‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 114 sur 192 · SEMAINE · texte numérisé non relu

SEMAINE

SUR LR rÉCHR OBICINRL.

PRLMIÈBE ÉLÉV.VriON.

Tous les bommrt dans un seul homm«', prrmirr fonJemcnl de la Justice de Dieu dans le péché origiiipJ.

7i a fait que toute la race humaine venue dun seul homme, se répande sur toute ta terre C’est ici une des plus belles et des plus remarquables singularitésdeia créationderhomme. Nous ne lisons point que les animaux viennent de même d'un seul, ni que Dieu les ait réduits d’abord à un seul mâle et à une seule femelle; mais Dieu a voulu que tant que nous sommes d'hommes répandus par toute la terre, dans les Iles comme dans le continent, nous sortissions tous d’un seul mariage, dont l’homme étant le chef, un seul homme par conséquent est la source de tout le genre humain.

Le désir de nous porter tous à l'unité est la cause de cet ordre suprême de Dieu, et les efîets en sont admirables.

Premièrement, Dieu pouvait donner l’être à tous

* XIV. il. — * F.X'tfi \x\Hl, 19. — * Art. XVII,

te.

les hommes, comme à tous les anges, indépeiH (lamment les uns des autres; surtout l'âroe raison» nabie ne pouvant, comme incorporelle, dépendre par elle>méme d'aucune génération. Néanmoins U a plu à Dieu que non*seulement le corps, mais en» core Pâme dépendit selon son être de cette voie , et que les âmes se multipliassent autant que les géné» rations humaines ; et il a voula encore que toutes les races humaines se réduisissent à la seule race d'Adam : en sorte que tous les hommes, et selon le corps et selon l'ûine, dépendissent delà volonté et de la liberté de ce seul homme.

l 'oux portez deux nations dans votre sein * , disait Dieu à Rébecca. Quel spectacle! en deux enfants encore enfermés dans les entrailles de leur mère, deux grandes et nombreuses nations, et la destinée de Tuneeldt l’autre. Maisconibien est-il plus étennantde voir en Adam seul toutes les nations, tous les hommes en particulier, et la comnuine destinée de tout le genre humain!

Dieu avait fait l’homme si parfait, et lui avait donné une si grande facilité de conserver, et pour hii et pour toute sa postérité, le bi^ immense qu'il avait mis en sa personne, que les hommes n'avaient qu'à remercier eette divine bonté d'avoir renfermé en lui tout le bonheur de ses enfants, qui devaient composer tout le genre humain. Regardons-nous tous en cette source : regardons-yootre être et notre bien-être, notre bonheur et notre malheur. Dieu ne nousvoitqu’en Adam^dans lequel il nousa tous faits. Qtioi qu'Adam fasse, nous le foisons avec lui , parce qu'il nous tient renfermés, et que nous ne sommes en lui moralement qu’une seule et même personne : s'il obéit, j*obéis en lui ; s'il pèche, je pèche en lui : Dieu traitera tout le genre humain comme ce seul homme, où il a voulu le mettre tout entier, l'aura mérité. J'adore, Seigneur, votrejustice, quoique impénétrable à mes sens et à ma raison : pour peu que j'entrevoie ses règles sacrées, je les adore et je m’y soumets.

Il« ÉLÉVATION.

Lr père n<«nmpetKé et puni dans les «ofânli ; eeooikd foodemfot de kkl«eUoe de Dieu dso» k pécfaé originel.

Quand Dieufit l'bomroe ù parfait, quand il voulut foire dépendre de lui seul l'être et la vie de toutes les nations, de toutes les rares, de toss les hommes particuliers jusqu’à l'bifia», sr Dieu voulait, il mit en mémetempsunetelle unité entre lut et ses enfants qu’H pùt être puni et récompensé en eux, comme H serait en liri-méme, et peut-être plus. Car Dieu a inspiré aux parents un tel amour pour leurs enfants, que naturel iemeiit les maux dies enfants leur sont plus sensibles et plus douloureux que les leurs, et qu'ils aiment mieux les laisser en vie que de leur survivre: de sorte que la viedeleursenfantsieurest plus chère que la leur propre. La nature, c'est-àdire Dieu, a formé ainsi le cœur des pères et des mères ; et ce sentiment est si intime et si naturel, qu’on en voit même un vestige et une impression

LES MYSTÈRES

dans les animaux, lorsqu’ils s’exposent pour leur* petits et se laissent arracher la vie, plutôt que d’en abandonner le soin.

