‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 469 sur 518 · DE LA PAROLE NON ÉCRITE · texte numérisé non relu

DE LA PAROLE NON ÉCRITE

La suite du discours demande que nous parlions de i’autorité de ia paroie non écrite, que l'auteur attaque de toute sa force. Après avoir combattu l'Exposition par quelques légères attaques, qui regardent plutôt la manière de parler, que le fond des choses, Il prend la peine de ramasser les preuves qu'il croit les plus fortes contre l’autorité de la tradition ; chose très-éloimée de notre dessein. Bien plus , il se jette sur le purgatoire, sur les Images, sur les reliques, sur la confession, sur plusieurs autres doctrines que l'Église romaine défend; comme si, dans un article où il ne s'agit que de la tradition en général , il fallait traiter nécessairement de toutes les traditions en particulier. 11 me regarde toujours comme un homme qui est engagé dans la preuve de notre doctrine; et sans même vouloir considérer que si l'on ne veut de dessein formé embrouiller les choses, il faut établir la règle avant que d'en faire l'application, il veut que je prouve tout ensemble, et la vérité de la règle qui autorise lu tradition, et la juste application qu'en fait l'Église romaine dans toutes les traditions particulières; et tout cela en deux pages; car cet article de l'Exposition n’en contient pas davanUge. Ne veut-il pas me faire justlM, et considérer une fols , que si j’avais voulu élabto la preuve de notre doctrine , j’aurais fait autre chose qu’une Exposition?

C’est ce qu’il ne veut p<dnt entendre. Il me Bit faire des arguments ù quoi je n’ai pas pemrf , qu’il détruit ensuite à son aise avec une facilité merveilleuse. Il veut absolument que j’aie entrepris non-seulement de prouver la tradition en général; mais encore que notre doctrine sur ^ mrgatoire, sur les saints, sur leurs rellqura et iur^ images , et les autres do;pnes particuliers de la tradition , sont la doctrine même des apôtres non écrite; et que, faute de pouvoir prouver ce que j’avance, «Je donne en la place d une . telle preuve cette maxime vaguement pos^ : . que la marque certaine qu’une doctrine vient . des apôtres, est lorsqu’elle est embrassée par

toutes les Églises chrétiennes, sans qu'on en puisse montrer les commencements ’. *

Or tout cela n'est point notre preuve; e’^ la simple exposition de notre doctrine :etsi l'auteur se veut figurer que j’ai entrepris de la prou^c^ , c’est afin de prendre occasion de me pousser jusqu’à l'insulte par ces paroles : • M. de Condom , dit-il ■ , pose vaguement cette maxime , sans . même, poursuit-il, l’oser appliquer en parti-

• culier à aucune des traditions de l'Église ro- ■ maine, comme s’il sentait que ce caractère,

• tout vague qu’il est, ne leur convient pas. ■ C’est alnri qu’il flatta les siens d’une victoire imaginaire; et, encore une fois, il ne veut jamais considérer qu’il n’était pas de mon dessein d’entrer en preuve de cette maxime, encore moins de composer un volume pour en faire l'application aux articles particuliers. Il m’insulte toutefois : il me montre aux siens battu et défait, comme si l’on m’avait fait rendre par force les armes que je n'al pas prises. Mais pour ne point prendre ce ton de vainqueur avant que d’avoir combattu, il fallait venir au point important dont Il s’agit entre nous : il fallait voir à quoi je voulais que servit mon Exposition , et combien étaient

ImpMtanteslesdifllcuttésquejeprétendaixéclair-

dr en peu de mots.

Puisqu’il ne lui a pas plu de considérer une chose si essentielle à notre dessein , il faut que J’étende un peu mon Exposition , pour lui rem^ devant les yeux ce qu’il n’a pas voulu voir. L’importance de cette matière , dont les conséquences détendent dans toutes nos controverses, et les divers moyens dont se sert l’auteur de la Réponse pour l’envelopper, me font résoudre à la traiter un peu plus amplement que les autres. SI on s’attache on peu à me suivre, et à prendre l’idee véritable, on verra, avant que de sortir de cet article, que les passages que l’Anonyme et les siens font la plus valoir contre nous , ne ttmchenl pas seulement la question Wen loin de la décider

‘ P. sut.

