‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 12 sur 192 · Ci-deuu* iiv. ni · texte numérisé non relu

Ci-deuu* iiv. ni

Iraini de tout cdlée , et plus encore de celui de Lu> tber que de tout autre , il n*ose jamaia parler, et se réserve à de meiUeurs temps , s'il en vienl dit-il ' , qui soient propres aux desseins que fai dans feu prit. C'est ce qu'il écrit en 1S87 dans l’assemblée de Smalcalde , où on dressa les articles dont nous Bons de parler. On le voit cinq ans après et en 1543, soupirer encore après une assemblée libre du parti * , où l'on explique la doctrinedune ma^ nUre fertne et précise. Encore après, et vers les dernières années de sa vie, il écrit à Calvin et à Bulinger, qu’on devait écrire contre lui sur le sujet de l'eucharistie etde l'adoration du pain : c'était des luthériens qui devaient faire ce livre ; S'ils le publient, disait-iM, Je parlerai franchement. Mais ce meilleur temps, ce temps de parler franchement , et de déclarer sans crainte ce qu'il appelait la vérité, n’est Jamais venu pour lui; et il ne se trompait pas quand il disait que, de quelque sorteque tournassent les affairesy jamais on n'au* rail la tWerté de parler franchement sur les rfopmes *. Lorsque Calvin et les autres l'excitent à dire ce qu’il pense , il répond comme un homme qui a de grands ménagements , et qui se réserve toujours à eivpliquej* de certaines choses^, que néanmoins on n'a jamais vues : de sorte qu’un des maîtres principaux de la nouvelle réforme, et celui qu’on peut dire avoir donné la forme au luthéranisme , e&t mort sans s’étre expliqué pleinement sur les controverses les plus importantes de son temps.

C’est que durant la vie de Luther il fallait se taire. On ne fut pas plus libre après sa mort. D'autres tyrans prirent la place. C’était Illyric, et les autres qui menaient le peuple. Le malheureux Melanchton se regarde au milieu des luthériens ses collègues, comme au milieu de ses ennemis, ou, pour me servir de ses mots, comme au milieu de guêpes furieuses , et n'espèix froucer de sincérité que dans le ciel Je voudrais qu'il me lût permis d’employer le terme de démagogue, dont il sc sert r c'était, dans Athènes et dans les états populaires de la Grèce, certains orateurs qui se rendaient tout-puissants sur la populace, en la flattant. Les Églises luthériennes étaient menées par de semblables discoureurs : « gens ignorants, selon Me- « ianchton? , qui ne connaissaient ni piété, ni dis-

• ripline. Voilà, dit-il, ceux qui dominent; et jo

• suis comme Daniel parmi les lions. • trest la peinture qu’il nous fait des ^.glises luthériennes. On tomba de là dans une anarchie., c’est-à-dire , comme il dit lui-méine • , dans un état qui enferme tous les maux ensemhle : il veut mourir, et ne voit plus d’espérance qu'en celui qui avait promis de soutenir son Église, même dans sa ticil/esxe., et [ Jusqu'à lafndes siècles. Heureux, s’il avait pu voir : qu’il ne cesse donc jamais de la soutenir !

C'est à quoi on se devait arrêter : et puisqu'il

* Lib.Vt, ep.^X.—^ ep. IIO.ro/. 147.*— .Vr/.

Catv. tp. p. 31», Î30. — * Lib. ir, ep. I3S. — * Ep. Met. M/. Catv. rp. p. IW. Catv. rrtp. 311—* .Vf/. epUt. nû Catv, tmtet Catv, episi. p. 144. ’ /.tb. IV, rp. sud, »42, 84S. —

• Jhitl. ei t. I, (07 i IV, 7S, 7S6 , rtc.

en fallait enfin revenir aux promesses faites i l’Église, Meianebton n'avait qu'à considérer qu’elles devaient avoir toujours été autant inébranlables dans les siècles passés , qu’il voulait croire qu'elles le seraient dans les siècles qui ont suivi la réfor* matioo. L'Église luthérienne n'avait point d'assu* rance particulière de son éternelle durée ; et la réformation faite pc*ir Luther ne devait pas demeurer plus ferme que la première iustitution fuite par Jésus-Christel par ses apôtres. Comment Melanchton ne voyait-il pas que la réforme, dont il voulait qu'ou clumgeâl tous les jours la foi , n'était qu'un ouvrage humain? Nous avons vu qu'il u changé et rechange beaucoup d’articles importants de la Confession d'Augsbourg, après même qu'eilo a été présentée à l’empereur Il a aussi ôté en divers temps beaucoup de dioses importantes de l'apologie, encore quelle fût souscrite de tout le parti avec autant de soumission que la Confession d'Augsbourg. Eu lô32, après la Confession d'Augsbourg et l’apologie , il écrit encore « que des points

• très-importants restent indécis, et qu’il fallait « cherdicr sans bruit les moyens d'expliquer les « dogmes *. Que je souhaite, dit-il, que cela se fj.sse, " et se fasse bien! • comme un homme qui sentait en sa conscience que rien jusqu’alors ne s’etait fait comme il faut. En 1533 : * Qui est-ce qui songe,

• dit-il à guérir les consciences agitées de don-

• les, et à découvrir In vérité? ■ En 1535 ; * Coni- « bien , dit-il * , meritons-nuus dVlre blâmés, nous « qui UC prenons aucun soin de guérir les ronscien-

• ces agitées do doutes, ni d’expliquer les dogmes

• purement et simplement, san.s sophisterie? Ces

• choses me tourmentent terriblement. » Il souhaite, dans la même année, « qu’une assemblée « pieuse juge le procès de l'eucharistie sans sophis- « terie et sans tyraunie^. • H juge donc la chose indécise; et cinq ou six manières d’expliquer cet article, que nous trouvons dans la (.'x>nfes8ion d'Augsbourg et dans l'apolugic, ne l'ont pas contenté. En I53G, accusé de trouver encore Ix-aucoiip de doutes dans la doctrine dont il faisait profession, il répond d'abord qu'elle est inébranlable^; car il fallait bien parler ainsi, ou al>andonner la cause. Mais il fait connaître aussitôt après, qu’en effet il y restait beaucoup de defauts : il ne faut pas oublier qu'il s'agissait de doctrine. Me.lanchton rejette ces defauts sur les vices et sur l'opiniâtreté des ecclésiastiques , * par lesquels il est arrivé , dit-il , qu’on

• laisse parmi nous aller les choses comme elles « pouvnieitt , pour ne rien dire de pis ; qu’on y est M tombe en beaucoup de fautes , et qu'on y Ht au « commencement beaucoup de choses sans raison. • Il rtH'onnalt le désordre; et la vaine excuse qu’il eiierclie, pour rejeter sur l'f^lise catlioüque les défbuls de sa religion, ne le couvre point. Il n'était pas plus avancé en 1537, et durant que tous les docteurs du parti, assemblés avec Luther à Sinalcalde, y expliquaient de nouveau les points de doc-

• /'ey, fi-dri«Ui, tic, ni, — * IV, rp. 133. — * Ibid, rp^ 140. — • rp. 170. •— * t.ib. III. rp. Hi. • lit. IV. tp. \»i.

DES VARIATIONS, LIV. V

(rinCt ou p!uuU qu'ils y souscrivaient aux décisions de Lulhor. • JVtais d'avis, dit-il », qu'eti rejetant

• quelques paradoxes on expliqu^^t plus simplement « la doctrine ! » et encore qu'il ait souscrit, comme on a vu , n ces décisions , il eu fut si peu satisfait , qu'en 15-J2 nous l'avons vu * souhaiter encore une « autre assemblée, oà les dogmes fussent expliqués «d'une manière ferme et précise*. » Trois ans apres, et en 1545, il reconnaît em*ore que la vérité avait été decouverte fort imparfaitement aux prédicateurs du nouvel Evangile. « Je prie Dieu , Jit- « il qu’il fasse fruclitliT cette telle quelle petitesse

• de doctrine qu’il nous a montrée. • Il déclare que pour lui il a fait tout ce qn'il a pu. « I.a volonté,

• dit-il, ne m'a pas manque; mais le temps, les

• conducteurs et les docteurs. * iMais quoi! son maître Luther, cet homme qu’il avait cru suscité de Dieu pcmr dissiper les tenchres du monde, lui manquait-il? Sans doute il se fondait peu sur la doctrine d'un tel maître , quand il se plaint si amèrement d'avoir manqué de docteur. Kn effet, apres la mort de Luther, Melanchton , qui en tant d'endroits lui donne tant de louanges, écrivant confideminent à son ami Cainerarius, se contente dedire assez froidement , ([u'ff a du moins bien explique quelque partie de (a doetrlnc céleste lî n peu après il confesse (pte lui et les autres sont tombes dans beaucoup d'erreurs, qu'on ne poiwatt érîter en sortant de tant de ténèbres * , et se contente de dire que plusieurs choses ont été bien expliquées ; ce qui s'accorde parfaitement avec le désir qu’il avait qu'on expliquât mieux les autres. On voit, dans tous les passages qtie nous avons rapportés , qu'il s'agit de dogmes de foi; puisqu’on y parle partout de décisions, et de décrets nouveaux sur ta doctrine. Qu'on s'étonne maintenant de ceux qu'on appelle cluTcheurs en Angleterre. Voijà Melanchton p.:i-inéme qui cherche encore beaucoup d'articles de sa religion, quarante ans après t.i prédication de Lutlicr, et rétablissement de sa réforme.

Si l'on demande quels étaient les dogmes que Melanchton prétendait mal expliqués, i) est certain que c'était les plus importants. Celui de l’eucharistie était du nombre. Kn 1553, après tous les changements de la ('onfcssioii d’Augsbourg, après les explications de l'apologie, après les articles de SmaJcalde, qu'il avait signés, il demande encore une nouvelle formule pour la céne'^. On ne sait pas bien ce q«i*il voulait mettre dans cette formule; et il parait seulement que ni celles do sou parti, ni celles du parti contraire, ne lui plaisaient, puisque, selon lui , les mi.s et les autres ne faisaient qu'obscurcir la matière 7.

