P». XCV
* pynap. .Vnxjin. OribuM. ( hry.tatUk, Ep. Jul. Oïl jAlotv Amm. .Vtinell. Ub. \.vii, iviii, \\T.
SLR L'HISTOIRE UNIVERSELLE.
et plus que tout cela l'humilité qui faisait le fond du christianisme, offensait les Itommcs; et si nous savons le comprendre , l'orgueil , la sensualité et le libertinage étaient les seules défenses de l'idolâtrie.
L'Église la déracinait tous les jours par sa doctrine, et plus encore par sa patience. Mais ces esprits malfaisants, qui n'avaient jamais cessé de tromper les hommes , et qui les avaient plongés dans l'idolâtrie, n'oublièrent pas leur malice. Ils suscitèrent dans l'Église ces hérésies que vous avec vues. Des hommes curieux , et par là vains et remuants, vouiurent se faire un nom parmi les fidèle), et ne purent se contenter de cettcsagesse sobre et tempérée que l’Apâtre avait tant recommandée aux chrétiens '. Ils entraient trop avant dans les mystères, qu'ils prétendaient mesurer à nos faibles conceptions : nouveaux philosophes, qui mêlaient les raisonnements humains avec la foi , et entreprenaient de diminuer les difficultés du christianisme, ne pouvant digérer toute la folie que le monde trouvait dans l'Évangile. Ainsi successivement , et avec une espèce de méthode, tons les articles de notre foi furent attaqués : la création , 1a loi de Moiso, fondement nécessaire de la nôtre ; la divinité de Jésus-Christ , son incarnation , sa grâce , ses sacrements, tout enfin donna matière à des divisions scandaleuses. Celse et les autres nous les reproclioient*. L'idolâtrie semblait triompher. Elle regardait le christianisme comme une nouvelle secte de philosoplüe qui avait le sort de toutes les autres , et, comme elles , se partageait en plusieurs autres sectes. L'Église ne leur paraissait qu'un ouvrage humain prêt à tomber de lui-méme. On concluait qu’il ne fallait pas, en matière de religion , raffiner plus que nos ancêtres , ni entreprendre de changer le monde.
Dans cette confusion de sectes qui se vantaient d'être chrétiennes , Dieu ne manqua pas à son Église. Il sut lui conserver un caractère d'autorité ipie les hérésies ne pouvaient prendre. Elle était catholique et universelle : elle embrassait tous les temps t elle s’étendait de tous côtés. Elle était apostolique; la suite, la succession, la chaire de l'unité , l’autorité primitive lui appartenait,'. Tous ceux qui la quittaient , l’avaient premièrement reconnue , et ne pouvaient effacer le caractère de leur nouveauté, ni celui de leur rébellion. Les païens eux-mëmes la regardaient comme celle qui était la tige , le tout d’où les parcelles s’étaient détachées , le tronc toujours vif que les branches retranchées laissaient en son entier. Celse , qui re-
■ Atfm. XII, 3,
» (}rig. o>ot OU. Ilb. IT, ▼, Ti.
i IrtH. «)v. Har. Ilb. iii, cap. i, ii, lU, tv. Trrtaft. de CnrueCfarlM-CJip. il; dcPnncrU. cap. xx, xxi, xxxii, sxxvi.