DE LA TBADITION.

CM

en leur faveur; et qu'il ny a rien de plus mal fondé, que de comparer , comme ils font, les traditions chrétiennes, avec celles des pharisiens que Jésus-Christ a condamnées, qu'lis nous allèguent sans cesse.

Pour bien entendre notre doctrine et l'état de la question , il faut remarquer, avant toutes choses, que ce qui nous oblige à recevoir les traditions non écrites , c'est la crainte que nous avons de perdre quelque partie de la doctrine des apdtres. Car on convient que, soit qu'ils prêchassent , soit qu'ils écrivissent , le Saint-Esprit conduisait également leur bouche et leur plume : et comme ils n'ont écrit nulle part qu'lisaient mis par écrit tout ce qu'ils ont prêché de vive voix, nous croyons que le silence de l'Ecriture n'est pas un titre suflisant , pour exclure toutes les doctrines que l'antiquité chrétienne nous aura laissées.

C'est donc Ici notre question : savoir , si toute doctrine que les apMres n'ont pas écrite est condamnée par ce seul silence , quelque antiquité qu'elle ait dans l'Église. Nos adversaln-s le prétendent ainsi ; mais c'est en vain qu'ils se glorifient de ne vouloir recevoir que ce que tes apAfres ont écrit , si auparavant ils ne nous montrent qu'il ne faut point chercher , hors des écrits des apAtres, ce que Dieu leur a révélé pour notre instruction. Le fondement de notre défense consiste à leur demander quelque passage qui établisse celte règle : mais tant s'en faut que les opAtr'es nous aient réduits à n'apprendre leur doctrine que par leurs écrits, qu'ils ont pris soin}, au contraire, de nous prémunir contre ceux qui voudraient nous restreindre à ce seul moyen. Saint Paul écrit ces paroles à Timothée : ■ Affer-

• missez-vous , mon fils , dans la gréce de Jésus- « Christ ; et ce que vous avez oui de mol en pré-

• sencc de plusieurs témoins, confiez-le a des « hommes fidèles, qui puissent eux-mémes l'en-

• soigner A d'autres ' . • La seconde Épitre A Timothée, d'où sont tirées ces paroles, est sans doute une des dernières que saint Paul ait écrites : et quoique cet apôtre eût déjA écrit des choses admirables, on voit qu'il ne réduit pas Timothée A lire simplement ce que lul-méme ou les autres apôtres auraient écrit; mais que sentant approcher sa fin , de même qu'il avait pris soin de laisser quelqu'un après lui qui pAt conserver le sacré dépôt de la parole de vie, il veut que Timothée suive net exemple. Il lui avait enseigné de vive voix les vérité-s chrétiennes, en présence de plusieurs témoins : Il lui ordonne d'instruire A son imitation des hommes fidèles, qui puissent répandre l'Évangile , et le faire pas-

■ Il Tint. Il, I , X.

«U6UST. — TUMi; 1.

ser aux âges suivants. Ainsi la troditiou de vive voix est un des moyens choisis par les apAtres, pour faire passeraiix Ages suivants etAleurs descendants les vérités chrétiennes. Si nous ne pouvions rien recueillir par ce moyen , ou si ce moyen n'était lias certain , les apAtres ne l'auraient pas recommandé. C'est pourquoi nous nous sentons obligis de consulter l'antiquité chrétienne; et quand nous trouvons quelquc.doctrine constamment recnc dans l'Église, sans qu'on en puisse marquer le commencement, nous reconnaissons l'effet de celte instruction de vive voix , dont les apôtres ont voulu que nous recueillissions le fruit, et ont recommandé l'autorité.

