‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 39 sur 518 · II · texte numérisé non relu

II

SUR L’HISTOIRE UNIVERSELLE

g un second royaume des Assyriens, dont 1 8 Ninive demeura In capitale, et un royaume

^ » ô" de Babylone. Ces deux derniers royaumes ne sont pas inconnus aux auteurs profa* nés , et sont célèbres dans l’histoire sainte. Le second royaume de Ninive est fondé parThilgath, ou Thlegat, fils de Phalasar, appelé pour cette raison Theginthphalasar, à qui on donne aussi le nom de N inus le jeune. Baladan, que les Grecs nomment Bélésis , établit le royaume de Babylone , où il est connu sous le nom de Nabonassar. De là l’ère de Nabonassar, célèbre chez Ptolomée et les anciens astronomes, qui comptaient leurs années par le règne de ce prince. 11 est bon d’avertir ici que ce mot d’ère signifie un dénombrement d’années commencé à un certain point que quelque grand é vénement fait remarquer. Achaz , roi de Juda , impie et médiant, pressé par Bazin, roi U 7*0 de Syrie, et par Phacée, fils de Romellas, roi d’Israël, au lieu de recourir à Dieu qui lui suscitait ces ennemis pour le punir, appela Theglathphalasar, premier roi d’Assyrie ou de Ninive, qui réduisit à l’extrémité le royaume d’Israël , et détruisit tout à fait celui de Syrie : mais en même temps il ravagea ceiui de Juda qui avait imploré son assistance. Ainsi les rois d’Assyrie apprirent le chemin de la terre sainte, et en résolurent la conquête, as 721 lis commencèrent parle royaume d’Israël, que Salmanasar, fils et successeur de Theglathphalasar, détruisit [entièrement.

Osée , roi d’Isrnë , s’était fié au secours de Sabacon, autrement nommé Sua ou Sous, roi d’Éthiopie, qui avait envahi l’É^te. Mais ce puissant conquérant ne put le tirer des mains de Salmanasar.

Les dix tribus , où le culte de Dieu s’était éteint, furent transportées à Ninive; et, dispersées parmi les Gentils, s’y perdirent tellement, qu’on ne peut plus en découvrir aucune trace. Il en resta quelques-uns, qui furent mêlés parmi les 3» 715 Juif8,etfirentunepetltepartiedu royaume de Juda. En ce iemps arriva la mort de Bomulus. Il fut toujours en guerre , et toujours victorieux ; mais, au milieu des guerres, il jeta les fondements de la re- 4u 71* llgion et des lois. Une longue paix donna moyen à Numa son successeur d’achever l’ouvrage. Il forma la religion, et adoucit les mœurs farouches du peuple romain.

De sou temps , les colonies venues de Co-

rinthe, et de quelques autres villes dej^^j Grèce, fondèrent Syracuse en Sicile, Cro- 1 6 tone , Tarente , et peut-être quelques au- ^ “ p très villes dans cette partie de ITtalie , à qui de plus anciennes colonies grecques répandues dans tout le pays avaient déjà donné le nom de Grande-Grèce. Cependant Ézéchias , le plus pieux et le plus juste de tous les rois après David, régnait en Judée. Scnnachérib , fils et successeur ** 7io de Salmanasar, l’assiégea dans Jérusalem avec une armée immense : elle périt en une nuit par la main d’un ange. Ézéchias, délivré d’une manière si admirable , servit Dieu, avec tout son peuple , plus fidèlement que jamais. Mais aprrà la mort de ce prince , et sous son fils .Manassès , le peuple ingrat oublia Dieu , et les désor- 50 ew dres s’y multiplièrent. L’état populaire se formait alors parmi les Athéniens , et 07 es? ils commencèrent à choisir les archontes annuels , dont le premier fut Créon. Pendant que l’impiété s’augmentait dans le royaume de Juda, la puissance des rois d’Assyrie , qui devaient en être les vengeurs, s’accrut sous Asaraddon, fils de Scnnachérib. Il réunit le royaume de Ba- 73 es» bylone à celui de Ninive , et égala dans la grande Asie la puissance des premiers Assyriens. Les Mèdes commençaient aussi à se rendre considérables. Déjocès, leur premier roi , que quelques-uns prennent pour l’Arphaxad nommé dans le livre de Judith, fonda la superbe ville d’Ecbatane, et jeta les fondements d’un grand empire.

Ils l’avaient mis sur le trône pour couronner ses vertus , et mettre fin aux désordres que l’anarchie causait parmi eux ' . Conduits par un si grand roi , ils se soutenaient contre leurs voisins ; mais ils ne s'étendaient pas. Rome s’accroissait, mais faiblement. Sous Tullus Hostilius , son 83 mt troisième roi , et par le fameux combat des Horaces et des Curiaces, Albe fût vaincue et ruinée : ses citoyens , incorporés à la ville victorieuse , l’agrandirent et la fortifièrent. Romulus avait pratiqué le premier ce moyen d’augmenter la ville, où il reçut les Sobins et les autres peuples vaincus. Ils oubliaieùt leur défaite, et devenaient des sujets affectionnés. Rome, , en étendant ses conquêtes, réglait sa milice; et ce fut sous Tullus Hostilius • qu’elle commença à apprendre cette belle

• Hcrod. lib. i , cap. xcvi.

