‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 76 sur 518 · XXIX, M; XXXIII, IH · texte numérisé non relu

XXIX, M; XXXIII, IH

* I. Cor. 1,21.

^ U. Cor.X, 4. 5.

* Ptiiti/ip. Il , 7, «.

confondent et, comme disait saint Paul, il n'y a rien ({ui paraisse plus insensé à ceux qui ne sont pas éclairés d’en haut.

Tel était le remède que Dieu préparait à l’idohUrie. Il connaissait l’esprit de l’homme, et il savait (pie ce n’était pas par raisonnement qu’il fallait détruire une erreur que le raisonnement n’avait pas établie. Il y a des erreurs où nous tombons en raisonnant , car l’homme s’embrouille souvent à force de raisonner : mais l’idolâtrie était venue par l’extrémité opposée ; c’était en éteignant tout raisonnement , et en laissant dominer les sens qui voulaient tout revêtir des qualités dont ils sont touchés. C’est par là que la Divinité était devenue visible et grossière. Les hommes lui ont donné leur figure, et ce qui était plus honteux encore , leurs vic('s et leurs passions. Le raisonnement n’avait jioint de part à une erreur si bnitale. C’était un renversement du bon sens, un délire, une frénésie. Raisonnez avec un frénétique , et contre un homme qu’une fièvre ardente fait e.xtravaguer, vous lie faites que l’irriter et rendre le mal irrémédiable : il faut aller à la cause, redre.sser le tempérament, et calmer les humeurs dont la violence cause de si étranges transports. Ainsi ce ne doit pas être le raisonnement qui guérisse le délire de l’idolâtrie Qu’ont gagné les philosophes avec leurs discours pompeux, avec leur style sublime, avec leurs raisonnements si artificicu-sement arrangés? Platon , avec son éloquence qu’on a crue divine , a-til renversé un seul autel où ces monstrueuses divinités étaient adorées? Au contraire, lui et ses disciples , et tous les sages du siècle ont sacrifié au mensonge : « ils se sont perdus dans leurs -t pensé(!s ; leur cœur insensé a été rempli de té- •< nèbres , et sous le nom de sages (pi’ils se sont « donné, ils sont devenus plus fous que les • autres*,'», pulstpie, contre leui-s propres lumières , ils ont adoré les créatures.

N’est-ce donc pas avec raison (pic saint Paul s’est écrié dans notre passage * : « Où sont les « sages, où sont les docteurs? Qu’ont opéré ceux « (pii recherchaient les sciences de ce siècle? » ont-ils pu seulement détruire les fables de l’idolâtrie? ont-ils seulement soupçonné qu’il fallût s’opjwser ouvertement à tant de blasphèmes , et souffrir, je ne dispos le dernier supplice, mais le moindre affront pour la vérité? I.oin de le faire, « ils ont retenu la vérité captive » et ont posé pour maxime, qu’en matière de religion il fallait suivre le peuple : le peuple, qu’ils méprisaient tant , a été leur règle dans la ma-

’ Itom. 1,21, 22-

* I . Cnr. 1 , 2(1.

’ /{om. 1 , l.H. J

Discoi as

tière la piua Importante de toutes, et où leurs lumières semblaient le plus nécessaires. Qu'us-tu donc servi , 6 philosophie I • Dieu n'n-t-il pas

• convaincu de folie la sapesse de ce monde? > comme nous disait saint l’uul • M a-t-il jias

• détruit la sagesse des sagis , et montré l'inu-

• tilitc de la science des savants? »

C'i'st ainsi que Dieu a fait voir par expérience , que la ruine de l'idolâtrie ne pouvait pas être l'ouvrage du seul raisonnement hnmoin. Loin de lui eommettre la guérison d'une telle maladie , Dieu a achevé de le confondre par le my stère de lu croix ; et tout cnscmhie il a porté le remède jusqu'il la source du mal.

L'idolâtrie, si nous l'entendons, prenait sa naissance de ce profond attachement que nous avons à nous-mémes. C'est ce qui nous avait fait inventer de.» dieux semblables à nous ; des dieux qui en effet n'étaient que des hommes sujets à nos passions, a nos faiblesses et à nos v ces : de sorte que , sous le nom des fausses divinités , c'était en effet leurs propres peust-es, leurs plaisirs et leurs fantaisies que les Gentils adoraient.

Jésus-Christ nous fait entrer dans d'autres voies. Sa pauvreté , ses ignominies et sa croix le rendent un objet horrible à nos sens. Il faut sortir de soi-méme , renoncer â tout , tout crociflerpour le suivre. L'hommearrachéàlui-méaie, et a tout ce que sa corruption lui faisait aimer, devient capable d'adorer Dieu et sa vérité éternelle dont il veut dorénavant suivre les régies.

Là périssent et s'évanouissent toutesles idoles , et celles qu'on adorait sur des autels , et celles que chacun servait dans son ceeur. Celles-ci avaient élevé les autres. On adorait Vénus, parce qu'on se laissait, dominer à l'amour sensuel , et qu'on en aimait la puissance. Bacchus , le plus enjoué de tous les dieux , avait des autels , parce qu'on s'abandonnait et qu'on sacrifiait, pour ainsi dire, à la joie des sens, plus douce et plus enivrante que le vin. Jésus-Christ , par le mystère de sa croix , vient imprimer dans les cœurs l'amour des souffrances, au lieu de l'amour des plaisirs. Les idoles qu'on adorait au dehors furent dissipées, parce que celles qu'on adorait au dedans ne subsistaient plus : le cœnr purifié , comme dit Jésus-Christ lui-méme • , est rendu capable de voir Dieu ; et l'homme , loin de faire Dieu semblable à soi , tâche plutât, autant que le peut souffrir son infirmité , à devenir semblable à Dieu.