Ce caractère paternel a dd se trouver principalement dans celui qui est non-seulement le premier de tous les pères, mais encore père par excellence , puisqu’il a été établi le père du genre humain. A près donc que dès l'ongine, et nouvellement sorti des mains de Dieu, il eut transgressé ce commandement si facile, par lequel Dieu avait voulu éprouver sa soumission et l'avertir de sa liberté , il était juste qu’il le punit, non seulement en lui-inênie , mais encore dans ses enfants , comme étant une portion des plus chères de sa substance, et quelque chose qui lui est plus intimement uni que ses propres membres. De sorte que les enfants futurs de ce premier père, c'est-à-dire tout le genre humain, qui ii’avait d'être ni de aiibsUtanoe qu’en ee premier père, devinrent le juste objet de la haine et de la vengeance divine. Tout est en un seul , et tout est ina<tdit en un seul : et ce père malheureux est puni dans tout ce qu’il contient en lui-mênte d'enfants depuis la première jusqu’à la dernière génération.

Si Dieu est juste à p<mir, il l'est encore plus à récompenser. Si Adam eût persévéré, il eût été récompensé dans tous se» enfantsvet lajusticeoriginellc edt été leur héritage commun. Maintenant ils ont perdu en leur père ce que leur père avait reçu pour lui et pour eux; et, privée de ce grand don, la nature humaine devient et mallieureuse et nMuditc daff 3 ses branches, parce qu’elle l’est dans sa tige.

Considérons la justice humaine : nous y verrons uneimagede cette justice de Dieu. Un père dégradé perd sa noblesse et pour lui et pour ses enfants, surtout pour ceux qui sont à naître; ils perdent en lui tou» leurs biens, lorsqu’il mérite de les perdre. S’il est banni et exclu de la société de ses citoyens, et comme du sein maternel de sa terre natale, ils sont bannis avec lui àjamais. Pleurons, malheureux enfants d’un père justament proecrit, raee dégradée et déshéritée par la loi suprême de Dieu; et, bannis étemellerment autant que justement de la cité sainte qui nous était destinée dans notre origine, adorons avec tremblement les règles sévères et impénétrables de la justicede Dieu dont nous voyons les vestiges dans la justice, quoique inférieure, des homme». Mais voici le comble de no» maux.

m® ÉLÉVATION

La JtuUcr on^lDeik dont Adam a ètè privé pour lui et pour

SOI eotaoU : Iruhkne fondcmenldela Juation de Dieu <Uim

k pêclk originel.

Pieu a fait rkomme droit , et U s'est envetoppé dans plusieurs questions*. Cette droiture où Diea avait d'abord foit Hiomme consistait premièrement dans la connaissance. Il n’y avait {>oint alors de question ; Dieu avait mis dans le premier homme la droite raison, qui consistait en une lumière divine, par laquelle il connaissait Dieu directement, comme un être parfait et tout-puissant.

' C«K. IXV, IS.

> £cr/r«. VII au.

ÉLÉVATIONS SC a LES MVSTÈaES. M

Octte connaissance tenait le milieu entre la foi et la vision bienheureuse. Car encore que l'iioinnie ne vil pas Dieu /ace a face, il ne le voyait pourtant pas comme nous le faisons, à travers uneeniyme, et comme par un miroir*. Dieu ne lui laissait aucun doute de son auteur, des mains duquel il sortait; ni desa perfection, qui reluisait si clairement dans ses œuvres. Si saint Paul a dit que les merveilles invisibles de Dieu, et son éternelle puissance , et sa dlvinitéf sont manifestes dans ses oeuvres à ceux qui les contemptent; en sorte qu'ils sontinexcusables de ne le pas reconnaitre et adorer* ^ combien plus Adam l'edt-il connu? L’idée que nous portons naturellement dans notre fonds de la perfection de Dieu, en sorte que nous penchons nalu> relieinent à lui attribuer cc qu'il y a de plus parfait, était si vive dans le premier homme, que rien ne la pouvait offusquer. Ce n'était pas comme à présent, que cette idée, brouillée avec les images de nos sens, se recule pour ainsi dire, quand nous la cherclions : nous n’en pouvons porter la simplicité, et nous n'y revenons qu'à peine et par mille détours. Mais alors on la sentait d’abord; et la première pensée qui ve^ nait à l'homme dans tous les ouvrages et dans tous les mouvements qu’il voyait, ou au dedans, ou au dehors, c'est que Dieu en était le parfait auteur.

Par là il connaissait son âme , comme faite à t’image de Dieu , et entièrement pour lui ; et au lieu que nous avons tant de peine à la trouver, et que nous la confondons avec toutes les images que nos sens nous apportent, alors on la démêlait d'abord d’avec tout ce qui n’était pas elle.

