CHAPITRE XXI
Briève récapItaUUion des réïdcs de Vincent de héi ins, qui ont été exposées , et appiicaliou S la instiére de !a grAce.
Cet auteur fournit des exemples de toutes sortes d'é^sircments. Quand il lui plaît, il affaiblit l'autorité des anciens par le témoignage de.s nouveaux auteurs , comme les exemples qu'on vient de voir nous le font paraître : d'autres fois , par une illusion aussi dangereuse , sous le beau prétexte de louer l’antiquité, il nous rappelle aux expressions, assez souvent peu précises, des Pères qui ont précéslé la discussion des matières. (Test vouloir embrouiller les choses en toutes façons, et envier à l’Église le profit que Dieu lui veut faire tirer des hérésies.
Ce n'a pas été sans raison que nous avons tant Insisté sur cette dernière vérité ; M il ne faut pas oublier que Vincent de Lérins a poussé la chose jusqu'à dire , que la tradition passe d'un état obscur ù un état plus lumineux , en sorte qu’elle reçoit avec le temps une lumière , une précision , une justesse, une exactitude qui lui manquait auparavant: ce qui s'entend du degré et non pas du fond , par comparaison , et non pas en soi ; car on trouve en tous les temps et en gros, dans les Pères , des («issagcs clairs en témoignage de la v érité , comme on l’a pu voir par l’exemple du péché originel. Mais comme il y a des endroits où la vérité éclate , on ne peut trop répéter qu’il y en a au.ssi où, si l’on n’y prend garde de bien près, elle semblera se mêler, en sorte que la doctrine y paraîtra moins suivie.
C'est ce ([u’ou a pu remarquer dans saint dty-
sostùme , qui a parlé sur le [réché originel , le plus souvent aussi clairement (pi'aucun des Pères, et en quel([ues autres endroits s’e.st embarrassé dans les vues et pour les raisons que nous avons rap|)ortécs ; ce qu'il a fallu observer pour montrer que nous rappeler ù certaines expressions de ce Père , c'c.st vouloir tout embrouiller.
On tomlie dons la même faute lorsqu’on nous ramène à rÉgll.se grecque , peu attentive à cette matière, en comparaison de la latine. Mais qu’on ne se serve i>oint de cet aveu pour commettre lés deux Églises : cpi’on se souvienne au contraire, que ce fut diuis l’Orient que Pélage reçut sur ce sujet sa première flétrissure ; et enfin, que si l’Église latine demeure très-constamment plus éclairée sur cet article, c'est pour avoir eu plus de raison de s’y appliquer, et pour en avoir trouvé un plus parfait éclaircissement dans les écrits de saint .Augustin, dont la pénétration a été aidée par l’obligation où il se trouvait de démêler plus que les autres tous les détours de l’erreur.
Il ne reste plus Ici qu'à remarquer encore une fols qu’il faut juger de la même sorte de toutes les autres matières dont on dispute avec Pélage , ou , en quelque manière que ee soit, de la grâce de Jésus-Christ. Ni les anciens, ni l’Église grecque, n’y ont pasplusdonnéd’applicallon qu’à celle du péché originel. Ainsi il demeurera pour certain en général, que sur tout le dogme de In grâce on ne (veut, sans mauvais dessein , nous rappeler perpétuellement , comme fait notre critique , de saint Augustin à l’antiquité ou à l’Orient , comme s’ils étalent contraires à ce Père, ce qui n’est pas ni ne peut être; et c’est aussi la source la plus manifeste des erreurs de M. Simon, tant sur le péché originel que sur la prédestination , et sur toute la matière de la grâce.