Le mystère de Jésus-Christ nous a fait voir comment la Divinité pouvait sans se ravilir être

* I. Cor.l, 19,10.

• «oM. v,8.

unie à notre nature, et se revêtir de nos faiblesses. Le Verbe s'est incarné : celui qui avait la forme et la nature de Dieu, sans perdre ce qu'il était, a pris la forme d’esclave '. Inaltérable en lui-méme, il s'unit et il s'approprie une nature étrangère. O hommes, vous vouliez des dieux qui ne fussent , à dire vrai , que des hommes, et encore des hommes vicieux I c'était un trop grand aveuglement. Mais voici un nouvel objet d'adoration qu'on vous propose j c'est un Dieu et un homme tout ensemble; mais un homme qui n'a rien perdu de ce qu'ii était en prenant ce que nous sommes. La divinité demeure immuable; et sans pouvoir sc dégrader, elle ne peut qu'èlevcr ec qu elle uuit avec elle.

Mais encore qu'est-cc que Dieu a pris de nous? nos vices et nos péchés? à Dieu ne plaise : il n’a pris de l'hommcque ce qu'il y a fait , et il est certain qu'il n'y avait fait ni le péché ni le vice. Il y avait fait la nature ; il l'a prise. On peutdire qu'il avait fait ta mortaiité avec l'infirmité qui l'accompagne, parce qu'cncore qu'elle ne fût pas du premier dessein , elle était le juste suppliccdu péché, et en cette qualité elle était l'œuvre de la justice divine. Aussi Dieu n'a-t-il pas dédaigné de la prendre ; et en prenant la peine du péché sans le péché même , il a montré qu'il était , non pas un coupable qu'on punissait , mois le juste qui expiait les péchés des autres.

De cette sorte, au lieu des vices que les hommes mettaient dans leurs dieux , toutes les vertus ont paru dans ce Dieu-homme ; et afin qu'elles y parussent dans les dernières épreuves , clics y ont paru au milieu des plus horribles tourments. Ne cherchons plus d'autre Dieu visible après celui-ci : il estseul digne d'abattre toutes les idoles; et la victoire qu'il devait remporter sur elles est attachée à sa croix.

C'est-à-dire qu'elle est attachée à une folie apparente. • Car les Juifs , poursuit saint Paul * ,

• demandent des miracles , > par lesquels Dieu en remuant avec éclat toute la nature , comme il fit à la sortie d'Égypte, les mette visiblement au-dessus de leurs ennemis ; « et les Grecs ou les

• Gentils cherchent la sagesse,* et des discours arrangés , comme ceux de leur l’Iaton et de leur Socrate. « Et nous , continue l'apôtre , nous prê-

• chons Jésus-Christ crucifié , scandale aux

• Juifs , > et non pas miracle; « folie aux Gen- « tils , > et non pas sagesse ; • mais qui est aux

• Juifs et aux Gentils appelés à la connaissance do

• la vérité , la puissance et la sagesse de Dieu ,

• parce qu'en Dieu , ce qui est fou est plus sage

• que toute la sagesse humaine , et ce qui est fai

* Philipp. D,0,7*

1 I. Cor. 1,23,33,34,36.

uiyiiizt

SUR L'HISTOIRE UMVKRSELI.E

• ble est pins fort qnc toute la foree humaine. • Voilà le dernier coup qu’il fallait donner à notre superbe ignorance. I.a sagesse où l'on nous mène est si sublime , qu'elle parait folie à notre sagesse ; et les règles en sont si hautes , que tout nous y tairait un égarement.

Mais si cette divine sagesse nous est impénétrable en elle-même , elle se déclare par ses effets. Une vertu sort de la croix , et toutes les idoles sont ébranlées. Nous les voyons tomber par terre , quoique soutenues par toute la puissance romaine. Ce ne sont point les sages , ce ne sont point les nobles , ce ne sont point les puissants qui ont fait un si grand mimcie. L'œuvre de Dieu a été suivie; et ce qu’il avait commencé par les humiliations de Jésus-Christ, il l'a consommé par les humiliations de ses disciples.

- Considères , mes frères, ■ c’est ainsi que saint Paul achève son admirable discours ‘ , • consi-

• dérer.ccux que Dieu a a^lés parmi vous, - et dont il a eomposé cette Église victorieuse du monde. ■ il y a peu de ces sages • que le monde admire ; • il y a peu de puissants et peu de no-

• blés : mais Dieu a choisi ce qui est fou selon

• le monde , pour confondre les sages ; il a choisi

> ce qui était faible , pour confondre les puis-

• sants; il a choisi ec qu’il y avait de plus mé-

• prisable et de pins vil , et enfln ce qui n’étnit

> pas , pour détruire ce qui était ; afin que nul

• homme ne se glorifie devant lui. > Les apAtres et leurs disciples, le rebutdu monde, et le néant même , A les regarder par les yeux humains , ont prévalu h tous les empereurs et à tout l’empire. Les hommes avaient oublié la création , et Dieu l’a renouvelée en tirant de ce néant son Eglise, qu’il a rendue toute-puissante contre l’erreur. Il a confondu avec les idoles toute la grandeur humaine qui s’iutéressait à les défendre; et II a fait un si grand ouvrage , comme il avait fuit l’univers , par la seule force de sa parole.

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