‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 437 sur 518 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Si l’on salisfuil à toute la doctriuc de la grAcc, en reconnaissant seulement uuc gr.Ace générale donnée un oncrtc à tous ; erreur de M. Simon.

M. Simon s’imagine avoir satisfait à tout ce qu’on doit à la gratuité de la grâce, si l’on me iMirmet ce mot , en reconnaissant une grâce généralement offerte ou donnée à tous les hommes , par une pure et gratuite libéralité; mais c’est en quoi il a montré son Ignorance. Je ne nie pas cette grâce, comme on verra dans la suite, ni les grâces dont on abuse , et que les hommes rendent si souvent inutiles par leur malice ; mais s’il u’en fallait j pas reconnaître d’autre , il ne faudrait point reconnaître un certain genre de grâce dont on n’abuse pas , à cause qu’elle est préparée |K)ur empêcher qu’on n’en abuse. On demande pourtant cette grâcc;ct toutes lesfoisqu’on la demande, on a reçu auparavant une grâce qu’on n’a pas demandée, qui est la grâce qui nous la fait demander : autrement il faudrait aller jusqu’à l’infini, ce qui ne peut être. Car, comme dit excellemment saint Augustin Dieu nous pouvait accorder la grâce de faire de bonnes œuvres sans nous obliger à les demander; et s’il veut que nous les demandions, c’est à cause que la demande qu’il nous en fait faire, nous avertit que c’est lui seul qui est la source du bien que nous demandons. Mais en même temps , afin

' üe dono /Kr.% cap. V».

que nous entendions qu’il n’a pas besoin de nos demandes pour être bon et libéral envers nous, il nous accorde beaucoup de biens que nous n’avons jamais songea lui demander; et entre autres biens qu’il nous accorde sans que nous l’en ayons prié, il faut mettre dans le premier rang celui de prier, lequel bien certainement n’e.st pas accordé à la prière. Car encore qu’en commençant de bien prier, on puisse obtenir la grâce de prier mieux , on ne doit le commencement de bien prier qu’à une touche particulière, qui dès ce premier commencement nous fait prier comme il faut ; de sorte que la gratuité qu’il faut reconnaître dans la grâce ne consiste pas seulement dans une généralité de grâce offerte, ou donnée à tout le monde, mais dans une grâce de distinction et de préférence qui nous donne actuellement ce premier bon commencement, dans lequel Dieu nous donne tout, jiarce que tout est , en vertu , dans cette semence. De cette sorte l’homme recevant de Dieu , selon la distinction de saint Augustin •, deux sortes de biens, dont les uns lui sont donnés sans qu’il les demande , comme la prière , et dans la prière le commencement de la foi , les autres ne sont donnés qu’à ceux qui les demandent , comme la persévérance ; les uns et les autres sont également gratuits, parce que le second, qui est accordé à la prière, se réduit enfin au premier, qui ne présuppose point la prière, puisque c’est la prière même.

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