‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 113 sur 192 · RLB> AVIONS SUR LA TENTATION ET LA CHUTE DE L*HOHMB · texte numérisé non relu

RLB> AVIONS SUR LA TENTATION ET LA CHUTE DE L*HOHMB

PREMIÈRE ÉLÉVATION

Lf serpent

tut xcrpetU était le plus fin de tous les animaux « . Voici, dans lafaibles.se apparente cTuii commen> cernent si étrange du récit de nos malheurs, la profondeur admirable de la théologie chrétienne. Tout parait faible; 05ons le dire, tout a ici en apparem*e un air fabuleux ; un serpent parle; une femme écoute; unhomme si parfait et très-éclairé se laisse entraîner à une tentation grossière; tout 1e genre humain tombe avec lui dans le pécité et dans la mort: tout cela parait insensé. Mais c'est ici que commence la vérité de cette sublime sentence de saint Paul : Ce qui est en Dieu une folle (apparente) est plus sage que la sagesse des hommes; et ce qui est en Dieu une faiblesse apparente est plus fort que la force delous tes hommes *.

Commençons par la finesse du serpent; et ne la regardons pas comme la finesse d'un animal sans raison, mais comme la finesse du diable, qui, par une permission divine, était entré dans le corps de cet animal. Comme Dieu paraissait à l'homme sous une figure sensible, il en était de même des anges. Dieu parle à Adam, Dieu lui amène les animaux, et lui amène sa femme, qu'il venait de tirer de luimême ; Dieu lui parait comme quoique chose qui sc promène dans le paradi.s. Il y a dans tout cela une figure extérieure , quoiqu’elle ne soit point exprimée: et il était Juste, riioinme étant composé de corps et d’Ame , que Dieu se Ht connaître à lui selon l'un et l'autre, selon les sens comme selon l'esprit. Il en était de même des anges, qui conversaient avec l'homnie en telle forme que Dieu permettait, et sous la figure des animaux. Êve donc ne fut point surprise d’entendre parler un serpent , comme elle ne le fut pas de voir Dieu même paraître sous une forme sensible; elle sentit qu'un ange lui parlait, et seulement il parait qu'elle ne distingua pas assez si c'était un bon ou un mauvais ange, n'y ayant aucun inconvénient que dès lors l'ange de /énétrès se transfigurât en ange de lumière

Voili donc de quoi s'élever à quelque chose de

' C<n. in, I. - * /. Cor. I. 2:». - ^ li Çvr. XI, !4.

plus hautquecequi paratt:etM faut considérer dans celte parole du serpent une secrète permiuion de Dieu , par laquelle l'esprit tentateur se présente à l*>e sous cette figure.

Pourquoi il détermina cet ange superbe à paraître sous cette forme, plutôt que sous une autre; quoiqu'il ne soit pas nécessaire de le savoir, l’Écriture nous l'insinue, le serpent était le plus

fin de tous les animaux; c’est-à-dire, celui qui s’insinuait de la manière la plus souple , et la plus cachée, et qui , pour beaucoup d'autres raisons que la suite développera , représentait mieux le démon dans sa malice, dans ses embûches, et ensuite dans son supplice.

Les hommes ignorants voudraient qu'Éve, au lieu tf entendre le serpent, se fût d’abord effrayée, comme nous faisons à la vue de cet animal ; sans songer que les animaux soumis à l'empire Je l'homme, n'avaient rien d’affreux pour lui dans l'origine ; au contraire , pour ainsi dire , rampaient devant lui, aussi bien que le serpent, par une marque divine comme imprimée sur sa face qui les tenait dans sa sujétion, démon n'avait donc garde de se servir de la forme du serpent pour effrayer Êve, non plus que pour la fléchir à ses volontés par une espèce de force : mais cet esprit cauteleux alla par adresse, et par les subtiles insinuations que nous allons voir.

Jusqu'ici il ne paraît rien que d'excellent dans la nature de l'homme, à qui tous les animaux paraissent soumis, et même ceux qui à présent noos font naturellement le plus d'horreur. Jésus-Christ a rétabli cet empire d'une manière plus haute, lorsqu’il a (lit, racontant les prodiges que fera la foi dans ceux qui croient : Ils dompteront les serjyents ; et les poisons qu'ils boiront ne leur nuiront pas *. Ce miracle s'accomplira en nous d'une façon admirable, si parmi tant d'erreurs , tant de tentations, tant d'illusions, et, pour ainsi dire , dans un air si corrompu , nous savons, avec la grâce de Dieu, conserver notre cœur pur, notre bouche simple et sincère, nos mains innocentes.

La tenUUoo : Ève at AUâquée a^ant Adam.

Seigneur, faites-moi connaître les profondeurs de Satan, elles finesses malignes de cet esprit, à qui il vous a plu de conserver toute sa subtilité, toute sa pénétration, toute la supériorité naturelle du génie qu'il a sur nous, pour vous en servir aux épreuves où vous voidez mettre notre fidélité, et faire connaître magnifiquement la puissance de votre grâce.

Voici le premier ouvrage de cet esprit ténébreux. Sa malignité et sa jalousie le portent à détruire rhonmie que Dieu avait fait si parfait et si Iwureux, cl à subjuguer celui à qui il avait donné tant d'empire sur toutes les créatures corporelles,

« .Warf. XVI, 17.

lyiii^cu uy

EtKVATIOPîS SUn LES MYSTÈRES,

alh) que, oe pouvant renverser le trône de Dieu en tui-niôme, ü le renverse autant qu'il peut dans l'bomme qu'il a élevé à une si haute puissance.

Noos avons donc à considérer par quels moyens il a réussi dans cet ouvrage, aGn de connaître ceux par lesquels nous lui devons résister, et nous i^everdeoolre chute; c’est-à-dire, releveren nous Tempire de Dieu abattu.

