CHAPITRE XIII
Neuvième prpposilion, uû l'on commence S démontrer
que 1.1 diH'triiie lie saint Augustin , sur In prédcstinnlion
gratuite , est très-claire.
Toute la doctrine de saint Augustin, sur la prédasti nation gratuite , est enfermée dans In doctrine précédente. C'est une neuvième proposition qui ne souffre aucune difRculté. Pour l'établir, il ne faut que ce seul principe , rapporté à cette occasion par saint .Augustin, quetout ce que Dieu donne , il n résolu de toute éternité de le donner : tout cc qu'il exécute dans la dispensation temporelle de sa grâce , il l'a prévu et prédestiné avant tous Ira temps. Dans cette dispensation et distributiontemporcilede la grâce, Irapriéresde l’iiglisc lions ont fait voir une préférence gratuite pour tous les saints; c'est-à-dire, pour tous ceux qui vivent et qui agissent saintement ou pour un temps, ou pour toujours. Cette préférence est donc prévue, voulue, ordonnée de toute éternité, et rein même, dit saint Augustin, c'est la prédestination.
Nous avons donc eu raison de dire que la doctrine de la prédestination est entièrement renfermée dans celle de la gratuite dispensation de la grâce, puisque, comme dit saint Augustin *, foule la différence qu'il y a entre la grâce cl ta prédestination, c’est que la prédestination est ta préparation de ta grâce, et la grâce, le don même que Dieu nmis en fait : i.vtbb grs-
' CW. i,«.
* ht». pnH. SS. rap.
PÈRES. MV. XII. r,c9
TIAM ET PRÆDESTINATIONEK HOC TANTOH IH-
TEEBST (pesez ces mots hoc tantoh) quod pbæ-
DESTIXATlO EST GBATIÆ PRÆPABATIO, GBAT1A VEBOJAM ipsA DONATio; d'où C6 Saint docteur conclut que ces deux choses , la prédestination et la donation actuelle de la grâce , ne diffèrent que comme la cause et l’effet ; puisque , dit-il , la prédestination est , comme on a vu , la préparation de la grâce ; et ta grâce donnée , dans le temps est l’effet de la prédestination.
Ce Père montre cette vérité par cet autre excellent principe, que Dieu prédestine, non pas les œuvres d'auti-ui, mais les siennes propres, FACTA SON ALIENA , SCD SUA ' ; ew il prévoit beaucoup de choses qu'il ne fait pas , comme les péchés ; mais il ne prédestine rien qu'il ne fasse , puisqu'il ne prédestine et ne préordonne que les bonnes œu vres qu'il fait , par cette grâce que nous avons vu , qu'on ne cesse de lui demander. Lors donc qu'il fait en nous ces bonnes œuvres , il dispense cette grâce; et lorsqu'il la prépare, il prévoit et il prédestine ce qu’il devait faite ;
PBÆOESTINATIONB PBÆSCIVIT QUÆ PUERAT IPSE FACTUaUS *.
C'est là , en termes formels , le raisonnement du prophète Amos, et de l'apêtre saint Jacques dans le concile de Jérusalem. Ce prophète prédit et promet la conversion des Gentils, et il ajoute : I oilà ce que dit le Seigneur qui fait ces choses : c'est Dieu qui convertira les Gentils, parce secours qui change les cœurs : il ne lui est pas plus malaisé de prédire que do promettre ce qu'il doit faire; et c’est pourquoi saint Jacques conclut : Vouvrage de Dieu est connu de lui de toute éternité. Saint Augustin ne fait pas un autre raisonnement, et ne suppose pas un autre principe. Accordez-lui que c'est Dieu qui tourne les cœurs où il lui plaît (c'est ce que vous ne sauriez lui nier après les prières de l'Église) : accordez-lui encore qu'il a connu et qu’il n voulu son propre ouvrage , ce Père n'en veut pas davantage sur la prédestination.
Il n'y a rien de si clair, et saint .Augustin présup|)0sc aussi partout, que ce qu’il enseigne de la prédestination, rat la ehosc du monde la plus évidente. Dieu donne, dit-il*, la persévérance Jusqu’à la fin, il a prévu que cela serait , c'est-àdire, qu'il donnerait la persévérance ; voilà donc, poursuit-il , ce que c’est que ta prédestination ; ce (|u'il explique dans la suite en d'antres termes qui ne sont pas moins évidents, lort|u'il dit* : . Cest une erreur manifeste de penser qu’il ne
‘ fJb. de pr^. SS. cap. x.
> Ibid.
» dri. XT, Î5, 17, 1«. Amos. |\ , 12.
* t.ib. II, de dnno fiera, cap. th.
* thid. cap. XVH.
DÉFENSE DE LA TRADITION