Vn autre atlirie, dont il souhaitait la décision , Otait celui du libre arbitre, dont les conséquences influent si avant dans les matières de la justilkatlon et de la grâce. En 1518, il écrit à Thomas Cranmer, cet archevêque de Cantorbéri qui jeta le roi son maître dans l’abîme par ses comptai-

• IJb. IV. fp. W. — » Li*f. I. tp. 110. — 3 /.ift.lT, rp. fÆ2. ... t tùh. IV. rp. (iW. — * /'•!>/. rp 737. — ^ Lib. 1», rp UT. — ■ tbtU.

sances : - Dès le commencement, dit-il' , lus dis- « cours qu’on a f.iils parmi nous sur le libre arbi-

■ tre, selon les opinions de.s .Stoïciens, ont été trop « durs, et il faut songer à faire quelque formule

■ surcepoiiit. •Olledela Confession d‘.\ugsl>ourg, quoiqu’il l’edt lui-méme dressée, ne le contentait plus ; il commençait à viHilüirque le librearbitre agît non seulenient dans les devoirs de la vie civile , mais encore dans les operations de la grâce, et par son secours. Ce n’était pas là les idées qu'il avait reçues de Luther, ni ce que Melanchton hû-méme avait expliqué à Atigsbourg. Celte doctrine lui suscita d'*s contradii leurs parmi les probstants. Il se prépanita une vigoureuse défense, quand it écrivait à un ami ; .V’i7.v publient leurs disputes stoivitnnes (touchant la nécessité fatale, et contre ic franc arbitre) Je répondrai tres-qraenment et tres-doctement*. Ainsi, parmi ses malheurs, il rei^seni le plaisir de faire un beau livre, et persiste dans sa croyance, que la suite nous découvrira davantage.

On pourrait marquer d’autres points dont .Melanchton désirait la décision longtemps après la Confession d' Atigsbourg. .Mais ce qu'i) y a de plus étrange, c’est que pendant qu'il sentait en sa conscience, et qu'il avouait à ses amis , lui qui l'avait faite , la nécessité de la réformer en tant de chefs importants, lui même dans les assemblées ipii so faisaient en public, il ne cessait de déclarer, avec tous les autres, qu'il s'en tenait précisément à cette Confession , telle qu'elle fut présentée dans la diète d'AugsboiirgiCtà l’apologie, comme à la pure explication de la parole de Dieu\ La politique le voulait ainsi; et c'ciU été trop décrier la réformation , que d’avouer qu'elle eût erré dans son fondement.

Que! repos pouvait avoir Melanchton durant ces incertitudes? pis était qu'elles venaient du fond meme et pour ainsi dire de la cunstilulion do son Eglise, en aquclle il n'y avait point d'autorité légitime. ni de puissance réglée. L'autorité u.<<urpée n'a rien d'uniforme : elle pousse ou se relâche sans mesure. Ainsi la tyrannie et i’anarcliie s'y font sentir tour à tour, et on ne sait à qui s'adresser pour donner une forme certaine aux affaires.

l'n défaut si essentiel, cl en même temps si inévitable dans la constitution de la nouvelle réforme, causait des troubles extrêmes au malheureux Meianchlon. S'il nai.ssail quelques questions, il n'y avait aucun moyeu de les terminer. I.cs traditions les plus constantes étaient méprisées. L'Ecriture se laissait tordre et violenter à qui le voulait. Tous les partis ernvaient l'enteudre : tous publiaient quelle était claire, l’ersunnene voulait céder à son compagnon. Melanchton criait en vain qu'on s’assemblât pour terminer la querelle de l'eurharistic, qui déchirait la réforme Bai^saute. T.es conférences qu'on appelait amiables n’en avaient que le nom, et ne faisaient qu’aigrir les esprits, et eniharrnsser les affaires. Il fallait une asseuihlt e juridique, un concile (juiedt pouvoir de déterminer, et auquel les peuples se soumissent. M.us où le

' Lih. Ml, — IbH. rp. VI, — » Lib. Il, rp. CftO.— * /.rii. t 6G, 7U, Te..

DigitiZdJ uy CjOO^Ic

72 UISTOIRB

prendre dans la nouvelle réforme? La mémoire des évéques méprisés y était encore trop récente : tes particuliers qu'ou voyait occuper leurs places u'a* valent pas pu se donner un caractère plus inviolable. Aussi voulaient-ils de part et d'autre, luthériens et zuinçliens, qu’on jugent de leur mission par le fond. Celui qui disait la vérité avait, selon eux, la mission légitime. C’était la difUeultc de savoir qui la disait, cette vérité , dont tout le inonde se fait honneur; et tous ceux qui faisaient dépendre leur mission de cet examen la rendaient douteuse. Les évéques catholiques avaient un titre certain, et il n'y avait qu’eux dont la vocation fiU incontestable. On disait qu'ils en abusaient ; mais on ne niait point qu'ils ne l'eussent. Ainsi Melancliton voulait toujours qu’on les reconnût; toujours il soutenait qu’on avait tort de ne rien accorder à l'ordre sacré ». Si on ne rétablissait leur autorité, il prévoyait avec une vive et inconsolable douleur, que « la dism corde serait éternelle, et qu’elle serait suivie de

• l'ignorance, de la barbarie, et de toute sorte de

• maux. »

Il est bien aisé de dire, comme font nos réformés, qu’on a une vocation extraordinaire; que l’Église n'est pas attachée comme les royaumes à une succession établie, et que les matières de religion ne se doivent pas juger en la même forme que les affaires sont jugées dans les tribunaux. Le vrai tribunal, dit-on, c'est la conscience, où cliacun doit juger des choses par le fond , et entendre la vérité par lui-même : ces choses, encore une fois, sont aisées à dire. Melancliton les disait comme les autres* ; mais il sentait bien dans sa conscience, qu’il fallait quelque autre principe pour former l’Église. Car aussi pourquoi serait-elle moins ordonnée que les empires ? pourquoi n’aurail-elle pas une succession légitime dans ses magistrats? Fallait-il laisser une porte ouverte à quiconque se voudrait dire envoyé de Dieu, ou obliger les fidèles à en venir toujours à i'examen du fond, malgré l’incapacité de la plupart des hommes! Ces discours sont bons pour la dispute ; mais quand il faut finir une affaire, mettre la paix dans l’Église, et donner sans prévention un véritable repos à sa conscience, il faut avoir d'autres voies. Quoi qu'on fasse, il faut revenir à l’autorité, qui n'est jamais assurée , non plus que légitime , quand elle ne vient pas de plus haut, et quelle s’est établie parelleméme. C’est pourquoi Melancliton voulait reconnaître les évéques que la succession avait établis, et ne voyait que ce remède aux maux de l'Église.

La manière dont il s’en explique dans une de ses lettres est admirable « Nos gens demeurent d'ac-

• cord que 1 a police ecclésiastique , où on reconnaît - des évéques supérieurs de plusieurs églises, et l’é- « vô«jue de Home supérieur à tous les évéques, est

• permise, li a aussi été permis aux rois de donner « des revenus aux Églises : ainsi il n’y a point de ■ contestation sur la supériorité du Pa|)C, et sur

• l’autorité des évé(}ues ; et tant le Pape que les évéques peuvent aisement conserver « cette autorité

‘ Ltb , IV, tp. IW. — * fJb. I. 49. — * Rrtp. ad Bell.

« car il faut à l’Eglise des conducteurs pour main-

• tenir l'ordre, pour avoir l’ccil sur ceux qui sont « appelés au ministère ecclésiastique, et sur la doc-

• trille des prêtres, et |>our exercer les jugements « ecclésiastiques ; de sorte que, s’il n’y avait point « de tels évéques, il ex faudrait pairs. La « MOXARCHIE DU Pape servirait aussi beaucoup « à conserver entre plusieurs nations le consentc- « ment dans la doctrine : ainsi on s’accorderait fa- « cilement sur la supériorité du Pape, si on

• était d'accord sur tout le reste; et les rois pour- « raient eux-mémes facilement modérer les entre- « prises des papes sur le temporel de leurs royau-

• mes. > Voilà ce que pensait Melancliton sur l’autorité du Pape et des évéques. Tout le parti en était d’accord , quand II écrivit cette lettre : Sos gens^ dit-il, demeurent d'accord: bien éloigné de regarder l'autorité des évéques, avec ta supériorité et la mo)\archie du Pape, comme une marque de l’empire antichrétien, U regardait tout cela comme une chose désirable, et qu’il faudrait établir, si elle ne l'était pas. Il est vrai qu'il y mettait la condition que les puissances ecclésiastiques n'opprimassent point la saine doctrine : mais s’il est permis de dire qu'ils l'oppriment , et .sous ce prétexte, de leur refuser l'obéissance qui leur est due, ou retombe dans Pinconvénieut qu'on veut éviter, et l'autorité ecclésiastique devient le jouet de tous ceux qui voudront la contredire.