Nousétions à lavérité au-dessous de Tange, mais, comme nous avons vu , un peu au-dessout * ; car nous lui étions égaux dans le bonheur de posséder le souverain bien; et nous avions comme lui une intelligence et on libre arbitre aidé de la grâce , capable avec cette grâce de s'élever à cette bienheureuse jouissance. Nous pouvions doue aisément résister à Satan , qui l'avait perdue, et qui voulait nous la faire perdre. Quelque avantage qu’il eût sur nous du côté de l’intelligence, loin de pouvoir nous forcer , la grâce que nousavions , et qu'il avait rejetée et entièrement perdue par sa faute , nous rendait ses supérieurs en force et en vertu : ainsi il ne pouvait rien contre nous que par persuasion; et c'était aussi ce qui flattait son orgueil , de soumettre notre esprit au sien par adresse, de nous faire donner dans les pièges qu'il nous tendait.

Le premier elTet de cet artiflee est d’avoir tenté Adam par Ève, et d’avoir commencé à nous attaquer par la partie la plus faible- Quelque parfaite que fût et dans le corps et encore plus dans l'esprit la première femme immédiatement sortie des mains de Dieu, elle n’était, selon le corps, qu'une portion d'Adam , et une espèce dedlminutif. Il en était àproporlion à peu près de même de l’esprit: car Dieu avait faitrégner dans son ouvrage une sagesse qui y rangeait tout avec une certaine convenance. Ce n'est point Ève, mais Adam qui nomma les animaux : c'était à Adam et non point à Ève qu’il les avait amenés. Si Ève « comme sa compagne chérie , participait à son empire , il demeurait à l’homme une primauté qu'il ne pouvait perdre que par sa faute et par un excès de complaisance. 11 avait donné le nom à Ève comme il l’avait donné à tous les animaux, et la nature voulait qu'elle lui fût en quelque sorte sujette. C’était donc en lui que résidait la supériorité de la sagesse ; et Satan le vient attaquer par l’endroit le moins fort, et pour ainsi dire le moins muni.

Si cet artiflee réussit à cet esprit malicieux , il ne faut pas s’étonner qu'il te continue , et qu’il tâche encore d’abattre rhomme par les femmes, quoique d’une autre manière, parce qu'il n'avait point encore de concupiscence. 11 suscita contre Job sa propre femme, et souleva contre lui cette ennemie domestique, pour pousser à bout sa patience. Tobie, qui devait être après lui le modèle de cette vertu, eut dans sa maison une semblable persécution. Les plus grands rois sont tombés par cet artifice. Qui ne sait la chute de David et de Salomon? Qui peut oublier la faiblesse d’Hérode, et la meurtrière de saint Jean-Baptiste? Le diable, en attaquant Ève, se préparait dans la femme un

• Ps. VIII, 0.

des instruments les plus dangereux pour perdre le genre humain : et ce n’est pas sans raison que le Sage a dit quW/e avait assi^feUi les pUa puittanit et donné la mortaux plus courageux

L« tenUtHir pracM, par InterrofpillOQ , et Uelie d’aboC iHnljwIttlre un doute.

Pourquoi le Seigneur vous a-t-U déjendu de manger de cet arbre ? Et un peu aprt» : Poue ne mourm jmi *. La suite de ces paroles fait rofr qu’il roulait induire Eve à erreur; mais s’il lui avait proposé d’abord l’erreuroù il roulait la conduire, et nhe contradiction manifeste au coramandenent et à la parole de Dieu, il lui aurait inspiré plu* d’horreur que de rolouté de l'écouter : mai* aranl que de proposer Terreur , il commence par le doute ; Pourquoi le Seigneur venu a-t-U di/enduf II n'osa pas dire. Il vous a trompés; son précepte n’est pas juste; sa parole n’est pas véritable : il demande, il interroge, comme pour être instruit lui-méme, plutdt que pour instruire celle qu’il voulait surprendre. Il ne pouraiteommeocerparuo endroit plusinainuant ni plus délicat.

La première faute d’Eve, c’est de l’avoir écouté, et d’étre entrée avec lui en raisonnement. Dès qu’on a voulu la faire douter de la vérité et de laju.vtice de Dieu, elle devait fermer l’oreille et se retiier. Mais la subtilité de la demande Taj-ant rendue curieuse , elle entra en conversation ,etelle y périt. Li première faute de ceuiqui errent, ou par Terreur de l’esprit, nu par la aéduetion et l’égarement de leurs sens, c’est de douter. Satan dit tous les jours, et aut hérétiques , et à tous eeux qui sont entraînés dans leurs voluptés et leurs passions , ce malheureux pourquoi : et s’il lui a réussi oontre Eve avant la concupiscence et les passions, faut-il a’étonuer qu’liait des succès si prodigieux avec ce secourt? F uyont , fuyons : et dès le premier pourquoi , dés le premier doute qui commence i se former d-ant notre esprit , bouchons l’oreille ; car pour peu que nous chancelions , nous périront.

Réporue d'f:ve , et réplique de Sxtân qui »e découvre.

Mous mangeons de tous tes fruits du paradis; maispour l’arbre quieH au nUikUy Dieu nous a défendu d’en manger te fruit , et d’g toucher , sous peine de mort Telle fut la réponse d'Éve , où il o'y a rien quede vériubie, puisqu’elle ne fait que ré* péter le commandement et les paroles du Seigneur. 11 ne t’agit donc pas de bien répondre, ni de dire de bonnes choses , mais de les dire à propos. Éva eût dû ne point parier du tout au tent^ar, qui lui venait demander des raisons d’un commandement suprême , où il n’y avait qu’à obéir , et non point à raisonner. Combien de fois s’yestonteoaipé? Tout en disant de bonnes eboses, on s'en* tretieot avec la tentation ; mais il faut rompre com*

* Ptov. — * Oeu. lit, f, 3, 3, »- - * Ibii. 3.

KONH.'I.T. — TOVr rv.

KLÉVATIONS SUR LES MYSTERES

toerce o l'instant. C'était le cas, non de réciter, mais de pratiquer le commmidement de Dieu, et se bien garder, sous préteste de rendre raison au séducteur , défaire durer le temps de la séduction. T.e Fils de Dieu nous a bien donné un autre exemple dans le temps de sa tentation. Les paroles de l’Ecriture qu’il allègue ne sont pas un entretien pour raisonner avec le tentateur, mais un refus précis, avec cette exécration : f a-fen, Satan*. Au lieu qu’Éve curieuse veut raisonner et entendre les raisonnements du serpent.

