CHAPITRE XX.XI
Suite de r£giUe catüoiH|ue el u Tictoixe maiiiresle sur toutes tes sectes.
Quelle consolation aux enfants de Dieu , mois queiie conviction de ia vérité , quand iis voient que d'innocent XI , qui remplit aujourd'hui ' si dignement le premier siège de l'Église, on remonte sans interruption jusqu’à saint Pierre, établi par Jésus-Christ prince des apétres ; d’où, en reprenant les pontifes qui ont servi sous la loi , on va jusqu’à Aanm et jusqu'à Moise ; de là jusqu'aax patriarches , et jusqu'à l’origine du monde I Queiie suite , queiie tradition , quei enchaînement merveilleux I Si notre esprit , naturellement incertain , et devenu par ses incertitudes ie jouet de ses propres raisonnements , a tiesuio , dans les questions où ii y va du salut, d'étre fixé et déterminé par quelque autorité certaine; quelle plus grande autorité que eeile de i'Églisc catholique, qui réunit en elle-même toute l'autorité des siècies passés , et les anciennes traditions du genre humain jusqu'à sa première origine ?
Ainsi ia société que Jésus-Christ , attendu durant tous les siècles passés , a enfin fondée sur la pierre , et où saint Pierre et ses successeurs doivent présider par tes ordres, se justifie ciieroéme par sa propre suite, et porte dans son étemelle durée le caractère de la main de Dieu.
C'est aussi cette succession que nuile hérésie, nuile secte, nuiie autre société que laseuie Église de Dieu n’a pu se donner. Les fausses reliions ont pu imiter i'Église en beaucoup de choses , et surtout elles l'imitent en disant , comme eile , que c'est Dieu qui les a fondées ; mais ce discours en leur bouche n’est qu'un discours en l'air. Car si Dieu a créé le genre humain ; si , le créant à son image , il n'a jamais dédaigné de lui enseigner le moyen de le servir et de lui plaire , toute secte qui ne montre pas sa succession depuis l’origine du monde n’est pas de Dieu.
Ici tombent aux pieds de l’Église toutes les sociétés et toutes les sectes que les hommes ont établies au dedans ou au dehors du chri.stianisme. Par exemple , le faux prophète des Arabes a bien pu se dire envoyé de Dieu , et , après avoir trom^ des peuples souverainement ignorants, il a pu profiter des divisions de son vol-
' Kn OUI , .'.po iup de la premlèiv dditioo de cet ouvrnge. ( édil. de /Vee.liWex, t
sinage , pour y étendre par les armes une religion toute sensuelle ; mais il n’a ni osé supposer qn'll ait été attendu , ni enfin il n’a,pu donner, ou A sa personne, ou à sa religion, aucune liaison réelle ni apparente avec les siècles passés. L'expédient qu'il a trouvé pour s’en exempter est nouveau. De peurqu’on ne voulût rechercher dans les Écritures des chrétiens des témoignagnes de sa mission , semblables à ceux que Jésus-Christ trouvait dans les Écritures desJuifa, il a dit que les chrétiens et les Juifs avalent falsifié tous leurs livres. Ses sectateurs ignorants l’en ont cru sur sa parole , six cents ans après Jésus-Cbrist ; et il s'est annoncé lui-méme, non-seulementsans aucun témoignage précédent, mais encoresans que ni lui ni les siens aient osé ou supposer ou promettre aucun miracle sensible qui ait pu autoriser sa mission. De même les hérésiarques qui ont fondé des sectes nouvelles parmi les chrétiens, ont bien pn rendre la foiplusfàcile,eten même temps moins soumise, en niant les mystères qui passent les sens. Ils ont bien pu éblouir les hommes par leur éloquence et per une apparence de piété , les remuer parleurs passions , les engager par leurs Intérêts, les attirer par la nouveauté et par le libertinage, soit par celui de l'esprit, soit même par celui des sens; en im mut, ils ont pu facilement, ou se tromper, ou tromper les autres , car II n'y a rien de plus humain : mais outre qu’ils n'ont pas pu même se vanter d'avoir fait aucun miracle en |hiblic, ni réduire leur religion à des faits positifs dont leurs sectateurs fussent témoins, il y a toujours un fait malheureux pour eux , que jamais ils n'ont pu couvrir ; c'est celai de leur nouveauté. Il paraîtra toujours aux yeux de tout l'univers , qu’eux et la secte qu'ils ont établie se sera détachée de ce grand corps et de eette Église ancienne que Jésns-Clirist a fondée , où saint Pierre et ses successeurs tenaient la première place , dans laquelle toutes les sectes les ont trouvés établis. Le momentde la sé^parationsera toujours si constant, que les hérétiques eux-mémes ne le pourront désavouer, et qu'ils n'oseront pas seulement tenter de se faire venir de la source par une suite qu'on n’ait jamais vue s'interrompre. C’est le faible inévitable de toutes les sectes que les hommes ont établies. Nul ne peut changer les siècles passés , ni se donner d^ prédécesseurs , ou faire qu'il les oit trouvés en possession. La seule Église catholique remplit tous les siècles précédents par une suite qui ne lui peut être contestée. La loi vient au-devantde l'Evangile; la succession de Moïse et des patriarches ne fait qu’une même suite avec celle de Jésus-Christ : être attendu , venir, être reconnu par une postérité qui dure autant que I le monde , c'est le caractère du Messie en qui
SÜR L’HISTOIRE UNIVERSELLE.