DISCOUBS

ÿ discipline qui la rendit dans la suite malf “ !,?tressc de l'univers. Le royaume d'Égypte, ’ “ n“ affaibli par ses longues divisions, se ré- 81 e;u tabiissait sous Psammitique. Ce prince , qui devait son salut aux Ioniens et aux Carions , les établit dans l'Égypte , fermée jusqu’alors aux étrangers. A eette occasion, les Égyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs; et depuis ce temps aussi, l'histoire d'Egypte, Jusque-là mêlée de fables pompeuses par l'artilice des prêtres, commenec , selon Hérodote ', à avoir de la certitude. Cependant les rois d'.\ssyrie devenaient de plus en plus redoutables a n 057 tout l'Orient. Saosduebin , (ils d'Asarad- «1 050 don , qu'on croit être le Nabuchodonosor du livre de Judith, défit en bataille rangée .\rphaxad , roi des Modes , quel qu'il soit. Si ce ii'esl pas Déjocés lui-même , premier fondateur d'Kcbatane , ce peut être Phraorte ou Aphraarte, son fils, qui en éleva les murailles. Enfle de sa victoire, le superbe roi d'Assyrie entreprit de conquérir toute la terre. Dans ce dessein, il passa l'Euphrate, et ravagea tout jusqu'en Judée. Les Juifs avaient irrité Dieu, et s'étalent abandonnés à l'idolàlrie , à l'exemple de Manassès ; mais ils avalent fait pénitence avec ce prince ; Dieu les prit aussi en sa protection. Les conquêtes de ISabuchodonosor et d'Uolophcmc son général furent tout à coup arrêtées par la main d'une femme. Di jocès , quoique battu par lcsAssyricns,lals.sasou royaumeen état de s'accroître sous ses successeurs. Pendant que Phraorte son fils , et Cyaxare , fils de Phraorte, subjuguaient la Perse, et poussaient leurs conquêtes dans l'.Vsie Mineure jusques aux bords de l'Halys , la Judée III «« vit passer le règne détestable d'Amon fils 113 C4I de Mnuassès;ct Josios, filsd'.àmon, sage dés l'enfance, travaillait à réparer les désordres causés par l'impiété des rois ses prédécesseurs. Home , qui avait pour roi Ancus Martius , domptait quelques Latins sous sa conduite; et continuant à se faire des citoyens de ses ennemis, elle les renfermait dans scs murailles. Ceux de Vêles, déjà affaiblis par Romulus, fi- 138 838 rent de nouvelles pertes. Ancus poussa ses conquêtes jusqu'à la mer voisine , et bâtit ta ville d'Oslie à l'embouchure du Tibre. Eu ce temps , le royaume de Babyloue tut envahi [lar ^abopolas-sar. Ce

* Urrod. iili ti, cap. fj.iv.

traître , que Chinaladan , autrement .Sa- j rac , avait fait général de ses armées con- 1 E tre Cyaxare, roi des Medes, se joignit avec "' ^ i-," Astyage, fils de Cyaxare, prit Chinaladan dans Ninive, détruisit cette grande ville si longtemps maîtresse de l'Orient, et se mit sur le trêne de son maître. Sous un prince si ambitieux , Babylone s'enorgueillit. I.a Judée, dont l'impiété croissait sans mesure, avait tout à craindre. Le saint roi Josias suspendit pour un peu de i3o mt temps, par son humilité profonde, le châtiment que son peuple avait mérité ; mais le mal s'augmenta sous ses enfants. Nabuchodo'nosor II , plus terrible que son ut oio père Nobopolassar, lui succéda. Ce prince, it? su? nourri dtfhs l'orgueil , et toujours exercé à la guerre, fit des conquêtes prodigieuses en Orient et en Occident ; et Bohyione menaçait foule la terre de la mettre en servitude. Ses menaceseurent bientêt leur effet à l'égard du peuple de Dieu. Jérusalem fut abandonnée à ce superbe vainqueur, qui la prit par trois fois : la première , au commencement de son règne , et à la quatrième année du régné de Joakim, d'où commencent les soixante-dix ans de la captivité de Babylone , marqués par le prophète Jérémie'; la seconde, sousJéchonlas,ouJonchin,fllsdeJoakim; its sm et la dernière , sous Sédéeias , où la villa I58 5>s fut renversée de fond en comble , le temple nduit en cendre , et le roi mené captif à Babylone, avec Sarala, souverain pontife , et la meilleure partie du peuple, laîsplus illustres de ces captifs furent les prophètes Éiéchiel et Daniel. On compte aussi parmi eux les trois jeunes hommes que Nabuehodonosor ne put forcer à adorersa statue, ni les consumer par les fiam-' mes. La Grèce était florissante, et scs sept Sages se rendaient illustres. Quelque temps devant la dernière désolation de Jérusalem, Solon, l'un de ces sept Sages, iso 604 donnait des lois aux Athéniens, et établissait la lilwrté sur la justice ; les Phocéens d'Ionie menaient à Marseille leur i?8 57s première colonie. Tarquiji l'Ancien, roi de Borne, après avoir subjugné une partie de la Toscane , et orné la ville de Borne par des ouvrages magnifiques, acheva son règne. De son temps, les Gaulois, conduiLs par Bellovèse, occupèrent dans l'Italie tous les environs du Pâ , pendant iss usa

■ grfis.vu.ii, 13; vsix, 10.

SUR L’HISTOIRE UNIVERSELLE

isr

3 que Segovèse, son frère, mena Lien avant § S ^g^dans la Germanie un autre essaim de la ''"^“nation. Servius Tullius, successeur de Tarquiii , établit le cens , ou le dénombrement des citoyens distribués en certaines classes, par ou cette gronde ville se trouva réglée comme une famille particulière.

Nabuchodonosor embellissait Rabylone, qui s'était enrichie des dépouilles de Jérusalem et de l'Orient. Elle n’en jouit pas longtemps. Ce roi, qui l’avait ornée avec tant de magniflcence , vit en mourant la perte prochaine de. cette superbe ville '. m Ml Son flis Evilmerodae , que ses débauchés rendaient odieux , ne dura guère , et fut iM uo tué par Nériglissor, son beau-frère , qui usurpa le royaume. Pisistrate usurpa aussi dons Athènes l’autorité souveraiue, qu'il sut conserver trente ans durant , jiarmi beaucoup de vicissitudes, et qu'ii laissa même à ses enfants. Nériglissor ne put souffrir la puissance des Mèdes, qui s’agrandissaient en Orient , et leur déclara la guerre. Pendant qn’.Vstyoge, 111s de Cyaxare P' , se préparait à la résistance , il mourut , et laissa cette guerre à soutenir à Cyaxare II, son fils, appelé par Daniel , Darius le Mede. Celui-ci nomma pour général de son armée , Cyrus , fds it» de Maudane sa smur et de Combysc , roi de Perse , sujet a l'empire des Modes. La réputation de Cyrus , qui s'était signalé en diverses guerres sous Astyage son grand-père, réunit la plupart des rois d’Orient sous les étendards de Cyaxare.

tut MS II prit', dans sa ville capitale, Crisus, tu Ma roi de Lydie, et jouit de ses richesses immenses : il dompta les autres alliés des rois de Rabylone , et étendit sa domination non-seulement sur la Syrie, mais lis SOS encore bien avant dans l'Asie .Mineure. Enfin il marcha contre Rabylone : il la prit , et la soumit ù Cyaxare son oncle , qui , n'étant pas moins touché de sa Rdélité cpic de ses exploits , lui donna sa fille unique et son héritière en mariage. ti7 sa? Dans le règne de Cyaxare , Daniel , déjà honoré , sous les règnes précédents , de plusieurs célestes visions où il vit passer devant lui eu figures si manifestes tant de rois et tant d'empires, apprit, par une nouvelle révélation, ees septante fameuses semaines ou les temps du Clirist et la destinée du peuple juif sont expli-

* .rSyù. apud EuMb. Prfp. Ev. Ub. ix, cap. xu.

qués. C’étaient des'semaines d’années, si ^ bien qu’elles contenaient quatre cent g quatre-vingt-dix ans; et cette manière'

(le compter était ordinaire aux Juifs , qui observaient la septième année aussi bifn que le septième jour avec un repos religieux. Quelque temps après cette vision, aïs >.?< Cyaxare mourut, aussi bien queCambyse père de Cyrus ; et ce grand homme , qui leur succéda, joignit le royaume de Perse, obseur jusqu’alors, au royaume des Mèdes si fort augmenté par ses conquêtes.