Aussi voitr il insensiblement augmenter ses forces. Comme il vit qu'Eve était éJ)Iouie de la nouveauté , et que déjà elle entrait dans le doute qu'il lui voulait suggérer , il ne garde plus de mesures, et lui dit sans inénagemeni : t^outne rnourremptisi car Ülta tait qu'au joui que vous uuxiuferez de ce fruit ^ vos yeux seront ouverts , el vous serez comme (tesdieux, tachanlk bien ette.mal*. Il insinuait par ces paroles que Dieu avait attaclié au fruit de cet arbreunedivine vertu, par où Tbomme serait éclairé sur toutes les clioses qui pouvaient le rendre bon ou mauvais, heureux ou malheureux. Etahrs, dit-il , par une si belle connaissance, vous deviendrez si parfaits , que vous serez comme des dieux. De cette sorte, il flatte l’orgueil, il pique et excite la curiosité. Eve commence à regarder ce fruit défen* du , el c’est un commencement de désobéissance : car le fruit que Dieu défendait de toucher , ne devait pas même être regardé avec complaisance. E7/e rff , dit l'EcriUire, qu'üétaitbeau à tavue, bon à manger f agréable à voir^ : elle n’oublie rien de ce qui pouvait la satisfaire. C'est vouloir être séduite, que de se rendre si attentive à la beauté et au goût de ce qui lui avait été interdit. La voilà donc occupée des beautés de cet objet déf<’ndu, et comme convaincue que Dieu était trop sévère de leur défendre l'usage d'une cliose si belle, sans songer que le péd» ne consiste pas à user des choses mauvaises par leur nature , puisque Dieu n’en avait point fait ni n’en pouvait faire de telles; mais à mal user des bonnes. I.e tentateur ne manqua pas de joindre la suggestion, et pour ainsi dire, le sifflement intérieur à IVxtérieur ; et il tàclia d’ab lumerla concupiscence, qu'Ève jusqu’alors ne connaissait pas. Mais dès qu’elle eut commencé à écouter et à raisonner sur un commandement si précis; à ce commenceme.nt d'infidélité, on petit croire que Dieu commença aussi à retirer justement sa grâce, et quelaconcupisoencedes sens suivit de près le désordre qu’Éve avait déjà introduit volontairement dans son esprit. Ainsi elle mangea du fruit , et le serpent demeura vainqueur. Il ne poussa pas plus loin la tentation du dehors; et, content d’avoir bien instruit et persuadé son ambassadeur, il laissa faire le reste à Eve séduite. Remarquez qu’il lui avait parlé non seulement pour elle , mais encore pour son mari , en lui disant , non point. Tu seras; et, Pourquoi Dieu4’a-t-il défendu.* mais : Eous se* rez comme des dieux ; et : Pourquoi vous a*t-on fait celte défense? Le démon ne se trompa pas en , ■ MttUh. IV, lo. — * Grn. m, Ibid. e. I

croyant que cette parole portée par Evea Adamauraft plusd'effetque s’il la lui eût portée lui-inéme. Voilà donc par unseul coup trois gr.indes plaies. L'orgeuil entra avec ces paroles ; f''ous serez conune des dieux. Celles-ci ; Vous saurez le bien et te ma/, excitèrent la curiosité. Et ces regards attentifs sur l’agrément et sur le bon goût de ce beau fruit , firent entrer Jusque dans la moelle des os l’amour du plaisir des sens Voilà les trois maladies générales de notre nature, dont la complication fait tous les maux particuliers dont nous sommes affligés; et saint Jean les a ramassés dans ces paroles : N’aimezpas lemo7u1e,tUtoul ce qui est dans le monde , parce que tout ce qui est dans te momteestf ou la concupiscence de la chair* , c’est-à-dire manifeste* ment la sensualité , ou la concupiscence des yeux, qui est la curiosité, ou enfin l'ambition el l'orgueil répandu dans toute ta vie, qui est le nom propre du troisiènw vice dont la nature et la vie humaine est infectée.

La teotatioo el U chute d’Adam. Réfle&iooa de saiol Paul.

Ère prit le fruit et te mangea, et en donna à son mari quien mangea*. T.a tentation et la chute d’Adam passe en ce peu de mots. Le premier et le plus beau commentaire que nous ayons sur celte matière, est celui-ci de saint Paul : .ddam n'a pas été séduit, et Ève a été séduite dans sa prirarka* tionK II faut ici entendre en deux sens , qu’Adam ne fut point séduit. Il ne fut point séduit, premierentent, parce que ce n'est point à lui que s’attaqua d'abord le séducteur : secondement, il ne fut pas séduit, parce que d’abord , comme l'interprètent les saints docteurs , il céda plutôt à Eve par complaisance que convaincu par ses raisons. saints interprètes, et entre autres saint Augustin , disent expressément qu’il ne voulut point contrister cette seule el chère compagne : Sociatl necessitudinipa* ruissei : ni se laisser dans son domestique et dans la mère future de tous ses enfants une éternelle contradiction. A la lin néanmoins il donna dans la séduction : prévenu par sa complaisance , il commença lui-même à goûter les raisons du serpent, et conçut les mêmes es|)érances que sa femme, puisque ce n’était que par lui qu’elles devaient passera tous ses enfants, où elles ont fait tous les ravages que nous voyons encore parmi nous.