De cette sorte on connaissait d’abord sa parfaite supériorité au-dessus du corps, et l’empire qui lui était donné sur lui : en sorte que tout y devait être dans Pobéissance envers l'âme, comme i’âme Je devaitétre envers Dieu.

Une si grande et si droite lumière dans la raison était suivie d'une pareille droiture dans la volonté. Comme on voyait clairement et parfaitement combien Dieu est aimable , et que l'âme n'était empêchée paraucune passion ou prévention de se porter à lui , elle raimait parfaitement, et, unie par sonanwurà ce premier être, elle voyait tout audessous d'elle, principalement son corps, dont elle faisait sans résistance ce qu’elle voulait.

Nous éprouvons encore un reste de cet empire que nous avions sur nos corps. Nous emportons sur lui beaucoup de choses contre la disposition de la machine, par la seule force de la volonté; à force de s’appliquer, l’esprit demeure détaché des sens, et semble ne communiquer plus avec eux. Combien plus en cet heureux état , sans aucun effort , et par la seule force de la raison toujours maîtresse par elle-même , tenait-on en sujétion tout le corps ?

Iln*yav9>i^ qu’une dépravation volontaire qui pût troubler œtte belle économie, et faire perdre à la raison son autorité et son empire. Quand l'homme s’est retiré de Dieu, Dieu a retiré tous ses dons. La première plaie a été celle de l’ignorance; ces

* i. Cvr. XIII, 12. » * JlaiH. i, ao.

vives lumières nous ont été ûtées : i\ous sommes livrés aux questions* \toütesl mis en doute, jusqu'aux premières vérités. La raison étant devenue si faible par la faute de la volonté , à plus forte raison la volonté, qui avait commis le péché , s’affaiblit-elle elle-même. Le corps refusa l'obéissance à l’âme, qui s'était soustraite à Dieu. Dans ledésordredessens, la honte, qui n'était pas encore connue, se Gt bientôt sentir : chose étrange ! nous l’avons déjà remarqué ; mais cette occasion demande qu’oo repasse encore un moment sur ce triste objet.

Nos premiers parents ne furent pas plutdt tombés dans le péché , qu'ils connurent leur nudité; et coutraiois de la couvrir d'une ceinture , dont nous avons déjà montré l’usage, ils térawignèreot par là où la révolte et la sédition intérieure et extérieure s'était mise. Comment aoei-vous connu, et qui vous a indiqué que vous étiez nu ? D’où vient que vous vouscacliiez dans l'épaisseur de la forêt *, pour ne point |>arallre à mes yeux? Craigniez-vous que je ne trouvasse quelque ehose de mal et de déshonuête dans mou ouvrage , moi qui ne puis rien faire que de bon , et qui en efTet, en revoyant ce que j'avais fait , en avais loué la bonté? Étrange nouveauté dans l'homme, de trouver en soi quelque chose de honteux ! Ce n’est pas l’ouvrage de Dieu , mais le sien, et celui de son péché. Kl quels yeux craignait-il en se cachant? Ceux de Dieu , ceux de la compagne de son crime et de son supplice, les liens propres. O concupiscence naissante , on ne vous reconnaît que trop !

Mais quoi ! disons en un mot que c’est de là que nous naissons. Tout ce qui naît d'Adam lui est uni de ce cdté-là ; enfants de cette révolte , cette révolta est la première chose qui passe en nous avec le sang. Ainsi, dès notre origine, nos sens sont rebelles : dès le ventre de nos mères , où la raison est plongée et dominée par la cluiir, notre âme en est l'esclave, et accablée de ce poids. Toutes les passions nous dominent tour à tour, et souvent toutes ensemble , et même les plus contraires. Dieu retire de nous les lumières, comme il avait fait à Adam , et encore plus. Ainsi nous sommes frappés de la plaie de l’ignorance et de celle de la coocupiscence ; tout le bien , jusqu'au moindre , nous est difBcile ; tout le mal , quelque grand qu’il soit, a desattraiu pour nous.

Toutes les pensées de l'homme penchaient au mal en tout temps Pesez oes paroles: Toutes les penséêf, et celles-ci : En tout tempe. Nous no faisons pas tout le mal, mais nous y penchons; il ne manque que les occasions, et les objets qui y déterminent : l’homme laissé à lui-méme n'éviterait aucun mal. Ajoutez ces paroles qui précèdent : La malice des hommes était grande sur la terre : et celles ci : Mon esprit ne demeurerapas en l’homme, pareequ'il est cAo/r<.

