CHAPITRE XIV
Stiot AttguéÜn ne tomba dans cette erreur que dans le
temps uü il cninniciKe ^ Didier cetlc questi<to, sans
l’aTotr encore bien approfofMlie.
Od voit donc en quoi consistait l'erreur que ce Père a rétractée , et il en martpie la source par ces pamlcs^ : Je n'avais point, dit-il, assez considéré ni encore trouvé, Nondi m uiligextiiis
QtJÆSIVERAU NEC ADUUC INVENEIiAM, quelle
est celte élection de la grâce dont saint Paul a dit : Les restes seront sauvés par l’élection DS LA grâce; ni quelle est cette miséricorde que nous obtenons avec le même aj)àtre, non parce, que nous sommes fidèles , mais afin que nous le soyons; ni quelle est cette vocation selon le décret de Dieu, secundum püopositlm, fc même apôtre nous enseigne : sentiment, poursuit cc saint docteur®, où je vois encore nos frères (ce sont lessemi-pélngiens) , parce qu'en lisant mes livres ils n'ont pas pris soin de profiter aire moi. •
Nous apprenons de saint Prosper* que ses adversaires , c’est-à-dire , les Marseillais et lessciiiipélagicns , prirent avantage de ce changement ; et encore aujourd’hui de mauvais critiques en tirent un argument contre sa doctrine. Mais les papes et toute l’Église a clé édifiée de ccttc humilité de saint Augustin qui , sans chercher de détours , ni penser é s’excuser lui-tnéme , ce qu'il aurait bien pu faire s'il s'était abandonné à cet esprit qui explique et excuse tout , a confessé si franchement son crrt'ur, et, ce (ju'il ne faut pas oublier, la confessée comme une erreur et un sentiment condamnable, DAMNABILEM SENTENTIAH ; Ct 60-
core : J'étais , dit-iP, dans cette erreur : et enfin : J'errais comme eux.,..
* I. Bttnct. cap. *xin, n*l. Dr Prttd. SS. cap. iti.
* Ibid. cap. n.
* J0« don. Ptrt. Ub. XX.
* Loc. Jam ciL *
S De Prœd. SS. cap. tv.
* Bpùt. ad Àug.
’ lu Prmd. SS. cap. ii . uv
I CH APITRE XV.
j Saint AuffusUn sort bientAt de son errear par le pen I d’atlarhentcnt qu'il avait i son propre m*us, ot par lev consullaliuns qui l’obligeront à m horrhor plus exactemont la vôrîté : reponsoi Siinplioion : progr/*a naturel de l'esprit de ce PCre , et le titiisi^^me «Hat de scs connaissances.
Un homme si humble ne demeura pas longtemps dans l’erreur; et s’il errait , comme 11 u’eii faut pas douter, puisqu’il l’avoue, c'était sau.s attachement à son sentiment , puisqu’il s'en désabusa de tui-méme, en lisant pcrscvémmment l’Écriture sainte et en étudiant lu matière. Mais cc qu’il y a de plus remarquable, c’est qu’il fut déterminé à s'y appliquer par une obligation qui ne pouvait être ni plus simple , ni plus naturelle. Ce fut, comme on vient de voir, au commencement de son épiS4*opat , dans le livre a saint Simplicien, d l'occasion, non des questions que fit naître l’hérésie, mais de celle.s que lui proposait, dans un esprit |>acifique, ce fidele serviteur de Dieu sur quclque.s versets de l'Èpilrc aux Romains. Alors donc, dans le temps que le ministère de l’épiscopat et les lettre.s di»s plus grands évêques qui le consuUaicut, l’oliligeaient à épurer sa doctrine ; alors , dis-je , dans cette im|>ortante conjoncture , il vit le fond de tout ce qu'il n enseigné depuis sur la matière de la grücc ; en sorte que l’héréslc pélaglcnne s'étant élevée longtemps après, elle le trouva si préparé, qu'il ii'eut plus qu’à étendre et à confirmer ce que Dieu lui avait fait voir dans les épitres de saint Paul.
Ces changements de saint Augustin parailront bien naturels, si l'on considère la nature et les progrès de l’esprit humain. Un philosophe de notre siècle disait ([uc l’existcnee d’une première cause et d'un premier être frappent d'abord les esprits , enconsidèratil les mervcillesde la nature ; qu'elle semblait échapper, lorsqu'on entrait un peu plus avant dans ce secret , mais qu'enAn <‘îlc revenait, pour n'étre plus ébranlée, en pénélraiil jusqu'au fond. \ plus forte raison pouvons-nous dire (jue les grandes vérités de In religion, telles que sont celles de la gràc** «pil nous convertit et nous inspire en tontes choses, gagnent d'abord un cœur chrétien ; qu'en pénétrant la superficie d'une vérité si profonde on trouve les doutt*s, parmi lesquels cl!escmbleconimedispnraîlrei)our un temps, sans néanmoins que le coeur on soit éloigné; qu'enfin , entrant dans le fond, elle revient et plus ferme et plus claire, en sorte que non-soulemont elle ne peut plus être ébranlée, mais encore qu'on est capable d'y amener ceux qui l’ignorent , et de renverser ceux (pii la com- ^ttent.
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DKKKNSK DK lA TUaDITIOX
CHAPmu: \VI.
