CHAPITRE IV
Da, iil , Salomon , les rois et les prophètes.
Ici le peuple de Dieu prend une forme plus auguste. lai royauté est affermie dans la maison de David. Cette maison commence par deux rois de caractère différent, mais admirables tous deux. David, belliqueux et conquérant, subjugue les ennemis du peuple de Dieu , dont il fait craindre les armes par tout l’Orient ; et Salomon , renommé par sa sagesse au dedans et au dehors , rend ce peuple heureux par une paix profonde. Mais la suite de la religion nous demande ici quelques remarques particulièi'es sur la vie de ces deux grands rois
David régna d'abord sur Juda, puissant et victorieux, et ensuite il fut reconnu par tout Israël. Il prit sur les Jébuséens la forteresse do Sion, qui était la citadelle de Jérusalem. Maître de cette ville , il y établit par ordre de Dieu le siège de la royauté et celui de la religion. Sion fut sa demeure : il bâtit autour, et la nomma la cité de David Joab, fils de sa sœur ’ , bâtit le reste
* Htbr. VII , J.
^ l Btfj XVI.
* ir. Htg. V, «. 7, 1», 9. I. Pnr. \1,«. 7. ».
* I. Pnr. Il , 1«.
DISCOÜRS
de la ville , et Jérusalem prit une nouvelle forme. Ceux de Juda ixîcupércnt tout le pays ; et Benjamin , petit en nombre , y demeura mêlé avec eux.
L’arche d'alliance bâtie par Moïse , où Dieu reposait sur les chérubins , et où les deux tables du Décalogue étaient gardées, n'avait point de place fixe. David la mena en triomphe dans Sion ' , qu'il avait conquise par le tout puissant secours de Dieu , afin que Dieu régnât dans Sion , et qu’il y fût reconnu comme le protecteur de David , de Jérusalem et de tout le royaume. Mais le Tabernacle ou le peuple avait servi Dieu dans le désert , était encore a Gabaon* ; et c’était lù que s’offraient les sacrifices , sur l’autel que .Moise avait élevé. Ce n’était ((u’en attendant (pr it y eût un temple ou l’autel lût réuni avec l’arche , et où se fît tout le ■ service. Quand David eut défait tous ses enne- | mis et qu’il eut poussé les conquétesdu peuple de Dieu jusqu’à l’Euphrate ’ ; paisible et victorieux ,
U tourna toutes ses pensix-s à l’établissement du culte divin * ; et sur la mi'mc montagne ou .Abraham prêt a immoler son fils unique fut retenu par la main d’un ange ’ , il désigna par ordre de Dieu le lieu du temple.
Il en fit tous les dessins ; il en amassa les riches et précieux matériaux ; Il y destina les dépouilles des peuples et des rois vaincus. Mais ce temple , qui devait être disposé par le conquérant , devait être construit parle paeilhpic. Salomon le bâtit sur le modèle du Tabernacle. L’autel des holocaustes, l’autel des parfums, le chandelier d’or, les tables des pains de proposition , tout le reste des meubles sacrés du temple , fut pris sur des pièces semblables que Moïse avait fait faire dans le Désert*. Salomon n’y ajouta que la magnificence et la grandeur. L’archeque l’hommede Dieu avait construite fut posée dans le Saint des Saints, lieu Inaccessible, symbole de l’impénétrable majesté de Dieu , et du ciel Interdit aux hommes jusqu’à ce que JésusOirlst leur en eût ouvert l’entrée par son sang. Au jour de la dédicace du temple , Dieu y parut dans sa m.ajesté. Il clioisit ce lieu pour y établir son nom et son culte. Ily eutdéfensedesacrifierailleurs. L’unité de Dieu fut démontrée par l’unité de son temple. Jérusalem devint une cité sainte, image de l’Église, où Dieu devait habiter comme dans sou véritable temple , et du ciel , où il nous rendra éternellement heureux par la manifestation de sa gloire.
Après que Salomon eut bâti le temple, il bâtit encore le palais des rois ’ , dont l'architecture était
* II. «fj. VI, is.
* I. p4r. Ktl. 99; \kl, 29.
J II. He<). VIII. I. Par. Hvin.
* II. Heg kxiv. 29. 1 Par. x\i, \xii e( seq.