Ainsi il fut maître paisiblcde tout l’Orient, et fonda le plus grand empire qui eût été dans le monde. Mais ce qu’il faut le plus remarquer, pour In suite de nos époques , c’est que ce grand conquérant, dès la première année de son règne, donna son décret pour rétablir le temple de Dieu en Jérusalem , et les Juifs dans la Judée.

Il faut un peu s’arrêter en cet endroit, qui est le plus embrouillé de toute la chronologie aneienne, par la difficulté de concilier l’histoire profane avec l’histoire sainte. Vous aurez sans doute. Monseigneur, déjà remarqué que ce que je raconte de Cyrus est fort différent de ce que vous en avez lu dans Justin ; qu’il no parle point du second royaume des Assyriens , ni de ees fameux rois d’.Assyric et de Rabylone, si célèbres dans l’histoiro sainte ; et qu’enlin mon récit ne s’accorde guère avec ce que nous raconte cet auteur des trois premières monarchies, de celle des .\.ssyrlens finie en la personne de Sardanapale; de celle des Mèdes finie en la personne d’.Vstyagc, grand-iièrc de Cyrus, et de celle des Perses commencée par Cyrus et détruite par Alexandre.

Vous pouvez joindre à Justin , Diodore avec la plupart des auteurs grecs et latins, dont les écrits nous sont restés , qui racontent ces histoires d’une autre manière que celle que j’ai suivie comme plus conforme ù l’Écriture.

Mais ceux qui s’étonnent de trouver l’histoire profane en quelques endroits peu conforme à l’Iiisloirc sainte, devaient remarquer en même temps tiu’elle s’accorde encore moius avec clic-même. I.C8 G rccs nous ont raconté les actions de Cyrus en plusieurs manières différentes. Hérodote en remarque trois , outre celle qu’il a suivie ‘ , et il ne dit pas qu’elle soit écrite

* Htrod. lib. It câp. xcT.

Ant de

DISCOURS

3 par des auteurs plus anciens ni plus reee- I E Tables que les autres. 11 remarque encore P lui-miîme‘ que la mort de Cjrus est racontée diversement, et qu'il a choisi la manière qui lui a paru la plus vraisemblable , sans l'autoriser davantage. Xénophon , qui a été en Perse au service du Jeune Cyrus , frère d’Artaxerxés , nommé Mnémon , a pu s'instruire de plus près de la vie et de In mort de l'ancien Cyrus, dans les annales des Perses et dans la tradition de ce pays ; et pour peu qu'on soit instruit de l'antiquité , on n'hésitera pas à préférer, avec saint Jéréme', Xénophon , un si sage philosophe , aussi bien qu'un si habile capitaine, à Ctésias, auteur fabuleux , que la plupart des Grecs ont copié , comme Justin et les Latins ont fait les Grecs ; et plutét même qu'llérodote , quoiqu'il soit très-judicieux. Ce qui me détet^ mine à ce choix , c'est que l’bîstoire de Xénophon , plus suivie et plus vralsemblahle en elle- même, a encore cet avantage qu'elle est plus conforme à l’Écriture, qui par son antiquité, et par le rapport des affaires du peuple Juif avec celles de l’Orient , mériterait d’étre préférée à toutes les histoires grecques, qnond d’ailleurs on ne saurait pas qu’elle a été dictée par le Saint-E.spril.

Quant aux trois premières monarchies , ce qu'en ont écrit la plupart des Grecs a paru douteux aux plus sages de la Grèce. Platon fait voir en général , sous le nom des prêtres d'Égypte , que les Grecs ignoraient profondément les antiquités’, et Aristote a rangé parmi les conteurs de fables * , ceux qui ont écrit les Assyriaques.

C’est que les Grecs ont écrit tard; et que voulant divertir par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse , ils les ont composées sur des mémoires confus , qu'ils se sont contentés de mettre dans un ordre agréable , sans se trop soucier de la vérité.

Et certainement la manière dont on arrange ordinairement les trois premières monarchies est visiblement fobuleuse. Car après qu'on a fait périr sous Sardanapale l'empire des Assyriens, on fait paraître sur le théâtre les Mèdes , et puis les Per-

• Htmd. Uh. I, cap. CCUT.

* Hier, tn Dan. cap. v, L iii, oui. loQi.

’ Plat, in Tlœ.

4 PnJU- lib. v, cap.

ses ; comme si les Mèdes avaient succédé „ à toute la puissance des Assyriens , et que | les Perses se fussent établis en rainant les ' Mèdes.

Mais , au contraire , U parait certain que lorsque Arbace révolta les Mèdes contre Sardanapale, il ne lit que les affranchir, sans leur soumettre l'empire d'Assyrie.

Hérodote distingue le temps de leur affranchissement d'avec celui de leur premier roi Déjocès'; et selon la supputation des plus habiles chronologistes , l'intervalle entre ces deux temps doit avoir été environ de quarante ans. Il est d’ailleurs constant, par le témoignage uniforme de ce grand historien et de Xénophon ’ , pour no point ici parler des autres , que durant les temps qu'on attribue ù l'empire des Mèdes , il y avait en Assyrie des rois très-puissants que tout l'Orient redoutait, et dont Cyrus abattit l’empire par la prise de Babylone.

Si donc la plupart des Grecs, et les Latins qui les ont suivis , ne parlent point de ces rois babyloniens ; s'ils ne donnent aucun rang & ce grand royaume parmi les premières monarchies dont ils racontent la suite ; enfin si nous ne voyons presque rien , dans leurs ouvrages , de ces fiuneux rois Teglathphalasar, Salmanosar, Sennachérib, Nabuchodonosor, et de tant d’autres si renommés dans l'Écriture et dans les histoires orientales ; il le faut attribuer, ou â l'ignorance des Grecs plus éloquents dans leurs narrations que carieux dans leurs recherches , ouh la perte que nous avons faite de ce qu’il y avait de plus recherché et de plus exact dans leurs histoires.