C'est aussi pour cette raison que Melanchton cherchait toujours un remède à un si grand mal. Ce n'était certainement pas son dessein, que la désunion fut éternelle. Luther se soumettait au concile , quand Melanchton s'était attaché à sa doctrine. Tout le parti en pressait la convocation ; et Melanchton y espérait la fin du schisme , sans quoi j'ose présumer que jamais il ne s’y serait engage. Mais après lé premier pas, on va plus loin qu'on n'avait voulu. A la demande du concile, les protestants ajoutèrent qu'ils le demandaient libre, pieu,r, et chrétien. La demande est juste. Melanchton y entre : mais de si belles paroles cachaient un grand artifice. Sous le nom de concile libre, on expliqua un concile d'où le Pape fût exclu, avec tous ceux qui faisaient profession de lui être soumis. C’étaient les intéressés, disait-on : le Pape était le coup.*), ble, les évêques étaient ses esclaves : ils ne pou. valent pas être juges. Qui donc tiendrait le concj. le? les luthériens? de simples particuliers ou des prêtres soulevés contre leurs évéques? Quel exemple à la postérité! et puis n’étaient-ils pas aussi les intéressés? N’étaient-ils pas regardés comme les coupables parles catholiques, qui faisaient sans contestation le pbis grand parti, pour ne pas dire ici le meilleur do la chrétienté? Quoi donc! pour avoir des juges ditYérents, fallait-il appeler les ma. hométans et les infidèles , ou que Dieu envoyât des anges? Et n'y avait-il qu’à accuser tous les magistrats de l’Église, pour leur ôter leur pouvoir, et rendre le jugement impossible? Melanchton avait trop de sens pour ne pas voir quec’étaitune illusion. Que fera-t-il? A'ppreaons-le de lui-même. Eu 1^7, quand

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les luthériens furent assemblés à Smalcaide , pour Toir ce que l'on ferait sur le concile que Paul III avait convoqué à Mautoue, on disait qu'il ne fallait point donner au Pa|>e l'autorité de former rassemblée où on lui devait faire son procès, ni rccotinailre le coudle qu'il assemblerait. Mais Melanchton ne put pas être de cet avis : « Mon avis fut,

• dit-il ', de ne refuser pas absolument le concile;

• parce que encore que le Pape n’y puisse pas être

• juge , toutefois il a LE dboit de le co!svoqueb;

• et il faut que le concile ordonne qu'un procède

• au jugement. » Voilà donc d'abord de son avis le concile reconnu; et ce qu’il y a ici de plus remarquable, c'est que tout le monde demeurait d'accord qu'il avait raison dans le fond. « De

• plus fins que moi, poursuit-il, disaient que 'mes

• raisons étaient subtiles et YBHiTABLRs; que la

• tyrannie du Pape était telle , que si une fuis nous

• consentions à nous trouver au concile, on enten-

• drait que par là nous accorderions au Pape le « pouvoir de juger. J'ai bien vu qu’il y avait quel- « que inconvénient dans mon opinion : mais enfln ■ elle était la plus honnête. L'autre l'emporta après « de grandes disputes; et Je croîs qu’il y a ici quel-

• que fatalité. >•

C'est ce qu’on dit lorsqu’on ne sait plus où l'on en est. Melanchton cherche une fin au schisme ; et faute d'avoir compris la vérité tout entière, ce qu'il dit ne se soutient pas. D’un coté il sentait le bien que fait à l'Eglise une autorité reconnue : il voit même qu'il y fallait, parmi tant de dissensions qu'on y voyait naître, une autorité principale pour y maintenir l'unité, et il ne pouvait reconnaître cette autorité que dans le Pape. D'autre coté, il ne voulait pas qu’il fût juge dans le procès que lui faisaient les luthériens. Ainsi il lui accorde l’autorité de convoquer l'assemblée, et après il veut qu'il en soit exclu : bizarre opinion, je le confesse. Mais qu’on ne croie pas pour cela que Melanchton fût un homme peu entendu dans ces affaires : il n’avait pas cette réputation dans son parti , dont il faisait tout l'honneur, je le puis dire : et personne n'y avait plus de sens, ni plus d'érudition. S'il propose des choses contradictoires, c'est que l’état de la nouvelle réforme ne permettait rien de droit ni de suivi. II avait raison de dire qu’il appartenait au Pape de convoquer le concile : car quel autre le convoquerait, surtout dans l'état présent de la chrétienté.’ Y avait - il une autre puissance que celle du Pape, que tout le monde reconnût? F.tla lui vouloir ôter d'abord avant l’assemblée où l'on voulait, disait-on, lui faire son procès, n’était-ce pas un trop inique préjugé; surtout ne s'agissant pas d'un crime personnel du Pape , mais de la doctrine qu'il avait reçue de ses prédécesseurs depuis tant de siècles , et qui lui était commune avec tous les évêques de l'Eglise ?Ces raisons étaient si solides, que les autres luthériens, contraires à Melanchton, avouaient, nous dit-il lui-même, comme on vient de voir, qu'eUet étalent véritabût. Mais ceux qui

reconnaissaient cette vérité ne laissaient pas en même temps de soutenir avec raison , que si oq donnait au Pape le pouvoir de former l'assemblée, on ne pouvait plus l’en exclure. Les évêques, qui de tout temps le reconnaissaient comme chef de leur ordre, et se verraient assembles en corps de concile par son autorité, souffriraient-ils que Ton commençât leur assemblée par déposséder un président naturel pour une cause commune.’ Kt donneraient-ils un exemple Inouï dans tous les siècles passés ? Ces choses ne s’accordaient pas ; et dans ce conflit des luthériens. Il paraissait clairement qu’après avoir renversé certains principes, tout ce qu’on fait est insoutenable et contradictoire.

Si on persistait à refuser le concile que le Pape avait convoqué, Melanchton n’espérait plus de remède au schisme ; et ce fut à cette occasion qu’il dit les paroles que nous avons rapportées, que la (fiicorde était éternelle, faute d’avoir reconnu l’autorité de l'ordre .»iocré'. Affligé d’un si grand mal, il suit sa pointe, et quoique l'opinion qu’il avait ouverte |M>ur le Pape, ou plutôt pour l'unité de l'Êglise, dans l'assemblée de Smalcalde, y eût été rejetée, il fit sa souscription en la forme que nous avons vue , en réservant l’autorité du Pape.

On voit maintenant les causes profondes qui Ty obligèrent, et pourquoi il voulait accorder au Pape la sui>érioritc sur les évêques. La paix, que la raison et l'expérience des dissensions de la secte lui faisaient voir impossible sans ce moyen , te porta à reciiercher malgré Luther un secours si nécessaire. Sa conscience à ce coup l'emporta sur sa complaisance; et il ajouta seulement qu'il donnait au Pape une supériorité de droit humain: malheureux de ne pas voir qu'une primauté, que l'expérience lui montrait si nécessaire à l'Église, méritait bien d'être instituée par Jésus-Christ, et que d'ailleurs, une chose qu’on trouve établie dans tous les siècles ne pouvait venir que de lui.

I.es sentiments qu'il avait pour l'autorité de l'Église étaient surprenants ; car, encore qu'à l'exemple des autres protestants, il ne voulût pas avouer l'infaillibilité de l'Église dans la dispute, de peur, disait-il , de donner aux hommes une trop grande prérogative, son fond le portait plus loin : il répétait souvent que Jésus-Christ avait promis à son Église delà soutenir éternellement; qu'il avait promis que son œuvre, c'est-à-dire son Église, nese~ rait jamais disslwe ni abolie; et qu'ainsi, se fonder sur la foi de l'Église , c'était se fonder non point sur les hommes, mais sur la promesse de Jésus-Christ même *. C'est ce qui lui faisait dire : « Que plutôt « la terre s’ouvre sous mes pieds, qu’il m’arrive de « m’éloigner du sentiment de l’Église dans laquelle < Jésus-Christ règne. • Kt ailleurs une infinité de fois : « Que l'Églisejuge, je me soumets au juge- • ment de l’Église^ > il est vrai que la foi qu'il avait à la promesse vacillait souvent; et une fois, après

* Lib. IV. ep. ISS. — * Lib. I, ep, 107. IV, 7«. 730, S4S, 9H,etc. —*Lib.m, ep. 44, L. 1, «p. 07, tUS, Ub. u, ep. 139, etc.

■ Lib. IV, cp. 100.

IIISTOTKE

Avoir (liU selon lo fond de son cœur : * Je me sou* •nets à l'Église catholique, » il y ajoute, • c'est-à* « dire aux gens de bien , et aux gens doctes > J'avoue que ce c'est-à-dire détruisait tout; et on voit bien quelle soumission est celle où, sous le nom des gens de bien et des gens doctes , on ne connaît dans le fond que qui l'on veut : c'est pourquoi il en voulait toujours venir à un caractère marqué, et à une autorité re<'onnue,qui était celle des évéques.

Si on demande maintenant pourquoi un homme si désireux de la paix ne la chercha pas dans l'Église , et demeura éloigné de l’ordre sacré qu'il voulait tant établir; il est aisé de l’entendre : c’est à cause principalement qu’il ne putjamais revenir de sa justice imputée. Dieu lui avait pourtant fait de grandes grâces, puisqu’il avait connu deux vérités capables de le ramener : l'une, qu'il ne fallait pas suivre une doctrine qu’on ne trouvait pos dans l’antiquité. • l>élibéreE, disait-il à Brentius * , avec l’an- « cienne Église. • Kt encore : ■ I.e$ opinions incoii- « nues à l’ancienne Église ne sont pas recevables^ • L'autre vérité, c’est que sa doctrine de la justice imputée ne se trouvait point dans les Pères. Dés qu’il a commencé à la vouloir expliquer, nous lui avons ouï dire, qu'Üne trouvait rien de semblable dans leur écrits *. On ne laissa pas de trouver beau’ de dire dans la Confession d'Awgsbourgel dansl’apologie, qu’on n’y avançait rien qui ne fiîl conforme à leur doctrine. {On citait surtout saint Augustin; et il eût été trop honteux à des réformateurs d'avouer qu’un si grand docteur, le défenseur de la grâce chrétienne, n’en eût pas connu le fondement. Mais ce que Melanclilon écrit confîdemment à un ami , nous fait bien voir que ce n’était que pour la forme cl par manière d’acquit, qu’on nommait saint Augustin dans le parti: carll répète trois ou quatre fois, avec une es|>èce de chagrin, que ce qui empêche cet ami de bien entendre cette matière, c’est qu’iV est encore attaché à Vimagination de saint Jugustin, et qa'it faut entièrement détourner les yeux de l'imagination de ce Père^. Mais encore quelle est cette imagination dont il faut détourner les yeux? • C'est, üil-il, l’imagination d'étre tenus

• pour justes par raceomplisseinent de la loi , que « leSalnt-Kspril fait en nous. » Cet accomplissement, selon Melanchton , ne sert de rien pour rendre l'homme agréable à Dieu ; et c'est à saint Augustin une fausse imagination d'avoir pense le contraire : voilà comme il traite un si grand homme. Et néanmoins il le cite, à cau.se, dit-il, de P opinion publif/ue gu'on a de lui : mais au fond, continue-til, // nexpiiq ue pas assez la j usfice de la foi ; comme s'il disait : En cette matière il fout bien citer un père que tout le monde regarde comme le plus digne Inlerprèie de cet article , quoiqu'ü vrai dire il ne soit pas pour nous. Il ne trouvait rien de plus favorable dans les autres Pères. • Quelles épaisses « ténèbres, dLsait-i!*, trouve-t-on sur cette matière

• dans la doctrine commune des Pères et de nos ad-

* Lib. 1, 109. — » Lih, III, e/>- lU. — * Mel. rff Bert. Cath. ap. 4«t. 1. 1, 411. — ■ ‘ L. III, ep. lue. col. &74 Sup. n. S. —

• 4ii. I, tp. 81.