prochalt aux chrétiens leurs divisions , parmi Iniit d’Égiises schismatiques qu'il voyait s’élever, remarquait une Église distinguée de toutes les a itres , et toujours plus forte , qu'il appelait aussi pour cette raison /a grande Église. • Il y en a,
• disait- Il ‘ , parmi les chrétiens qui ne recon- . naissent pas le Créateur, ni les traditions des « Juifs ; • il voulait parler des marcionites ; « mais ■ poursuivait-il , la grande Église les reçoit. • Dans le trouble qu’excita Paul de Samosatc, l’empereur Auréllen n’eut pas de peine à connaître la vraie Église chrétienne à laquelle appartenait la maison de t Église , soit que ce fût le lieu d'oralson , ou la maison de l'cvéque. Il l'adjugea à ceux . qui étaienten communion avec les évêques « d’Italie et celui de Rome ', - pareequ'il voyait de tout temps le gros des chrétiens dans cette communion. Lorsque l'empereur Constance hrouillait tout dans rÉgllsc , la confusion qu’H y mettait en protégeant les ariens , ne put empêcher qu’Ammian Marcellin ', tout païen qu’il était , ne reconnût que cet empereur > s’égarait de la droite voie
• de la religion chrétienne , simple et précise par . elle-même , > dans ses dogmes et dans sa conduite. C’est que l’Église véritable avait une majesté et une droiture que les hérésies ne pouvaient ni imiter ni obscurcir ; au contraire , sans y penser, elles rendaient témoignage à l’Église catholique- Constance , qui persécutait saint Athanase défenseur de l’ancienne foi , « souhaitait aven ar- « denr, dit Ammian Marcellin de le faire con- . damner par l’autorité qu'avait l’évéquc de X Rome au-dessus des autres. > En recherchant de s’appuyer de cette autorité. Il faisait sentir aux païens mêmes ce qui manquait â sa secte , et honorait l'Église dont les ariens s'étalent séparés : ainsi les Gentils mêmes connaissaient l'Église catholique. Si quelqu’un leur demandait où elle tenait ses assemblées, et quels étaient ses évêques, jamais ils ne s'y trompaient. Pour les hérésies, quoi qu’elles fissent, elles ne pouvaient se défaire du nom de leurs auteurs. Les sabelliens, les paulianistes, les ariens, les pélagiens, et les autres, s’offensaient en vain du titre de parti qu’on leur donnait. Le monde, malgré qu'ils en eussent , voulait parler naturellement , et désignait chaque secte par celui dont elle tirait sa naissance. Pour ce qui est de la grande Église, de l'Église catholique et apostolique , il n'a jamais été possible de lui nommer un autre auteur que Jésus-Christ même , ni de lui marquer les premiers de scs pasteurs , sans remonter jusqu’aux apôtres , ni de lui donner un autre nom que celai
' Orig. ooot. CeU. Ub. t, o* M, t- 1, p. tU.
* Eutth. Hist. Eccl. iib. vu, cap. 3q.
^ ,4mm. Marc. Ilb-xxi,cxp. xvi.
* /(/. Hb. XV, cap. VII.
Disœuns
qu'rlle prenait. Ainsi , quoi que flsseiit les hérétiques , ils ne la pouvaient cacher aux païens. Elle leur ouvrait son sein par toute la terre : ils y accouraient en foule. Quelques-uns d’eux se perdaient peut-être dans les sentiers détournés : mais l'Église catholique était la grande voie où entraient toujours la plupart de ceux qui cherenaient Jésus-Christ ; et l'expérience a fait voir que c’était à elle qu'il était donné de rassembler les Gentils. C’était elle aussi que les empereurs infldèles attaquaient de toute leur force. Origène nous apprend que peu d'hérétkiues ont eu A souffrir pour la foi Saint Justin , plus ancien que lui , a remarqué que la persécution épargiudt les marcionites et les autres hérétiques ’. Les païens ne persécutaient que l'ÉgUse qu'ils voyaient s'étendre par toute la terre, et ne connaissaient qu’elle seule pour l'Église de Jésus-Christ. Qu’importe qu'on lui orraebét queiques branches? sa bonne sève ne se perdait pas pour cela : elle poussait par d'autres endroits , et le retranchement du bois superflu ne faisait que rendre ses fruits meilleurs. En effet, si on considère l'histoire de l'Église , on verra que toutes les fois qu'une hérésie l'a diminuée , elle a réparé scs pertes , et en s'étendant au dehors, et en augmentant au dedans la lumière et la piété , pendant qu'on a vu sécher en des coins écartés les branches coupées. Les œuvres des hommes ont péri malgré l'enfer qui les soutenait : l'œuvre de Dieu a subsisté : l'Église a triomphé de i'idolltrie et de toutes les erreurs.
CHAPmiE XXVII.
néfletion générale sur la suite de la religion , et sur le rap[iort quH y a entre tes livres de l'ilcriture.
Cette Église toujours attaquée, et jamais vaincue , est un miracle perpétuel , et un témoignage éclatant de l'immutabilité des conseils de Dieu. Au milieu de l'agitation des choses humaines , elle se soutient toqjours avec une force invincible , en sorte que , par une suite non interrompue depuis près de dix-sept cents ans , nous la verrons remonter jusqu'à J^us-Christ, dans lequel elle a recueilli la succession de l’ancien peuple, et se trouve réunie aux prophètes et aux patriarches.