Je l’avais fait pour être spirituel même dans la chair, parce que l’esprit y dominait : et maintenant il est devenu charnel mime dans l'esprit que la

• Ercfe. VII, ao. — • (iem. in. I«. — » Ctn. VI, t- — * IM.

n, a. — ^ Rom. vu, m, is, </ *rf.

.*u jy

ÉLÉVATIONS SUl

.jliair domine el emporte. Cela commence dis le ventre de Ut mire: Erraeerunt ab utero'. Dieu voit le mal dans sa source , et U se rrpent d’avoir fait rhomme L'homme n'était (dus que péché dés sa conception : Je suis couru en iniquité; ma mire m'a conçu en péché^. Tout est uni au péché d'Adam , qui passe par le canal de la concupiscence. I.'homnie livré à la concupiscence la transmit à sa postérité , et ne pouvait faire ses enfants meilleurs que lui. Si tout naît avec la crtncupisceuce, tout nait dans le désordre; tout naît odieiii à Dieu ; et nous sommes tous naturellement enfants de colérei.

Lm tulle* ortreuses du péché oritdnel par le cliipitra XL de rEcclésûulIqur.

H y a une grande affliction H un joug pesant sur les enfants depuis le jour de leur

sortie du sein de leur mère .Jusqu’au jour de leur sépulture dans le sein de la mère commune^, ^os misères commencent .iver )a vie» et durent jusqu a la mort: nul ne s’en exempte. Quatre sources intarissables les font rouler sur tous les états et dans toute la vie : les souris^ tes terreurs ^ les agi^ talions d'une espérance trompeuse» et enfin le jour de la mort. Les maux qui viennent de ces quatre sources empoisonnent toute In vie. Tout en ressent la vwleiiceet la pesnnieiir» depuis celui qui est assis sur le trône ^ jusqu'à relui qui est atjatlu à terre et sur la poussière; depuis celui qui est

ret'éludejHiurprect des plusbellescouleursjusqu'à

celui qui est couvert d'une toile grossière et crue : on trouve partout fureur, jalousie, tumulte, incertitude el agitation d'espril , les menaces d’une mort prorhuinet les longues et implacables eotères, les querelles et tes animosités. ijweWe paix parmi tant de furieuses passions? Elles ne nous laissent pas en repos pendant le sommeil. Dans le silence et ta tranquillité delà nuit , dans la couche où Ton se refait des travaux du jour, on apprend, on expérimente un nouveau ^enre de trouble, .d peine a-t on goûté un moment tes douceursd’unpremier sommeil, et roita qu'il se présente h une imagination échauffée toutes sortes de fantômes et de monstres , comme si l'on avait été mis en sentinelle dans une tour. On se trouble dans les visions de son coeur. On croit être poursuivi par un ennemi firrieux, comme dans un jour de combat : on ne se sauve de cette crainte qu'en s'éveillant en sursaut; on s’étonne d'une si raine lerrettr, et d’avoir trouvé tant de pérll.s dans une entière sûreté.

On a peine a se remettre d’une si étrange épouvante» et on sent que sans nueiin ennemi on se peut faire à soi-méme une guerre aussi violente que des bataiilonsarmés. Les songes nous suivent jusqu’en veillant. Qu’cst-ce que les terreurs qui nous saisissent sans sujet, si ce n’est un songe effrayant? Mais qu’est-eequel'ambition et une espérance fallacieuse, qui nous mène de travaux en travaux , d’illusiou en

' Pm. LTll, I. — * Orn. VI, C — > /»«. i, 7. — • £phci. il, ; a. — * £ccit. ML, 1 <t H-ç. \

LES MYSTÈRES

Illusion , et nous rend le jouet des hommes, sinon une autre sorte de songe qui change de vains plaisirs en des tourments effectifs ? Que dirai-je des maladies accablantes, qui inondent sur toute chair depuis l'homme Jusqu'à la bêle, et cent fois plus encore sur les /lérheurs? El où arrive-t-on par tant de mam , el 'a quelle mort.’ Laisse-t-on du moins venir la mort doucement et comme naturellement , pour nous être comme une espèce d'asile contre les malheurs delà vie’Non ; l'on ne voit que des morts cruelles , dans le combat , dans le sang, l'épee, l'oppression, h famine, ta peste, laccablemcnl tous tes fléaux de nieu : toutes ces choses ont été créées pour les méchants, el le déluge est venu pour eux. Mais le déluge des eaux n'est venu qu'une seule fois : celui des afllirtions est perpétuel , el inonde toute la vie dés la naissance.