« versaires! » Que devenaient ces belles paroles, qu'il fallait délibérer avec l'ancienne Église? Que ne pratiquait-il ce qu'il conseillait aux autres? VA puisqu’il ne eonnaissait de piété, comme en effet il n’y en a point , que celle qui est fondée sur la véritable doctrine de la justification, comment crutil que tant de saints l'eus.scnt ignorée? Comment s’imagina-t-il voir si clairement dans l’Écriture ce qu’on ne voyait point dans les Peres, pas même dans saint Augustin, le docteur et le défenseur de la grâce justifiante contre les pélagiens, dont aussi toute l’Église avait toujours en ce point constamment suivi la ducirine?

Mais ce qu’il y a ici de plus remartjuable, c'est que lui-même, tout épris qn il était de la spécieuse idée de sa justice imputative , il ne |>ouvait venir à bout de l'expliquer h son gré. Non content d’en avoir établi le dogme très-amplement dans la Confession d'Atigsbourg, il s'applique tout entier à l'expliquer dans l’apologie; et pendant qu'il la com|K>sait, il écrivait à son ami Camerarius : Jesou/frerraiment irn très-grand et tm trés-j)énibU! travail dans Capnlogie a Pendroit de la justification que je désire expliquer utilement'. Mais du moins après ce grand travail, aura-t-il tout dit? Écoutons ccqu'il en écrit à un autre ami : c'est celui que nous avons vu quM reprenait comme encore trop attaché aux imaginations de saint Augustin : • j’ai, dit-il ’ , tâché d'ex- « pliquer cette doctrine dans l’a{)ologie : mais dans « ces sortes de discour.s les calomnies des ndversai-

• res ne pernieltejit pas de s’expliquer comme je « fais maintenant avec vous; quoiqu'au foiidjediso

• la même chose. » Et un peu après : « J’espère

■ que vous recevrez quehpie sorte de secours p:ir

• mon apologie, quoique j'y parle de si grandes

• choses avec précaution. •* A peine toute cette lettre a-l-clle une page : l'apolugie sur cette matière eu a plus de cent ; et néannmius celte lettre , selon lui , s’explique mieux que l’apologie. C’est qu'il n'osait dire aussi clairement dans l'apologie qu'il faisait dans cette lettre, « qu’il fai;t entièrrmk^t « ÉKOuixEn SES YEUX dc l’accomplissement de la » loi, même de celui que le SAt.\T-EspHîT fait

■ EN NOi s. » Voilà ce qu’il appelait rejeter n>«agination de saint Augustin. Il se voyait toujours pressé de eette demande des catholiques : Si nous sommes agréables à Dieu indépendamment de toule bonne œuvre et de tout accomplissement de la loi , même de celui que le Saint-lvxprit fait en nous, comment et à quoi les bonnes œuvres sont-elles necessaires ? Mébnehlori sc tounneiitail en vain à parer cecoup, et a éluder celte terrihleconscquence: Les bonnes ccurres , selon vous, ne sont donc pas nêcessafrcsf Voilà ce qu’il appelait les cutomnies des adi'crsaires, qui reiupêcliaieiit dans l'apologie dedirenettement tout cequ'i) voulait. C’est la cause de ce grand (rarail qu'il avait à soutenir, et des précautions avec* lesquelles il parlait. A un ami on disait tout le fond de la doctrine ; mais en public, il

• Lib. 1Y, rp. Tift. — * Lib. IV, fp. 1 10. Om*ÛHo vatdt n*ul- Utin Uiboris tutUnco, rtf.

DES VARÎATIONS. LIV. V.

y fallait prendre garde : encore , ajoutait-on à cct ami, qu'au fond ecttedoolriiic* ne s'entendait bien que dans les combats de ta conscience. C'était à dire que lorsqu'on n'en pouvait plus, et qu’on ne savait comment s'assurer d'avoir une volonté suffîsante d'accomplir la loi, le remède pour conserver malgré tout cela l'assurauce indubitable de plaire à Dieu, qu'on prêchait dans le nouvel évangile , était d'éloigner ses yeux de la loi et de son accomplissement , pour croirequ'iodépeiidammeutde tout cela Dieu nous réputait pour justes. Voilà le repos dont Melanchtoii était flatté, et dont il ne voulait pas ae défaire.

Il y avait à la vérité cet inconvénient : de se tenir assuré de la rémission de ses péchés sans l'être de sa conversion: comme si ces deux choses étaient séparables , et indépendantes i'une de l’autre. C’est ce qui causait à Melanchton ce grand travail; et il ne pouvait venir à bout de se satisfaire : de sorte qu’après la Confession d'Augsbourg et tant de recherches laborieuses de l’apologie, il en vient encore, dans la Confession qu’on appelle saxonique , à une autre explication delngrâcejustiflantc, où il dit des choses nouvelles que nous verrons dans la suite. C’est ainsi qu'on est agité quand on est épris d'une idée qui n'a qu'une trompeuse apparence. On voudrait bien s'expliquer; on ne peut : on voudrait bien trouver dans les Pères ce qu’on cl>erche; oit ne l'y trouve nulle part. On ne |K*ut iicannioins se défaire d'une idée flatteuse , dont on s'est laissé agréablement prévenir. Tremblons, humilions-nous; avouonsqu’il va dans rhomme une source profonde d’orgueil et d'égarement, et que les faiblesses de l'esprit humain, aussi bien que les jugements de Dieu , sont impénétrables.

Melanchton crut voir la vérité d’un côté, et l’autorité légitime de l'autre. Son cœur était déchiré, et il ne cessait de se tourmenter à réunir ces deux choses. Il ne pouvait ni renoncer aux diarines de sa justice imputative, ni faire recevoir par le collège épiscc^pnl une doctrine inconnue à ceux qui jusqu'alors avaient gouverné l'Kglise. Ainsi l'autorité qu'il aimait comme légitimé lui devenait odieuse, |)arce qu'elle s’o[iposait à ce qu'il prenait pour la vérité. Kn même temps qu'on lui entend &\rc qu'il n'a jamais contesté l'autorité aux évéques, il accuse feur tyranniey à cause principalement qu’ils s'op|>osaient à sa doctrine, et croit a/Jaibtlr sa cause en travaillant à les rétablir'. Incertain de sa conduite, il se tourmente lui-même, et ne prévoit que malheurs. ■ Que sera-ce, dit-il», que le concile, s'il > se tient , si ee n'est une l yrannie ou des papistes,

■ ou DES 4UTBE5, et des cocnbalsde théologiens • pliiscniels et plus opiniâtres que ceux des Cen- « taures? « Il connaissait Luther, et ne craignait pas moins la tyrannie de son parti, que celle qu'il attrilmnit au parti contraire. fureurs des théologiens le font trembler. Il voit que l'autorité éUint une fois ébranlée, tous les dogmes, et même les plus importants, viendraient en question l'un après l'autre, sans qu'on sût comment finir. Les dispu-

• Liti. I, t'p. tfl. — ’ Lib IV, rp.

tes et les discordes de^a scène lui faisant voir ce qui devait arriver des autres articles : • Bon Dieu, « dit-il », quelles tragédies verra la postérité , si on « vient un jour à remuer ces questions, si le Verbe, ■ si le Saint-Esprit est une personne! « On commen(^*a de son temps à remuer ces matières : mais il jugea bien que ce n'était encore qu'un faible commencement; car il voyait les esprits s’enhardir insensiblement contre les doctrines établies, et contre l'autorité des décisions ecclésiastiques. Que serait-ce s'il avait vu les autres suites pcniicieusea des doutes que la réforme avait excités? tout l’ordre de la disi'ipline renversé publiquement par Ie.s uns, et l'indépendance établie, c'est-à-dire, sous un nom spécieux et qui flatte lu liberté, l'anarcJiie avec tous scs maux : la puissance spirituelle mise par les autres entre les mains des princes ; la doctrine chrétienne combattue eu tous ses points; des chrétiens nier l’ouvrage de la création et celui de la rédemption du genre humain , anéantir l'enfer, aholirriinmortaliléde l'âme, dépouiller lechristianisme de tous ses mystères, et le changer en une secte de philosophie tout accommodée aux sens : de ià naître rindiffércnce des religions, et ce qui suit naturellement, le fond même de la religion attaqué; l'Écriture directement combattue; la voie ouverte au déisme, c'est-à-dire à un athéisme déguisé; et les livres où seraient écrites ces ductrines prodigieuses sortir du sein de la réforme, et des lieux où elle domine. Qu’aurait dit Melanchton, s'il avait prévu tous ces maux ? et quelles auraient été ses lamentations? Il en avait assez vu pour en être troublé toute sa vie. T.es disputes de son temps et de son parti suflisaieDtpour lui faire dire qu'à moins d'un miracle visible , toute la religion allait être dissi{>ce.