2 Jotrph. Aot. lib. VII, ehap. 10, al. 13.
* lU. Reg. Tl , VII , vm. II. Par. ui, it, v, tI , y«.
^ III Rrg. VII. X.
digne d’un si grand prince. Sa maison de plaisance, qu’on appela le Buis du Liban, était également superbe et délicieuse. Le palais qu'il éleva pour la reine fut une nouvelle décoration à Jérusalem. Tout était grand dons ces édifices ; les salles , les vestibules , les galeries , les promenoirs, le trûne du roi, et le tribunal où il rendait la justice ; le cè dre fut le seul bois qu'il employa dansces ouvrages. Tout y reluisait d'or et de pierreries. I>es citoyens et les étrangers admiraient la majesté des rois d’Israël. Le reste répondait ù cette magnificence, les villes, les arsenaux, les chevaux, les chariots, la garde du prince '. Le commerce , la navigation et le bon ordre , avec une paix profonde , avaient rendu Jérusalem la plus riche ville de l'Ürient. Le royaume était tranquille et abondant : tout y représentait la gloire céleste. Dans les combats de David, on voyait les travaux par lesquels il la fallait mériter ; et on voyait dans le règne de Salomon combien la jouissance en était paisible.
Au reste , l'élévation de ces deux grands rois , et de la famille royale , fût l’effet d'une élection particulière. David célèbre lui même la merveille de cette élection par ces |«roles ■ : « Dieu a choisi « les princes dans la tribu de Juda. Dans la mni-
• son de Juda , il a choisi la maison de mon père.
> Parmi les enfants de mon père , il lui a plu de « m'élire roi surtout son peuple d'Israël ; et parmi . mes enfants , car le Seigneur m'en a donné plu-
> sieurs , il a choisi Salomon , pour être assis sur
> le trône du Seigneur et régner sur Israël. >
Cette élection divine avait un objet plus haut
que relui qui parait d'abord. Ce Messie , tant de fois promis comme le fils d' Abraham, devait aussi être le fils de David et de tons les rois de Juda. Ce fut en vue du Messie et de son régné étemel que Dieu promit â David que son trône subsisterait éternellement. Salomon, choisi pour lui succéder, était destiné â représenter la personne du Messie. C'est pourquoi Dieu dit de lui :
• Je serai son père, et il sera mon fils > chose qu’il n'a jamais dite avec cette force d’aucun roi ni d'aucun homme.
Aussi du temps de David , et sous les rois ses enfants , le mystère du Messie se déclare-t-il plus que jamais , par des prophéties magnifiques , et plus claires que le soleil.
David l'a vu de loin , et l’a chanté dans ses Psaumcsavecunc magnificence que rien n’égalera jamais. Souvent il ne pensait qu’à célébrer la gloire de Salomon son fils ; et tout d'un coup ravi hors de lui-même , et transporté bien loin au delà , il a vu celui qui est plus que Sntomon
* III. Reg. X. II. Par. Tiii, ix
» I. Par. xxviii, 4 , B.
* II. Ary. >11. 14, I. Par. XMI, »■
SUR L’HISTOIRE UiMVKRSELLE.
«R gloire aussi bien qu'en sagesse Le Messie lui a paru assis sur un trône plus durable que le soleil et que la lune. Il a vu à ses pieds touüs les nations vaincues, et ensenable bénites en lui* ^ conformément à la promesse faite à Abraham. 11 a élevé sa vue plus haut encore : il l'a vu dans les lumières des saints, et devant l'aurore, sortant éternellement du sein de son père , pontife étemel et sans successeur, ne succ^ant aussi à personne , créé extraordinairement , non selon l’ordre d’Âaron, mais selon V ordre de Melchisédech, ordre nouveau, que la loi ne connaissait pas. Il l’a vu assis à la droite de Dieu , regardant du plus haut des deux ses ennemis abattus. Il est étonné d'un si grand spectade ; et, ravi de la gloire de son flls , il l’appelle son ^gneur *.