Il n'est pi.s juste que nos adversaires nous le fassent perdre. Mais, de peur qu'ils ne nous objectent que nous les abusons par le mot d'Églisc , en leur donnant toujours sous ce nom l'Église romaine , dont Ils contestent le titre , nous pou vous convenir avec eux d'une Église qu'ils reconnaissent. Ils conviennent qu'elle a subsiste jusqu'au temps des quatre oremiers conciles généraux ; et puisqu'ils déclarent expressément dans leur Confession de foi , qu'ils en reçoivent aussi bien que nous les définitions, ils ne contestent pas 1e titre d'Eglise A celle qui a tenu ces conciles. Ce terme s'étend un peu au-dessous du quatrième siècle du christianisme. Si donc nous trouvons dans ces premiers siècles, si proches du temps des apôtres, quelque doctrine, quelle qu'elle soit ( car il ne s'agit pas encore de rien déterminer lA-dessus ) , qui ait été constamment reçue depuis l'orient jusqu'A l'occident, et depuis le septentrion jusqu'au midi , où s'étendait le christianisme ; si nous trouvons que ceux qui l'ont constamment préchée, marquentqn'ellevenaitde plus haut, etn'cn nomment point d'autres auteurs que les apôtres , on ne peut s'empêcher de reconnaître dans cette sucoession de doctrine la force des instructions de vive voix , que les apôtres ont voulu faire passer de main en main aux siècles suivants.

C'est pourquoi nous nous sentons obligés de rechercher dans l'antiquité les traditions non écrites; et par IA , nous nous mettons en état d'obéir au précepte que saint Paul a donné A toute l'Église, en la personne des fidèles de Thesialonique , lorsqu'il leur a ordonné de retenir les traditions qu'ils ont apprises, soit par ses discours, soit par son Épitre

Écouterons-nous l'Anonyme , qui répond que saint Paul ne marque pas que les choses qu’il avait enseignées de vive voix:, fussent différentes de celles qu’il leur avait écrites Au contraire, ne voyons-nous pas que saint Paul n'eût

■ II. Tkert. Il, II.

• P. im.

.ÿlL

TM-; I.A TRADITION.

t'i'.io

pas nppnyisi dislinclcmcut sur ees deux moyens de enniudtre sa doctrine, si un seul l'edt décou- \er1e tout entière.

Celle Instruction nous regarde. En In personne des lldèles de Tliessalonique , saint Paul instruis.iil k-s fidèles des âges suivanis ; tellement que le .Salnt-Vjpril nous ayant montre deux moyens de eoniuitlre la vérité, nous serions injurieux envers lui , si nous négligions l’un des deux.

Ainsi , considérant la doctrine constante de l'antiquilé, comme le fruit de cette instruction de vive voix, que les apôtres ont pratiquée et recommandée, nous recevons cette règle de saint Augusiin : -qu’on doit croire que ce qui est reçu

- unanimement , et qui n'a point été établi par

- les conciles, mais qui a toujours élé retenu , . vient des n|VHres, encore qu'il ne soit pas

- rérit. . lia combattu par cette règle l’hérésie des dnnntistes sur la réitération du baptême; par ou l'on voit, CD passant, la luirdiessc de l’Anonyme , qui, sans produire aucun passage , op|xise à notre doctrine le témoignage des Hères, et entre autres de saint Augustin , sans considérer que ce même saint Augusiin , qu’il nomme entre tous les autres, est celui fini a écrit en termes formels In règle que nous suivons. Mais le nom de saint Augustin et des Pères, est beau A citer; et il y a toujours quelqu’un qui croit qu’on les a pour soi , quand on les compte hardiment parmi les siens.

J’ai cni que je devais expliquer avec un peu plus d’étendue la doctrine de l’Exposition. Mais , quoique j’eusse trailé ce sujet, conformément à mon dessein, en peu de paroles, j'avais proposé en subslanee ce qui fonde l'BulorlIé de la parole non écrite. Car, si l'on considère eet article, on verra que j'ai fait deux choses. Je lire premièrement de l'EpItre aux Thessaloniciens ce principe indubitable : que nous devons recevoir avec une pareille vénération tout ce que les apôtres ont enseigné, soit de vive voix , soit par écrit. Je représente en peu de mots, qu'en effrt on a cru les mystères de Jésus-Christ , et les vérités chrétiennes, sur le témoignage qu'en ont rendu les apôtres, avant qu’ils eussent écrit aucun livre ou aucune épltre. Tout cela ne permet pas de douter du principe que j’établis, qui aussi n’est pas contesté par nos adversaires : mais s’il est une fois constant que ce que les a|)ôtres ont enseigné lie vive voix , est d’une autorité infaillible, ii ne resle plus qu’à considérer les moyens que nous avons de le recueillir. C'est In seconde chose que je fais dans mon Exposition ; et je dis qu’outre ce que lesapôtiM ont écrit eux-mêmes, une marque certaine qu'une doctrine vient de cette source, c'est lorsqu’cileest embrassée par toutes les Egli-

ses cliiétiennes, sans qu'on en puisse marquer le commencement. Voilà ce que nous appelons la parole non écrite.