Quelle ressource trouvait-il alors dans ces divines proiues.ses, où, comme il l'assure lui-même, Jésus-Clirist s'étnit engagé à soutenir son ÿlglise jusque dans sonextréme rieillesscy et à ne la laissiT jamais périr »? S’il avait bien pénétre celte bienhetneiisc promesse, il ne se serait pas contenté do reconnaître, comme i) a fait, que h doctrine de l'Évangile subsisterait éteriielleinent, malgré 1rs erreursetles disputes : mais il auraitcncorerecomm qu'il devait subsister par les moyens établis dans l’Évangile, c’est-à-dire par la succession toujours inviolable du ministère ecclésiastique. Il aurait \u que c'est aux apôtres et aux suct^essciirs des apôtres que s'adresse celle promesse: /Hkz, enseUjneZy baptisez; ctvoilàyje suis avec vous jusqu’à la fin dumonde^. S'il ovnit bien compris cette parole, jamais il n’aurait imaginé que la vérité pût être séparée du eor|>s où se trouvait In succession et l'niitorité légitime; et Dieu même lui aurait appris que, comme la profession de la vérité ne peut jamais cire cjnpêehée par l’erreur, la force du ministèro apostolique ne peut recevoir d'interruption par aucun relâchement de la discipline. C'est b fui des chrétiens : c'est ainsi qu'il faut croire à la promesse avec Abraham , en espérance contre Cespérance ♦ ;

• Lib. IV, fp. UO. — » Ibid.' — » Ltb. 1, ep. 107; l*. IT, 76, rtc. Mt>U. XkVUl, 70.

el croire enfin que l’Eglise conserrerasa suceeesion 1 1 produira des enfants , mÔme lorsqu’elle paraîtra le plusstérile^et que sa force semblera le plus épuisée par un long flge. La foi de Melanchton ne fut pas à cette épreuve. Il cnit bien en général à la promesse par laquelle la profession de la vérité devait subsister : mais il ne crut pas assez aux moyens établis de Dieu pour In maintenir. Que lui servit d’avoir conservé tant de bons sentiments? L’ennemi de notre salut, dit le pape saint Grégoire * , ne les éteint pas toujours entièrement; et comme Dieu laisse dans ses enfants des restes de cupidité qui les humilient, Satan son imitateur à contresens laisse aussi ( qui le croirait?) dans ses esclaves des restes de piété, fausse sans doute et trompeuse; mais néanmoins apparente, par où il achève de les séduire. Pour comblede malheurils se croient saints, et ne songent pas que la piété qui n’a pas toutes ses suites, n’est qu’hypocrisic. Je ne sais quoi disait au coeur de Mélancbton que la paix et l’unité, sans laquelle il ii’y a point de foi ni d’Eglise, n’avait point d’autre soutien sur la terre que l’autorité des anciens pasteurs. Il ne suivit pas jusqu’au l)OUt cette divine lumière : tout son fond fut changé ; tout lui réussit contre ses espérances. 11 aspirait à l'unité ; il la pcrdilpour jamais, sans pouvoir même en trouver l’ombre dans le part! où il l’avait été chercher. La réformation procurée ou soutenue par les armes lui faisait horreur : il se vit contraint de trouver des excuses à un emportement qu’il détestait. Souvenons-nous de ce qu'il écrivit au landgrave de Hesse , qu’il voyait prêta prendre les armes ; • QueV. A. jH-nse, dit-il », qu’il vaut mieux « souffrir toutes sortes d’extrémités, que de pren- • dre les armes pour les a^'aires de l'Évangile. • Mais il fallut bien se dédire de cette belle maxime , quand le parti se fut ligué pour faire la guerre , et que Luther lui-même se fut déclaré. Le malheureux Melanchton ne put même conserver sa sincérité naturelle : il fillut avec Durer tendre des pièges aux catholiques dans des équivoques affectées^; les cliai^er de calomnies dans la Confession d'Augsboiirg; approuver en public cette Confession , qu’il souhaitait au fond de son cœur de voir réformer en tant de chefs ; parler toujours au gré d’autrui ; passer sa vie dans une éternelle dissimulation ; et cela dans la religion , dont le premier acte est de croire , comme le second est de confesser. Quelle contrainte! quelle corruption ! Mais le zèle du parti l’emporte : on s’étourdit les uns les autres : il faut non-seulement se soutenir, mais encore s’accroître : le beau nom de réformation rend tout permis , et le premier engagement rend tout nécessaire.

Cependant on sent dans le cœur de secrets reproches, et l'état où Tüii se trouve déplaît. Melanchton témoigne souvent qu’il se passe en lui des choses étranges, et ne peut bien explique^ ses peines secrètes. Dans le récit qu’il fait à son intime ami Camerarius des décrets de l’assemblée de Spire, et

' Kim. I V, IS. ~ » Pastoral, part, ni, cap. xxx\ tom. ii, €%.<. S7. » } Ub. IT,«p. ne. III.

des résolutions que prirent les protestants , tous les termes dont il se sert pour exprimer ses douleurs sont extrêmes. « Ce sont des agitations incroyables,

< et les douleurs de l’enfer ; il en est presque h la « mort. Ce qu’il ressent est horrible; sa consterna- « lion est étonnante. Durant ses accablements ilro- « connaît sensiblement combien certaines gens ont tort '. » Quand il n’ose nommer, c’est quelque chef du parti qu'il faut entendre, et principalement Luther : ce n’était pas assurément par crainte de Rome qu’il écrivait avec tant de précautions, et qu’il gardait tant de mesures : et d’ailleurs II est bien constant que rien ne le troublait tant que ce qui se passaitdans le parti même, où tout se faisait par désintérêts politiques, par de sourdes machinations, et par des conseils violents : en un mot, on n’y traitait que dés gensde bien, disaitil * , devaient empéeher. Toutes les affaires de la réforme roulaient sur ces ligues de princes avec les villes, que l'empereur voulait rompre, et que les princes protestants voulaient maintenir; et voici ce que Melanchton en écrivait à Camerarius : « Vous « voyez, mon cher ami, que dans tous ces accoromo- « dements on ne |>enseù rien moins qu’à la religion. « La crainte fait proposer pour un temps et avec « dissimulation des accords tels quels, et il ne faut

• pas s’étonner si des traités de cette nature réussis-

• sent mal : car se peut-il faire que Dieu bénisse de « tels conseils^? « Loin qu’il use d’exagération en parlant ainsi, on reconnaît même dans ses lettres, qu'il voyait dans le parti quelque chose de pis que ce qu'il en écrivait. > Je vois, dis-je qu’il se ma- « chine quelque chose secrètemeut, et je voudrais « pouvoir étouffer toutes mes pensées. • Il avait un tel dégoût des princes de son parti et de leurs assemblées, où on le menait toujours, pour trouver dans son éJoquence et dans sa facilité des excuses aux conseils qu’il n’approuvait pas, qu’à lafin il s’écriait : • Heureux ceux qui ne se mêlent point des « affaires publiques^! «et il ne trouva on peu da repos qu'apresque, trop convaincu des mauvaises intentions des princes, il avait cessé de se mettre en peine de leurs desseins ^ : mais on le replongeait, malgré qu’il en eût, dans leurs intrigues, et nous verrons bientôt comme il fut contraint d’autoriser par écrit leurs actions les plus scandaleuses. On a vu l’opinion qu’il avait des docteurs du parti, et combien il en était mal satisfait : mais voici quelque chose de plus fort. • Leurs mœurs sont telles , « dit-il 7, que pour en parler très-modérément, « beaucoup de gens, émus de la confusion qu’on

• voit parmi eux , trouvent tout autre état un âge « d'or, en comparaison de celui où ils nous met- « tent. «Ütrouvaitcex;iùziesùicara6/ei*;etdè8son commencement la réforme avait besoin d'une autre réforme.

Outre CCS agitations , il ne cessait de s'entretenir avec Camerarius, avec Osiandreet les autres chefs du parti, avec Luther même, des prodiges qui arri-

* f'oÿez d-ôrtios. tiv. ir. — » Lib. iv, *p. 8S. * Sleid,

J, J. Tiii. — 4 lib. IV, ep. in — 70. — •Ibid. 8k — ' Ibid. Us. - * Ibid. 741.

DES VARIATIONS, LIV. VI

▼aient, et des fanestes menaces du ciel irrité. On ne sait souvent ce que c'est : mais c'est toujours quelque chose de terrible. Je ne sais quoi qu'il promet à son ami Camerarius de lui dire en particulier, inspire de la frayeur eu le lisant D'autres prodifies arrivés vers le temps de la diète d'Augsbourg lui p.iraissaient favorables au nouvel évangile. A Home, le débordement extraordinaire du Tibre, rt CeiifantemerU d'une mule , dont le petit avait un pied de grue : dans le territoire d'Augsbourg la naissance d'un veau à deux têtes, lui furent un signe d'un changement indubitable dans l'état de l’univers, et en particulier rfe la ruine proe/taine de Home par te schisme * : c'est ce qu'il écrit très-sérieusement à Luther môme, en lui donnantavis que ce jour-là on présentexaità l’empereurlaO^nfession d'Augsbourg. Voilà de quoi se repaissaient, dans une action si célèbre, les auteurs de cette Confession. et les cliefs de la réforme : tout est plein de songes et de visions dans les lettres de Melaiicliton : et un croit lire Tita-Live, lorsqu'on voit tous les pro<iiges qu'il y raconte. Quoi plus? d faiblesse extrême d'un esprit d'ailleurs admirable, et hors de ses préventions si pénétrant! les menaces des astrologues lui font peur- On le voit sans cesse effrayé par les tristes conjonctions des astres : un horribleaspect de ^^ars le fait trembler pour sa fille, dont lui-méme il avait fait l'horoscope. Il n'est pas moins effrayé de la flamme horrible d'une comète extrêmement septentrionale *. Durant les conférences qu'on faisait à Augsbourg sur la religion, il se console de ce qu’on va si lentement, parce que les astrologues prédisent que tes astres seront plus propices aux disputes ecclésiastiques vers tau' fomne *. Dieu était au-dessus de tous ces présages , il est vrai; et Melanchton le répète souvent, aussi bien que les faiseurs d'alinannrhs : mais enfin les astres régissaient jusqu'aux affaires de l'Église. On voit que ses amis, c'est-à-dire les chefs du parti , entrent avec lui dans ces réflexions : pour lui, sa malheureuse nativité ne lui promettait que des combats infinis sur la doctrine , de grands travaux et peu de fruit Il s'étonne, né sur les coteaux approchant du Rhin, qu'em lui ail prédit un nouf rage sur la mer Pallique^; et appelé en Angleterre et en Danemark , il se garde bien d'aller sur celte mer. A tant de prodiges et tant de menaces des constellations ennemies, pour comble d'illusions, il se joignait encore des prophéties. C'était une des faiblesses du parti , de croire que tout le succès en avait été prédit; et voici une des prédictions des plus mémorables qu'on y vante. En l’an 1516, à ce qu'on dit, et un an devant les mouvements de Luther, je ne sais quel cordelier s’était avisé, en commentant Daniel, de dire que la puissance du Pape allait baisser, et ne se relécerait jamais ?. Cette prédiction était aussi vraie que ce 'qu'ajoutait ce nouveau prophète, qu'en IGOO le

* L. 11. cp. se, 560. — » L f. .‘y. 120 , ni . 60. — » Li6. Il , lià.îS.tp. I10.I3&, 137, IM , tes, 7G0, SIS, rfc. Ibid. 1 46, — * Ibid. 63. — ‘ Xié , 11. </>• 418. — * Ibid. W. - ) .¥el. lib. 1. ep. 66.