Tkjia m.'uii^nu dont saint Augustin se ro|irciw1 liii-oiémc dnns tics iMractaifttns: ne cmniiM'iM'e a trou»»ir
de rerreur tlajjs ses livres |ir(kx^U'uts i(uc d m» le troi^iine chapitre du premier liire «le* Rf/rartations : «lu'il ne s’est trompe q»in jiour n'atoir pas approfoiMÜ la matière ; et <|u'ii 4iis.'iit mieux lorstpi'il sVii eipltipiait natuiellemc-Jit, que lo4»<|u'il la traitait exprès; mais encore faiblement
C'fst lui-nifmt' qui nous apprend ce progrès de ses eoiinaissanccs ; et il faut soigneusement remarquer qu'il ne dit pas que l'erreur dont il a cuasecorrigeravanl son épiscopal, fut une erreur nqKUidue dans tous les ouvrages qu'il écrivait avant ce temps ; On trom era, dit-il ’ , celte erreur dttns quelques-uns de mes ouvrages aidant mon épiscopat, et non pas en tous , ni en la plupart; eu (jiioi il faut ajouter que fe premier de ses ouvrages , où il marque de l’erreur sur la prévention de la grâce, est celui de l’exposition de quelques propositions de l’Kpitre aux Romains, qui est aussi le premier où ilexamineexpres , mais encore faiblement , comme on a vu, les questions de la grâce. Auparavant, où, sans aucun examen exprès, il parlait selon la simplicité de la foi, il lie remarque aucune erreur dans scs discours : au eimtruira, il montre partout , que ce qu'il disait du libre arbitre ne nuisait point à la grâce, dont il n'était pas ipicstlon alors. Ainsi tout ce qu'il disait était véritable , encore qu'il ne dit pas tout , mais seulement ce qui faisait aux questions qu il avait entre les mains ; en sorte que sans rien repirnJre dans scs sentiments, il ne lui restait qu à les bien exposer. C'est ee qu'on peut observer dans les vingt-deux premiers chapitres de ses Krlraclations; car loimpi'il s'accuse alors d'avoir erré sur la grâce , nous avons vu clairement qu'il croyait l'avoir eiiseignis; dans ses livres du Libre Arbitre avec aussi peu d'erreur, que s'il avait eu U s'en expliquer contre l’elage présent.
L endroit doue ou il commence â se tromper et à marquer son erreur, c'est ce livre dont il a ]>arlé au vingt-troisième eliapitre du premier livre des fiétractalions, qui est celui de l’ex|x>sition sur l'Cpltrc aux Romains. Auparavant il est sans taclie , et son ouvrage des He tractations se réduit à trois points; eai', ou il explique ce qu'il a dit en disant plus distinctement ce qu'il n'avait dit qu'en général , ou il supplée ce qui manque , en ajoutant ee qu'il a omis parce qu'il n'était pas de son sujet ; ou il SC rc’prcnd et se corrige comme ayant été dans l'erreur, ec qui commence seulement à ce vingt- Iroisiéme chapitre qu'on vient de marquer, où il relraete ce qu'il a écrit sur l'Épilrc aux Ruinaiiis. Kiieore faul-il observer de quelle manière II
SC trompait. Ce n'etait point par un Jugement fixe et déterminé ; mais eomme un homme qui cherchait, et encore imjmrfaitement : ÎVoxdum uiLiGEXTius guaisiVKEAli; qui n'avait potnt encore trourc: «ec auihjc i«ve«ebah; qui traitait ta question arec moins de soin : misiis UII.IGEXTEB ; qui ne eroijail f>as même encore être obligé à ta traiter d Jond .* Mec putavi QL'.KBEXDUM ESSE, «EC Dixi ; qut Hc savutl ])as bien ce qui en était, et qui en partait en rf»wtant : Si scihem , Si j'eusse su Ainsi U ne savait pas : s'il disait Wen auparavant, ce n'était point par science, comme après un examen exact, mais par foi et sans rechercher. Il dLsnltccpcndant très-bien, comme il le remarc|ue lui-raéme * : Rcctissiue uixi ; mais non pas encore d’un ton assez ferme, ni d'une manière assez siilxic. Il était à peu près dans le mémo état , lorsipi'il répondit aux quatrc-vinjrt-trois questions Il agitait la malière et approchait de la vérité dans ces deux livres, qui se suivirent de près ; et tous les deux ne préct'ilerent que de peu de temps celui à Simplicicn, ou, la recherche étant plus exacte, il arriva aussi , comme on a vu , à la pleine connaissance de la vérité.
Kl il y a cela de remarquable dans tout ce progrès , qu il disait mieux en parlant de l'abondance du cœur sans examiner la matière, qu'il ne faisait en I examinant, mais encore imparfaitement , ce qu on ne doit pas trouver étrange , i»arce qu'ainsi qu’il a été dit, dans ce premier état, la foi et la tradition parlaient comme seules, au lieu que dans le second , c était plutôt le propre esprit. C’est un caractère assez naturel à l'esprit liumain de dire mieux par cette impression commune de la vérité, que lorsqu en ne 1 examinant qu’a demi on s'embrouille dans ses pensées. C’est là souvent un grand dénoiimcnt pour bien entendre les Pères; principalement Origène, où l’on trouve la tradition toute pure dans certaines choses qui lui sortent naturellement, et qu’il embrouille d'une terrible manière lorsqu'il les veut expliquer avec plus de subtilité : ce qui arrive assez urdiiuiircinent avant que les questions soient bien discutées, et que l’esprit s’y soit donné tout entier.