Adam crut donc qu’il saurait le bien et le mal , et que sa curiosité serait satisfaite. Adam crut qu’il serait comme un dieu , auteur par son libre arbitre de la fausse félicité qu’il affectait, ce qui contenta son orgueil; d'où tombé, dans In révolte des sens, il dierohadequot les flatter dans le goût exquis du fruit défendu. Qui sait si alors déjà corrompu , Eve ne commença pas à lui paraître trop agréable? Malheur à l'homme qui se peut plaire en quelque autre chose qu'en Dieul tous les plaisirs

' /. Joan. Il, 16 — * Gcn. ni. 6. — * /. Tim. ll, I4. ^ Jyg. de Cktlafe Dri, lih. xiv, r. Il , 2.

f ftss^ent , et tour À tour ou tout ensemble ils lui font la loi. Quoi qu*il en soit , la suite va faire pa> mitre que les deux époux devinrent un piège l'un t l'autre; et leurunion, qui devait être toujours honnête, s'ils eussent persévéré dans leur innocence, eut quelque chose dont la pudeur et l'honnêteté fut offensée.

Adam et ite l’aper^reDt de leur oodllék

Et aussitôt leurs ÿeux furent ouverts : et s'étant o;>erçw qu’ils étaient nus , ils se couvrirent de feuilles de figuier cousues ensemble, et se firent une ceinture: l’original porte : un habillement au> tour des reins Hélasl nous commençons à n'oser parler de la suite de notre histoire , où il commence à nous paraître quelque chose qu'une bouche pudique ne peut exprimer , et que de chastes oreiK les ne peuvent entendre. L’Ecriture s'enveloppe ici elle-même , et ne nous dit qu'à demi-mot ce que sentirent en eux-mêmes nos premiers parents. Jusqu'ici leur nudité innocente ne leur faisait point de peine. Voulez-voüs savoir ce qui leur en fait? Considérez comme ils secouvrent,et de quoi. Ce n'est point contre las injures de l’air qu'ils se couvrent de feuilles; Dieu leur donna dans la suite des habits de peau pour cet usage, eUes en revêtit lui-méme*. Ici ce n'est que des yeux et de leurs propres yeux qu'ils veulent se défendre. Us n'ontbesoin que de feuilles, seulement ils en choisissent des plus larges et des plus épaisses, que la vue puisse moins percer. Ils s’en avisent d’eux-méines , et c'est ainsi que leurs yeux furentouverts ^ : non qu’auparavonl ils fussent eveugles , comme l’ont cru quelques interprètes. S'ils l'eussent été, ni Adam n'eùt vu les animaux ou Éve même qu’il nomma : ni Eve n'aurait vu ou le serpent ou le fruit. Dire donc que tes yeux leur furentouverts f c'estune manière honnête et modeste d’exprimer qu’ils sentirent leur nudité, et c'est par là qu’ils commencèrent en effet, mais pour leur malheur, à connaître le mal. En un mot, leuresprit, qui s’est soulevé contre Dieu, ne peut plus contenir le corps auquel II devait commander. Et voilà, incontinent après leur péché, la cause de la honte que jusqu'alors ils ne connaissaient pas. Achevons, pour ne pas revenir à ce désordre honteux. Nous en naissonstous, et c'est par là que notre naissance et notre conception, c'est-à-dire, la source même de notre être, est infectée par le péché originel. O Dieu! où en sommes-nous, et de quel état somtnes-nous déchus!

Ëoomtté du péché d'Adam-

Qui pourrait dire combien énorme a été le crime d'être tombé, en sortanttout récemment des mains de Dieu, dans une si grande félicité, dans unes! grande facilité de ne pécher pas? Voilà déjà deux

* ni. 7. — * Ibid' ai. — ’ Jbid 7-

LES MYStÊRES. 6S*

causes de l'énormité ; la félicité de l'état d'où tout besoin était banni; la facilité de persévérer dans ce bienheoreus état; d'où toute cupidité, touté ignorance , toute erreur, toute inSrmité émit dtée.

précepte , comme on a vu , n'était qu'une douce épeeuve de la sujétion, un frein léger du libre arbitre, pour lui faire apercevoir qu'il avait unmaitrev mais le maître le plus bénin , qui lui imposait par bonté le plus doux et le plus léger de tous lea Jougsv Il est tombé néanmoins; et Samn en a été le vainqueur. Quoiqu'on ait peine à connaître par où lé péché a pu pénétrer, c'est asseü que l'homme ait été tiré du néant , pour en porter la capacité dans son fonds; c'est asseg qu'liait écouté, qu'ilaitbésité pour en venir ù l'effet.

A ces deux causes de l'énormité du péché d'Adam, ajoutons-r l'étendue d’un si grand crime qui corn, prend en sol tous les crimes , en répandant dans le genre humain la concupiscence qui lespmduit tous, per lequel il donne In mort à tout ses enfants qui sont tous les hommes , qu'il livre tous au démon pour les égorger, et coopère avec celui dont le Fils de Dieu a dit, pour cette raison , qu’éf a été homicide dés le commencement Mils s'il a été bomicide, Adam a été le parricide de soi-mémeetde tout ses enfants qu1l a égorgés , non dans le berceau , mais dans le sein de leur mère , et même avant la naissance ; il a encore égorgé sa propre femme , puisqu'su Heu de la porter à la pénitence qui l'au>rait sauvée , il achève de la tuer par sa complaisance. O le plus grand de tous les pécheurs , qui te donnera le moyen de te relever d'unO si affreuse chute I quel asile trouveras-tu contre ton vaiirqueur? A quelle bonté auras-tu recours.’ A la seule bonté de Dieu ; mais tu ne le peux ; et c’est là le plus malheureux effet de ta chute; tu ne peux que fuir Dieu comme on va voir, et augmenter tort péché. Craignons donc du moins dans notrefiiiUene le péché qui nous a vaincus dans notre force.

Ville ÉLÉVATION.

PresMoede Dieu redouUble aux pedieun : no. premier.

parcaU augmeult'ut Irarcrlmevny cherchant An cxcum..