7\ire serait maître de l Italie et de tjêUemagne. Néanmoins Melanchton rapporte sérieusement la vision de ce fanatique, et se vante de l'avoir en original entre ses mains , comme le frère cordelier l'avait écrite, ^i n'edt tremblé à ce récit ? Le Pspeest déjà ébranlé par Luther, et on croit le voir à bas. Melanchton prend tout cela pour des prophéties ; tant on est faible quand on est prévenu. Après le Pape renversé , il croit voir suivre de près le Turc victorieux ; et les tremblements de terre qui arrivaient , le confirment dans cette pensée*. Qui le croirait capable de toutes ces impressions, si toutes ses lettres n'en étaient remplies? Il lui faut faire cet honneur, ce n'était passes périls qui lui causaient tant de troubles et tant de tourments : au milieu de ses plus violentes agitations on lui entend dire avec confiance : Nos périls me troublent moins que nos fautes *. Il donne un bel objet à ses douleurs; les inanx publics , et particulièrement les maux de l'Église : mais c'est aussi qu'il ressent en sa conscience, comme U l'explique souvent, la part qu'avaient à ces maux ceux qui s'étalent vantés d'en être les réformateurs. Mais c'est assez parler en particulier des troubles dont Melanchton était agité : on a vu assez clairement les raisons de la conduite qu'il tint dans l'assemblée de Smalcalde, et les motifs de la restriction qu’il y mit à l'article plein de fureur que Luther y proposa coutre le Pape.

LH^REVI.

Depuis 1637 jusqu'à Can 1646.

SOMMAIRE

Le lindcrtve traraille à entretenir I*onIoQ entre Ie« ItH UiiTieDA Ifs xuln^lmu. Nouveau remède qu’on IrwveÀ rincfuitinenoe de ce prince, en lui permellant dVpousrr une Bcoonde femme durant U vie de la première. InslracUoo mémorable qnll donoe à Buoer poor faire entrer Lulber et Helaochlon dans ea senümcnt. Avis doctrinal de Luther, de Sucer et de IlelaachtoD en faveur de la polygamie. Le nouveau auriige eet fait ensuite de cette conaultatloa. Le parti en a honte, et n’use ni le nier ni ravouer. Le landgrare porte Luther A auppiimer rélératloo du Saint Sammenl, en faveur dea Suiaici, qoe cette cérémuoie rebutait de la ligue de Smalcalde. Luther à cette occa^n t’échauffe de oouveeo contre les tacramentairet. Dmdn de Meianchtoo pour détruire le fondement du sacrillce de Paulel. On reoonnatt dans le parti que le tacriUoe c«t intéparabie de la prétt-nce réelle et du Mntiment de Luther. On en avoue autant de l’adoration. Prétenoe momentanée, etdanala seule réception, commenrétahlie. Le tentimcDl de Luther méprisé par Melanchton et par les (héologlent de Lclpsick et de Vilrmherg. Thètet emportées de Luther contre les IhéoIoRlent de Louvain. Il rcoonnatt le Saeroment adorable ; U déteite let zuioglient, et U meurt

L'accord de Vitemberg ne subsista guère : c'était une erreur de s’imaginerqu'uncpaix plâtrée comme celle-là pût être de longue durée, et qu'une si grande opposition dans la doctrine, avec une si grande altération dans les esprits, pût être surmontée par des équivoques. Il échappait toujours à Luther quelque mot fâcheux contre Zuingle. Ceux de Za-

< Met. lib. I, ep. 66. • * lib. iv, rp. Ta

msToinE

neh ne manquaient pas de défendre leur docteur : mais Philippe, landgrave de Hesse qui avait toujours dans l'esprit des desseins de guerre, tenait uni autant qu'il pouvait le parti protestant, et empêcha durant quelques années qu'on n’en vînt à une rupture ouverte. Ce prince était le soutien de la ligue de Smalcalde; et par le besoin qu’on avait de lui dans le parti, on lui accorda une chose dont il n’y avait point d’exemple parmi les chrétiens : ce fut d’avoir deux femmes à la fois; et la réforme ne trouva que ce seul reniède à son incontinence.

Les historiens qui ont écrit que ce prince était à cela près fort tempérant >, n’ont pas su tout le secret du parti : on y couvrait le plus qu’on pouvait rintem|>érance d'un prince que la réforme vantait au-dessus de tous les autres. tNous voyous, dans les lettres de Melanchton qu'en 1539, du temps que la ligue de Smalcalde se rendit si redoutable, ce prince avait une maladie que l’on cachait avec soin r c’était de ces maladies qu’on ne nomme pas. Il en guérit; et pour ce qui touche son intempérance, les chefs de la réforme ordonnèrent ce nouveau remède dont nous venons de parler. On cacha le plus qu'on put cette honte du nouvel Evangile. M. de lliou , tout pénétrant qu’il était dans les aH’aires étrangères, n’en a pu découvrir autre chose , sinon que ce ^t'mci^par te conseil de $e$pasteürst avait une concubine avec sa femme. C’en est assez pour couvrir de honte ces faux pasteurs qui autorisaient le concubinage : mais on ne savait pas encore alors que ces pasteurs étaient Luther lui-méme avec tous les chefs du parti , et qu'on permit au landgrave d'avoir une concubine à titre de femme légitime , encore qu’il en edt une autre dont le mariage subsistait dans | toute sa forée. Maintenant tout cc mystère d’iniquité est découvert par les pièces que l’élcc leur palatin CharleS'ÎÆuis (c’est le dernier mort) a fait imprimer, et dont le prince Ernest de Hesse, un des descendants de Philippe , a manifesté une partie depuis qu'il s’est tait catholique.

\a livre que le prince palatin Ht imprimera pour litre : Considérations consciencieuses sur le maringCs arec un éctaircissement des questions agitées jusqu'à présent touchant taduUére, ta svpatatUm et la polygamie. T.e livre parut en allemand en 1679 , sous le nom emprunté de Daphnaus Jrcuarlus sous lequel était caché celui de Laurentius iiœger, c'est-è-dire I^urent l’Archer, un des conseillers de ce prince.

Le dessein de cc livre est en apparence de justifier Lullier contre Bellarmin, qui l'accusait d'avoir autorisé la polygamie ; mais en effet il fait voir que Luther la favorisait; et afin qu’on ne pût pas dire qu'il aurait peut-être avancé cette doctrine dans les commencements de la réforme, il produit ce qui s’csl fait longtemps apres dans le nouveau mariage du landgrave.

Là, il rapporte trois pièces, dont la première est une instruction du landgrave même donnée à Bucer; car ce fut lui qui fut charge de toute la

• Thuan. Itb. IT, ad an. 1657. - * Met. lib. IT, ep. 21*.

négociation avec Luther; et on voit par là que le landgrave l’employait ù bien d'autres accommodenients qu'à celui des sacramenlaircs. Voici un fldéle extrait de cette instruction; et comme la pièce est remarqualile, on la pourra voir ici tout eulière traduite d’allemand en latin de mot à mot, et de bonne main

Le landgrave expose d’abord, que « depuis sa « dernière maladie il avait beaucoup rénéchi sur

• son état, et principalement sur ce que quelques « semaines après son mariage il avait commencé

• à se plonger dans l’adultère : que ses pasteurs « l'avaient exhorté souvent à s'approcher de la > sainte table; mais qu'il croyait y trouver son ju- « genient, parce qu’il veitt pas quitter une

• telle vie. * Il rejette la cause de ses désordres sur sa femme, et il raconte les raisons pour lesquelles il ne l'a jamais aimée : mais comme il a peine à s'expliquer lui-même de cet choses, il en a, dit-il, découvert tout le secret à Bucer *.

Il parie ensuite de ta complexion, et des effets de la bonne citère qu’on faisait dans les assemblées de l'Empire, où il était obligé de se trouver Y mener une femme de la qualité de la sienne, c'était un trop grand embarras. Quand ses prédicateurs lui remontraient qu’il devait punir les adultères et les autres crimes semblables : « Comment,

« disait-il, punir les crimes où je suis plongé moi- « même.’ Lorsque je m’expose è la guerre pour la

• cause de l'Evangile, je pense que j’irais au dia- « bte si j'y étais tué par quelque coup d’épée ou

• de mousquet *. Je vois qu'avec la femme que m j’ai , ni jr ns puis, iu je ive veux changer de

• vie, dont je prends Dieu a tsmoin; de sorte « que je ne trouve aucun moyen d’en sortir que « par les remèdes que Dieu a permis à l’ancien « peuple^; •> c’était à dire la polygamie.

