Notre auteur le croit plutôt , et avec raison , d’Hesychius, prêtre de Jérusalem , et l’ouvrage qu’il loue le plus de saint Grégoire de Nysse , et où il le trouve le plus appliqué à sa matière , n’est pas de lui.
Tout est pteip , dans son ouvrage , de ces tours malins , où les louanges tournent tout à coup en dérision ; et il semble qu’il n’ait écrit que pour inspirer du mépris des Pères, en faisant semblant de les louer.