I.’adtcur me reproche Ici , que « je dierche un ■ avantage indirect, en appelant la tradition la - parole non écrite, d’un nom qui préjuge la qiies- • tion i>nr la chose même qui est en question '. • Il s’abuse. NI je ne cherche aucun avantage, ni je ne préjuge rien. Mais pourquoi ne veut-il pas qu’il me soit permis de poser ma thèse , et de déclarer ce que nous croyons ? Je ne prétends pas qu’on m’accorde cette doctrine comme prouvée sur ma simple exposition : mais est-ce trop demander, que de vouloir, du moins , qu’on m’accorde que c’est la doctrine que nous professons? Or, en m’accordant seulement cela , on va voir combien d’objections seront résolues.

I-e premier effet que doit produire l’étal de la question posé au vrai , c’est de marquer pn'cisément aux adversaires ce qu’IIssont obligés de prouver. Quand Je parle de parole non écrite, l’aiileur a raison de m’avertir que je ne dois pas tirer avantage de ce mot , ni préjuger la question par ce qui est en question. En effet , il n'y a point de plus grand défaut dans le raisonnement , que celui de donner pour preuve ia chose dont on dispute ; et comme nous tomberions dans ce défaut , si nous supposions, sans prouver, qu’il y a une parole non écrite , nos adversaires y tomiKTaient aussi, s’ils posaient, comme un principe avoué , que tout ce qui nous a été révélé par le moyen des apôtres a été mis par écrit. H est pourtant véritable que , s’ils ne le supposaient de la sorte , ils ne produiraient pas comme ils font sans cesse, contre la parole non écrite , cc passage de saint Paul ' : Si quelqu’un vous annonce une antre doctrine que celle que je vous ai annoncée, qu'il soit anathème. Car même en laissant à part les autres solides réponses qu’on a faites à ce passage, il est clair que, pour en conclure qu'il n’y n point de tradition non écrite , il faut supposer nécessairement , ou que tes apôtres n'ont enseigne que par écrit , cc que personne ne dit , ou du moins qu’ils ont rédigé , par écrit , tout ce qu’ils ont enseigné ; cc qui est en queslion enlre nous, et ce que ce passage ne dit pas. Ainsi , A moins que de supposer ce qui est préeisément en dispute , il faut que les prétendus réformés abandonnent ce passage, et qu’ils cherchent en quelque autre lieu la preuve de leur doctrine, dont il ne paraît en celui-ci aucun vestige.

C’est par une erreur semblable que l’Anonyme lui-même , parlant de ce passage célèbre , on saint Paul ordonne à ceux de 'Thessalonique de retenir

> Ottl.t.n.

nF. LA TRADITION.

les enseignements qu'il leur n donn^, soit de vive voix , soit por des épltrcs, prouvi- que les tniilitlons non écrites de l'Église romaine ne sont pas autorisées par ce possogc ; parce que • si on preud

• la peine de lire les deux Épitres de saint Paul

• aux mêmes Thessaloniclens, où il leur parle des

■ enseignements qn’ll leur avait donnés , et de la > manière dont il leur avait prêché l'Évangile,

• on n'y trouvera rien du tout , non plus que dans

• l'Évangile même , qui ait ie moindre rapport à « la prière pour les morts, au purgatoire, ni en-

■ fin à aucune autre des traditions qui sont en

• question • Ainsi , dans la question où il s'agit de savoir si le silence de l'Écriture est une preuve, il nous allègue pour preuve le silence de l'Écriture dans un passage dont on se sert pour prouver qu'il y a des traditions non écrites. Il nous donne comme une réponse, que s'il y avait des traditions non écrites, saint Paul les aurait écrites. C'est ainsi qu'on raisonne , lorsqu'on ne veut point chercher d'autres preuves que sa propre préoccupation , et qu'on donne pour loi tout cc qu'on avance.

