CHAPITRE XII
Saint Aiianslin , dan.^ ses premières lettres et dans ses premiers écrits , a tnrit donné S la grâce : intasagcs de ce Père dans les trois livres dri i.i ftredrôr ire; passage rontbrme â ceux-là dans le line des Mérites et de la Rémission des péchés. ner4iimais<uuKe que la doctrine des ^ livres rfn Libre Arbitre était pure par un passage des Rétractations, et undulivrede ta Satureetde ta Crdce.
Ce qui parait dans scs premiers livres , parait par la même raison dans ses premières lettres, puisque , des les eommencements , on lui voit demander i Dieu pour la famille d'Anlotiin, nonseulement le progrès des bonnes œuvres , mais , ce qu'il y a d'essentiel dans cette matière, la vraie foi, la vraie dévotion, qui sic peut être que la catholique '.
Saint Augustin remarque souvent que l'action de grâces qu'on rend à Dieu pour avoir bien fait , est, avec la prière, la preuve complète de la grâce prévenante de Jésus-Christ; puisque, comme ce serait une moquerie de demander o Dieu ce qu’il ne donnerait pas, c’en serait une autre de lui rendre grâces de ce qu’il n’aurait pas donné Mais saint Augustin ne cunnuit pas moins l'action de grâces , qui répond à la prière , qu'il a connu la prière même, lorsqu'avant que d’étre élevé à la prêtrise il écrit à IJcentius ’ ; Allez et apprenez de Paulin combien abondant est te sacrifice de louange et d'actions de grâces qu’il rend à Dieu, en lui rapportant tout te bien qu’il en a reçu, de peur île tou! perdre , s’il ne le rendait à celui de qui il le tient.
Il ne faut donc pas s’étonner si , dans ses trois livres du Libre Arbitre, qu'il composa aussitôt après sa conversion, étant encore Inique, ce grand homme , en soutenant contre les manicliècns la libellé naturelle à l’homme , ne laisse pas de parler correetemeni de la grâce , comme il le remarque lui-mémedonsla rétractation de cet ouvrage. Car; dit-il *, fai expliqué, dans le second livre que non-seulement tes plus grands biens, mais encore les plus petits, ne pouvaient venir
* Eptêt. xt , al- cxxvi.
* U« don Ptr»€v. cap. Il, n* 1.
* Bp. xxTi, at. xxm, n** 5.
* IJb. Il, cap. xu, XX. Retmct. Ub. l,cap. i\, n* %.
HüWt’Fr. — T. I.
que fie Dieu y qui e.^t l'üuteur de tout bien; et qu’en effet il a enseigné au chap. xix de ce livre ; et il rapporte tout au long les passages de ce chapitre et du XX* , où , apres avoir fait la distinction des grands biens y do.s moyens et des petits qui SC trouvent dans l’homme , et avoir eUibli que les plus grands ne pouvant être ni ceux du corps, qui sont au-dessous de l’âme, ni dans l’âme le libre arbitre , dont nous pouvons bien et mal user, mais uniquement la vertu, c’est -a -dire, comme il l'explique, le bon vsaqc du libre arbitre dont personne n'use mal y il conclut que ce dernier genre de bien , c’est-à-dire , le bon usage du libre arbitre , est d’autant plus de Dieu, qu’il est le plus c.xcellent de tous, et qu’il [larticipe plus de la nature du bien que les deux autres : d’où il infère encore , conune un corollaire d’une si belle doctrine, qu’il ne peut se présenter aucun bien , ni à nos sens y qui à notre intelligence , ni en quelque manière que ce soit à notre penséCy gui ne nous tienne de Dieu. Voilà les (laroles que saint Augustin, dans son premier liv re des Hètraetâtions *, citede son second livrcdu AiAre Arbitie; et après avoir encore tiré du troisième , chop. XVIII et XIX, un pnss.igequl pas 'noins beau, il finit ainsi la rétractation de cet ouvrage : lows voyezy dit-il longtemps devant lespcla^ giens nous avons traité cette matière comme si nous eussions dès lors di.Kpulé contre eux, puis^ que nous avons établi que le bon usage du /ibre arbitre, qm n'est autre chose que la vertu, étant du nombre des grands biens, il ne pouvait par conséquent venir que de Dieu seul.
