PÈRES. LIV. X. 6S
enseigne que nous ne sommes pas capables de bien penser de nom-mêmes, comme de nousmêmes. Car, disait-il , n’y ayant point de bonne œuvre qui ne commence par un bon désir, ni de bon désir qui ne s<rft précédé de quelque bonne pensée; quand saint Paul nous ôte la vertu de bien penser pour l’attribuer à Dieu , il remonte Jusqu’à la source, et attribue à sa grâce Jusqu’au premier commencement : ce qui est entièrement détruit, s’il nous est permis de croire que les bonnes pensées viennent de nous, et non de Dieu ; et que Dieu, non-seulement n’est pas le seul auteur de tout notre bien, mais qu’il n’est pas môme le premier.
C’est pourtant ce que semble dire ce cardinal. M. Simon le prend en ce sens , et nous veut donner cette idée : que, selon le cardinal Sadolet, le commencement vient de nous. Mais afin qu’on ne pense pas qu’il est simple réeitateur et non pas appredtateur de son sentiment, il dit en termes formels* : que ce cardinal suit exactement, pour ce qui est de la prédestination, de la grâce et du libre arbitre, F ancien sentiment des docteurs qui ont vécu avant saint Augustin, quoiqu'il fût persuadé que sainA Thomas et ses disciples l'eussent combattu.
On voit par là que ce n’était pas sans raison que le cardinal Baronius nous avertissait du péril où se Jetaient ceux qui voulaient défendre l’Église en attaquant saint Augustin. Ils devenaient semi- pélagiens sans y penser. On sait combien de catholiques se laissaient emporter à ces excès, en haine des excès contraires de Calvin. Le cardinal Bellarmin a été contraint de les réfuter; et c’est aussi pour cette raison que le concile de Trente ayant à condamner les erreurs de Luther et de Calvin , Jeta d’abord le fondement d’une si Juste condamnation en condajnnont les erreurs semi-pélagiennes, et encore par les propres termes de saint Augustin , de peur qu’en repoussant une erreur on ne tombât dans une autre.
I.e cardinal Sadolet, avec quelques autres qui écrivaient avant le concile , ne surent pas prendre leurs précautions contre tous les pièges de la doctrine serai - pélagienne. Si quelques-uns les ont suivis , on ne doit ni l’imputer à l'Église , qui a réprouvé leur sentiment , ni faire une loi de leur erreur. Ainsi M. Simon est inexcusable de se déclarer semi-pélagien, sous prétexte que quelques auteurs plus éloquents que savants ont donné devant lui dans cet écueil.
■ P. SM et ses.
DEFENSE DE L\ TRADITION