Ainsi tant de miracles étonnants, que les anciens Hébreux ont vus de leurs yeux , servent encore aujourd'hui à confirmer notre foi. Dieu , qui les a faits pour rendre témoignage à son unité et à sa toute-puissance , que pouvait-il faire de plus authentique pour en conserver la mémoire, qne délaisser entre les mains de tout un grand peu-
> Orig. oont. CeU. lib. vu, n* 40, f. t, p. 72S, t Juit. Apol. lî , nooc J , n* 30 , p. &».
pie les actes qui les attestent rédigés par l’ordre des temps? C’est ce que nous avons encore dans les livres de l’Ancien Testament, c’ést-à-dire, dans les livres les plus anciens qui soient au inonde ; dans les livres qui sont les seuls de l'antiquité où la connaissance du vrai Dieu soit enseignée, et son service ordonné; dans les livres que le peuple juif a toujours si religieusement gardés , et dont il est encore aujourd'hui l’inviolable porteur par toute la terre.
Après cela , faut-il croire les fables extravagantes des auteurs profanes sur l'origine d’un peuple si noble et si ancien? Nous avons déjà remarqué ' que l'histoire de sa naissance et de son empire flnit où commence l'histoire grecque ; en sorte qu’il n’y a rien à espérer de ce cOté-là pour éclaircir les alTairesdes Hébreux. Ilest certain que les Juifs et leur religion ne furent guère connus des Grecs qu’après que leurs livres sacrés eurent été traduits en celte langue , et qu'ils lùrent euxmêmes répandus dans les villes grecques , c'està-dire, deux à trois cents ans avant J^us-Christ. L’ignoritncc de la Divinité était alors si profonde parmi les Gentils , que leurs plus habiles écrivains ne pouvaient pas même comprendre quel Dieu adoraient les Juifs. Les plus équitables leur donnaient pour Dieu les nues et le ciel , parce qu’ils y levaient souvent les yeux , comme au lieu où se déclarait le plus hautement la toute-pnissance de Dieu , et où il avait établi son tréne. An reste , la religion judaïque était si singulière et si opposée à toutes les autres ; les lois , les sabbats , les fêtes et toutes les mœurs de ce peuple étaient si particulières , qu’ils s’attirèrent bientôt la j alousic et la haine de ceux parmi lesquels ils vivaient. On les regardait comme une nation qui condamnait toutes les autres. La défense qui leur était faite de communiquer avec les Gentils en tant de choses , les rendait aussi odieux qu'ils paraissaient méprisables. L'union qu'on voyait entre eux , la relation qu'ils entretenaient tous si soigneusement avec le chef de leur religion , c'est-à-dire , Jérusalem , son temple et ses pontifes , et les dons qu'ils y envoyaient de toutes parts , les rendaient suspects; ce qui, joint à rancienne haine des Égyptiens contre ce peuple si maltraité de leurs rois et délivré par tant de prodiges de leur ty rminie , fit inventer des contes inouïs sur son origine , qne chacun cherchait à sa fantaisie, aussi biea que les interprétations de Icnrs cérémonies, qui étaient si particulières, et qui paraissaient si bizarres lorsqu'on n’en connaissait pas le fond et les sources. I-a Grèce , comme on sait , était ingénieuse à se tromper et à s'amuser agréablement elle-même ; et de tout cela sont venues les fabi es * fipoqiw? VIII , «D de Rume 90&. Voyex cl desMU p. 1 13.
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SUR L HISTOIRB UNIVERSELLE.
que l'on trouve dans Justin , dans Tacite , dans Diodore de Sicile, et dans les autres de pareille date qui ont paru curieux dans les affaires des Juifs, quoiqu'il soit plus clair que le jour qu'ils écrivaient sur des bruits confus , après une longue suite de siècles interposés, sans connaître leurs lois, leur religion, leur philosophie; sans avoir entendu leurs livres , et peut-être sans les avoir seulement ouverts.
Cependant , malgré l’ignorance et la calomnie , il demeurera pour constant que le peuple Juif est Je seul qui ait connu dès son origine le Dieu créateur du ciel et de la terre ; le seul par conséquent qui devait être le dépositaire des secrets divins. Il les a aussi conservés avec une religion qui n’a point d'exemple. Les livres que les Egyptiens et les autres peuples ap()elaieut divins , sont perdus il y a longtemps , et à peine nous en reste-t-il quelque mémoire confuse dans les histoires anciennes. Les livres sacrés des Romains, où Numa, auteur de leur religion , en avait écrit les mystères, ont péri par les mains des Romains mêmes, et le sénat les flt brûler comme tendants à renverser in religion Ces mêmes Romains ont ù latin laissé périr les livres Sibyllins, si longtemps révérés parmi eux comme prophétiques, et où ils voulaient qu’on crût qu’ils trouvaient les décrets des dieux immortels sur leur empire , sans pour tant en avoir jamais montré au public , je ne dis pas un seul volume, mais un seul oracle. Les Juifs ont été les seuls dont les Écritures sacrées ont été d’autant plus en vénération, qu’elles ont été plus connues. De tous les peuples anciens , ils sont le seul qui ait conservé les monuments primitifs de sa religion, quoiqu'ils fussent pleins des témoignages de leur infidélité et de celle de leurs ancêtres. Et aujourd’hui encore ce même peuple reste sur la terre pour porter à toutes les nations où il a été dispersé, avec la suite de la religion , les miracles etles pr^ictions qui la rendent inébranlable.
