‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 455 sur 518 · CHAPITRE X.VVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE X.VVI

Hyuaie de saint Clément d’Alexandrie, cl sa doctrine conforme en tout A celle de saint Augustin.

Saint Clément d’.AIcxandric est celui qui a donné à Synèse, au commencement du troisième siècle, le modèle des hymnes sacrées, dans celle qu’il a com|X)sce pour Jésus-Christ à la fin de son Pédagogue. Il la eommence par cette prière , qui couclut ce livre : • Prions , dit-il le Verbe en « cette manière : Regardez vos enfants d'un tril

• propice, divin Pérlagogue (conducteur des Ames

■ simples et enfantines). Fils et père qui n’éles " qu’un Seigneur, donnez à ceux qui vous obéis-

• sentd'étre remplis de la ressemblance de votre « image, et de vous trouver, selon leur pouvoir, « un Dieu bénin et un juge favorable ; faites que « tons tant que nous sommes , qui vivons dans

■ votre paix , étant transférés à votre cité im-

• mortelle , apri-s avoir traversé les Ilots que met

■ le péehé entre elle et nous (en attendant) nous

■ nous assemblionscn tranquillité par votre Esprit

• saint, pour vous louer cl vous rendre grâces

• nuit et jour jusqu’à la fin de notre vie ; • après quoi il [larle ainsi : • Et parce que c’est le Verbe

• iioti'e conducteur qui nousn menés à son Église ,

• et nous a unis à lui (comme scs membres , ainsi

' /fymn. Il, SIS; ai, 320, S20.

* //ynu. V, 34S.

* %MW. III, 334.

* Ihjian. IT, 310.

» /*• ( y- ni, p, I».

• qu'il venait de dire), nous ferons bien pendant e que nous sommes ici assemblés dans un même

• lien , de lui en reudre grâces , et de lui oRrir > des louanges convenables à ses instructions et

• à sa conduite. • Son hymne suit ces paroles, et il l'entonne en cette sorte : • Frein des Ames do-

• eiles , aile des oiseaux qui n’errent point , vrai ■ gouvernail des enfants remplis de simplicité, « assemblez-les pour louer d'une bouche sainte et

• sincère Jésus-Christ , le conducteur des âmes « simples et enfantines. - On voit trois vérités dans tout ce discours de saint Clément d'Alexandrie : la première, que , comme les autres, il demande à Dieu l'effet : la seconde, qu’il rend grâces de l'avoir reçu : la troisième , que cet effet qu'il demande et dont il rend grâces , est premièrement la Ixmne vie qui nous rend semblables A Dieu ; et secondement, les saintes prières, les louanges, les actions de grâces ; puisqu’il veut que dieu et son Saint-Esprit mettent dans le cœur des fidèles la volonté de s’assembler pour les faire. Car c'est ainsi qu'il les assemble ; et par ce mouvement qu'il leur imprime, il commence à former en eux la prière ; puisque chacun prie déjà en particulier, aussitôt qu'il se sent ébranle p.mr aller prier en commun.

Et puisque nous sommes tombés sur cette belle prière, pouren mieux prendre l’esprit , nous rap porterons un p.xssagc de son auteur sur la prière et la grâce. C'est dans son livre vu des Tapisseries, où il ditque/’Ao»ii«e spirituel, dont il y fait In peinture , fvi.jBTixbî ( c’est toujours ainsi qu’il appelle le parfait chrétien), demande à Dieu les vrais biens, c'est-à-dire, tes biens de l’âme Voilà ce qu’il dit en générai , et qui comprend tout, et autant le commencement comme la fin. Pour s’expliquer plus en particulier, il ajoute que l'action de grâces, et la demande qu'on fait à Dieu de la conversion du prochain, est le propre cxcrctee du spirituel' . On demande donc la conversion du prochain, c’est-à-dire, comme le démontre saint Augustin , l’actuel commencement de la bonne vie , comme un don venu de Dieu. On demande, dit encore saint Clément d’Alexandrie ’, que ceux qui nous baissent soient amenés à la pénitence. C’est par où saint Augustin prouvait encore que Dieu prévenait les hommes dans le péché, pour leur inspirer le désir d’en sortir *. Cest par où la pénitence eommence. Nous verrons bientùt comment on demande la suite ; mais pour montrer l’efficacc de la grâce de la conversion, saint Clément ajoute, que comme Dieu peut tout, le spirituel obtient tout ce qu’il veut.

* Ilb. VII , p. MS.

' H. MP. — • Strim. p. 533.

* Enrhirid. cap. xxxil- De dm pcri. cap. XIX.

ed by Coogle

ET «ES SAINTS PEttES. UV. XII.

Par conséquent , la conversion est regardée en ce lien comme l'ouvrage d'une grto; toute-puissante: h) fidèle' qui la demande pour un pécheur croit l’avoir reçue pour lui-mème , et ne croit pas être converti par une autre gntee que parcelle qu’il demande pour les autres. Pour venir à la persi'vémnce , saint Clément ajoute que i’hommetpirUuel demande la stabilité des biens qu’il possède avec une bonne disposition pour obtenir ee qui lui manque, et la perpétuité de ce qu’il a encore à recevoir; à rpioi il qjoute ces paroles, qui comprennent tout* : Il demande que les vrais biens, qui sont ceux de l'àme, soient en lui ei y demeurent, ce qui enferme le coromciiecment et la fin; et un peu après : Celui qui se convertit de la genlilité (par la grâce qu'on vient de \o\t)demande ta foi : celui qui s'élève, qui s'avance à la spiritualité , demande la perfection lie la charité; et celui qui est parvenu au degré suprême, demande l’accroissement et la persévérance dans la contemplation, comme tes hommes vulgaires demandent la perpétuité de la santé. Que demande cet homme vulgaire, sinon qu'en effet, il se porte toujours bien? 1-c spirituel demande de même l'cf et d'une perpétuelle santé , ce que ce Père exprime par ces paroles* : Il demande (le vrai chrétien) de ne Jamais déchoir de ta vertu ;ti il ajoute que tes deux extréntes ( le commencement et la fin ) , la foi et la charité, ne s'enseignent pas : non qu'en effet on ne les enseigne , puisqu'il les enseigne lui -même dans tout cet endroit; mais parce que, selon sa doctrine précédente, il les faut pintêt encore demander à Dieu que les enseigner aux hommes, & qui elles sont inspirées d'en haut, comme 11 a dit.

Voici encore sur ee sujet , en un autre endroit , quelque chose de bien distinct * : Le spirituel demande, premièrement, la rémission de ses péchés, ensuite de ne pécher plus, et enfin, de pauvoirbicn Jdire; c’eat-ii-dirc, de le vouloir avec tant de force , qu'il en vienne enfin à reffet de ne pécher pas , et de persévérer dans la vertu , comme il l'explique dans toute la suite des passages qu'on vient d'entendre.

Il est certain que saint Augustin ne prétend rien davantage. Qui donne tout à la prière, avec saint Clément Alexandrin , c'est-à-dIre , qui lui donne le commencement, le progrès, l'accomplissement actuel, selon saint Augustin , donne tout ê la grâce ; mais qui donne tout â la grâee , donne tout à la prédestination; puisque pour l'admettre, comme ce saint la voulait, il ne faut iqouter à la prédication de la grdcc , qui donne tous ces bons

' P. MO - ■ 1*. 521, - > P. 623. — ■ Ub. VI. p. 17*.

effets, que la prescience d’un si grand don , et la volonté étemelle de le préparer ; ce que personno ne niait. ■

Page 1