Il tombe dans la même faute, lorsqu'il dit’

• que Notre-Seigneiir ayant rais dans le cœur des

• évangélistes et des apôtres, d'écrire l'Évangile

• qu'ils prêchaient , ces saints docteurs étant cou-

• duits immédiatement par le Saint-Esprit, n'ont

• pas fait la chose imparraitemeut ou ù demi. > Il a raison de dire que les apôtres n'ont pas fait imparfaitement et à demi ce qu’lis s'étalent proposé de faire ; mais s'il suppose qu'lis avalent formé le dessein de rédiger par écrH tout ce qu'ils prêchaient de vive voix. Je suis obligé de l'avertir que c'est là précisément de quoi on dispute. Les npôtres eux.mêmes ne nous disent rien de semblable. Or ce n'est pas à nous de nous former une idée de perfection, telle qu'il nous plaît, dans les Écritures; et l'Anonyme, pour avoir voulu se la figurer , cette perfection , plutôt selon ses pensées que selon l'Écriture même, n'a pas aperçu que ses expressians nous conduiraient malgré lui Jusqu'au blasphème, si nous les suivions. I Dieu avait mis dans le cœur de saint Mathieu d'écrire l'évangile de Jésus-Christ : s'ensult-il qu'il I l'ait fait imparfaitement , parce que nous apprenons de saint Jean des particularités de cet évangile, que saint Mathieu n'avait pas écrites? Quoique les épitres des apôtres nous donnent de merveilleux éclaircissements, que nous n'avons point par les Évangiles, peut-on dire, sans blas-

hémer , que les quatre Évangiles soient Imparfaits ? Si donc il a plu au Saint-Esprit que nous sussions quelques vérités par une autre voie que

■ P. as*.

par celle de l'Écriture, doit-on conclure de là que i'Écriturc soit imparfaite? Ne volt- on pas qu'il faut raissonnersur d'autres idées que sur celle de l’Anonyme, et reconnaître que tous les ouvrages des apôtres sont parfaits ; parce que chacun d eux a écrit ce qui servait au dessein que le Saint-Esprit lui avait mis dans le cœur? Que si l'on veut supposer que chacun d'eux a écrit cc qu'il devait , et que tous devaient tout écrire ; c'est là , encore une fois, ce qu'il faut prouver ; C'est ce que nos frères ne nous ont fuit lire dans aucun endroit de l'Écriture, et ce que nous ne pouvons recevoir sans ce témoignage.

Mais « saint Paul, dit l'Anonyme n'ayant « égard prineipalement qu'à l'Écriture du Vieux < Testament, disaltàTimothée, que l'Écriture est « propre à instruire , à corriger, à convaincre, et

• à rendre l’homme parfait et accompli en toute « bonne œuvre. •

A qui de nous a-t-il ou! dire que l'Élcriturc ne fût pas propre à toutes ces choses , et à conduire l'honime de Dieu à sa perfection? Donc elle seule y est utile ; donc elle contient tout ce qui est propre à une fin si nécessaire : Cc sontautant de propositions qu'il faudrait prouver , qui ne sont point dans saint Paul, et que l’Anonyme suppose, nu lieu d'en faire la preuve.

Il a remarqué lui-même que saint Paul , disant ces paroles , regardait principalement tes Écritures de l’Ancien Testament. En effet, eelle du nouveau n’étaient pas encore. Si cet auteur n bien compris ce qu'il disait , sans doute il a dù entendre que ce passage de saint Paul se peut appliquer dans toute sa force aux anciennes Écritures, que cet apôtre regardait principalement. Saint Paul a donc voulu dire que les ancieimes Écritures, sont propres à toutes ces choses, et servent à nous conduire à la perfection. L'Anonyme conclura-t-il de là qu'elles seules y sont propres, ou qu'elles contiennent tout ce qui est propre à tous ces effets? Que resterait-ll après cela, que de supprimer l'Évangile?