Quand JésusOhrist est venu, et qu’envoyé par son Père pour accomplir les promesses de la loi , il a confirmé sa mission et celle de ses disciples par des miracles nouveaux , ils ont été écrits avec la même exoctitude. Les actes en ont été publiés à toute la terra ; les circonstances des temps , des personnes et des lieux ont rendu l'examen facile à quiconque a été soigneux de son salut. Le monde s’est informé , le monde a cru ; èt si peu qu’on ait considéré les anciens monumentsde l'Église, ou avouera que jamais affaira n’a été Jugée avec plus de réflexion et de connaissance.
Mais dons le rappori qu’ont ensemble les livres
' Tit. Uv. lib. HL, wp. XXI*. Farr. Ilb. de cuUu D«ir. »pud Àug. lie Civ. Uci, lib. vu, cap. xxxiv, t. vji,col. IS7.
des deux Testaments , il y a une diffénmee à considérer ; c'est que les livres de l’ancien peuple ont été composés en divers temps. Autres sont les temps de Moise, autres ceux de Josué et des Juges, autres ceux des Rois: autres ceux où le peuple a été tiré d’Égypte , et où il a reçu la loi ; autres ceux où il a conquis la terre promise, autres ceux où il y a été rétabli par des miracles visibles. Pour convaincre l’incrédulité d’un peuple attaché aux sens , Dieu a pris une longue étendue de siècles durant lesquels il a distribué scs miracles et ses prophètes , afin de renouveler souvent les témoignages sensibles par iesqpieis il attestait ses vérités saintes. Dans le Nouveau Testament il a suivi une autre conduite. 11 ne veut plus rien révéler de nouveau ù son I^lisc après Jésus- Ciirist. En lui est la perfection et la plénitude. ; et tous les livres divins qui ont été composés dans la nouvelle alliance , l’ont été au temps des apôtres.
C’est-à-dire, que le témoignage de Jésus-Clirist, et de ceux que Jésus-Clirist même a daigné choisir pour témoins de sa résurrection, a suffi à l’Église chrétienne. Tout ce qui est venu depuis l’a édifiée ; mais elle n'a regardé comme purement inspiré de Dieu que ce que les apôtres ont écrit, ou ce qu’ils ont confirmé par leur autorité.
Mais dans cette différence qui se trouve antre les livres des deux Testaments , Dieu a toujours gardé cet ordre admirable, de faire écrire les choses dans le temps qu’elles étaient arrivées , ou que la mémoire en était récente. Ainsi ceux qui les savaient les ont écrites ; ceux qui les savaient ont reçu les livres qui en rendaient témoignage les uns et les autres les ont laissées à lenrs descendants comme un héritage précieux; et la pieuse postérité les a conservés.
C'est ainsi que s'est formé le corps des Écritu- ' i*cs saintes tant de l’Ancien que du Nouveau Testament : Écritures qu'on a regardées, dès leur origine, comme véritables en tout , comme données de Dieu même , et qu’on a aussi conservées avec tant de religion, qu’on n’a pas cru pouvoir ' sans impiété y altérer une seule lettre.
C'est ainsi qu'elles sont venues jusqu'à nous, toujours saintes, toqjours sacrées, toqjours inviolables; conservées les unes par la tradition constante du peuple juif, et I es autres par la tradition du peuple chrétien , d’autant plus certaine , qu'elle a été confirmée par le sang et par le martyre tant de ceux qui ont écrit ces livres divins , que de ceux qui les ont reçus.