C’est donc lui-méme qui nous dit que dès lors il avait pleinement connu le don de la grâce , puisque même il l’établissait sur le principe le plus général qu’on pût prendre pour l'établir, en le fondant sur le litre raêm*; de la créatioiT, par lequel Dieu est la cause de tout bien en l'homme à même raison qu’il l’est de tout l’être , selon les divers degr<^ avec lesquels on le peut participer.
Kt c'est si bien là un des grands principes dont saint Augustin se sert contre les pélagiens, qu'il le répète sans cesse , et en particulier très-amplement dans le second livre des Mérites et de la Hémission des péchés^, comme il parait parées paroles : « Si l'un dit que la bonne volonté vient
• de Dieu, à cause quec’est Dieu qui n fait l’homme, n sans lequel ü n’y aurait point de Ixinuc volonté., •• on pourra par la même rnisou attribuer à Dieu « la mauvaise volonté , qui ne serait pas non plus » que la bonne , si Dieu n’avuit pas fait l’homme ;
• et ainsi , à moins que d’avouer que non-seule-
> I. Hetruri. rrtp. IX , n* 5-
• Ihéd. n" ft.
î Ub. Il de Mer. et pecc. Bem. C*p. ivin.
DEFKNSK DK LA TRADITION
■ ment le lilirc arliitre , iluiil on peut bien et mal
- user, mais encore la bonne volonté, dont on “ n'use jamais mal, ne [>eut venir que de Dieu, je " ne vois pas qu'on puisai soutenir ce que dit I A-
■ iidtre : Qi'av ez-voi s qle vous s'avez poist « KE^:u ? que si notre libre arbitre , jntr lequel nous
• pouvons faire le bien et le mal , ne laisse pas de
• venir de Dieu , parce que c'est un bien , et qne ' notre bonne volonté vienne de nous-mêmes, il s s ensuivra que ce qu'on a de soi-méme vaudra
• mieux ipie ce qu'on a de Dieu ; ee tpii est le eom-
- bic de l'absurdité , que l'on ne peut éviter qu'en
■ reconnaissant que la bonne volonté nous est don-
■ nec divinement , • c'est-à-dire , de Dieu même.
Voilà comment saint Augustin disputait contre les pélaftiens : voilà comment il avait disputé si longtemps auparavant contre les manichéens ; et il a eu raison de nous dire qu'il avait dés lors aussi vigoureusement soutenu la grâ<-e de Dieu, que s'il etit eu à la soutenir contre Pelage présent.
Kt il remorque tres-biendans ses KHractalions, que la grâce qu'il soutenait dans les trois livres du Libre Arbitre, était la véritable grâce ; c'rstà-dire, telle i/iii n'est pus donnée selon les mérites ' : par ou il marque toujours , et contrt- les jiélagicns et contre les scmi-|iéiagiens, la notion de la grâce, par leipielle les uns et les autres sont également confondus. Il dit donc de cette grâce , dans ses fle/raetofi'ons, que s'il n'en a (ms parlé davantage dans ses livres du Libre Arbitre, c'est ipi'il n'en était pas question alors ■ ; et néanmoins il ajoute , non-seulement ipi'il ne l'y a pasenliè- ^ rement oubliée : Nos omm.vo nbTicuiuus mais encore, yu'il l'a défendue comme ilctll pu faire contre Pelage.
llditdansles mêmes livresdes Pétrnetntions*, que c'est en vain que les ptdagiens lui voulaient faire accroire qu'il était pour eux ; cl pour montrer eombien il est ferme dans ce jugement qu'il |K)rte sur ses livrvs du Libre A rbitre. Il dit encore, dans le livre de la fliatureetdela Grâce, que dans iTS livres du Libre Arbitre il n'a point anéanti la grâce de Dieu: 'Son evacuaviohatiam ce qu on fait toujours selon lui , lors<|u'on n'en recoimait pas la prévention , cl qu'on émit qu'elle est donnée selon les propres mérites, ou des iru- V res, ou de la foi même.
’ Viâ. lib. de don. Perter. rap. vi . \o . cl tut. !.. Retr.ert.