Il croit avoir paré ce coup, loisqu'il dit, que si le Vieux Testamqpt est propre à toutes ces choses ,• à plus forte raison les deux Écritures du

• Vieux et du Nouveau Testament peuvent-elles

• faire tout cela étant Jointes ensemble. > Il ne fallait pas changer les termes : Si le Vieux Testament est propre à toutes ces choses, à plus forte raison le vieux et le nouveau y sont propres étant Joints ensemble, an même sens que le Vieux Testament y était propre tout seul : c'est bien conclure, et J'en suisd'accord.

Mais pourquoi n-t-II affaibli les paroles de saint Paul ? Voici comment n parlé cet apôtre :

DK I..S

• Tmilc Ki'nliiif, dit-ll (Ihiaemrnt inspiréi-,

. est propre a enseigner, ù convaincre, à rcpren- . (Ire, à instroirc dans la justice, afin que riiomme

• de Dieu soit pm fuit, instruit ù toute bonne wu- . vre. - Il ne dit pas seulement, comme le raplairte l’Anonyme , que rKcrlIure en général est pmpre A toutes ces clioses : il parle plus fortement, et eomme on dit, en général, que tout homme est capable de raisonner, il dit, en deseeudant au particulier, que tonie /■'rriliire i/iri- ■nement inspirée est utile a tous ces effets. Mais ces pamles ainsi pnqioM'es détruisr'iil trop évidemment les prélenlionsdesministresjcar on ne

.peut soutenir que chaque livre de l'Kcriturc renferme cette plénitude. Il a donc fallu nécessairement qu'ils affaildissent le sens de l'npAlre; et ils ont dissimulé la louange qu'il a donnée effective, ment it chaque livre parliculier de rÉeritiire; parce qu’ils voulaient attribuer à rÉeriture en général une suffisance absolue , dont saint l’aul ne . parle en aucuuc sorte.

Pour nous, nous nous renfermons dans les l«rmes de saint Paul ; et adminint l’exactitude précise avec laquelle il s’explhpie, nous reconnaissons avec lui, non-seulement que toute l'Keriture en général, mais encore que chaque partie de l’Écriture inspin'C de Dieu, est propre à tous les • effets que cet apôtre rapporte. Car nous adorons •dans (*luique partie de cette Écriture une profondeur de sagesse, une étendue de lumière, une suite de vérités si bien soutenue, qu’une partie s<!rvnnt a éclaircir l’autre , chaque partie concourt A conduire l’iiomme de Dieu à sa perfection. Que nos frères ne pensest donc pas que nous voulions diminuer la force, ou déroger à ta perfection de rÉcriturcdivine.Nouscroyonsque non-seulement tout le corps de cette Écriture, mais encore que •chaque parole sortie de In liouche du Fils de Dieu , qui nous y est rapportée, et chaque sentence écrite parles apôtres et par les prophètes, est propre A nous porter A toute vertu , et A disposer notre ctrur A recevoir toute rérité. Ceux qui ado- Tcnt en celte forme toutes les partiesde rÉcriture voudru'ient-ils rabaisser t’idt^de la perfection du tout? Aussi employons-nous rKerlture sainte à I toute bonne œuvre, selon ce que dit I npiltredaiis • te passage que nous traitons. .Nous em|ilnynns l’Écriture A établir les principes essentiels et de la foi et des rneeurs, et nous croyons qu’elle en comprend tous les fondements. Si l'antiquité chrétienne nous apporte quelque doctrine dont l'É- j critnrese taise, ou dont elle ne parle pas assez cluimnent, c’est l'ÉcrHure elle-mémc qui nous n|)prmd A la respecter et A la recevoir des mains I

• H. rim. ai, IC. 17. !

