‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 465 sur 518 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Es quel wns oo dit que Is grâce est donnée â ceux rpii en sont dignes, et qu'en ceU les anciens ne disent rien autre cliose qu'a dit saint Augustin.

On objecte enlin, que les anciens disent, et saint Clément d'Alexandrie comme les autres, encore dans les endroits que j'ai allégués, que dans la distribution de la grâce , Dieu la donne à ceux qu’il en trouve dignes, ou , ce qni est la même chose, àceux qu’il y trouve propres et disposés à la recevoir ■ ; ce qui semble dire qu'elle est prévenue par les mérites des hommes, contre la doctrine expresse de saint Augustin. Mais ce Père a encore dénoné cette difflcultc. L'iueon-

' IJb. VI. p. 177. Lih. vu, p. SIS.

• Uli. 711, p. SIS, SJS.

ET DES SAINTS PÈRES. LIV. XII

véiiicDt , dit-il ‘ , n'est pas d'assurer que Dieu < donne la grâee&ccnx qui en sont dignes, et quiy sont propres, moisâ nesavoirpas paroù ils le sont. Dieu donne la vie étemelle A ceux qui en sont dignes ; rein est certain et de la foi , car il ne la donne qu'au mérite ; mais il reste A examiner qui les en fait dignes. Si vous dites que e'est une grAce si divinement préparée qu'elle les convertit actuellement, et les rend actuellement féconds en bonnes œuvres, saint Augustin est content, et n'en veut pas davantage. Or est-il, encore une fois, que tous les docteurs ont reconnu cette grAoe et l'ont demandée , et chacun en particulier et tous avec toute l'Église , comme on a vu ; et saint Clément d’Alexandrie , qui vient de nous dire que Dieu accorde la grAce A cenx-qu’i'f y trouvt propres el disposés à la recevoir ' , nous a dit que cette bonne disposition est une des choses qu'on demande A Dieu. Origène, sou disciple , a enseigné la même doctrine , lorsqu’il dit que Dieu se donne A la vérité A ceux qui sont dignes de lui, mais en même temps aussi qu’il les en rend dignes Saint Épbrem dit souvent que Dieu aime ceux qui en sont dignes. Nous avons vu qu'il dit aussi que c'est la grAce qui les en fait dignes. Ils ne sont donc pas contraires A saint Augustin , et il a dit avec eux , sons difllculté , que Dieu distribue sa grAce A ceux qu’il en Juge dignes. Mais il reste, dit-il * , d examiner comment ils en ont été faits dignes; les uns disent que c’est par leur propre volonté, et nota disons que c’est par ta grâce et la prédestination divine.

C'est ce qu’il dit aiileurs en d’autres termes : la vie étemelle est une grdee ‘ : cela est certain, puisque ce sont IA les propres paroles de saint Paul ; mais il ne laisse pas d'iHre véritable que Dieu ne la donne qu'A ceux qui In méritent ; c'est- A-dire, en d'autres paroles, A ceux qui en sont dignes. lifais si elle est donnée au mérite, comment donc est-elle une grAce , sinon à cause que les mérites auxquels elle est donnée nous sont euxmémes donnés ? VollA donc comment on est digne , voilA comment on mérite , d'une dignité et d'un mérite qui sont eux-mémes donnés par celui qui donne tout.

Conformément A ectte doctrine , l’Église dans scs prières , où nous avons vu que sa foi nous est déclarée , n'hésite pas A reconnaître que nous sonunes dignes de la grAce de Dieu, mais c’est en disant que lui-méme nous en rend dignes. Nous vous prions, Seigneur, que celle hostie salutaire nous fasse dignes de votre protection :

* m pred. SS. <sp. x , p. «S.

* CUm. jditx. iSm. SSo.

* 1 Jb. la. «at. CeU. p. 141.

* Üeprmé. SS. cap. X.

I Bput. ad. Sist. Jaai cit.

TU* nos FsoTBCTioni Dionos irricuT. Ailleurs : Faites-nous dignes de votre grâce, des dons célestes , de la partieipation de vos saints mystères, etc. Rendez-nouspropres à en recevoir l’effet, etc. VoilA cequ'on trouve en cent endroits dons les prières de l'Église latine. L’Église grecque répond A ce sentiment.; Faites-nous dignes , dit-elle ', de chanter l’hymne des séraphins, d’approcher de votre autel : faites-nous-y propres ; et dans la messe de saint Jacques ’ : Faitesrwus dignes du seu^rdoce, faites-nous dignes de dire : Notre Père , qui êtes dans les deux, etc. Dons celle de saint Marc, dans celle de saint Basile’, la même chose de mot A mot; et encore : Rendez-nous propres au sacerdoce .- rendezmoi propre à me présenter à votre autel. Dans celle de saint ChrysostAme * , les mêmes paroles; etencore : Faites-nous dignes de vous offrir ce sacrifice : faites-nous propres à vous in voguer en tout temps et en tout lieu; par où l’on demande en termes formels la grAce de prier; et enfin ’ : Nous vous rendons grâces de nous avoir faits dignes dapprocher de votre autel. Nous sommes donc dignes ; mois c’est Dieu qui nous le fuit Je dis plus; nous nous faisons dignes, mais c’est Dieu qui nous accorde la grAce de nous faire dignes ; ce que la messe de saint Basile explique en cette sorte ‘ ; O Dieu qui nous avez remplis des délices (de votre table ) , accordez-nous que nous nous en rendions dignes. Il ne faut donc plus opposer l'Église grecque A la latine , les Pères grecs A saint Augustin et aux Latins ; les deux Églises sont comme deux chœurs parfaitement accordants, où, en différent langage, mais avec un même esprit, on célèbre également la prévention et l’efllcnce de la grAce.

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