En effet, Hérodote avait promis une histoire particulière des Assyriens’, que nous n'avons pas, soit qu'elle ait été perdue, ou qu’il n’ait pas eu le temps de la faire ; et on peut croire d’un historien si Judicieux, qu'il n’y aurait pas oublié les rois du second empire des Assyriens , puisque même Sennachérib , qui en était l’un , se trouve encore nommé dans les livres que nous avons do ce grand auteur’, comme roi des Assyriens et des Arabes.

Strobon, qui vivait du temps d'Au-

» Nemd. Hb. I , c«p. XCTI.

* Id. ihld. Xennph. Cyrop. lib v, ti, etc.

' Hcrod. lU». I, cap. en, 194

* kl. lib. Il, cap. ciJJ.

Ani de

SUR L’HISTOIRE UMVEUSELLE.

V». 3 guste , rappelle ' ce quft Mégasthène , au- 2 ;?leur ancien et voisin des temps d’Aiexan- S’ p" dre , avait laissé par écrit sur les fameuses conquêtes de Nabuciiodonosor , roi des Chaldéens, à qui il fait traverser l’Europe, pénétrer rEsjKigne , et porter scs armes Jusqu'aux Colonnes d'Uercule. Éiien nomme Tilgamus , roi d’Assyrie * , c’està-dire sans difRcutté le Tiigath ou le Teglatli de riiistoire sainte; et nous avons dans Ptolomée un dénombrement des princes qui ont tenu les grands empires , parmi lesquels se voit une longue suite de rois d’Assyrie inconnus aux Grecs, et qu’il est aisé d’accorder avec l'iiistoire sacrée.

Si je voulais rapporter ce que nous racontent les annales des Syriens , un Bérose, un Abydénus, un Nicolas de Damas, je ferais un trop long discours. Josepho et Eusèbe de Césarée nous ont conservé les précieux fragments de tous ces auteurs’, et d’uuc infinité d'autres qu’on avait entiers de leur temps , dont le témoignage confirme ce que nous dit l’Éeriture sainte touchant les antiquitésorieutales , et en particulier touchant les histoires assyriennes.

Pour ce qui est de la monarchie des Mèdes , que lu plupart des historiens profanesmettenthiseeondcdanslcdéuombrement des grands empires , comme séparée de celle des Perses , il est certain que l’Écriture les unit toujours ensemble ; et vous voyez. Monseigneur, qu'outre l’autorité des livres saints, le seul ordre des faits montre que c’est ù cela qu’il s’en faut tenir.

I.CS Médes avant Cyrus, quoique puissants et considérables , étaient effacés par la grandeur des rois de Babylone. Mais Cyrus ayant conquis leur royaume par les forces réunies des Mèdes et des Perses , dont il est ensuite devenu le maître par une succession légitime , comme nous l’avons remarqué après .Vénophon, il parait que le grand empire dont il a été le fondateur a dù prendre son nom des deux nations : do sorte que celui des Mèdes et celui des Perses ne sont que la même chose, quoique la gloire de Cyrus y ait fait prévaloir le nom des Perses.

On peut encore penser qu’avant la

* Strab. Ub. iv, l'ni/.

* filiam. HUL AnLni. üb. xii, cap. xxi,

’ J«Kpk. AnI. Hb. IX , Œp. ail. rt 111». X . rap, XI 1 1U>. I , ooot Aptoo. Pnep. Evaog. lib. ix.

guerre de Babylone , les rois des Mèdes |ayant étendu leurs conquêtes du oèté des 1 2 colonies grecques de l’.Asie Mineure , ont * » été par ce moyen célèbres parmi les Grecs, qui leur ont attribué l’empire de la grande Asie, parce qu’ils ne connaissaient qu’eux de tous les rois d’Orient. Cependant les rois de Ninive et de Baliylone , plus puissants, mois plus inconnus à la Grèce, ont été presque oubliés dans ce qui nous reste d’histoücs grecques ; et tout le temps qui s'est écoulé depuis Sardanapalc jusqu'à Cyrus , a été donné aux Mèdes seuls.

Ainsi , il ne faut plus tant se donner de peine à concilier en ce point l'histoire profane avec l’histoire sacrée. Car quant à ce qui regarde le premier royaume des Assyriens , l’Écriture n’en dit qu’un mut en passant, et ne nomme ni Mnus fondateur de cet empire, ni , à la réserve de Pbul, aucun do scs successeurs, parce que leur histoire n’a riendecommunavec celle du peuple de Dieu. Pour les seconds Assyriens, la plupart des Grecs ou les ont entièrement ignorés, ou, pour ne les avoir pas assez connus, il les ont confondus avec les premiers.

Qutmd donc on objectera a;ux des auteurs grecs qui arrangent à leur fantaisie les trois premières monarchies, et qui font succéder les Mèdes à l’ancien empire d’Assyrie, sans parler du nouveau , que l’ Écriture fait vobr si puissant , il n’y a qu’à répondre qu’ils n’ont point connu cette partie de l’histoire, etqu’ils ne sont pas moins contraires aux plus curieux et aux mieux instruits des auteurs de leur nation , qu’ù l’Écriture.

Et, ce qui tranche en un mot toute la difficulté , les auteurs sacrés , plus voisins par les temps et par les lieux , des royaumes d’Orient, écrivant d'ailleurs l’histoire d’un peuple dont les affaires sont si mêlées avec celles de ces grands empires, quand ils n’auraient que cet avantage, pourraient faire taire les Grecs , et les lottins qui les ont suivis.

Si toutefois on s’obstine à soutenir cet ordre célèbre des trois premières monarchies , et que pour garder aux Mèdes seuls le second rang qui leur est donné, on veuille leur assujettir les rois de Babylone, en avouant toutefois qu’après environ cent ans de sqléGon, ceux-ci sesont affranchis par une révolte ; on sauve en quelque façon la suite del’histuire sainte.

ap «uv

DISCOURS

3 mcis on ne s’accorde guère avec les meilleurs historiens profanes , auxquels l’hisp loire sainte est plus favorable, en ce qu'elle unit toujours rcmçire des Mèdes à celui des Perses.

IJ reste encore à vous découvrir une des causes de l’obscurité de ces anciennes histoires. C'est que , comme les rois d’Oricnl prenaient plusieurs noms, ou, si vous vouleï , plusieurs titres , qui ensuite leur tenaient lieu de nom propre, et que les peuples les traduisaient ou les prononçaient dilTcremment , selon les divers idiomes de chaque langue; des histoires si anciennes, dont il reste si peu de Irons mémoires , ont dû être par là fort olrscurcics. La confusion des noms en aura sans doute beaucoup mis dans les choses mêmes et dans les personnes ; et de là vient la peine qu’on a de situer dans l’histoire grecque , les rois qui ont eu le nom d’Assüérus, autant inconnu aux Grecs que connu aux Orientaux.