Saint Augustin et les autres Pères demandent sur la foi de qui nous attribuons les livres p«^ fanes à des temps et à des auteurs certains
• cont. Faiwt. Ilb. xi.cap. il; xxxii, xxj; xxxm,u, t. ?ui , ool 218. IG3 et aeqq.
no DISCOURS
Charon répond nussKdt que les livres sont distingués par les différents rapporlsqu'ilsont aux lois, aux coutumes, aux histoires d'un certain temps, par ie style même qui porte imprimé le caractère des égcs et des auteurs particuliers ; plus que tout cela par la foi publique , et par une tradition eonstante. Toutes ccs choses concourent à établir les livres divins, à en distinguer les temps, à en marquer les auteurs; et plus il y a eu de religion à les conserver dans leur entier, plus la tradition qui nous les conserve est incontestable
Aussi a-l-clle toujours été reconnue , non-seulement par les orthodoxes, mais encore par les hérétiques , et même par les infidèles. Moise a toujours passé dans tout l'Orient , et ensuite dans tout l'univers, pour le législateur des Juifs, et pour l'auteur des livres qu'ils lui attribuent. Les Samaritains , qui les ont reçus des dix tribus séparées , les ont conservés aussi religieusement que les Juifs: leur tradition et leur histoire est constante , et il ne faut ifue repasser sur quelques endroits de la première partie * pour en voir toute la suite.
Deux peuples si opposés n'ont pas pris l'un de l’autre ces livres divins; tous les deux les ont reçus de leur origine commune , dès les temps de Salomon et de David. Les anciens caractères hébreux, que les Samaritains retiennent encore, montrent assez qu'ils n'ont pus suivi Ksdras qui les a changés. Ainsi le i*cntateuque des Samaritains et celui des Juifs sont deux originaux complets, indépendants l'un defaut re. La parfaite conformité ([u’on y voit dans la substance du texte , justifle la bonne foi des deux peuples. Ce sont des témoins fidèles qui conviennent sans s'être entendus, ou, pour mieux dire, qui conviennent malgré leurs inimitiés , et que la seule tradition immémoriale de part et d'autre a unis dans la même pensée.
Ceux donc qui ont voulu dire, quoique sans aucune raison, que ccs livres étant perdus, ou n'ayant jamais été, ont été ou rétablis, ou composés de nouveau , ou altérés par E.sdms . outre qu'ils sont démentis par liadras même , le sont aussi par le Pentateuque qu'on trouve encore aujourd'hui entre les mains des Samaritains tel tpie l’avaient lu , dans les picmiers siècles , Eusèbe de Césarée , saint Jérême , et les autres auteurs ecclésiastiques ; tel queces peuples l’avaient conservé dès leur origine : et une secte si faible
' Irrn. M». Hirm. Ut. t'?, cap. i, il , p. 173, rtc. Tertull. m)t. Mare. lib. ir, cap. i, ir, r. Ju/j. de uUlit. cml. cap. ni, XYn, U* b, t. viii, cul. is, Fau»tum Maoi-
clucum, lib. iiuii, cap. i.xvt; xwiii.iv; xtxH, \ixni, ibid. col. «00, 4 Ju et teq. Cunl. adv. I^eg.el Proph. Hb. i, cap. x\ , n** 30 , etc. ; iblU- ool. l»7o.
» Vojrrx ci-d(«i.<vus I" part. Kpoqiies Vil, vm, ix, an du ifauiidc 3WIO. «l de Rome 2ih, .1U3, «il o-,*t , rte.
semble ne durer si longtemps que pour rendre ce témoignage a l'antiquité de Moïse.
Les auteurs qui ont écrit les quatre Évangiles ne reçoivent pas un témoignage moins assuré du consentement unanime des fidèles, des païens et des bérétiques. Ce grand nombre de peuples divers, qui ont reçu et traduit ces livres divins aussitét qu’ils ont été faits , conviennent tous de leur date et de leurs auteurs. I-es païens n'ont pas contredit cette tradition. M Celse qui a attaqué ces livres sacrés , presque dans l'origine du christianisme ; ni Julien l’Apostat , quoiqu'il n'ait rien ignoré ni rien omis de ce qui pouvait les décrier; ni roicun autre païen ne les a jamais soupçonnés d'être supposés : au contraire, tous leur ont donné les mêmes autenrsqueles chrétiens. Les hérétiques , quoique accablés par rautorité de c«s livres , n'osaient dire qu'ils ne fussent posdes disciples de Notre-Seigneur. Ilyaeu pourtant deces hérétiques qui ont vu les commencements de l'Église, et aux yeux desquels ont été écrits les IIvresde l'Évangile. Ainsi la fraude, s’il y en cét pu avoir, eût été écbilrée de trop près pour réussir. Il est vraiqu'après les apêtres, et lorsque fÉgliso était déjà étendue par toute la terre, Marcion et Monès, constamment les plus téméraires et les plus ignorants de tous les hérétiques, malgré la tradition venue des apétres, continuée par lenrs disciples et par les évêques à qui ils avaient laissé leur chaire et la conduite des peuples, et reçue unanimement par toute l'Église chrétienne , osèrent dire que trois Évangiles étaient supposés , et que celui de saint Luc, qu’ils préféraient aux autres, on ne sait pourquoi, pnisipi'il n'était pas venu par une autre voie, avait été falsifié. Mais quelles preuves en donnaient-ils? dépurés visions, nuis faits positifs. Ils disaient, pour toute raison, que ce qui était contrai reùleurs sentiments devait néoessnirement avoir été Inventé par d'autres que par les apétres , et alléguaient pour toute preuve les opinions mêmes qu'on leur contestait ; opinions d'ailleurs si extravagantes , tA si manifestement insensées, qu’on ne saitèncorecomment elles ont pu entrer dans l'esprit humain. Mais, certainement , pour accuser la bonne foi de f Église , il fiailait avoir en main des originaux différents des siens, ou quelque preuve coastante. rntcrpellés d'en produire, eux et leurs disciples , ils sont demeurés muets ' , et ont laissé par leur silence une preuve indubitable qu'au second siècle du christianisme, où ils écrivaient , il n’y avait pas seulement un indice de fausseté , ni la moindre conjecture qu’on pOt oppeserà latradltion de l’Église.