Après cela peut-on croire que l'enfance soit innocente? O Seigneur! rousjugez indigne de cotre puissance de punir Us innocents ■. Pourquoi donc répandez-vous votre colère sur cet enfant qui vient de naître? A qui a-t-il fait tort? de qui a-t-il enlevé les biens? A-t-il corrompu la femme de son prochain ? Quel est son crime? Et pourquoi commencer à l'.aeeahler d'un joug si pesant ? Répétons encore : rn Joug pesant sur les enfants d'd dam'. Il est enfant d'Adam : voilà son crime. C'e,st ce qui le fait maître dans l'ignorance et dans la faiblesse , ce qui lui a mis dans le cœur la source de toutes sortes de mauvais désirs : il ne lui manque que de la force pour les déclarer. Combien faudra-t-il le tourmenter pour lui faire appreiidrequelque chose? Combien sera-t-il de temps comme un animal ? N'est-il pas bien malheureui d'avoir à passer par une longue ignorance , à quelques rayons de lumière?

« Regardez, disait un saint’ ,ceMe enfance laborieu-

• se : de quels maux n'est-elle pas opprimée? Par- . mi quelles vanités, quels tourments , quelles er- « reurs et quelles terreurs prend-elle son accrois-

• sement? Et quand on est grand , et même qu’on . se consacre à servir Dieu , que de dangereuses - tentations, p,ir l'erreur qui nous veut séduire,

• par la volupté qui nous entraîne, par la douleur

• etrennuiquinousaccable,parl'orgueilqui nous . enlle ! Et qui pourrait expliquer ce joug pesant . dont sont accablés les enfants d’Adam; ou croire

• que, sous un Dieu bon, sous un Dieu juste,

• on ddt souffrir tant de maux , si le péché originel

• n'avait précédé? .

Sur un autre puuee, où wl Fiplli|U<e la pesanteur de l'init arcabhà; d'un corps mortel.

te corps qui se corrompt appesantit l'dine : et cette demeure terrestre rabat l'esprit qui voudrait fmxser beaucoup, et s'occuper de beaucoup de soina importants. Nous trouvons difficile de Juger des choses de ta terre; et nous trouvons avec peine Us choses que nous acons devant les ijevx ; mots

I Sap. xu, is. — > Ercti. XL. — * S. diig. tib. IV, rentra JuIiriH.,rap XVI, n. sa.

- ‘ 'OC by Cîoo;^lt

ELEVATIONS SÜR LES MYSTÈRES.

9«/ pourra pénétrer ceUet qui sont dans ie ciel * ? Cest pourtant pour celles-là que je suis né. Mais que Je suis malheureux! je veux me retirer en moi« même , je veux penser, je veux m’élever à la con* templation dans un doux recueillement, et aux vérités étemelles : ce corps mortel m'accable ; il émousse toutes mes pensées, toute la vivacité de mon esprit; je retom^ dans mes sens; et, plon^té dans les images dont ils me remplissent, je ne puis retrouver mon coeur qui s'égare , et mon esprit qui se dissipe.

Cest cet état malheureux de l’Ame asservie sous la pesanteur du corps, qui a fait penser aux philosophes que le corps était à l'âme un poids accablant, une prison, un supplice semblable à celui que ce tyran faisait souffrir à ses ennemis, qu'il attachait tout vivants à des corps morts à demi pourris. Ainsi, disent ces pliilosophes, nos âmes vivantes sont attachées à ce corps, comme à un cada^Te. Ils ne pouvaient concevoir qu'un tel supplice se pût trouver dans un monde gouverné par un Dieu juste, sans quelque péché précédent; et ils donnaient aux âmes une vie hors du corps avant la naissance, où, s'abandonnant au péché, elles fussent précipitées des cieux dans cette prison du corps. Voilà ce qu'on pouvait dire quand on ne connai.ssait pas la chute du genre humain dans son auteur. I.es ntêines philosophes se plaignaient encore contre la nature, comme étant non pas une bonne mère, mais une marâtre injuste, qui nous avait formés avec un corps nu, fragile, infîrme et mortel, et un esprit faible à porter les travaux, aisé à troubler par les terreurs, inquiet dans les douleurs, et enclin aux cupidités les plus déréglées. De dures expériences ont fait connaître à ces pliilosopbes le joug pesant des enfants d’Adam ; et, sans en savoir la cause, iis en sentaient les effets. Adorons donc ce Dieu qui nous en révèle les principes ; adorons les règles sévères de sa justice, et acquies^ns en tremblaiit à la rigoureuse sentence du ciel.

Sur d’autres passages, où est expliquée la iTrannie de la mort.