Il l’a v'u Dieu, que Dieu avait oint pour le faire régner sur toute la terre par sa douceur, par sa vérité, etpar sa justice*. Il a assisté en esprit au conseil de Dieu , et a oui de la propre bouche du Père étemel cette parole qu’il adresse à son Fils unique : Je t'ai engendré aujourd'hui à laquelle Dieu joint la promesse d’un empire perpétuel, « qui s’étendra sur tous les Gentils, « et n’aura point d'autres bornes que celles du « monde Les peuples frémissent en vain : les •• rois et les princes font des complots inutiles. « Le Seigneur se rit du haut des cieux^ » de leurs projets insensés , et établit malgré eux l’empire de son Christ. Il l’établit sur eux-mémes , et il faut qu'ils soient les premiers sujets de ce Christ dont ils voulaient secouer le joug Et encore que le règne de ce grand Messie soit souvent pr^it dans les Écritures sous des idées magnifiques. Dieu n’a point caché ù David les Ignominies de ce béni fruit de ses entrailles. Cette instruction était nécessaire au peuple de Dieu. Si ce peuple encore infirme avait besoin d’être attiré par des promesses temporelles , il ne fallait pourtant pas lui laisser regarder les grandeurs humaines comme sa souveraine félicité , et comme son unique récompense : c’est pourquoi Dieu montre de loin ce Messie tant promis et tant désiré , le modèle de la perfection , et l’objet de ses complaisances, abîmé dans la douleur. La croix parait à David comme le trône véritable de ce nouveau roi. Il voit ses mains et ses pieds percés, tous ses os marqués sur sa peau * par tout le poids de son
» JfnMA.VI.M', m,«.
* Ptal. txxi, 5, II, 17.
) Ibid. cix.
4 Ibid. X1.IV . S, 4, b, 6, 7, s.
> Ibid. U , 7, 8.
• Ibid, n, I,>,
» Ibid. 10, etc.
s Ibid. XXXI, 17, 18, I».
corps violemment suspendu , scs habits partagés, sa robe jetée au sort, sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre , .ses ennemis fiémissant autour de lui, et s'assouvissant de son sang'. Mais il voit en même temps les glorieuses suites de ses humiliations : tous les peuples de la terre se ressouvenir de leur Dieu oublié depuis tant de siècles ; les pauvres venir les premiers à la table du Messie, et ensuite les riches et les puissants ; tous l'adorer et le bénir; lui présidant dans la grande et nombreuse Église, c’est-à-dire, dans l’assemblée des nations converties , et y annonçant à ses frères le nom de Dieu * et ses vérités étemelles. David , qui a vu ces choses , a reconnu en les voyant que le royaume de son fils n'était pas de ce monde. Il ne s’en étonne pas , car il sait que le monde passe ; et un prince toujours si humble sur le trône voyait bien qu’un trône n’était pas un bien où se dussent terminer ses espérances.
I.ÆS autres prophètes n'ont pas moins vu le mystère do Messie. Il n’y a rien de grand ni de glorieux qxi’lls n’aient dit de son règne. L’un volt Bethléem, la plus petite ville de Juda, illustrée, par sa naissance; et en même temps, élevé plus haut, il voit une autre naissance par laquelle it sort de toute éternité du sein de son Père ^ : l’autre volt la virçinité de sa mère ; un Emmanuel , un Dieu avec nous* sortir de ce sein virginal , et un enfant admirable qu’il appelle Dieu Celui-ci le volt entrer dans son temple ® : cet autre le volt glorieux dans «or* tombeau où la mort a* été vaincue?. En publiant ses magnificences, ils ne taisent pas ses opprobres. Ils l’ont vu vendu, ils ont su le nombre et l’emploi des trente pièces d'argent dont il a été acheté *. En même temps qu’ils l’ont vu grand et élevé » , ils l’ont v-u méprisé et méconnaissable au milieu des hommes ; tétonnementdu monde, autant par sa bassesse que par sa grandeur, le dernier des hommes; l'hom me de douleur, chargé de tous nos péchés; bienfaisant, et méconnu; défiguré par ses plaies, etpar là guérissant les nôtres; traité comme un criminel; mené au supplice avec des méchants et .se livrant, comme un agneau innocent , paisiblement à la mort; une longue postérité naître de lui par ce moyen, et la vengeance déployée sur son peuple incrédule. Afin que rien ne manquât
• Pt. LXVIII, W, XXI, 8, 13, 14, 17, ai, SS.
* Ibid. XXI, 39, 37, et seq.
i Siieh. V, a.