‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 398 sur 518 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Ki les sctnivpélagieni , ni PétoKeméme, ne niaient pas que Dieu ne pût tourner où il voulait le libre arbitre : si c'é> tait le libre arbitre mdme qui donnait & Dieu ce pouvoir, comme le disait Péloge : ezcelleole rdtütatioo de saint Augustin.

La doctrine qui reconnaît Dieu pour infaillible moteur du cœur humain est si constante dans l’Église, que les seml-pèhigiens , tout attachés qu’ils étaient A élever le libre arbitre au préjudice de la grâce , ne l’ont pas nié ; au contraire , ils l’ontrent plutôt , lorsqu'ils disent qu'il y en a que Dieu force, malgré qu’ils en aient, à faire le bien ; qu’il attire , soit qu'ils le sachent ounon, malgré toute leur résistance, et soit qu’ils le veuillent, ou qu’ils ne le veuillent pas'. Je ne crois pas qu’en parlant ainsi , Cassien , le père des scmi-pélaglens , ait voulu dire qu’en émouvant l'homme. Dieu lui Atât absolument son libre arbitre , pour lequel il combat tant dans les I endroits mêmes d’où ces paroles sont tirées ;

mais, quoi qu’il en soit. Il parle de sorte qu’il I donne lieu A saint Prosper de le reprendre ’*de I partager mal A propos le genre humain , et de nier dans les uns le libre arbitre, et la grâce dans les autres ’.*11 n'y a nul Inconvénient que des esprits , A qui la justesse et la profondenr manquent, et qui se lais,sent dominer A leur prévention, assaut par des mouvements irréguliers, outrent d’un côté ce qu’ils relâchent de l'autre. Ce qui est certain , c’est qu’ils avouent que Dieu change les volontés comme il lui platt , ainsi que saint Prosper le reconnaît, et qu’A regarder la consommation des bonnes œuvres , et l'exelnsion parfaite du péché , ils parlent A peu près comme les autres docteurs, se réservant de laisser, quand ils voulaient, au libre arbitre, le commencement de la piété, encore que quand ils voulaient , ils le donnassent aussi A la grâce.

Le fond de cette doctrine venait de Pélage, dont saint Augustin rapporte un mémorable passage*, où il reconnaît que Dieu tourne où il lui plail te cœur de l’homme, ux coa nosTanit qoo voluebitDeus ipse declinet:. 'VoIIA, dit saint . Augustin , un grand secours de la grâce de • tourner le cœur où il lui plaît ; mais , poursuit « ce Père, Pélage veut qu'on mérite ce secours . par le pur exercice de son libre arbitre ; lors-

' Cau. coU. xni, cap. zvii, xviii.

* Cont. eoU. n* Si.

» CoH. III , cjip. XV. CoU. n . cap. \tiu. Coll, m , cap. fv, VI. <olt. ziii, cap. iz, XI, lit. XIV, elÉCtj.

' De gratté Ckriêt. Iib. i, cap. xxitl.

ET DES SAINTS PERES. LIV. X

dit

. que uuut louliaitons que Dieu iwus gouverne

• lors<|Uu noosuHirUfions notre volonté, que nous

• rattachons à la sienne, et que, devenant

• avec lui un même esprit , nous mettons notre

• cceur en sa main ; en sorte qu'il en lait après

• tout ce qu'il veut. > Pelage n'a doue pu nier que Dieu peut tout sur le libre arbitre de l'homme. Cette vérité était établie pnr trop de témoignages de l'Écriture, et trop constante dans l'Église pour être niée; et tout ce que put inventer cet hérésiarque en faveur du libre arbitre , c'est que si Dieu avait un pouvoir si absolu sur nos volontés , c'était nous-mêmes qui le lui donnions ; mais saint Augustin le force dons ce dernier retranchement , pur ces paroles ‘ ; • Je vaudrais bien « qu'il nous dit si Assuérus , ce roi d'Assyrie , dont

■ Esther détestait Ui couche, pendant qu'il était « assis sur son trône , chargé d'or et de pierreries ,

• et regardait cette sainte femme avec un oeil ter-

• rible comme un taureau furieux , s'était déjè

• tourné du côté de Dieu par son libre arbitre,

• soubaitantqu'il guuvcniétson esprit et qu'il mit

■ son coeur en sa main? Ce serait être insensé de

• le croire ainsi ; et néanmoins Dieu le tourna où

• il voulait, et changea sa colère en douceur, ce « qui est bien plus admirable que s'il l'avait seu-

• lement fléchi à la clémence, sans l'avoir trouvé

• possédé d’un sentiment contraire. • Afin donc d’avoir tout pouvoir sur le cœur de l'homme. Dieu n'attend pas que l'homme le lui donne. Qu’ils disent donc , poursuit ce Père , et qu’ils entendent que par une puissance cachée et aussi absolue qu’elle est ineffable, sans l'emprunter de personne, Dieu opère dans le cœur de l’hom me toutes tes bonnes volontés qu’il lui plail.

Page 1