NU
cultes, et j'cn passerais aisément par l'avis de M. Conrart *. Mais enfin on ne peut nier que la fui de l'Église ne soit fondée sur le témoignage de vive voix , que le FiU unique a rendu de ce qu'il a vu dans le sein de son Père , et sur un pareil témoignage de vive voix que les apAtres ont rendu de ce qu'ils ont oui dire et vu faire au Fils. Toutefois, que l'Anonyme choisisse entre le sur et le par, je ne fais fort ni sur l’un ni sur l’outre : il me suffit qu’il soit certain que le témoignage de vive voix avait fondé les Églises , avant que l’ÉvonglIe eût été écrit.
Pourquoi ne veut-il pas que je dise que cette parole prononcée de vive vol x , et par J ésus-Christ , et par les apûtres, a été la première règle des chrétiens? - C'est l’Écriture du Vieux Testament, •' dit-il ', qui est la première et la plus ancienne « règle , et le fondement de la fol des chrétiens. • Vcut-ll dire que la loi de Moïse a précédé l’Évangile, et qu'elle en est le fondement? Nous ne le nions pas; et c’est en vain qu’il entreprend de prouver une vérité si constante. Mais s’il veut dire que In loi de Moïse comprenne formellement tout ce que l'Évangile nous a enseigné, et enfin que la nouvelle loi n’ait rien annoncé de nouveau, c'est une fausseté manifeste. Aiusi , sans chicaner sur les mots. Il fallait demeurer d’accord que les nouveaux sacrements, aussi bien que les nouveaux préceptes que Jésus-Christ a donnés, ont été publiés d’abord de vive voix; et que c’est par la vive voix que s’est fait le parfait développement du mystère d'un Dieu fait homme , qui était scellé sous des ombres et sous des figures dans toutes les générations précédentes. I-orsque Dieu a voulu donner la loi aoeienne, il a commencé à prendre des tables de pierre, ou il a gravé le Décalogue ; et Moïse a écrit par ordre exprès tout ce que Dieu lui a dicté. Mais Jésus- Clurist n’a rien fait de semblable ; et les premières tables, où sa loi a été écrite, ont été les cœurs. Ainsi les vérités chrétienrws ont été crues avant que les apûtres eussent écrit. Alors la parole de vive voix n’élalt pas seulement la première, mais encore l’unique règle où l’on pût découvrir manifestement toute la doctrine que Jésus-Christ avait enseignée; et je ne m’arrêterais pas sur une doctrine si claire, si l’on n’avait entrepris de tout confondre.
Mais voici des embarras bien plus étranges : J’ai dit que cette parole de vie , que les apûtres prêchaient , ayant tant d’autorité dans leur bouche , e/te ne F avait pas perdue lorsque les Écritures du Nouveau Testament y ont été jointes. Quelque hardiesse qu’ou oit , il n’est pas possible
* I.’<in d«8 premirn luiidslnin de VAradêinle TrançaUc.
‘ I*. »jl.
de nier une vérité si constante; il la faut do moins obscurcir. L’auteur dit, que cette manière de parler est très-impropre. Il veut faire croire qu’elle rabaisse la dignité de l’Écriture, et que cette expression , que les Écritures ont été jointes à la parole non écrite, donne trois fausses images, par lesquelles il prétend que j'ai rabaissé la dignité de l’Écriture '. Mais on va voir In pureté de notre doctrine , qui ne peut être attaquée que par des déguisements visibles.
En disant que les Écritures ont été jointes à la parole , j’ai voulu marquer seulement que la palole a précédé , et que l’Écriture y a été jointe, pour foire un même corps de doctrine avec la parole, par la parfaite convenance qu’elles ont ensemble. Il n’y a personne qui ne voie que c’est lé mon sens naturel ; mois il est trop droit et trop véritable. L’auteur veut que je fasse entendre, par cette expression innocente , que ta doctrine de t Évangile, telle que nous l'avons par écrit, n'est qu’un accessoire. Quel blasphème m’altribue-t-ii? Un chrétien peut-il seulement penser que ce que nous lisons dans l'Évangile , et de la vie, et de la mort, et des miracles, et des préceptes de Notre-Seigneur, soit un accessoire , et non pas le fond du christianisme! Mais il ne laisse pas d’être véritable que ce fond a été prêché avant que d'avoir été écrit ; et c’est tout ce que j’ai prétendu en ce lieu.