Comme Dien se promenait dans le paradis (car pour les raisons qui ont été dites , nous avons va qu’il leur apparaissait sous des figures sensibles) , ils en entendirent le brait. Adam et Ève se caeM‘rerU de devant la face du Seigneur^ dans tépairseur du bois dn paradis. Et le Seigireur Dim appela Adam, et hii dit : Ok es-tu f et Adam tut ré>. pondit : J'ai entendu dans te paradis le bruit de votre présence, et fe l'ai redoutée, parce que fêtais nu, et Je me suis caché. Et Dieu lui SU ; Mais qui t’a montré que tu étals nu, si ce n'est que tuas mangé du fruit que Je l'avais défendu»}

Il est dit dans l'Écriture que Dieu se promenait à l'air durant le midi. Ces choses en elles-mêmes si peu convenables à la majesté de Dieu , et à l'idée de perfection ou'il nous a donnée de lui-même,

* joan. T1II, 44. — * 6#n. Ill, 8.9, M. II.

DiÿMiz!t:u

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

nous sfcitisseDt d*avoir recours au sens spiritue]. I.e midi, qui est le temps de la grande ardeur du jour, nous signiOe Tardeur bnllante de la justice de Dieu, lorsqu'elle vient se venger des pécheurs; et quand il est dit que Dieu dans cette ardeur se promène k l'air , c'est qu'il tempère par bonté l’ar> deur intolérable de son jugement. Car c'était déjà un commencement de bonté de vouloir bien re> prendre Adam ; au lieu que, sans le reprendre, il pou> vaitle précipiter dans les enfers, comme il a fait range rebelle. Adam n'avait pas encore appris à proflter de ces reproches , et comme à respirer à cet air plus doux : plein des terreurs de sa conscience , il se cache dans la forêt , et n'ose paraître devant Dieu.

Nous avons vu l'homme pédteur qui ne peut pas ae souffrir lui-même; mais sa nudité ne lui est jamais plus affreuse que par rapport, non point à lui-même , mais à Dieu , devant qui tout est à nu et 9 découvert ' , jusqu’aux replis les plus intimes de sa conscience. Contre des yeux si pénétrants, des feuilles ne sufllsent pas. Adam cherche l’épais des forêts, et encore n’y trouve-t-il pas de quoi s’y •mettre à couvert. Il ne faut pas s'imaginer qu'il rrdt se soustraire aux yeux invisibles de Dieu : il tâcha du moins de te sauver de sa présence sensible qui le brdlait trop ; à peu près comme feront ceux qui crièrent au dernier jugement :Afojt/o^nes, fomsurnoui : coltines , enterrei~nous >. Mais la voix de Dieu le poursuit. Âdam, où es4u1 Combien loin de Dieu et de toi-même! Dans quel abîme de maux, dans quelles misères, dans quelle ignorauee, dans qiMl déplorable égarement!

A «ttearo» , étonné , et ne sachant où se mettre : Je me euis caché, dit-il, parce que fêtais nu. Mais qui t’a -dit que fn étais nu, dit le Seigneur, si ce H'est que tu as mangé du/ruU défendu f Adam lui répondit: Lu femme que vous m’avez donnée pour rompagme sn'a présenté du fruit, et fcn ai mangé Cest ici que les excuses commencent ; ▼aines excuses qui ne eouvrent-pas le crime , et qui découvrent l'orgueil et l'impénitence. Si Adam, si Eve avaient pu avouer Tiuihlhement leur faute, qui sait jusqu'où se serait portée la miséricordedeDieu? Mais Adam rejette la faute sur la femme , et la femme sur le serpent, au lieu de n'en accuser que leur libre arbitre. De si frivoles excuses étaient figurées par les feuilles de figuier, par l'épaisseur de la forêt dont Ils pensaient se couvrir. Mais Dieu fait voir la vanité de leur excuse. Que sert à l'homnie de dire : La femme que cous m’avez donnée pour compagneJ Il semble s’en prendre à Dieu n>êi»6. Mais Dieu lui avait-il donné cette feranae pour compagne de sa désobéissanoe? Ne devait-il pas la régir, la redresser? Cest donc lecombledu crime, loin del’avouer, d'en vouloir rejeter la faute sur sa malheureuse compagne, et sur Dieu même qui la lui avait donnée.

Ne cherchons point d'excuse à nos crimes : ne les rejetons pas sur la partie faible qui est en nous ; confessons que b raison devait présider et dominer

* IV, IS. — * LmC. XXiU, aO — 3 <r(«. ut, 10, fl , ix

à ses appétits : ne cherchons point à nons couvrir : mettons-nous devant Dieu ; peut-être alors que sa bonté nous couvrira d’elle-même, et que nous serons de ceux dont il est écrit : Bienheureux ceux dont les itüquUés ont été remises, et dont les péchés ont été couverts '.

Ordre de U >asUce de Dieu.

Il faut ici distinguer l’ordre du crime d’avec l’ordre de b justice divine. Le crime commence par le serpent, se continue en Ève, et se consomme en Adam ; mais l’ordre de b justice divine est de s’attaquer d’abord au plus capital. Cest pourquoi il s’en prend d’abord à l'homme , en qui se trouvait , dans la plénitude de la force et de b grâce , b plénitude de la désobéissance et de l'ingratitude. Cétait à lui qu’était attachée b totalité de la grâce ori^pnelle; c’ébit à lui que les grands dons avaient été communiqués; et à lui qu’avait été donné et signifié le grand précepte : c'est donc par lui que Dieu commence; l'examen passe ensuite à b femme; Il se termine au serpent; et rien n'édiappe à sa censure.

Suite dec exoEure.

