CHAPITRE XX.XI
Que ccUc ({rSie reconnue par Orit;ènc eal prévenaiile, et i]uel rapport elle a avcT lu prière. |
Il ne reste plus qu'à démontrer que cette gréce, qu’on voit déjà si cfftcace, est encore près enante; mais c'est de quoi Origéne ne nous |>ermet pas du douter, lorsqu'il dit', que la nature humaine n'est pas sujfisante à chercher Dieu en quelquefaçon qiiece suit, et aie numinermeme , si elle n'est aidée de cctai-tà même qu’elle cherche. Nous dierchons donc , mais inutiiement , si celui que nous cherchons ne nous aide , c'est-àdire , ne nous cherche le premier ; ce qui fait dire au même Origéne , dans son livre de la Prière, que la grdee nous prévient , lorsqu'on étant venu à l'explication de cette demande de l'Oraison dominicale : votre volonté soit faite en la terre comme au ciel, il parle ainsi * : Si nous som-
• mes encore terre a cause de nos péchés , nous
• prions que l'cfflcacc de la divine volonté s'é- « tende Jusqu'à nous pour nous corriger, de même
• qu'elle a prévenu ceux qui avant nous ont été faits et sont ciel (/mr leur attachement aux i
• choses célestes ) , que si2bus avons déjà ( en I « quelque sorte ) cessé d'étre terre , et que Dieu
• nous réputé ciel , nous prions que dans ce qui
• reste encore de plus mauvais, la volonté de
■ Dieu soit accomplie dans la terre comme dans a le ciel , ailn que tout ce qu'il y a de terrestre
• devienne ciel ; en sorte que la terre ne soit plus,
• mais que tout soit ciel en nous. > On voit donc , non-seulement que la grâce fait tout en nous par son efficace, mais encore en particulier qu'elle a prévenu ceux dont les désirs sont dijà attachés au ciel , et qu elle ne cesse d'opérer qu'ils s'y attachent encore davantage.
Cette force de la grâce prévenante parait encore dans ce bel endroit sur saint Lnc’ : • Qui ' de nous n’a pas été insensé 7 et maintenant , par
• la divine miséricorde, nous avons l'intelligence,
• et désirons Dieu avec ardeur : qui de nous n'a
• pas été incrédule? et maintenant, par Jésus- « Christ , nous avons et suivons la justice : qui > de nous n'a pas été errant et vagabond? et main-
• tenant, par l’avénement de notre Sauveur, nous
• sommes imperturbables et ne souffrons plus
■ d'agitations; mais nous marchons dans labouue
• voip, par celui qui dit : Je suis la voie. <• Nous
' Mit. T1I, p. 300.
* Kxylicat. Or. dom. n* p. 85, qacit. 103.
* //vm. VII, t. il, P- m.
sommes donc prévenus, puisqu'on nous prend dans l'erreur et dans le péché , piour nous transférer à la grâce.
Il confirme ce qu’i. avance ;>ar l'exemple des eatéchumcncs ; . Qui , dit-il ', ô catéchumènes,
• vous a a.sscmbh's dans l’Église? qui vous a fait
■ quitter vos maisons |)our wlte sainte assemblée?
■ Nous n’avons point été vous chercher de |)orle
• en [xirte; mais le Père tout-imlssanl, par sa
• vertu invisible, a exciléeette ardeur dans ceux
• qu'il eu a crus digues, et vous a entraînés ici " comme par force , malgré les doutes (|ui s'élc- « valent dans vos esprits. •
I 11 ne faut point s’étonner de ce mot de dignes ; car nous verrons, et bientôt, par Origéne même’, que ceux qui sont dignes, c'est Dieu qui les a faits auparavant ; et des ici, nous voyons
[ que ceux qu'il suppose dignes ne l'étaient pus au i commeneement , puisi|u'ils étaient dans l'égare- I ment et dans l'incrédulité.
I S'il y a quelque cliose en nous par où nous puissions nous rendre dignes de Dieu, c'est sans doute la prière : Mais, dit Origéne*, elle n’est point en nous comme de nous-mêmes ; c’est le Saint-Esprit, qui, voyant que nous ne savons ce que nous devons demander, commence en nous la prière que notre esprit suit; semblnhle. à nn maiirequi, voulant instruire un enfant, prononce la première lettre qu'il faut répéter après lui. Ainsi agit ce maître céleste dans la prière : il commence, et nous suivons ; il nous présente les gémis.scments par où nous apprenons nous-mêmes à gémir; et il ne dédaigne pas d’être notre guide dans le mgaye ; c'est-à-dire , bien assurément, que c’est lui qui marche devant, et qui nous conduit ; ce qui est aussi ce qu'Orlgène avait entrepris de prouver.
Il donne tant à la prière, dans l'endroit où nous avons vu que l'Évangile prévaudra un jour par toute la terre, qu’en invitant les Romains à s'y soumettre , il les assure qu'en le faisant ils seront victorieux par la prière, et que, protégés par la puissance de Dieu, ils n’auront plus de. guerre < ; ce qui ne se peut , sans que Dieu tourne les cœurs à la paix ; d'où il prend occasion de leur adresser ces paroles * ; . Vous ne devez pas mcpriser la milice des ehrétiens , qui , gardant à « Dieu leurs mains pures , combattent par leurs
• prières contre ceux qui s'opposent aux justes « desseins de l’empereur et de sre soldats, afin que
• Dieu les détruise ; c'est pourquoi , poursuit-il,
• renversant par nos prières les démons qui émeu-
' Unm. VH. (, 11. p. 138.
* Con/. Ctlt. lib. iif.
» Ad. Rom. cap. viii, lib. vil, p.370|3?l.
* LJb. VIII, p. «:21.
‘ fbid. p.
ET DES SAINTS PËBES. LIV. XII
• vent les guerres , et excitent les violateurs des . serments et les perturbateurs de la paix, nous « rendons un plus grand service à l’empereur que
• ceux qui portent les armes sous ses ordres. >■ Par ou il montre toujours que tout cède à In puissance de Dieu, qu'on invoque par la prière ; puis qu'elle tient en bride les démons, et empOclic leurs instigations de prévaloir sur la volonté des hommes.