Qui croirait en effet que Cyaxare fût le même nom qu’Assuérus , composé du mot A'ÿ, c’est-à-dire, seigneur, et du mot Axare, qui revient manifestement à Axuérus, ou Assuérus? Trois ou quatre princes ont porté ce nom, quoiqu’ils en eussent encore d’autres. Ainsi il n’y a nul doute que Darius le Mcde ne puisse avoir été un Assuérus ou Cyaxare : et tout cadre à lui donner un de ces deux noms. Si on n’était averti que Kabuchodonosor, Nabucodrosor, et Mabocolassar, ne sont que le même nom , ou que le nom du même homme , on aurait peine à le croire ; et cependant la chose est certaine. C’est un nom tiré de Nabo , un des dieux que Babylone adorait, et qu’on insérait dans les noms des rois en différentes manières. Sargon est Sennachérlb ; Oiias est Azarias ; Sédécias est Matbanias ; Joacbas s’appelait aussi Sellum : on croit que Sous ou Sua est le même que Sabacon, roi d’Éthiopie : Asaraddon qu’on prononce Indifféremment Ésar-Haddon ou Asorhaddan, est nommé Asénapbar par les Cutbéens ' : on croit que Sardanapale est le même que quelques historiens ont nommé Sarac : et par une bizarrerie dont on ne sait point l’origine , ce même roi se trouve nommé par les Grecs Tooos-Concoléros. Nous avons déjà remarqué , que

> 1. Clàr IV, s. 10

Sardanapale était vraisemblablement Sardan , fils de Phul ou Pul. Mais qui sait | B si ce Pul ou Phul , dont il est parlé dans ■ * l'histoire sainte ' , n’est pas le même que PhalasarTCar une des manières de varier ces noms était de les abréger, de les allonger, de les terminer en diverses inflexions , selon le génie des langues. Ainsi Teglath-Phalasar, c’est-à-dire Teglath flls de Phalasar, pourrait être un des fils de Phul, qui, plus vigoureux que son frère Sardanapale, aurait conservé une partie de l’empire qu’on aurait ôté à sa maison. On pourrait faire une longue liste des Orientaux , dont cliacun a eu , dans les histoires , plusieurs noms différents : mais il suffit d’être instruit en général de cette coutume. Elle n’est pas inconnue aux Latins, parmi lesquels les titres et les adoptions ont multiplié les noms eu tant de sortes. Ainsi le titre d’Auguste et celui d’.Africain sont devenus les noms propres de César Octavien et des Scipions ; ainsi les Nérons ont été Césars. La chose n’est pas douteuse, et une plus longue discussion d’un fait si constant est inutile.

Pour ceux qui s’étonneront de ce nombre infini d’années que les Égyptiens se donnent eux-mêmes, je les renvoie à Hérodote , qui nous assure précisément , comme on vient de voir, que leur histoire n’a de certitude que depuis le temps de Psammitique c’est-à-dire six à sept cents ans avant Jésus-Christ. Que si l'on se trouve embarrassé de la durée que le commun donne au premier empire des Assyriens , il n’y a qu’à se souvenir qu’Hérodote l’a réduite à cinq cent vingt ans ’ , et qu’il est suivi par Denys d’Halicaraasse, le plus docte des historiens , et par Appien. Et ceux qui après tout cela se trouvent trop resserrés dans la supputation ordinaire des années, pour y ranger a leur gré tous les événements et toutes les dates qu’ils croiront certaines, peuvent se mettre au large tant qu’il leur plaira dans la supputation des Septante, que l’Église leur laisse libre; pour y placer à leur aise tous les rois qu’on veut donnera Ninive , avec toutes les années qu’on attribue à leur règne ; toutes les dynasties des Égyptiens, en quelque sorte qu'ils

' IV. Efÿ. XV, 19 I. Paralip. V, M.

* Nerwi. Ilb. It , cap. CUV.

3 1(1. lib. I , C4p xcv-

àé\. i. C.

Ans de

SUR L HISTOIRE UMVERSELLE.

Ul

les veuillent arranger; et encore toute l'histoire de la Ghine, sans nu'rae attendre, s'ils veulent, qu'elle soit plus éclaircie.

Je ne prétends plus. Monseigneur, vous embarrasser, dans la suite, des difficultés de chronologie, qui vous sont très-peu nécessaires. Celle-ci était trop importante pour ne la pas éclaircir en cet endroit ; et après vous en avoir dit ce qui suffit à notre dessein , je reprends la suite de nos époques.

ui'iTiÊME Epoque.

Cynu , ou tes Jui/s rétablis.

SlKièmo âge do monde.

Ce fut donc 2 1 8 ans après la fondation |dc Rome, 536 ans avant Jésus-Christ, après les soixante-dix ans de la captivité SIS sss de Babylonc , et la même année que Cyrus fonda l'empire des Perses, que ce prince , choisi de Dieu pour être le libérateur de son peuple, et le restaurateur de son temple , mif la main à ce grand ouvrage. Incontinent après la publication de son ordonnance, Zorobabel, accompagné de Jésus, fils de Josédec , souverain pontife, ramena les captifs, qui rebâtirent l'autel, et posèrent les fondements sit S3S du second temple. I.es Samaritains, jaloux de leur gloire , voulurent prendre part à ce grand ouvrage ; et sous prétexte qu'ils adoraient le Dieu d'Israël , quoiqu'ils en joignissent le culte à celui de leurs faux dieux , ils prièrent Zorobabel de leur permettre de rebâtir avec lui le temple de Dieu '. Mais les enfants de Juda , qui détestaient leur culte mêlé, rejetèrent leur proposition. Les Samaritains irrités traversèrent leur dessein par toutes sortes d'artillccs et de violences. Environ ce temps, Servius Tullius, après avoir agrandi la ville de Rome, conçut le dessein ni S33 de la mettre en république. 11 périt au milieu de ces pensées , par les conseils de sa fille , et par le commandement de Tarquin le Superbe, son gendre. Ce tyran envahit le royaume , où il exerça durant un long temps toute sorte de violences. Cependant l'empire des Perses allait croissant ; outre ces provinces immenses de la grande Asie , tout ce vaste continent de aa 53S l'Asie inférieure leur obéit; les Syriens et les Arabes furent assujettis; l'Égypte,

• I. Est. IV, J , X

si jalouse de ses lois, reçut les leurs. La conquête s'en Ht i>ar Cambysc, fils de Cy- 1 B L j rus. Ce brutal ne survécut guère à Siner- ’ ■» o dis son frère, qu'un songe ambigu lui Ht tuer en secret. Le mage Smerdis régna as sa quelque temps sous le nom de Smerdis frère de Cambyse : nuiis sa fourbe fut bientét découverte. Les sept principaux seigneurs conjurèrent contre lui , et l'un d'eux fut mis sur le trône. Ce fut Darius , sa ssi fils d'Hystaspe , qui s'appelait , dans scs inscriptions, le meilleur et le mieux fait de tous les hommes '. Plusieurs marques le font reconnaître pour l'.\ssuérus du livre d'Esther, quoiqu'on n'en convienne pas. Au commencement de son règne , le temple fut achevé , après diverses interruptions causées par les Samaritains ’.