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nous cmyoH. > Jésus-Christ est aujourd'bai , il « était hier, et il est aux siècles des siècles i-
Ainsi , outre l'avantage qu'a l’Église de Jésus- Christ, d'ètre seule fondée sur des faits miraculeux et divins qu’on a écrits hautement , et sans crainte d'étre démenti , dans le temps qu'Hs sont arrivés; voici, en faveur de ceux qui n'ont pas vécu dans ces temps, un miracle toujours subsistant , qui confirme la vérité de tous les autres ; c'est la suite de la religion toujours victorieuse des erreurs qui ont tdché de la détruire. Vous y pouvez joindre encore une autre suite , et c’est la suite visible d'un continuel châtiment sur les Juifs qui n’ont pas reçu le Christ promis à leurs père?s.
I Is l'attendent néanmoins encore, et leur attente toujours fhistréo fait une partie de leur supplice. Ils l’attendent, et font voir en l'attendant qu'il a toujours été attendu. Condamnés par leurs propres livres , Ils assurent la vérité du la religion ; ils en portent , pour ainsi dire , toute la suite écrite sur leur front : d'un seul regard on voit ce qu’ils ont été , poucquolils sont comme on les voit , et à quoi ils sont réservés.
Ainsi , quatre ou cinq faits authentiques , et plus clairs que la lumière du soleil , font voir notre religion aussi ancienne que le monde. Ils montrent, par conséquent, qu'elle n'a point d'autre auteur que celui qui a fondé l’univers ; qui , tenant tout en sa main , a pu seul et commencer et conduire un dessein où tous les siècles sont compris.
Il ne faut donc plus s’étonner, comme on fait ordinairement, de ce que Dieu nous propose à croire tant de choses si dignes de lui, et tout ensemble si impénétrables à l'esprit humain : mais plutét il faut s'étonner de ce qu'ayant établi la foi sur une autorité si ferme et si manifeste , il reste encore dons le monde des aveugles et des incrédules.
Nos passions désordonnées , notre attachement à nos sens , et notre orgueil indomptable en sont la cause. Nous aimons mieux tout risquer, que de nous contraindie : nous aimons mieux croupir dans notre ignorance , que de l'avouer : nous aimons mieux satisfaire une vaine curiosité, et nourrir dans notre esprit indocile la liberté de penser tout ce qu'il nous plait , que de ployer sous le joug de l'autorité divine.
De là vient qu’il y a tant d'incrédules ; et Dieu le permet ainsi pour l'instruction de scs enfants. Sans les aveugles , sans les sauvages , sans les Infidèles qui restent , et dans le sein môme du christianisme , nous ne connaîtrions pas assez la corruption profonde de notre nature, ni l'abtme d’où
* Htbr. un, 8.
Jésus-Christ nous a tirés. Si sa sainte vérité n’était contredite , nous ne verrions pas la merveille qui l'a fait durer parmi tant de contradictions , et nous oublierions à la fin que nous sommes sauvés par la grâce. Maintenant, l’incrédulité des uns humilie les autres ; et les rebelles qui s'opposent aux desseins de Dieu font éclater la puissance par laquelle, indépendamment de toute autre chose , il accomplit les promesses qu’il a faites à son Église.
Qu’attendons-nous donc à nous soumettre?
Attendons-nous que Dieu fasse toujours de nouveaux miracles; qu’il les rende inutiles en les continuabt; qu'il y accoutune nos yeux , comme ils le sont au cours du soleil et à toutes les autres merveilles de la nature? Ou bien attendons-nous que les impies et les opiniâtres se taisent ; que les gens de bien et les libertins rendent un égal témoignage à la vérité; que tout le monde d’un commun accord la préfère à sa passion ; et que la fausse science, que la seule nouveauté fait admirer, cesse de surprendre les hommes? N’estce pas assez que nous voyions qu'on ne peut conibattie la religion sans montrer, par de prodigieux égarements , qu’on a le sens renversé, et qu’on ne se défend plus que par présomption ou par ignorance? L’Église, victorieuse des siècles et des erreurs , ne pourra-t-elle pas vaincre dans nos esprits les pitoyables raisonnements qu’on lui oppose; et les promesses divines, que nous voyons tous les jours s’y accomplir, ne pourrontelles nous élever au-dessus des sens?