Sottvenez'vous que la mort fie farde pas .* rorenaissez ta loi du sépulcre, et que rien ne vous la fasse oublier. EUeesl sur tous les tombeaux, et dans tout le monde : Quiconque naïf mourra de Morf *.

Cest HM toi établie à tous tes hommes de mourir une /ois; et après viendra le jugement

L’empire est dontié audiable sur tous les mortels durant toute leur vie : il tient captifs sous ta terreur de ta mort tous ceux qui vivent asservis < cette dure loi*.

Voilà deux terribles servitudes que nousamèn l’empire de la mort. On ne peut avoir de repos sou* •a tyrannie : à chaque moment elle peut venir, et

■ .^p. X , IR. te. — * EcfU. XIV, ta. — î iich. IX , 27. — 4/friW. Il, n . is.

non-teulement renverser tous nos desseins, troubler tous nos plaisirs, nous ravir tous nos biens; mais, eequi est encore infiniment plus terrible, nous me* ner an jugement de Dieu.

On est pour ces «leux raisons dans une éternelle et insupportable sujétion : l’on n'en peut sortir que par iésus-Dirist. Celui qui croit en lui ne sera point jugé : celui qui n'fj croit pas est déjnjogé*. Sa sentence est sur lui, et à tout moment elle est préio à s'exécuter.

Tels sont les effets de la chute d'Adam et Hu pi*clié originel. Comment pouvons-nous nous en relever? C’est ce que nous avons maintenant à dire.

vue ÉLÉVATION.

Ix gi*f>re humain enfunoé dans ton lgaoranc« tl dans »oo ))èché.

Voici l'effet le plus mallieureux , et tout ensemble la preuve 1.1 plus convaincante du {léché originel. Le genre humain s'enfonce dans son ignorance et dans son péché. La malice se déclare dès la première génération. Le premier enfant qui rendit Éve féconde fut Caïn, malin et envieux. Dans la suite Caïn tue Abel le juste; et le vice commence à prévaloir sur la vertu. Le monde se partage entre les enfants de Dieu , qui sont ceux de .Seth , et les enfants des hommes, qui sont ceux de Caïn : la race de Caïn , qui eut le monde et les plaisirs dans son partage, est la race C’est dans cette race

qu'on a commencé à se faire une habitation sur là terre : Caln bâtit la première ville t et t’appela du nom de son fds Henoch*. On commençait à vouloir s'immortaliser par les noms, et on semblait oublier l'immortalité véritable. Dans cette race, les ùlles commencent à se faire de nouveaux attraits : les enfants de Dieu s’y laissent prendre; le plaisir des sens l’emporte : et ce sont les filles de ceux qu’on appelait les enfants des hommes, c’est-à-dire les enfants de la chair, qui attirent dans la corruption par leur beauté, par leur mollesse, par leurs^ parures, par leurs caresses trompeuses, ceux qui vivaient selon Dieu et selon l'esprit C’est dans cette race que l’on commence à avoir deux femmes : Lamec épousa Ada et Sella. Le meurtre de Caïn s’y perpétua : Lamec dit à ses deux femmes, comme* en chantant : J'ai tué un jeune homme \ Cette qualité, et l’aveu qu'il avait fait à ses femmes de ce meurtre, font soupçonner que sa jalousie contre une jeunesse florissante avait donné lieu à ce meurtre. Quoi qu’il en soit, la race de Caïn continue à verser le sang humain : et non-seulement cette race prévaut, mais encore elle entraîne l'autre dans ses désordres. Tout est perdu; Dieu est contraint de noyer le monde dans ie déluge.

Ainsi la piété n’eut rien de ferme. Avant que de mourir, Adam la vit |)érir en quelque façon daus toute sa race , et non-seulement dans la postérité de (^în, mais encx)re dans celle de Seth. Il est dit d'Énos, fils de Seth, qu’ff comtnença à invoquer

■* J-MW. III, la. « * CeH. IV, 17. — */M. , SS.

ÉLÉVATIONS SLR LES MYSTÈRES

k nom du Seigneur'. Dieu était en quelque (orte oublié : il fallut qu'Knos en renouvelét le culte , qui s'affaiblinait même dans la race pieuse.

Quelques uns veulent entendre cette invocation d'Énos , d’un faux culte : le premier sens est le plus naturel. Quoi qu'il en soit, il serait toujours vrai que le faux culte aurait bientôt commencé, même parmi les pieux et dans la famille de Seth.