Une haine irréconciliable se mit entre les deux peuples, et il n'y eut rien de plus opposé que Jérusalem et Samarie. C'est du temps de Darius que commence la liberté de Rome et d'Athènes , et la grande gloire de la Grèce. Ilarmodius et Aristo- ui sis giton. Athéniens, délivrent leur pays d'Hipparque, fils de Pisistrate, et sont tués par ses gardes. Hippias , frère d'Hipparque , tâche en vain de se soutenir. 11 sis su est chassé : la tyrannie des Pisistratides est entièrement éteinte. Les Athéniens affranchis dressent des statues à leurs libérateurs, et rétablissent l'état populaire. Hippias se jette entre les bras de Darius, qu'il trouva déjà disposé à entreprendre la conquête de la Grèce , et n'a plus d'espérance qu’en sa protection. Dans le temps qu’il fut chassé , Rome se défit aussi de ses tynrans. Tarquin le Superbe avait rendu par ses violences la royauté odieuse : ms s« l’impudicité de Sexte son fils acheva de la détruire. Lucrèce déshonorée se tua elle-même : son sang et les harangues de Brutus animèrent les Romains. Les rois furent bannis , et l’empire consulaire fut établi suivant les projets de Servius Tullius : mais il fut bientôt affaibli par la jalousie du peuple. Dès le premier consulat, P. Valériùs, consul célèbre par ses victoires, devint suspect à ses citoyens; et il fallut, pour les contenter, établir la loi qui permit d’appeler au peuple , du sénat et des consuls , dans tontes les causes où if s’agissait de châtier un citoyen.

' Herod. lib. IT, cap. xa.

* I. Sidr. V, Tl.

DISCOURS

3 Les Tarquins chassés trouvèrent (les dé- Tenseurs : les rois voisins regardèrent leur n' bannissement comme une injure faite h w)7 tous les rois ; et Porsena , roi des Cl usions , peuples d'Étruric, prit les armes contre Rome. Réduite à rextremité, et presque prise, elle fut sauvée par la valeur d'Horatius Coclés. Les Romains tirent des prodiges pour leur liberté : Scévola , jeune citoyen , se brûla la main qui avait manqué Porsena; Clélie, une jeune fille, étonna ce prince par sa hardiesse : Porsena laissa Rome en paix , et les Tarquins demeurèrent sans ressource. Ilippias, pour ({ui Darius se déclara , avait de meilu» leures espérances. Toute la Perse, se remuait en sa faveur, et Athènes était menacée d’une grande guerre. Durant que 4M Darius en faisait les préparatifs, Rome, qui s'était si bien défendue contre les étrangers , pensa périr par elle-même : la jalousie s’était réveillée entre les patriciens et le peuple ; la puissance consulaire, quoique déjà mcidérée par la loi de P. Valérius, parut encore excessive à ce peuple trop jaloux de sa liberté. Il se retira au mont Aventin : les conseils violents furent inutiles , le peuple ne put être ramené que par les paisibles remontrances de Ménénius Agrippa; mais il fallut trouver des tempéraments, et donner au peuple des tribuns pour le défendre contre les consuls. La loi qui établit cette nouvelle magistrature, fut appelée la loi sacrée; et ce fut là que commencèrent les tribuns du peuple. Darius avait enfin éclaté contre la Grèce. Son gendre Hardonius , après avoir traversé l’Asie , croyait accabler les Grecs par le nombre 490 de ses soldats : mais Miltiadc défit cette armée immense, dans la plaine de Marathon, avec dix mille Athéniens. Rome battait tous ses ennemis aux environs, et semblait n’avoir à craindre (jue d'ellemème. Corlolan , lélé patricien , et le plus grand de ses capitaines, chassé, malgré ses services, par la faction populaire, médita la ruine de sa patrie , mena les 409 Volsques contre elle , la réduisit à 1 ex- 4S8 trémité, et ne put être apaisé que par sa mère. La Grèce ne jouit pas longtemps du repos que la bataille de Marathon lui avait donné. Pour venger l’affront de la Perse et de Darius , Xerxès son fils et son 4S0 successeur, et petit-fils de Cyrus par sa mère Atosse , attaqua les Grecs avec onze

cent mille combattants [d'autres disent ^ dix-sept cent mille), sans compter son §armée navale de douze cents vaisseaux. * " p l>éouidas , Toi de Sparte, qui n’avoit que trois cents hommes , lui en tua vingt mille au passage des Thermopylcs, et périt avec les siens. Par les conseils de 'Tbémistode , Athénien , l’armée navale de Xerxès est défaite la même année , près de Salamine. Ce prince repasse l'Hellespont avec frayeur; et un an après, son armée de terre, que Mardonins commandait, est ta tn taillée en pièces auprès de Platée, par Pausanios, roi de Lacédémone, et par Aristide, Athénien, appelé le Juste. La bataille se donna le matin ; et le soir de cette fameuse journée , les Grecs-Ioniens , qui avaient secoué le jougdes Perses, leur tuèrent trente mille hommes dans la bataille de Mycalc, sous la conduite de Léotychides. Ce général, pour encourager ses soldats , leur dit que Mardonius venait d’étre défait dans la Grèce. La nouvelle se trouva véritable , ou par un effet prodigieux de la renommée , ou plutôt par une heureuse rencontre ; et tous les Grecs de l’Asie Mineure se mirent en liberté. Cette nation remportait partout de grands avantages ; et un.peu auparavant les Carthaginois, puissants alors, furent battus dans la Sicile, où ils voulaient étendre leur domination , à la sollicitation des Perses. Malgré ce mauvais succès , ils ne cessèrent depuis de faire de nouveaux desseins sur une Ile si commode à leur assurer l’empire de la mer, que leur république affectait. La Grèce le tenait alors : mais elle ne regardait que l'Orient et les Perses. Pausanias venait m m d’affranchir l’Ue de Chypre de leur joug , quand il conçut le dessein d'asservir son sts 47s pays. Tous scs projets furent vains, quoique Xerxès lui promit tout : le traître fut trahi par celui qu’il aimait le plus , et son infâme amour lui coûta la vie. La même année Xerxès fut tué par Artaban, son 290 474 capitaine des gardes • , soit que ce perfide voulût occuper le trône de son maître , ou qu’il craignit les rigueurs d’un prince dont il n’avait pas exécuté assez promptement les ordres cruels. Artaxerxo à la Longue- Main, son fils, commença son règne, et reçut peu de temps après une lettre de I Tbémistocle, qui , proscrit par ses conci-

» Aritt. PoHl. Ul). r, cap- x.