Là il rapporte les raisons qui lui persuadent qu’elle n'est pas défendue sous l’Evangile et, ce qu'il y a de plus mémorable, c’est (pi’il dit

• savoir que Luther et Melanchton ont conseillé « au roi d'Angleterre de ne point rompre son mac riage avec la reine sa femme, mais avec elle d’tvi

• épouser encore une autre 7. » C’est là encore un secret que nous ignorions. Mais un prince si bien instruit dit qu'il le sait, et il ajoute qu’on lui doit d’autant plutôt accorder ce remède , qu* il ne le demande que f>our le salut de son dme. « Je ne veux « pas , poursuit-il , demeurer plus longtemps dans « les lacets du démon; je ne fuis, ni ne veux « m’en tirer que par cette voie : c'est pourquoi je « demande à Luther, à Melanchton et à Bucer m même, qu’ils me donnent un témoignage que je « la puis embrasser Que s'ils craignent que ce « témoignage ne tourne à scandale en cc temps, et a. ne nuise aux affaires de l'Evangile, s’il était iinn primé, je souhaite tout au moins qu’ils me don- « nent une déclaration par écrit , que si Je me ma- « riais secrètement, Dieu n'y serait point offensé,

» S'oÿesà la Jln deee tifrryi. — * Intir. «.1,2. —

«.3. — * Jùid. H. 6. — M. 6. — • JAirf. et 6cq. — * Jàid. fl. 10 — • Ibid. H, tl.

y Coogk

I)i:s VAniATIONS, LIV. VJ.

■ cl qu'ils cherchent les moyens de rendre avec le « temps ce mariage public; en sorte que la femme « que j’épouserai ne passe pas pour une personne « mallionuéte; autrement, dans la suite du temps,

• rï^glisc en serait scandalisée >

Apres il les assure « qu’il ne faut pas craindre que

• CP second mari.me l’oblige 6 maltraiter sa pre-

• mière femme , ou même de se retirer de sa cotn-

• pagnie; puisqu’nu contraire il vwjt en cette occ.> •• sien porter sa croix , et laisser scs états à leurs « communs enfants. Qu’ilsm'nccordentdonc, con- •• linue ce prince, au nom de Dieu, ce que je leur

• demande, aün que je puisse plus gaiement vivre

• et mourir pour la cause do ri*Aangi(e, cl enlre-

• prendre plus volontiers sa défense ; et je ferai de

• mon coté tout ce qu'ils m'ordonneront selon la « raison, soit qu'ils me demandent les hiens des

• MONASTÈRES, OU d'aulfes choses semblaliles ». v On voit comme il insinue adroitement tes raisons

dont il savait, lui qui les connaissait si intimement qu’ils pouvaient être touchés, et comme il prévoyait que ce ({ii'its craindraient le plus serait le scandale, il ajouteque « le.s v*cclcsiasliqiics haïssaient déjà telle*

> meut les protestants, qu’ils ne les haïraient ni e plus ni moins pour cet article nouveau, qui per* •• mettrait la polygamie. Que si contre sa pensée il « trouvait Melanchton et Luther inexorables, il lui

• roulaitdans l’esprit plusieursdesscins, entre autres

• celuidc s'adresser àl'empereurpourcettedispense, « quelque argent qu’il lui en pdtcoilter » C’était « là un endroitdélicat : • car il n’y avait point d'ap*

• parcnce, poursuit-il, que l’emiierpur accorde cette

> permission sans la dis|)cnse du Pape dont je ne me « soucie guère, dit*il : mais pour celle do l'empereur, « je ne la dois pas mépriser, quoique je n'en ferais « que fort peu de cas, si je ne croyais d'ailleurs que « i)ieu a plutôt permis que défendu ce que je sou*

• liaile : et si la tentative que je fais de ce coté*ci

• (c'est-à-dire de celui de Luther) ne me réussit

• pas, une crainte humaine me porte à demander « ieeonsentement de l'empereur, dans la certitude « que j'ai d'en obtenir tout ce que je voudrais, en

> donnant une grosse somme d’argent à quelqu’un

• de ses ministres. Mais quoique pour rien au monde « je ne voulusse me retirer de l'Lvangiie, ou me « laisser entraîner dans quelque affaire qui fdt con- « traire à ses intérêts, je criOins pourtant que les « Impériaux ne m’engagent à quchpie ciiose qui ne » serait pas utile à cette cause et à ce parti. Je de*

•• mande donc, conclut-il , qu'ils me donnent le se*

«• cours que J’attends, de peur que je ne l'aille chercher EN QireLQUB AUTRE UBU moins agréable;

" puisque j'aime mieux mille fois devoir mon repos « à leur permission, qu'à toutes les autres permis*

« .sions humaines. Kufln, je souhaite d'avoir par

• écrit le sentiment de Luther, de Melanchton et de « ïliicer, afin que je puisse me corriger, et appro-

• cher du sacrement en bonne conscience. Donné à .> >|t‘lsuingue, le üimancheaprês la Sainte-Catherine « i. ">3». Philippe, landgrave de Hesse. »

* lfis!r. n. la. — * Ibid. n. 13. — * Ibid. tt. li tt ts.

rn

, L'instrueilon était aussi pressante que délicate, j On voit les ressorts que le landgrave fait jouer : il n'oublie rien; et quelque mépris qu'il témoignât pour le Pape, c’en était trop pour les nouveaux docteurs del’avoir seulement nommé en celle occasion. Un prince si habile n’avait pas lâché cette parole sans dessein; et d’ailleurs c’éUiit assez de montrer la liaison qu’il semblait vouloir prendre avec l’empereur, pour faire trembler tout le parti. Ces raisons valaient beaucoup mieux que celles que le landgrave avait lâché de tirer de rKcriture. A de pressniiie.s raisons on avait joint un habile négociateur. Ainsi Bueertira de laither une consultation en forme, dont l’original fut écrit en olleinand, de la mainetdu stylede Melanchton *. On permet aulandgrave, ac/o« tUvangile » (car tout se fait sous ce nom dans la réforme), d'épouser une autre femme avec la sienne. Il e.st vrai qu’on déplore l’état où il est , de ne jyotœolr ê'absfenir de ses aduU^res tant r/u U n'aura qu'une femme et on lui représente Cft étal commetrès-mauvais devant Dieu, et comme contraire a la sûreté de sa conscience L Mais en même temps et dans la période suivante on le lui permet, et on lui déclare qu’il peut épouser une second femme s'il y est entièrement résolu, pounm seulement qu'il tienne le cas secret. Ainsi une même bouche prononce le bien et le mal L Ainsi le crime devient permis en le cachant. Je rougis d’écrire ces choses , et les docteurs qui les écrivirent en avaient honte. C'est ce qu’on voit dans tout leur discours tortueux et embarrassé. Mais enfin il fallut trancher le mot, et permettre au landgrave, en termes formels, cette bigamie si désirée. Il fut dit pour la première fois depuis la naissance du christianisme , par des gens qui se prétendaient docteurs dans l'Église, que Jésus-Christ n'avait pas défendu de tels mariages. Cette parole delà Genèse, Use* ronf deux dans une chair fut éludée, quoique Jésiis-Uirist i’edt réduite à son premier sens, et à son institution primitive, qui ne souffre que deux personnes dans le lien conjugal 7. L’avis en allemand est signé par Luther, Bucer et Melanchton^. Deux autres docteurs, dont Melander, ministre du landgrave, était l'un , le signèrent aussi en latin à Vitemberg , au mois de décembre 1639. Cette permission fut accordée par formede dispense, et réduite au cas de nécessité^; car on eut honte de faire passer cette pratique en loi générale. On trouva des nécessités contre l'Évangile; et après avoir tant blâmé les dispenses de Rome , on osa en donner une de cette importance. Tout ce que la réforme avait de plus renommé en Allemagne consentit à cette iniquité. Dieu les livrait visiblement au sens réprouvé; et ceux qui criaient contre les abus, pour rendre l’Église odieuse, en commettent de plus étranges et en plus grand nombre dès les premiers temps de leur reforme, qu'ils ii'en out pu ramasser ou inven-

‘ l'oyez à la fin de et Uvrt vi. — » ContuU. de Luther.

« 21 , 2*i. — ■* Ibut. n. ao. — ‘ jV. 21. — *Jac. Jü, It*.— •/fcit/. n. «. GtH. Il, 21.—^ .VallA.\ix,4, 6. 6. — ■ Ltv. det Cvneid. conscient. 5 , n. 2. — * Çonsul. n. 4 , 10 , 31 .

ter dans la suite de tant de siècles , où ils reprochent à ritglise sa corruption.

Le landgrave avait bien prévu qu'il ferait trembler ses docteurs , en leur parlant seulement de la pensée qu’il avait de traiter de celte affaire avec l'empereur. Ou lui répond que ce prince n’a ni/oi, fU religion; qnt c’est un trompeur qui n'a rien des moeurs germanlqueSf acte qui U est dangereux de prendre des liaisons Écrire ainsi h un prince de l'Empire, qu'est-ce autre chose que de mettre toute l'Allemagne en feu? Mais qu'y a-t il de plus bas que ce qu’on volt à la tête de cet avis? .\otre 'pauvre Église, disent-ils *, pefi/e, misérableet abandonnée a besoin de princes régents vertueux. Voilà , si on sait l'entendre , la raison des iiouveaui docteurs. Ces princes vertueux, dont on avait l>esoin dans la reforme , étaient des princes qui voulaient qu'on Gt servir l'Évangile ù leurs passions. L'I^^lise, pour son repos temporel, peut avoir besoin du secours des princes : mais établir des dogmes pernicieux et inouïs pour leur complaire, et leur sacrifier par ce moyen l’Évangile qu'on se vante de venir rétablir, c'est le vrai mystère d'iniquité , et ia désolation dans le Sanctuaire.

Une si infâme consultation eût déshonore tout le parti , et les docteurs qui ia souscrivirent n'auraient pas pu se sauver des clameurs publiques, qui les auraient rangés comme il l'avouent, parmi les mahométans, ou parmi les anabaptistes , qui font un jeu du mariage. Aussi le prévirent-Ms dans leur avis, et défendirent sur toutes choses au landgrave de découvrir ce nouveau mariage Il ne devait y avoir qu’uD très petit nombre de témoins, qui devaient encore être obligés au secret , sous le sceau de la confession 4; c'est ainsi que parloit la consultation. La nouvelle épouse devait passer pour concubine. On aimait mieux ce scandale dans la maison de ce prince, que celui qu'aurait c.ausé dans toute la chrétienté l'approbation du mariage si contraireà l'Évangile, et à la doctrine commune de tous les chrétiens.