Et qu’on ne nous dise pas que ces promesses demeurent encore en suspens, et que comme elles s’étendent jusqu’à la fin du monde , ce ne sera qu'à la fin du monde que nous pourrons ruais vanter d'en avoir vu l'accomplissement. Car, au contraire, ce qui s'est passé nous assure de l'avenir : tant d’anciennes prédictions si visiblement accomplies, nous font voir qu'il n’y aura rien qui ne s'accomplisse ; et que l'Église , contre qui l'enfer, selon la promesse du Fils de Dieu, ne peut jamais prévaloir, sera toujours subsistante jusqu'à la consommation des siècles, puisque Jésus- Christ , véritable en tout, u’a point donné d’autres bornes à sa durée.
Les mêmes promesses nous assurent la vie future. Dieu, qui s'est montré si fidèle en accomplissant ce qui regarde le sièçje présent , ne le sera pas moins à accomplir ce qui regarde le siècle fiitur, dont tout ce que nous voyons n'est qu'une préparation ; et l’Église sera sur la terre toujours immuable et invincible , jusqu’à ce que ses enfants étant ramassés , elle soit tout entière transportée au ciel , qui est son séjour véritable.
Pour ceux qui seront exclus de cette cite cé-
DISCOURS
leste , uue rigueur éternelle leur est réservée ; et après avoir perdu par leur faute une bienheureuse éternité , il ne leur restera plus qu'une éternité malheureuse.
Ainsi les conseils de Dieu se terminent par un état immuable ; ses prommesses et ses meiuices sont également certaines ; et ce qu'il exécute dans le temps , assure ce qu'il nous ordonne | ou d'espérer ou de craindre dans l'éternité.
Voila ce que vous apprend la suite delà religion mise en abrégé devant vos yeux. Par le temps elle vous conduit à l'éternité. Vous voyez un ordre constant dans tons les desseins de Dieu , et une marque v isibic de sa puissance dans la duree periiétuelle de son p»'uple. Vous reconnaissez quel'Kgllse a une tige toujours subsistante, dont on ne peut se séparer sans se [terdre , et ipic ceux qui étant unis à cette racine , font des teiivres dignes de leur foi , s'assurent la vie éternelle.
Étudiez donc, Monseigneur, avec une attention partienlière, cette suite de rKglisc,qui vous assure si elairetnent toutes les promesses de Dieu . Tout ce qui rompt ctdte ebaine, tout ce qui sort de cette suite , tout ce qui s'élève de soi-même , et ne vient p;is en vertu des promesses faites é l'Église dès l'origine du monde , vous doit faire horreur. Fjuployez toutes vos forces à rappeler dans celte unité tout ce qui s'en est dévoyé , et à faire écouler l'Église par laquelle le Éaiut-Esprit i prononce scs oracles.
La gloire de vos ancêtres est non-seulement de ne l'avoir jamais ubnndnnnrà, mais de l'avoir toujours soutenue, et d'avoir mérite par j lA d'être appciesses Fils aînés, (|ui est sans doute le plus glorieux de tous leurs titris.
Je n’ai pas besoin de vous parler de Clovis, de Charlemagne, ni de saint Ijitiis. Considérez seulement le temps où vous vivez et de quel père Dieu vous a fait naître. Un roi si grand en tout se distingue plus par sa foi que par ses autres admirables qualités. Il protège la religion nu dedans et au dehors du royaume, et jusqu'aux extrémités du monde. Ses lois sont un des plus : fermes remparts de l’Église. Son autorité, révérée , autant par le mérite de sa personne que par la majesté de son sceptre, ne se soutient jamais mieux que lorsqu’elle défend In cause de Dieu. On n'entend plus de blasphème ; l’impiété tremble devant lui : c’est ce rohuarque par Salomon, qui dissijK’ tout le mal par ses regards '. S’il attaque l'hérésie par tant de moyens , et plus encore que ii'fliit jamais fait ses prédé'cesaeurs, ce n’est pas <iu il craigne ismr son trône; loiil est Iraïuiuille â ses pieds , et ses armes sont redo\ili’es par toute la terre : mais c'est <iu'il aime scsiKupIcSiCt que se
* INw. \x , 8.
voyant elevé par la m.ain de Dieu à une puissance que rien ne iwiit égaler dans l'uDivcrs , il n'en connaît point de plus bel usage que de la faire servir A guérir les plaies de l'Église.
Imitez, Monseigneur, un si bel exemple, et laissez-le A vos descendants. Reeommandez-leiir l'Église plus encore que ce grand empire qne vos ancêtres gouvernent depuis tant de siècles. Que votre auguste maison, la première eu dignité qui soit au monde, soit la première à défendre les droits de Dieu , et A étendre par tout t'univers le règne de Jésus-Christ qui la fait régner avec tant de gloire.
TUüISIÈME PARTIE.