Quelque temps après on remarque par deux fois comme une chose extraordinaire, même dans la race de Seth , qu'//enocA , un de ses petits enfants, marcha avec Dieu, et que tout d’un coup il cessa de paraître parmi les hommes, parce que Dieu tentera ■, d’un enlèvement semblable à celui d’filie, et le retira miraruleusement du monde, qui n'e'lait pas digne de [avoir^. Tant la corruption était entrée dès lors même dans la race de Seth. Henoch était le septième après Adam , et Adam vivait encore : et cependant la piété dégénérait à scs yeux, et la corruption devenait si universelle, qn’on regardait comme une merveille, même parmi les enfants de Seth, qu’llenoch marchât avec Dieu.

L’apôtre saint Jude, par inspiration particulière, nous a conservé une prophétie d’ilenoch, dont voici les termes : te Seigneur ca venir avec des milliers de ses salnis anges , pour exercer son jugement contre tous tes hommes, et reprendre tous tes impies de toutes les œuvres de leur impiélê, et de toutes les /Kiroles dures et blasphématoires que les pécheurs impies ont proférées contre lui. C est ainsi, dit saint Jude, que prophélisail Henoch, le septième après .édainl. Quoique les hommes eussent encore parmi eux leur premier père, qui était sorti immédiatement des mains de Dieu, ils tombèrent dons une espèce d’impiété et d'athéisme , oubliant celui qui les avait faits : et Henoch commença à leur dénoncer la vengeance prochaine et universelle que Dieu devait envoyer avec le déluge.

Les choses furent dansla suite poussées si avant, qu’il ne resta qu’une seule famille juste, et ce fut celle de ^oé. Encore dégénéra-t-elle bientôt rCliora et sa race furent maudits; la famille de Japliet, comme Cliam et ses enfants , fut livrée à l’idol.-itrie. On la voit gagner peu à peu aussitôt après le déluge : la créature fut adorée |iour le créateur : lliomine en vint jusqu’à adorer l’ocuvre de ses mains. La race de Sein était destinée comme pour succéder à celte de Seth, d’où elle était née; mais le culte de Dieu s’y affaiblit si tôt, qu’on croit même queTliaré, pcred’Abraliain, était idolâtre, etqu’Ahrahain fut persécuté parmi les Chaldéens d’où il était, parcequ’il ne voulut point adhérer à leur culte impie. Quoi qu’il en soit , pour le conserver dans la piété. Dieu le tira de sa patrie, et le sépara de tous les peuples du monde, sans lui permettre ni de demeurer dans son pays , ni de se faire aucun établissement dans la terre où il l’appelait. La corruption s’étendait si fort, et l’idolâtrie devenait si universelle , qu’il fallut séparer la race des enfants

« (î««. I*, 2®. — * Cc«. V. 22, 31. — * Ihb. M, - * Ep.

émâ. t4, I&.

de Diea, dont Abraham devait être le chef, par une marque sensible. Ce fut la circoncision : et ce ne fut pas en vain que cette marque fut imprimée où l'on sait, en témoignage immortel de la malédiction des générations humainee, et du retranchement qu'il fallait faire des passions sensuelles que le péché avait introduites , et desquelles nous avions à naître. O Dieu ! où en est réduit le genre humain ! \a sacrement de la sanctification a dd nous faire souvenir de la première honte de notre nature ; on n'en parle qu’avec pudeur : et Dieu est contraint de flétrir l’origine de notre être. Il faut le dire une fois, et, couverts de honte, mettre nos mains sur nos visages.

Vni' ÉI.ÉVATION.

Sêir Ira borreun de i'idolâtrk.