Que dirai-je du consentement des livres do fÉrriture, et du témoignage admirable que tous
* /refi. TfrtuH. Âwj. loc. cit-
'lyiu^cvj uy
srii I.illSTOlBE UNIVEBSELLE.
les temps du peuple de Dieu se donnent les uns aux autres? Les temps du second temple supposent ceux du premier , et nous ramènent à Salomon. La paix n'est venue que par leseombats; et les conquêtes du peuple de Dieu nous font remonter jusqu'aux Juges, jusqu'à Josué, et jusqu'à la sortie d'Égjpte. Eu regardant tout un peuple sortir d'un royaume où U était étranger, on se souvient comment il y était entré. Les douze pa- Iriarclies paraissent aussitôt ; et un peuple qui ne s'est jamais regardé que comme une seule famille, nous conduit naturellement à Abraham qui en est la tige. Ce peuple est-il plus sage et moins porté à l'idolâtrie apres le retour de Bubylonc; c'était l'effet naturel d'un grand châtiment , que ses fautes passées lui avaient attiré. Si ce peuple se glorifie d'avoir vu durant plusieurs siècles des miracles que les autres peuples n’ont jamais vus , il peut aussi se glorifier d'avoir eu la connaissance de Dieu , qu’aucun autre peuple n’avalt. Que veut-on que signifie la circoncision , et la fête des Tabernacles, et la pâque , et les autres fêtes célébrées dans la nation de temps immémorial, sinon les choses qu’on trouve marquées dans le livre de Moiseî Qu’un peuple distingué des autres par une religion et par des monirs si particulières , qui conserve dès son origine , sur le fondement de In création et sur la foi de la Providence, une doctrine si suivie et si élevée, une mémoire si vive d’une longue suite de faits si nécessairement enclialnés , des cérémonies si réglées et des coutumes si universelles, oit été sans une histoire qui lui marquât son origine et sans une loi qui lui prescrivit ses eoutuines pendant mille ans qu'il est demeuré en état; et qu’Esdras ait commencé à lui vouloir donner tout à coup , sous le nom de Moïse , avec l’histoire de ses antiquités , la loi qui formait ses mœurs, quand ce peuple devenu captif a vu son ancienne monarchie renversée de fond en comble : quelle fable plus incroyable pourrait-on jamais inventer? et peut-on y donner créance , sans joindre l’ignorance au blasphème?