FA Dieu dit à Ève : Pourquoi atyez-vous fait cela T Elle répondit : Le serpent m ’a trompée *. Mais pourquoi vous laissiez-vous tromper? N'aviez-vous pas tout ensemble votre libre arbitre et ma grâce? Pourquoi avez-vous écouté? lâ conviction était facile; mais Dieu en bisse l'effet à la conscience d’Éve; et se tournant vers le serpent, dont l’orgueil et Pobstination ne lui permettait pas de s'excuser; sans lui demander de Pourquoi, ainsi qu'il avait fait à Adam et à Ev*e, U lui dit décisivement et tout court : Parce qui v/us avez fait cela , vous serez mandtl parmi tous tes animaux : vous marcherez sur rotre estomac, et ta terre sera votre nourriture Voilà trois caractères du serpent : d'élre en exécration et en horreur plusque tous les autres animaux; c’est aussi le caractère de Satan , que tout le monde maudit ; de marcher sur son estomac, de n'avoir que des pensées basses, et, re qui revient à la même chose, de se nourrir de terre, c'est-à-dire, de [«nsées terrestres et corporelles, puisque toute son occupation est d'élre noire tentateur, et de nous plonger dans la chair et dans le sang. La suite marque encore mieux le caractère du diable, qui le pousse à porter des plaies en trahison, et à attaquer par l’endroit le plus faible ; c'est ce que Dieu explique par ces paroles : Tu kd dresseras des embûches, et lui mordras te talon *. C4>mme donc les caractères du diable doivent être représentés par ceux du serpent, Dieu, qui le prévoyait, le détermina à se servir de cet animal pour parler à Ève, afin qu’étant l'image du diable par ses embd-

' Pi. *1X1, 1. — * Gm. m 11 — J Ihid. 14. — * Ibtd.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTKfiES.

c)w9, il en représentAt encore le juste supplice; en sorte que ces caractères que nous venons de marquer, convinssent au serpent en parabole, et au diable en vérité.

Considérez un moment comment Dieu atterre oet esprit superbe, enflé de sa victoire sur le genre humain. Quel autre en a remporté une plus entière? Par un seul coup tout le genre humain devient le captif de ce superbe vainqueur. Vantez-vous de vos conquêtes , conquérants mortels : Dieu , qui a humilié le serpent au milieu de son triomphe, saura vous abattre.

Le supplice d’Êre : et ooromeot 11 est changé en remède.

Le Seigneur du à ta femme : Je multiplierai tee calamitée et tee enfaHtemeiUe; tu eujanterae dane ta douteur '. La fécondité est la gloire de la frmme; c'est là que Dieu met son supplice : ce n'est qu'au péril de sa vie qu'elle est féconde. Ce supplice n'est pas particulier à la femme. La race humaine est maudite ; pleine, dès la conception et dès la naissance , de confusion et de douleur, et de tous cétés environnée de tounuents et de mort ; l'enfant ne peut naître sans mettre sa mère en péril; ni le mari devenir père sans hasarder la plus chère moitié de sa vie. Ëve est malheureuse et maudite dans tout son sexe, dont les enfants sont si souvent les meurtriers : elle était faite pour être à l'homme une douce société, sa consolation, et pour faire la douceur de sa vie; rlle s'enorgueillissait de cette destination, mais Dieu y mêle la sujétion : et il cliangeen une amère domination celte douce su|>ériorité qu'il avait d'abord donnée à l'homme. Il était supérieur par raison; il devient un maître sévère par humeur; sa Jalousie le rend un tyran ; la femme est assujettie à cette fureur, et dans plus de la moitié de la terre les femmes sont dans une espèce d'esclavage. Ce dur empire des maris , et ce joug auquel la femme est soumise , est un effet du péehé. Les mariages sont aussi souvent un supplice qu'une douce liaison ; et on est une dure croix l'un à l'autre , et un tourment dont on ne peut se délivrer ; unis et séparés , on se tourmente mutuellement. Dans le sens spirituel , on n'enfante plus qu'avec peine; toutes les productions de l'esprit lui eodtent, tes soucis abîment nos Jours; tout ce qui est désirable est laborieux.

Par la rédemption du genre humain , le supplice d'Eve se change en grâce. Sa première punition lui rendait sa fécondité périlleuse; mais la grâce, comme dit saint Paul , fait qu’effe est sauvée par la production des enfants'. Si sa vie y est exposée, son salut y est assuré, pourvu qu'elle soit Adèle à ce que demande son état; c'est-à-dire, qu'elle demeure dans ta fol conjugale , dans un amour chaste de son mari , dans la sanctification et la piété, comme naturelle à son sexe; bannissant les vanités de la parure et toute mollesse, par la sobriété, la modé-

' CtH. III, la. — ’ /■ Tim. Il, is.

ration et la tempérance, eonuneajoute le même saint Paul.

Xll' ÉLÉVATION.

Letuppliœ d'Adun, e( premlèrenent le tnveU.

Dieu dit à y4dam : Parce que tu a$ écouté la pa* rote de ta femme*. Cest par où commemse l'accusation : niomme est convaincu d'abord d'une complaisance excessive pour la femme ; c'est la source de notre perte, et ce mat ne se renouvelle que trop souvent. Continuons : Parce que tu a* mangé du fruit que je Pavais interdit , la terre est maudite dans ton traçait; tu ne mangeras ton pain qu'avec ta sueur de ton visage ; et lereste. C'est par où conv mence le supplice; mais U est exprimé par des paroles terribles : La terre est mauditedasss ton iravail : la terre n'avait point péclié ; et si elle est maudite , c'est h cause du travail de l'bomnM maudit qui la cultive : on ne lui arrache aucun fruit , et sur^ tout le fruit le plus nécessaire , que par force et parmi des travaux continuels.

Tous les jours deta vie*.La culture de la terre est un soin perpétuel qui ne nous laisse en repos ni jou r ni nuit , ni en aucune saison : à ciiaque moment l'espérance de la moisson et le fruit unique de tous nos travaux peut nous échapper : nous sommes à la merci du ciel inconstant, qui fait pleuvoir sur le tendre épi , non-seulement les eaux nourrissantes de la pluie , mais encore la rouille inhérente et consumante de la niellure.

la terre te produira des épinesetdes buUtonsK Féconde dans son origine et produisant d'elle-ménie les meilleures plantes, maintenant si elle est laissée à ton naturel, elle n'est fertile qu’en mauvaises herbes; elle se hérisse d'épines; mena^nte et déchirante de tous cdtés , elle semble même nous vouloir refuser la liberté du passage , et on ne peut marcher sur elle sans combat.