Encore moins ai-jc voulu dire que cette doctrine que nous avons par écrit soit différente de la parole, a laquelle elle n été jointe. Quand on parle de différence , et qu’il s’agit de doctrine , on marque ordinairement quelque opposition. SI l’Anonyme l'entend de la sorte, c’est une idee aussi fausse que la première, qu’il a voulu donner de nos sentiments. Nous disons, et il est tresvéritable, que les apûtres n’ont écrit nulle part qu’ils aient mis par écrit toute la doctrine qu’ils ont prêchée de vive voix : mais nous ne disons pas pour cela, qu’ils aient écrit une doctrine différente de celle qu’ils avaient prêchée. Un homme peut écrire tout ce qu’il a dit ; il peut en écrire ou plus ou moins : mais si cet homme est véritable, et les choses qu’il dit, et celles qu’il écrit auront toujours ensemble un parfait rapport Ainsi, quoique l’antiquité chrétienne ait recueilli de la prédication des apûtres quelques vérités qu'ils n’ont pas écrites , toutefois ce qu’ils ont écrit , ou ce qu’ils ont dit , fera toujours un corps suivi de doctrine , dans le<|uel on ne montrera jamais d’opposition. C’est pourquoi, si quelqu’un voulait débiter, comme une doctrine non écrite , quelque doctrine qui fût contraire aux
DK LA TUADITIO.Y
EeritUKS, l'Église lu rejetterait , à re.\enij>!e i!u Fils de Dieu , qui n rejeté sur ce fuitdcmiMil li-s fausses traditions des pharisiens. Mais de iu il ne s'ensuit pas que tout ce que tait l'Ecriture ait été proscrit , ou qu'on puisse considérer la doctrine écrite et celle qui a été préchee de vive voi.v, comme des doctrines opposées.
Mais considérons le dernier des mauvais sens , que l’Anonyme veut trouver dans mes paroles. 1 1 soutient que cette expression de M. de Condom : que les Ecritures ont été jointes à la parole non écrite, fait entendre que ce qui n'a pas été écrit, est plus considérable que ce que nous avons dans les livres sacrés '. Quelle étrange disposition l'a obligé à donner des sens si malins à nos expressions les plus innocentes? Pourquoi vouloir toujours faire croire au monde , que nous diminuons la dignité des livres sacrés? Kiieore que la parole ait précédé l’Écriture, et que l'Écriture ensuite y ait été Jointe, ce n'est pas dire que l'Écriture n'ait fait simplement que ramasser ce qu'il y avait de moins important. Mais aussi , de ce que les apdtres ont écrit les choses les plus essentielles, s'ensuit-il que nous devions mépriser ce que nous pouvons recueillir d'ailleurs de leurs maximes et de leurs doctrines ? L’Anonyme n'oserait le dire; et au contraire. Il faut qu'il avoue que si nous savions certainement que les npdtres eussent enseigné quelque doctrine, nous la devrions recevoir, encore qu'elle ne fût pas contenue dans leurs écrits. Il devait donc laisser passer sans contestation ces principes indubitables, t't s'attacher uniquement à cousldéi-er si , outre les écrits des apôtres, nous avons quelque moyen assuré de recueillir leur doctrine. Or, j'avais marqué dans l'Exposition ce moyen certain, qui est le consentement unanime de l’antiquité chrétienne, par lequel même j'avais fait voir que nous avons reçu l’Écriture sainte. Si ce moyen était regardé avec attentiou, il serait trouvé si nécessaire , que nos adversaires eux-mémes n’oseraieiit pas le rejeter. Aussi va-t-on voir que l'auteur ne fait qu’embarrasser la matière, et obscurcir, par mille détours, ce qu’il ne lui a pas été possible de combattre.
Il réduit toute ma doctrine sur ce sujet , c'està-dire celle de l'Égl^, à trois propositions. La dernière , comme ou verra , n'étant pas de notre dessein, j’ai seulement à e.xamincr les deux autres, qui peut-être au fond n'en font qu’une seule , et ne doivent pas être séparées. Mais je veux bien suivre l’ordre de l'auteur de la Réponse.
J'ai dit dans l'Exposition , • qu’il n’est pas pos-