Aos <le

SUR L'HISTOIRE UMVERSELLE.

toycna , loi ofllrait ses services centre les Grecs. Il sut estimer, aotant qu'il devait , n un capitaine si renommé, et lui lit un ui 173 grand établissement, malgré la jalousie W7 W3 des satrapes. Ce roi magnanime protégea le peuple juif ' ; et dans sa vingtième année, que ses suites rendent mémora- Mo lU bie , il permit à Néhémias de rétablir Jérusalem avec ses murailles *. Ce décret d'Artaxerxe diffère de celui de Cyrus, en ce que celui de Cyrus regardait le temple , et celui-ci est fait pour la ville. A ce dteret prévu par Daniel , et marqué dans sa prophétie^, les quatre cent quatrevingt-dix ans de scs semaines commencent. Cette importante date a de solides fondements. Le bannissement de 'Thémistocle est phuté, dans la Chronique d’Eusèbe, à la dernière année de la 76* olympiade, qui revient è l'an 380 de Rome. Les autres cbronologistes le mettent un peu au-dessous : la différence est petite , et les circonstances du temps assurent la date d'Eusèbe. Elles sc tirent de Thucydide , historien très-exact ; et ce grave auteur, contemporain presque, aussi bien que concitoyen de Thémistode , lui fait écrire sa lettre au commencement du règne d’Artaxerxe t. Cornélius Nepos , auteur ancien et jodideux autant qu'élégant, ne veut pas qu'on doute de cette date après l'autorité de Thucydide ‘ : raisonnement d'autant plus solide, qu’un autre auteur plus anden encore que Thucydide s’accorde avec lui. CestCharon de Ixunpsoque cité par Plutarque ‘ ; et Plutarque ajoute lui-même que les Annales , c'est-ù-dire celles de Perse , sont conformes à ces deux auteurs, li ne les suit pourtant pas , mais il n’en dit aucune raison ; et les historiens qui commencent huit ou neuf ans plus tord le règne d’Artaxerxe , ne sont ni du temps , ni d’une si grande autorité. Il parait donc indubitable qu’il en fant placer le commencement vers la fin de la 76* olympiade , et approchant de l’année 280 de Rome , par où la vingtième année de ce prince doit arriver vers la fln de la 81* olympiade, et environ l’an 300 de Rome. Au reste, ceux qui rejettent plus bas le commencement d’Ar-

* I. Eut. TU, viir.

> Id. Uild. 1 , I ; Tl , 5. II. E$d. fl , I • 9.

* Dan. n,

4 Tfmcjfd. UL. t.

* Com. Nfp. In Ttfcmbl. cap. Tin.

* PluUtrg. In Tliemlat.

taxerxc, pour concilier les auteurs, sont f réduits è conjecturer que son père l’avait 1 8 Ct du moins os.socié .au royaume quand Thé- ’ p mistocle écrivit sa lettre ; et en quelque façon que ce soit, notre date est assurée.

Ce fondement étant posé, le reste du compte est aisé à faire, et la suite le rendra sensible. Après le décret d’Artaxerxe , les Juifs travaillèrent A rétablir leur ville et ses murailles, comme Daniel l’avait prédit '. Néhémias conduisit l’ouvrage avec beaucoup de prudence et de fermeté , an milieu de la résistanee des Samaritains, des .Arabes , et des Ammonites. Le peuple fit un effort, et Éliosib, souverain pontife, l’anima par son exemple. Cependant les nouveaux magistrats qu’on avait donnés an peuple romain augmentaient les divisions de la ville ; et Rome , formée sous des rois , manquait des lois nécessaires A la bonne constitution d’une république.

La réputation de la Grèce, pins célèbre encore par son gouvernement que par ses victoires , excita les Romains A so régler sur son exemple. Ainsi ils envoyèrent des 30S us députés pour rechercher les lois des villes de Grèce et surtout celles d'Athènes, plus conformes A l’état de leur république.

Sur ce modèle, dix magistrats absolus, an ui qu’on créa l'année d'après , sous le nom de décemvirs, rédigèrent les lois des Douze Tables, qui sont le fondement du sot iso droit romain. Le peuple, ravi de l'équité avec laquelle Ils les composèrent, leur laissa empiéter le pouvoir suprême , dont ils usèrent tyranniquement. Il se fit alors de grands mouvements par l'intempérance d’Appins Clodius, un des déeem- aos iw vira, et par le meurtre de Virginie, que son père aima mieux tuer de sa propre main que de la laisser abandonnée A la passiond’Appius. Le sang de cette seconde Lucrèce réveilla le peuple romain , et les décemvirs fùrent chassés. Pendant que les lois romaines se formaient sous les décemvirs , Esdras , docteur de la loi , et Néhémias, gouverneur du peuple de Dieu rrouvellemeiit rétabli dons la Judée, réformaient les abus, et faisaient observer la loi de Moïse qu'ils observaient les premiers '. Un des principaux articles de leur réformation fut d’obliger tout le peuplé , et principalement les prêtres, A quitter les femmes étrangères qu'ils avaient épousées

* Ihin. IX, SS.