THADniO.N

de l’Église. L’Anonyme dit ' , que . messieurs

• de l’Eglise romaine sont si |>eu fermes sur

• leure princi|)es de la Iradilion , ou du moins

- qu’ils reconnaissent si bien que lu tradiüon ne

- peut aller de pair avec I hiriture, que lorsqu’on

• les prisse touchant les traditons particulières, < il n’y en a presque pas une seule qu’ils ne tA-

• client d’appuyer de l’aiitorité de l’Écriture. - Quelle (icrnieiense consi’-quence ! et eominent un homme sinccre n-t-ll pu dire que nous affaiblissions ou rÉcriture ou la tradition séparément prises, en montrant qu elles se défendent l’une l’autre? Mais du moins ne peut-ll nier, puisc|u’il imric ainsi , que nous ne reconnaissions combien l’Écrilurc est propre A tout bien. En effet, nous soutenons que non-seulement les traditions en général , mais encore les traditions que nous enseignons en p.yrtieulicr, ont des fondements si eerlains sur l’Écrilure, et des rapports si nécessaires avec elle , qu’on ne peut les détruire ni les attaquer, sans faire une violence toute manifeste A l’Écriture elle même. U discussion de cette v érité n’est pas de ce lieu. Mois cette seule prélentlon, que nous avons, doit suffire |)our faire voir qu’on nous impose manifestement, quand on nous accuse d’avoir une idée trop faible de l’Écriture sainte; et que de telles objections ne subsistent plus, aussitôt que notre doctrine est bien entendue.

On voit eitcore, par l'exposition de notre doctrine, combien on a tort de nous objecter qu’en sortant des bornes de l’Écriture, nous ouvrons un moyen facile de rendre la religion arbitraire. Cor, bien loin de prélendre qu’on puisse donner ce qu’on veut sous le nom de tradition et de porole non écrilc, nous disons que la marque pour I la connaître, c’i-st lorsqu’on volt dans une doc- I teine le consentement de toutes les Églises chréi licimes, sans qu’on puisse en marquer le com- ! mencemenl. Or ce consentement n’est pas une chose qu’on puisse feimlre A plaisir ; et cette marque que nous posons, [wur connaître la tradition, répond encore au reproche qu’on nous fait, d’égaler en quelque sorte les écrits des Pères A la sainte Écriture; c’est-A-dirc , des Iminmes sujets A faillir, A Dieu même, qui est le soutien et la source de la vérité. Car nous ne fondons pas la tradition sur les sentiments |>arliculiers des saints Pères, qui étaient en effet sujets A faillir; mais sue une lumière supérieure , et sur un fond eerlain de dm'trine , dont les Peres rendent témoignage, et que lions voyons prévaloir au milieu et au-dessus des oplnkms particulières.

Il fallaitdonc examiner, si un tel consentement peut être un ouvrage humain, et non passup-

' P. Sol, 304,

DK I.A TIUDITION'.

(loser toujours que nous fiiii<Ioiis iiolrt! fut tur raiiloritc des hommes. Car c’est trtrp regarder l'Kglisc et l'établissement de Induetriiic de rKvaiiprle , comme un ouvrage pureuK-ut humain , que de dire , comme l’auteur le vent faire entendre, que recevoir la saine doctrine par la tradition de vive voix, c'est vouloir ia faire dépendre de la mruinire et de la vutonlc des hommes, naturellement sujets à l'erreur'. Car nous renversons les fondements du christianisme, et nous lui déelarons In guerre plus cruellement que les infidèles, si noua ôtons nou.s-mémcs à l'Kglise ecl esprit de vérité , qui lui a été promis Jusqu'd la eonsommatlon des siècles, et si nous croyons que rerreur y puisse Jamais être autorisée par uu consentement universel. Nous pouvons voir, au contraire , quel est le poids d'un consentement semblable , par la maulére dont nous avons reçu KhÀTiture sainte.