Tu mangeras l’herbe de la terre 4. Il semble que, dans l'innocence des commencements, lerar» bres devaient d'eux-mémes offrir et fournir à l'homme une agréable nourriture dans leurs fruits; mais depuis que l'envie du fruit défendu nous eut fait pécher, nous sommes assujettis à manger l'herbe que la terre ne produit que par force ; et le blé dont se forme le pain qui est notre nourriture ordinaire, doit être arrosé de nos sueurs. Cest ee qu'insinuent ces paroles : Tu mangeras l'herbe; et ton pain te sera donné à ta sueur de ton visage. Voilà, le cuin* mencement de nos malhours : c'est un continuel travail qui seul peut vaincre nos besoins et la faim qui nous persécute.

Jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu as éléforméf et que tu deviennes poussière Il n'j a point d'autre fin de nos travaux ni d'autre repos pour nous, que la mort et le retour à la poussière, qui est le dernier anéantissement de nos corps. Cet objet est toujours présent à nos yeux : la mort se présente de toutes parts : la terre même

* Cen. III, 17, IB, 19. — * tbid. - ^ Ibid. 18. — ' Ibid, - » Ibid.

(U ÉLÉVATIONS SUR

que nous cultivons nous la met incessamment de> vant la vue : c'est l'esprit de cette parole; L'homme ne cessera de travailler la terre dont U est pris * , et où il retourne.

Homme, voilà donc ta vie : éternellen>ent tour> •lenter la terre, ou plutôt te tourmenter loi'métne en la cultivant; jusqu’à ce qu'elle te reçoive toi- Diémeetquetu ailles pourrir dans son sein. O re* pos affreux \ à triste ûn d'un continuel travail !

Xllle ÉLÉVATION.

Ixs habits , et \n Injures de l'air.

Elle Seigneur Dieu /U à ^dam, et à sa femme, des habits de peaux ; et U tes en revêtit ». L’homme ne devient pas seulement mortel , mais exposé par sa nmrtalité à toutes les injures de l'air, d'où nais> sent mille sortes de maladies. Voilà la source des habits que le luxe rend si superbes : la honte de la nudité les a commencés; rinfirmité les a étendus sur tout le corps; le kue veut les enrichir, et y mêle la mollesse et l’orgueil. O honune! reviens à ton origine! pourquoi t'enorgueillir dans tes habits? Dieu ne te donne d'abord que des peaux jtour te vé' tir : plus pauvre que les animaux dont les fourrures leur sont naturelles, infirme et nu que tu es , tu te trouves d'abord à l'emprunt : ta disette est infinie} tu empruntes de tous côtés pour te parer. Mais ah Ions à l'origine, et voyons le principe du luxe : après tout , il est fondé sur le besoin ; on tâche en vain de déguiser cette faiblesse en accumulant le superflu sur le nécessaire.

L'honune en a usé de même dans tout le reste de ses besoins, qu'il a tâché d’oublier et découvrir en les ornant. Les maisons qu'on déxwre par l'ar^ chitecture, dans leur fond ne sont qu’un abri contre la neige et les orages , et les autres injures de l'air * les meubles ne sont dans leur fond qu’une couverture contre le froid : ces lits qu'on rend si superbes, ne sont après tout qu'une retraite pour soutenir la faiblesse, et soulager le travail par le sommeil : il y faut tous les jours aller mourir, et passer dans ce néant une si grande partie de notre vie.

Suite ilu supplice d'Adam : la dérUloii de Dieuu

"Et Dieu dit : l'oyez Àdam qui est devenu comme nn de nous, sachant le bien et le mal ;pre> mm* donc qarde qu'il ne tneffe encore la main sur le fruit de vie, et ne vire êterneUement^. Cette dérision divine était due à sa présomption. Dieu dit en lui-méme et aux personnes divines, et si l'on veut , aux saints auges : Voyez-moi ce nouveau Dieu , qui ne s'est pas contenté de la ressemblance divine que Dieu avait Imprimée nu fond de son finie; il s'est fait Dieu à sa façon : voyez comme il est savant, et qu’en effet il a bien appris le bien et le mal à ses dépens ! prenons garde qu'nprès nous avoir si bien dérobé la science , il ne nous dérobe

^ ni, aa. — ’ tbiâ. 21. — 22.

LES MYSTÈRES

encore l'immortaiité. Remarquons que Dieu ajoalo la dérision au supplice. Le supplice estdd à la révolte; mais l'orgueil y attirait la dérision. Je vbus ai appelés, et vous avez refusé d'entendre ma voir ; j'ai tendu le bras, H personne ne nta regardé; vous avez méprisé tous mes conseils, vous avez négligé mes avis et mes reproches, et moi aussi à mon tour je rirai dans votre perte; je me moquerai de vos malheurs et de votre mort ». C'est, direz-vous, pousser la vengeance jusqu’à la cruauté ; je l’avoue : mais Dieu aussi deviendra cruel et impitoyable. Après que sa bonté a été méprisée^ il poussera la rigueur jusqu'à tremper et laver scs mains dans le sang du pécheur. Tous les justes en- Ireronl dans cette dérision de Dieu ; Et ils riront sur l'impie, et ils s'écrieront : Voilà V homme qui n'a pas mis son secours en IHeu; mais qui a espéré dans l'abondance de ses richesses; et il a prévoln par sa vanité*. One vanité insensée lui offrait une flatteuse ressemblance de la divinité même. ddam est devenu comme un de nous : il a voulu être riche de ses propres biens ; voyez qu’il est devenu puissant! Ainsi ces redoutables et saintes déri* sions de la justice divine, suivies de celles des justes, ont leur origine dans celle où Dieu insulte à Adam dans son supplice. Jésus-Christ, qui nous a mis à couvert de la justice de Dieu, lorsqu'il en a porte le poids, a souffert cette dérision dans son supplice : .?'// est le fds de Dieu, qu’il descende de la croix, et nous a'oirons en lui; que Dieu, qu'it se vante d'avoir pour père, le délivre *. C’est ainsi que lui insultaient les impies dans son supplice , mêlant à la cruauté l’amertume de la moquerie ; de cette sorte il a expié la dérision qui était tombée sur Adam et sur tous les hommes.