Pour perdre une telle loi , quand on l’a une fois reçue, il faut qu’un peuple soit exterminé, ou que par divers changements il en soit venu à n’avoir plus qu'une idée confuse de son origine , de sa religion, et de scs coutumes. Si ce malheur est arrivé au peuple juif, et que la lui si connue sous Scdécias se soit perdue soixante ans après , malgré les soins d'un Ézéchiel , d'un Jérémie , d'un Barucb , d'un Daniel , qui ont un recours per(>étuel a cette loi, comme à l'unique fondement de to religion et de la police de leur peuple ; si , disje , la loi s’est perdue malgré ces grands hommes ,
I sans compter les antres, et dans le tem|» que la I même loi STidt ses martyrs, comme le montrent i les persécutions de Daniel et des trois enfants ;
I si cependant, malgré tout cela, elle s’est perdue eu si peu de temps , et demeure si profondément I oubliée qu’il soit permis à Ësdras de la rétablir à sa fantaisie ; ce n'était pas le seul livre qu'il lui ^ fallait fabriquer. Il lui fallait composer en même I temps tous les prophètes anciens et nouveaux ,
I c’est-à-dire , ceux qui avaient écrit et devant et durant la captivité ; ceux que le peuple avait vus I écrire , aussi bien que ceux dont il conservait la I mémoire ; et non-seulement les prophètes , mais encore les livres de Salomon et les Psaumes de I David , et tous les livres d’histoire ; poisc|u’à { peine se trouvera-t-il dans toute cette histoire un I seul fait considérable , et dans tous ces autres ! livres un seul chapitre, qui, détaché de Moïse, tel (pie nous l’avons, puisse subsister un seul moment. Tout y parle de Moïse , tout y est fondé sur Moïse ; et la chose devait être ainsi , puisque Moïse et sa loi , et l’histoire qu’il a écrite , était en effet dans le peuple juif tout le fondement de ' la conduite publique et particulière. C'était en I vérité à Esdras une merveilleuse entreprise , et ' bien nouvelle dans le monde , de faire parler en I même temps avec Moïse tant d’hommes de carao- I 1ère et de style différent , et chacun d’une manière uniforme et toujours semblable àellc-mème ; et faire accroire tout à coup à tout un peuple ([uo ce sont là les livres anciens qu’il a toujours révérés, et les nouveaux qu’il a vu foire , comme s'il . n'avait jamais oui parler de rien et que la connaissance du temps présent , aussi bien que celle du temps passé, fût tout à coup abolie. 'Tels sont I les prodiges qu’il faut croire , quand on ne veut ! pas croire les miracles du Tout-Puissant, ni recevoir le témoignage par lequel il est constant qu'on a dit à tout uii grand peuple tpi'il les avait vus de ses yeux.
Mais si ce peuple est revenu de Bobylone dans la terre de ses peres si nouveau et si ignorant,
I qu’à peine se souvint-il qu'il eût été, en sorte : qu'il ait reçu sans examiner tout ce qu'Esdraa ! aura voulu lui donm'r ; comment donc voyonsnous dons le livre qu' Esdras a écrit' , et dans celui de ^éhémias son contemporain, tout oo qu’on y dit des livres divins? Qui aurait pu Ica ouïr parler de la loi de Moïse en tant d’endroits , et publiquement, comme d'une chose connue do tout le monde , et que tout le monde avait entre ses moins ? Eussent-ils osé régler par là les fêtes, les sacrifices , les cérémonies , la forme de l’autei rebâli , les mariages , la police , et en un mot tou-
' 1. Esdr. Ml, VII, IX, X. II. Esdr. V, TUI . IX , X, lU, Xlll.
DISCOURS
tes cboses , en disant sans cesse que tout se faisait
• selon qu'il était écrit ' dans la loi de Moïse ser-
• Yiteur de Dieu ‘î •
Esdras y est nomnaé comme ■ docteur en la
• lot que Dieu avait donnée à Israël par Moïse ; ■ et c'est suivant cette lot, comme par la règle gu’it avait entre ses mains, qu'Artaxerxe lui ctdcmne de visiter , de régler et de réformer le peuple en toutes cboses. Ainsi l'on voit que les GentUa mêmes connaissaient la loi de Moisê comme celle que tout le peuple et tous ses docteurs regardaient de tout temps comme leur régie. Les prêtres et les lévites sont disposés par les ville^ leurs fonctions et leur rang sont réglés selon qu'il était écrit dans lu lot de Moïse. • Si le peuple fait pénitence , c'est des transgressions qu'il avait commises contre cette loi ; s'il renouvelle l'alliance avec Dieu par une souscription expresse de tons les particuliers , c'est sur le fondement de la même loi , qui pour cela est « lue hautement, distinctement, et intelligible-
• ment , soir et matin durant plusieurs Jours , à
• tout le peuple assemblé exprès , > comme la loi de leurs pères ; tant hommes que femmes entendant pendant la lecture , et reconnaissant les préceptes qu'on leur avait appris dès leur enfance. Avec quel front Ksdras aurait-il foiL lire h tout un grand peuple, comme connu, un livre qu’il I venait de forger ou d'accommoder à sa fantaisie , sans que personne y remarquêt la moimirc erreur, ou le moindre cbangement ? Toute l'bistoire des siècles passés était répétée depuis le livre de
Genèsejusqu'au temps où l'on vivait. Ix!|x-uplo , qui si souvent avait secoué le joug de cette loi , se laisse charger de ce lourd fardeau sans peine et sans résistance, convaincu par expérience que le mépris qu’on en avait fait avait attiré tous les maux où on se voyait plongé. I.Æ3 usures sont réprimées selon le texte de la loi , les propres termes en étaient cités ; les mariages contractés sont cassés , sans que personne ré-clamêt. Si la loi eût été perdue, ou en tout ras oubliée, aurait-on vu tout le peuple agir naturellement en conséquence de cette loi , comme l’ayant eue toujours présente? Comment est-ce que tout ce peuple pouvait écouter Aggéc, Zacharie et Malachie qui prophétisaient alors, qui comme les autres prophètes leurs prédécesseurs ne leur prêchaient que « Moïse et la lui que
• Dieu lui avait donnée en Horeb ’ : » et cela comme une chose connue et de tout temps en vigueur dans la nation? Mais comment , dit-on , dans le même temps , et dans le retour du peu-
‘ I. AWr. III, ï. II. ajrfr, vm, xiri, «ic.