I,' Anonyme ne connaît pas l'état où nous sommes dans ce lieu d'exil, quand il veut que la vérité nous y paraisse aussi clairement qu'il est clair qu'il est jour, quand le soleil luit tur notre liunzon C'est trop flatter des hommes mortels, qui sont guidés par la foi , que de vouloir leur faire croire que la vérité leur luise à découvert, comme s'ils étaient dans l'état où nous la verrous fiioe il face. Iji divinité des Écritures est un mystère de la fui, où l'on ne doit non plus chercher l'évidence enlière, que dans les autres articles de notre croyance. S'e parlons pas ici des hrfldcles , et de ceux qui ont le cœur éloigné des vérités de l'Évangile. Comment pouvez-vous penser que Ijilher, que vous regardez comme un lionime rempli d'une lumière extraordinaire du Saint-Ksprit,et que tous les luthériens, qui sont, selon vous, les enfants de Dieu, dignes d'élre reçus à sa table , aient pu rejeter l'ÉpItre de saint Jacques , et ne pas connaître la vérité d'une partie si considérable de l'Écriture, s'il est vrai , comme vous dites, qu’il soit aussi clair que l'Kcriture est dictée par le Saint-Esprit, qu'il est clair que le snleii luit? Et pour ne pis alléguer toujours l.uther et les luthériens, recherchez dans l'antiquité comment est-ce que I' .Apocalypse et la divine Épltre aux Hébreux ont été reçues sans contradiction, après que tant de fidèies serviteuis de Dieu eu ont douté si longtemps. Vous trouverez que ce n'est pas la setile évidence d'une lumière aussi éclatante et aussi claire que le soIrH ; mais que c'est l’autorité de l'Égilse et la force supérieure delà tradition, et l'esprit de vérité qui réside dans tout le corps de l’Eglise , qui ont surmonté ces doutes des particuliers. C'est donc

■ P. su.

• P. au.

abuser raimifcstcmcnt ces pirticidici-s, que de leur dire qu’ils peuvent voir la divinité, et do toute l'Écriture en général, et de chacune de scs parties , avec la même évidence qu'ils voient que le soleil luit. Il faut recourir nécessairement a l'autorité de l'Église, à la suite de lu tradition, et nu consentement de l'antiquité. Et coinment donc voudrait-on que nous pussions mépriser re consentement, aprésl'nvoirtrouvé suffisant, pour nous faire recevoir l’Ecrittn'c nnhiie? .Si le fouderaent principal sur lerpiel nous distinguons le», livres divins d'avec les livres ordiuaiics, est le consentement de rnnli(|uité; pouvons-nous ne pas regarder comme divin tout ce qu'un semblable consentement nous ap|X>rtc7 et de lu ne s'ensuit-il pas que tout ce qui est leçu par l'aiiliquité, sans qu'on en puisse maniuer le larmmciicemeiit, doit être nécessairement venu dts apôtres?

Cette règle est si certaine , que ceux de messieurs delà religion prrteudue réformée qui procèdent de bonne foi, ne pourraient pas s'em(iéclier de la recevoir, si leurs ministres icur |icrmettaicnS de t'euvisager en elle-même. Mais ils font tous comme l'Anonyme. Aussitôt qu'oii leur pari» de raulurilé de ce consentement universel, ils empêchent qu'on n'arrête longtemps la vue sur un objet si vénérahie : iis se jettent , aussi bien que lui, sur le purgatoire, sur les saints, stir lés rcliqun , sur les autres doctrines qu'ils ont técbé de rendre odieuses aux leurs, parce qu'ils ne leur en découvrent ni la source, ni les fundementSy ni la véritable intelligence. Telle est vUiblemcut la conduite de l'Anonyme. Au lieu de tourner toute son attention ù considérer si cpite règle est véritable , qu'il faut céder au coiisuitcment universel de l'anliqnité chrétienne, pourvu qu'il soit bien constant sur quelque ductrioe ; il se jette, avant qu'il soit temps, sur les doctrines particulières : il s’embarrasse avant le temps dans l'application de in règle , quoique cette ap plication ne puisse être faite tout d'un coup, ni pénéti-ée d'une scuje vue. Ainsi, confondant ce qui est clair avec Ce qui ne peut |>as l'élrc d'abord, il ne laisse plus ni d'idée distincte, ni de lumière évidente, ni d'ordre certain dans notre dispute.

C'est par une semblable conduite que , sans entrer jamais au fond du dessein , il chicane sur tons les mots de l'Exposition. Et voici commeut il en attaque le commeucemcDt : • C'est parler,

• dH-H ' , en quelque sorte improprement , que

• de dire que Jésus-Christ a fondé l'Église sur la > prédication , et non par la prédication. • Pour moi, je céderais voloulicrs sur de pareilles diff'i.

é. Juu

DE LA TRADITION

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