* I. Esdr. IX , X. II. Eidr. xill. Dtal, xxin , 3.

de> . J. C Am de

DISCOURS

contre la défense de la loi. Esdras mit en I ordre les livres suints, dont il fit une * c.ruete révision , et rama.ssa les miciens mémoires du peuple de Dieu pour en composer les deux livres di>s Paralipomènes ou Chroniques, au.\quclies il ajouta riiistoire de son temps, qui fut achevée par Néhémias. C'est i>ar leurs livres que se termine cette longue histoire que Moïse avait commencée, et que Ic’S auteurs suivants continuèrent sans interruption jusqu’au rétablissement de Jérusaiera. I.e reste de l’histoire saiute n’est pas écrit dans la même suite. Pendant qu'Esdras et Néhémias faisaient la dernière partie de ce grand ouvrage , Hérodote, que les auteurs profanes appellent le père de l’histoire , commençait à écrire. Ainsi les derniers auteurs de l’histoire sainte se rencontrent avec le premier auteur de l'histoire grecque; et quand elle commence, celle du peuple de Dieu, à lu prendre seulement depuis Abraham , enfermait déjà quinre siècles. Hérodote n'avait garde de parler des Juifs dans rhistuire qu’il nous a laissée; et les Grecs n’avaient besoin d'étre informés que des i>euplcs que la guerre , le commerce, ou un grand éclat leur faisait connaitre. La Judée, qui commençait à peine à se relever de sa ruine , n’attirait pas les regards. Ce fut dans des temps si malheureux que la langue hébraïque commença à se mêler de langage chaldaîque, qui était celui de liabylone durant le temps que le peuple y fut captif; mais elle était encore entendue , du temps d’Esdras , de la plus grande partie du peuple, comme il parait par la lecture qu’il fit faire des livres de la loi • haute- « ment et intelligiblement en présence de < tout le peuple , hommes et femmes en 1 grand nombre , et de tous ceux qui - pouvaient entendre , et tout le monde • entendait pendant la lecture '. > Depuis ce temps , peu à peu elle cessa d’étre vulgaire. Durant la captivité , et ensuite par le conimeree qu’il fallut avoir avec les Cfaaldécns , les Juifs apprirent la langue chaldaïque , assez approchante de la leur, et qui avait presque le même génie. Cette raison leur fit changer l’ancienne flgiïrc des lettres hébraïques , et ils écrivirent riiébreu avec les lettres des Chal-

■ II. Etdr. VIII, 6, 8.

déens, plus usitées parmi eux, et plus aisées à former. Ce changement fut aisé | entre deux langues voisines dont les let- ' “ p 1res étaient de même valeur, et ne différaient que dans la figure. Depuis ce temps on ne trouve l’Écriture sainte parmi ics Juifs qu’en caractères chaldaîques.

J’ai dit que l’Écriture ne se trouve parmi les Juifs qu’en ces caractères. Mais on a trouvé de nos jours, entre les moins des Samaritains , un Pentateuque en anciens caractères hébraïques tels qu’on les voit dans les médailles et dans tous les monuments des siècles passés. Ce Hentateuque ne diffère en rien de celui des Juifs, si ce n’est qu’il y a un endroit falsifié en faveur du culte public, que les Samaritains soutenaient que Dieu avait établi sur la montagne de Garizlm près de Samarie , comme les Juifs soutenaient que c’était dans Jérusalem. H y a encore quelques différences , mais légères. Il est constant que les anciens Pères , et entre autres Eusèbe et saint JérAmc , ont vu cct ancien Pentateuque samaritain ; et qu’on trouve , dans celui que nous avons , tous les caractères de celui dont ils ont parlé.

Pour entendre parfaitement les antiquités du peuple de Dieu , il faut ici en peu de mots faire l’Iiistoire des Samaritains et de leur Pentateuque. H faut imur acaa gn cela se souvenir qu’après Salomon , et en punition de ses excès, sous Roboam son fils. Jéroboam sépara dix tribus du royaume de Juda, et forma le royaume xto m d’Israël , dont la capitale fut Samarie.

Ce royaume, ainsi séparé, ne sacrifia plus dans le temple de Jérusalem , et rejeta toutes les Écritures faites depuis David et Salomon , sans se soucier non plus des ordonnances de ces deux rois , dont l’un avait préparé le temple , et l’autre l’avait construit et dédié.

Rome fut fondée l’an du monde 3250 ; et trente-trois ans après , c’est-à-dire l’an du monde 3383, les dix tribus schismatiques furent transportées à Mnive, et dispersées parmi les Gentils.

Sous Asuraddon, roi d’Assyrie, les 77 67» Cuthéens furent envoyés pour habiter v Samarie '. C'étaient des peuples d’A.ssyrie, qui furent depuis appelés Samaritains. Ceux-ci joignirent le culte de Dieu avec celui des idoles , et obtinrent d’ Asa-

* II. Reg. XTiil , Î4. 1. Eidr. IT, a.

SUR L’HISTOIRE UNIVERSELLE

^ ï raddou un prêtre Lsroclite qui leur apprit 1 6 ^Çle service du dieu du pays, c'cst-ii-dire,

■ » p” les observances de ia loi de Moïse. Mais leur prêtre ne leur donna que les livres de Moïse dont les dix tribus révoltées avaient conservé la vénération, sans y joindre d'autres livres saints, pour les raisons que l'on vient de voir.

Ci’S peuples ainsi instruits ont toujours persisté dans la bainc que les dix tribus lit us avaient contre les Juifs ; et lorsque Cyrus permit aux Juifs de rétablir le temple de Jérusalem , les Siimaritains traversèrent autant qu'ils purent leur dessein en faisant semblant néanmoins d'y vouloir prendre part, sous prétexte qu'ils adoraient le Dieu d'Israël , quoiqu'ils en joignissent le culte avec celui de leurs fausses divinités.

Ils persistèrent toujours à traverser les desseins des Juifs , lorsqu'ils rebâtissaient leur ville sous la conduite de ISéhémias; et les deux nations furent toujours ennemies:

On voit ici la raison pourquoi ils ne changèrent pas avec les Juifs les caractères hébreux en caractères chaldaïques.

Ils n'avaient garde d'imiter les Juifs, non plus qu'Esdras , leur grand docteur, puisqu'ils les avaient en exécration : c'est pourquoi leur Pentateuque se trouve écrit en anciens caractères hébraïques, ainsi qu’il a été dit.

ui 3M Alexandre leur permit de bâtir le temple de Garisim. Manassès, frère de Jaddus, souverain pontife des Juifs, qui embrassa le schisme des Samaritains, obtint la permission de bâtir ce temple ; et c'est apparemment sous lui qu’ils commencèrent à quitter le culte des faux dieux , ne différant d’avec les Juifs qu’en ce qu’ils le voulaient servir, non point dans Jérusalem , comme Dieu l'avait ordonné , mais sur le mont Garizim.

On voit ici la raison pourquoi ils ont falsifié , dans leur Pentateuque, l’endroit où il est parlé de la montagne de Garizim , dans le dessein de montrer que cette montagne était bénite de Dieu et consacrée à son culte, et non pas Jérusalem.

La haine entre les deux peuples subsista toujours: lesSamaritainssoutenaient que leur temple de Garizim devait être préféré â celui de Jérusalem. La contes-

■ I. Btilr. IV. s, s.

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