•WuT. iv.i.
pic, que tout cc peuple admira l’accompllss* ment de l'oracledeJcrémie touchant les soixantedix ans de captivité '? Ce Jérémie, qu 'Esdras venait de forger avec tous les autres prophètes , comment a-t-il tout d’un coup trouvé créance ? Par quel artillce nouveau a-t-on pu persuader A tout un peuple , et aux vieillards qui avaient vu ce prophète , qu'ils avalent toujours attendu la délivrance miraeulense qn'H leur avait annoncée dans ses écrits? Mais tout cela sera encore supposé: Esdras et Néhémias n’anrout point écrit l’histoire de leur temps ; quelque- autre l'aura faite sous leur nom ; et ceux qui ont Ihbriqué tous les autres livres de l'Ancien Testament auront été si favorisés de la postérité , qne d’antres faussaires leur en auront supposé A eux-mêmes , pour donner créance à leur imposture.
On aura honte sans doute de tant d’extravagances ; et an lieu de dire qu’Esdras ait fait tout d'un coup paraître tant de livres si distingués les uns des autres par les caractères du style et du temps, on dira qu'il y aura pu insérer les miracles et les prédictions qui les font passer pour divins : errenr plus grossière encore que la précédente, puisque ces mirades et ces prédictions sont tellement répandus dans tous ces livres, sont tellement inculqués et répétés si souvent , avec tant de tours divers et une si grande variété de fortes figures ; en un mot , en font tellement tout le corps , qu'il faut n’avoir jamais seulement ouvert ces saints livres, pour ne voir pas qu’if est encore plus aisé de les refondre, pour ainsi dire tout à fait , que d’y insérer les choses que les incrédules sont si fâchés d’y trouver. Et quand même on leur aurait accordé tout ce qu’ils demandent, le miraculeux et le divin est tellement le fond de ces livres , qu’il s’y retrouverait encore, malgré qu’on en eût. Qu’Esdras, si on veut , y ait ajouté après coup les prédictions des choses déjà arrivées de son temps : celles qui se sont accomplies depuis , par exemple sous .Antiochus et les Machabées, et tant d’autres que l’on a vues, qui les aura ajoutées? Dieu aura peutêtre donné à Esdras le don de prophétie , afln que l’imposture d’Esdras fût plus vraisemblable, et on aimera mieux qu’un faussaire soit prophète , qu’lsaic, ou que Jérémie , ou que Daniel ; ou bien chaque siècle aura porté un faussaire heureux , que tout le peuple en aura cru ; et de nouveaux imposteurs , par un xèlc admirable de religion , auront sans cesse ajouté aux livres divins , après même que le canon en aura été clos , qu’ils se seront répandus avec les Juifs par toute la terre , et qu’on les aura traduits en tant de langues étran-
• II. fsr. IXIVI.SI.SS.I. fadr. I, I.
SUR L’HISTOIRE UNIVERSELLE
gires. N'cûi-ce pas été , à foree «le vouloir établir ^ la religion , la détruire par les fondements? Tout nn peuple laisse-t-il donc changer si facilement ce qu’il «nuit être divin , soit qu'il le croie par raison ou par erreur? Quelqu'un peut-il espérer de persuader aux chrétiens , ou même aux Turcs , d'ajouter nn seul chapitre ou à l’Évangile, ou à r.^lcoran? Mais peut-être que Ira Juifs étaient plus dociles que les autres peuples, ou qu’ils étaient moins religieux, à conserver leurs saints livres? Quels monstres d’opinion se faut-11 mettre dans l’esprit , quand on veut secouer le joug de l’autorité divine, et ne régler ses sentiments , non plus que ses moeurs, que par sa raison égarée!