C’est au milieu de cette amère et insultante dérision que Dieu le chasse du paradis de délices, pour iravailler à ta terre d'où il a été pris El voilà à la porte de ce paradis délicieux une chérubin qui roule en .sa main un épée de feu * : en sorte que ce même lieu, auparavant si plein d’attraits, devient un objet d’horreur et de terreur.

XVc ÉLÉVATtON.

La mort , vraie peine du péché.

du jour que vous mangerez du/ruit défendu, vous mourrez de mort Dans l'instant même vous mourrez de la mort de i’àme, qui sera incontiueot séparée de Dieu , qui est notre vie , et l'àme de l'àme même. Mais encore que votre ôine ne soit pas actuellement séparée de votre corps àrinstunt même du péclié, néanmoins à cet instant elle mérite de l’être ; elle en est donc séparée quant à la dette, quoique non encore par l'effet : imus devenons mortels : nous sommes dignes de mort : la mort nous domine : notre corps dès là devient un joug a notre âme, et nous accable de tout le poids de la mortalité et derinlirmitéqui l'accompagnent. Justement, Seigneur, justement : car fâme qui a

* Prov. 1,21 .26, — * pA. 1 1. «, 9. — > StaUh. Xivil, 40, «2, 4S. — « Cf». III, 23. - » Cfn.lll,21. — Il, 17

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

ficrdu volontairement Dieu, qui était son âme, est punie de sa défection par son inévitable séparation d’avec le corps qui lui est uni ; et la perte que fait le corps par nécessité , de l'âme qui le gouverne et le perfectionne, est le juste supplice de celle que l'âme a faite volontairement de Dieu, qui la vivi- Gait par son union.

Justice de Dieu, Je vous adore! il était juste que, composé de deux parties dont vous aviez rendu Punion immuable tant que je demeurerais uni à vous par la soumission que je vous devais, après que je me suis soulevé contre vos ordres inviolables, je visse la dissolution des deux parties de moi-naéine auparavant si bien assorties, et que je visse mon corps en état d’aller pourrir dans la terre, et de retourner à sa première boue. O Dieu , je subis la sentence; et toutes les fois que la maladie m’attaquera, pour petite qu’elle soit, ou que je songerai seulement que je suis mortel, je me souviendrai de cette parole : Tu mourras de mort; et de cette juste condamnation que vous avez prononcée contre toute la nature humaine. L’horreur que j'ai naturellement de la mort, me sera une preuve de mon abandonnement au péché: car, Seigneur, si j'étais demeuré innocent, il n'y aurait rien qui pût me faire horreur. Mais maintenant je vois la mort qui me poursuit, et je ne puis éviter ses affreuses mains. O Dieu! faites-moi la grâce que l'horreur que j'en ressens , et que votre saint Gis Jésus n'a pas dédaigné de ressentir, m'inspire l'horreur du péché qui l'a introduite sur la terre. Sans le péché, nous n'aurions vu la mort que peut-être dans les animaux : encore un grand et saint docteur* semblet-il dire, qu'elle ne leur serait point arrivée dans le paradis, de peur que les yeux innocents des liommes n'eussent été frappés de ce triste objet. Quoi qu'il en soit, d Jésus! je déteste le péché plus que la mort, puisque c’est par le péché que la mort a régné sur tout le genre humain , depuis Adam * notre pre- ; mier père , jusqu'à ceux oui vous verront arriver dans votre gloire.

La mort éternelle.

Mais la grande peine du péché , celle qui est seule proportionnée, c'est la mort éternelle : et cette peine du péché est enfermée dans le péché même. Car le péché n’étant autre chose que la séparation volontaire de l'homme qui se retire de Dieu , il s'ensuit de là que Dieu se retire aussi de l’homme, et s'en retire pour jamais, l’homme n'ayant rien par où il puisse s’y rejoindre de lui-même : de sorte que, par ce seul coup que se donne le pécheur, il demeure éternellement séparé de Dieu, et Dieu forcé par conséquent à se retirer de lui , jusqu'à ce que, par un retour de sa pure miséricorde, il lui plaise de revenir à son inGdcle créature. Ce qui n’arrivant que par une pure bonté que Dieu ne doit point

* 5. .htg. eoHtr. JuK lib. MT, ». 117. — * Aom. V, IS, 14

au pécheur, U s’ensuit qu’il ne lui doit autre chose qu’une éternelle séparation et soustraction de sa bonté , de sa grâce , et de sa présence ; mais des-la son malheur est aussi immense qu’il est étemel.

Car que peut-i) arriver à l«i créature privée de Dieu, c’est-à-dire de tout bien? Que lui peut- il arriver, sinon tout mal? Adez, maudUs, au/eu élemel': et où iront-ils ces malheureux repoussés loin de la lumière, sinon dans les ténèbres éternelles? Où iront-ils éloignés de la paix, sinon au trouble, au désespoir, au grincement de dentsfOù irontils, en un mot, éloignés de Dieu, sinon en toute l'horreur que causera l'absence et la privation do tout le bien qui est en lui , comme dans la source ? Je te montrerai tout le 6/en*, dit-il à Moïse, en me montrant inoi-méme. Que pourm-t-il donc arriver à ceux à qui il refusera sa face et sa présence désirable, sinon qu'il leur montrera tout le mal, et qu’il le leur montrera non-seulement pour le voir, ce qui est affreux; mais ce qui est beaucoup plus terrible, pour le sentir par une triste expérieiue? Et c'est là le juste supplice du pécheur qui se retire de Dieu, que Dieu aussi se retire de lui, et par celle soustraction le prive de tout le bien, et l'investisse irrémédiablement et inexorablement de tout le mal. O Dieu! ô Dieu! je tremble : je suis saisi de frayeur à cette vue. Consolez-moi par l'espérance de votre bonté : rafraîchissez mes entrailles, et soulagez mes os brises, par Jésus-Christ votre Fils, qui a porté la mort pour me délivrer de ses terreurs et de toutes ses affreuses suites, dont la plus inévitable est l'enfer.

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