Lisons ici les chapitres XIII et XIV du livre de la Sagesse sur ndolAtrie. En voici un abrégé. I^es sentinienU des hommes sont vains : parce que la connaissance de Dieu n'est point en eux, iis n'ont pu comprendre celui qui était par tant de beaux objets présentés à leur vue; et , regardant les ouvrages , ils n’en ont pu comprendre le sage artisan*. Appelant dieux et arbitres souverains du monde , ou le feu , ou les vents et l'air agité., ou l’eau , ou le soleil , ou la lune, ou les étoiles qui tournent en rond sur nos têtes, sans )K>uvoir entendre que si , touchés de leur beauté , ils les ont appelés dieux , combien plus celle de leur créateur leurdev.irt paraître mcneilleiise! (!aril est père du be.iuet du bon, la source de toute l>eauté, et le plus parfait de tous les êtres. Et s'il y a de la force dans ces corps qu'ils ont adoré.s, combien doit être plus puissant celui qui les a faits.* Car par la grandeur de la beauté de la créature, on|>ouvait voir et connaître intelligiblement le créateur. Mais encore ceux-là sont-ils les plus excusables, puisqu'ils se sont égarés peut-être en cherchant Dieu dans ses œuvres, qui les invitaient à s’élever vers leurpriocipe : quoiqu’en effet ils soient toujours inexcusables, puisque, s’ils pouvaient parvenir à connaître la beauté d’un si grand ouvrage, combien plus facilement en devaient-ils trouver l’auteur ! iMais ceux-là sont sans comparaison plus aveugles et plus malheureux, et leur espérance est |>armi les morts , qui , trompés par les inventions et l’industrie d'un bel ouvrage , ou par le.s superbes matières dont on l’aura composé, ou paria vive ressemblance de quelques animaux, ou par t'adresse et le curieux travail d'une main antique sur une pierre inutile et insensible, ont adoré les ouvrages de la main des hommes. Un ouvrier dressant un bois pesant , reste du feu dont ils ont fait cuire leur nourriture, et le soutenant avec peine par des liens de fer dams une muraille, le peignant d’un rouge qui semblait lui donner un air de vie, à la fin vient à l'adorrr, à lui demander la vie rt la santé qu’il n'a pas , à le consulter sur son mariage et sur ses enfants , et lui fait de riches offrandes; ou, porté sur un bois fragile dans une périlleuse navigation, il invoque no boit

> Sap. XIII, 6, 24.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

plus frafçile eneore*. Un père afnigé fait une image d'un fils qui lui a été trop tôt ravi , et , pour se conloler de cette perte, il lui fait offrir des sacrifices comme à un dieu*. Toute une famille entrait dans celte flatlerie. Les rois de la terre faisaient adorer leurs statues; et n'osant se procurer ce culte h eux* mêmes, a couse de leur mortalité trop manifeste de près , ils croient plus aisément pouvoir passer pour dieux de plus loin. Telle a été l'illusion de la vie bumaiue : emportés par leurs passions et leur amour pour leurs rois, les hommes ont adoré les statues, et donné au bois et à la pierre le nom incommunicahU * : ils ont immolé leurs enfants à ces faux dieux. 11 n'y a plus rien eu de saint parmi les hommes. Les mariages n'ont pu conserver leur sainteté : les meurtres , les perQdies , les troubles et les parjures ont inondé sur la terre. L'oubli de Dieu a suivi : les joies publiques ont amené des fêtes impies; les périls publics ont introduit des divinations superstitieuses et fausses : on n'a plus craint de se parjurer, quand on a vu qu'on ne jurait que par un bois ou upe pierre, et la justii'e et la bonne foi se sont éteintes parmi les hommes.

Il faut lire encore l'endroit de saint Paul * dont voici le précis, et où il dit : Que les invisibles gram deursde Dieu, son éternelle puissance et sa divinité paraissent visiblement dans ses créatures; et que cependant les plus sages, ceux qui en étaient les plus convaincus, lui ont refusé le culte qu'ils savaient bien qu’on lui devait , et ont suivi les erreurs d’un peuple ignorant, qui changeait la gloire d'un Dieu immuable en la figure des reptiles les plus vils, laissant évanouir toute leur sagesse, et devenus insensés, pendant qu'ils se glorifiaient (lu nom de sages. O qui aussi a obligé Dieu à les livrer ù des passions et à des désordres abominables contre la nature, et à permettre qu'ils fussent remplis de tout vice, impiété, médisance, perfidie, insensibiliti*; en sorte qu’ils étaient sans compassion , sans affection , sans foi, parce que, connaissant la justice et la vérité de Dieu , ils n’ont pas voulu le servir, et ont préféré la créature à celui qui était le créateur, béni aux siècles des siècles.

Ce déluge d'idoMtrie s'est ré|>andu par toute la terre. L'inclination qu'y avaient les Juifs, que tant de châtiments divins ne pouvaient en arracher, naontre la pente commune et la corruption de tout le genre humain. Ce culte était devenu comme naturel aux hommes. Kt c'est ce qui faisait dire au Sage que les nations idolâtres étaient méchantes par leur naissance; que ta semence en était maudite dés le commencement ; que lejtr maiiee était nalurelle , et que leurs perr erses inclinations ne pouvaient jamais être changées^.

Un déréglement si étrange et à la fois si universel devait avoir une origine commune. Montrez-la>moi autre part que dans le péché originel, et dans la tentation, qui, disant à l’homme : f'ous serez comme des dieux^^ posait dès lors le fondement, de l'adoration des fausses divinités.

( Sap. XIV, • Ibid. 15 rt $eq. — * Ibid. 21 et aeq. —

' gmn. I, se, 21 *t$tq. •— S Sap. XII, lO, II. ->< (ien. iil, 5.

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