La consultation fut suivie d'un mariage dans les formes entre Philippe , landgrave de Hesse , et Marguerite deSaal, du consentement de Christine de Saxe, sa femme. Le princeen fut quitte pour déclarer en se mariant qu'il ne prenait celte seconde femme par aucune Ügèrelé ni curiosilé, mais par « d'inévitables nécessités de corps et de conscience « que son altesse avait expliquées à beaucoup de m doctes, prudents, chrétiens et dévots prédicateurs « qui lui avaientconseillé de mettre sa conscience en « repos par ce moyen » L'instrument de ce mariage, daté du 4 mars lS40,est, avec la consultation, dans le livre qui fut publié par l’ordre de l'électeur palatin. Le prince Ernest a encore fourni les mêmes piècM : ainsi elles sont publiques en deux manières. Il y a dix ou douze ar.s qu’on en a produit des extraits dans un livre qui a couru toute ta France sans avoir été contredit; et on vient

• C*tuult. M. 33 . 34. — • Itid. ». s.*— * Consul, n. 10 , 18. — * /S. «. 3t. — * Insi. copulat. A’o^ez à lajin de ce livre VI. — * LeUm és

de nous les donner en forme si authentique *, qn'il n'y a pas moyen d'en douter. Pour ne rien laisser à désirer, j'y ai joint l'instruction du landgraveiet l'histoire maintenant est complète.

Les crimes échappent toujours par quelque endroit Quelque précaution qu'on eût prise pour cacher ce mariage scandaleux , on ne laissa pas d'en soupçonner quelque chose; et il est certain qu'on l'a reproché au landgrave aussi bien qu’à Luther dans des écrits publics : mais ils s'en tirèrent par des équivoques. Un auteur allemand a publié une lettre du landgrave à Henri le jeune, duc de firunsvick*. où il lui parleen ces termes:» Vousmerepro- « chez un bruit qui court que j'ai pris une seconde » femme, la première étant encore en vie. Mais je « vousdéelartj que si vous, ou qui que ce soit, dites " que j'ai contracté un mariage non chrétien , ou « que j'ai fait quelque chose indigne d'un prince ebré- » lien, on me l'impose par pure calomnie : car, « quoiqu'envers Dieu je me tienne pour un mallieu-

• reux péclieur, je vis pourtant en ma foi et en ma « conscieiiCK devant lui d'une telle manière que mes « confesseurs ne me tiennent pas pour un homme non « chrétien. Je ne donne scandale à personne, et je « vis avec la (irincessc ma femme dans une parfaite « intelligence. <■ Tout cela était véritable selon sa pensée; car M ne prétendait pas que le mariage qu'on lui reprociiait fût non chrétien. La landgrave sa fe*nme en était contente, et la consultation avait fermé la bouche aux confesseurs de ce prince. I.uther ne répond pas avec moins d’adresse. On reproche, dit-il « au landgrave que c'est un polygame.

• Je n'ai pas beaucoup à parler sur ce sujet-là. Le « landgrave est assez fort, et a des gens assez sa- ■ vants pour le défendre. Quant à moi, je connais « une seule princesse et iandgmve de Hesse, qui est « et qui doit être nommée la femme et la mère en « Hesse; et il n’y en a point d'autre qui puisse don- « ncr à ce prince de jeunes landgraves , que la prin- «< cesse qui est fille de Geoi^e, duc de Saxe. > En effet , on avait donné bon ordre que ni la nouvelle épouse ni ses enfants ne pussent porter le titre de landgraves. Se défendre de cette sorte, c'est arder à sa conviction, et reconnaître la honteuse corruption qu'introduisaient dans lo doctrine ceux qui ne parlaient dans tous leurs écrits que du rélabiissemcnl du pur Évangile.

Après tout, Luther ne faisait que suivre les principes qu'il avait posés ailleurs. J'ai toujours craint de parler de ces inévitables nécessités qu'il reconnaissait dans l’union des deux sexes , et du sennon scandaleux qu'il avait fait à Vitemberg sur le mariage : mais puisque la suite de cette histoire m’a une fois fait rompre une barrière que la pudeur m'avait imposée, je ne puis plus dissimuler ce qui se trouve bien imprimé dans les œuvres de Luther 4. Il est donc vrai que dans un sermon qu'il fit à Vitemberg pour la réformalion du mariage, il ne rougit

« Hi»t. de tUérii. liv. xn. — ’ Norllederus de eaus. .

hell. Germ. an. IMû. — > T. ni. Jtr. fol. 436. — • T. v. Serm. de matrim./. 133.

DES VARIATIONS, LIV Vî

pas de prononcer ces infâmes et scandaleuses paroles : c Si elles sont opiniâtres (il parle des femmes), il « est à propos que leurs maris leur disent : Si vous

• ne voul&z pas, une autre le voudra ; Si la mal> « tresse ne veut pas venir, que la servante appro> « che. » Si on entendait un tel discours dans une farce et sur le Uiéâtre, on en aurait honte. chef des réformateurs le prêche sérieusement dans Téplise; et comme il tournait en dogmes tous ses excès , il ajoute : ■ Il faut pourtant auparavant que le

• mari amène sa femme devant l'église, et qu'il

• l'admoneste deux ou trois fois : après, répudiez-

• la, et prenez Eslher au lieu de Vasihi. » Celait une nouvelle cause de divorce ajoutée à celle de Ta* dultère. Voilà comme Luther a traité le cliapitre de la réformation du mariage. Il ne lui faut pas demander dans quel évangile il a trouvé cet article : c’est assez qu’il soit renfermé dans les névessUés qu’il a voulu croire au-dessus de tontes les lois et de toutes les précautions. Kaut-il s’étonner après cela de ce qu'il permit au landgrave.’ 11 est vrai que dans ce sermon il oblige à répudier la première femme avant que d’eti prendre une autre; et dans la consultation H permet au landgrave d’en avoir deux. Mais aussi le sermon fut prononcé en 1532, et la consultation wl écrite en 1639. Il était juste que Luther apprit quelque chose en dix-septoudixbuit ans de réformation.

Depuis ce temps; le landgrave eut un pouvoir presque absolu sur l’esprit de ce patriarche de la réforme; et après en aVoir senti le faible dans une matière si essentielle , il ne le crut pas Cnipabie de lui résister. Ce prince était peu versé dans les controverses : mais en récompense il savait en habile politique concilier les esprits, ménager les intérêts différents, et entretenir les ligues. Sa plus grande passion était de faire entrer les Suisses dans celle de Smalcaldc. Mais il les voyait offensés de beaucoup de choses qui se pratiquaient parmi les luütériens, et en particulier de l’élévation du Saint-Sacrement, que l'on continuait de faire au son de la cloche, le peuple, frappant sa poitrine , et poussant des gémissements et des soupirs '. Luther avait conservé vingt-cinq ans ces mouvements d’une piété dont il savait bien que Jésus-Christ était l’objet : mais U n’y avait rien de lixe dans la réforme. Le landgrave ne cessa d’attaquer Luther sur ce point, et il le persécuta tellement, qu'après avoir laissé abolir cette coutume dans quelques églises de son parti, à la fln il Tôta lui-rnémc dans celle de Vilemberg qu’il conduisait *. Ces changements arrivèrent en 1542 et 1543. On en triompha parmi leà sacramenlaires : ils crurent à ce coup que Luther se laissait fléchir : on disait même parmi les luthériens, qu'il s'était enfin relâché de cette admirable vigueur avec laquelle U avait jusqu’alors soutenu l’ancienne doctrine de la présence réelle , et qu’il commençait à s’entendre avec les sacramenlaires. Il fut piqué de ces bruits, car il souffrait avec iin-

> Gfup. Pftte- nar. hitt. de Phil. Mel. soctri ani utiteNi d* Oh. Dom. Amberg^, l&M , p. S4. — * Peuc. Ibid. Suitpfri ep. ad Calv. inter Calv. ep. p. SS.

•OtSCR. — TOn IV.

patience les moindres choses qui blessait nt son autorité Peucer, gendre de MelanelUon, dont nous avons pris ce récit, remarque qu'il dissimula quelque temps : car son grand cceur, dit-il , ne se laissait jms facilement émoucoir. Nous allons voir néanmoins comment on lui faisait prendre feu. Un • médecin nommé Vildus , célèbre dans sa profession, et d'un grand crédit parmi la noblesse de .Misnie, où ces.bruils se répandaient le plus contre Luther, le vint voir à Yitemberg, et fut bien reçu dans sa maison. Il arriva, poursuit Peucer, que dans un festin où était aussi Melanchton, ce médecin échauffé du vin (car on buvait comme ailleurs à la table des réformateurs, et ce n’élalt pa.sde pareils abus qu'ils avaient entrepris de corriger), • ce • médecin, dis je, se mil a parler avec peu de •• précaution sur l’élévation otee depuis peu; cl il > dit tout franchement a Luther, que la commune ■ opinion était qu'il n'nvail fait ce changement que « pour plaire aux Suisses, et qu’il était enlin entré •» dans leurs sentiments. » Ce grand cœur ne fut pas à l’épreuve de ce discours fait dans le vin : son émotion fut visible; et Melanchton prévit ce qui arriva.

Luther fut animé par ce moyen contre les Suisses, et sa colère devint iinpKieahle à l'ocitasion de deux livres que ceux de Zurich firent imprimer dans la même année. L'un fut une version de la Bible faite par Léon de Juda, ce fameux Juif qui embrassa le parti des zuingliens : l'autre fut les œuvres de Zningie soigneusement raiiusscrs, avec de grands eloges de cet auteur. Quoiqu'il n’y eût rien dans ces livres contre la personne de Luther, aussi, tût après leur publication il s'emporta à des excès inouïs, et ses transports n'avaient jamais paru si violents. Les zuingliens publièrent, et les luthériens l'ont presque avoué, que Luther ne put souffrir qu'un autre que lui se mêlât de tourner la Bible *.

Il en avait fait une version très-élégante en sa langue; et il crut qu’il y allait de son honneur que la reforme n'en eût point d’autre, du moins où l’allemand était entendu. Les œuvres de Zuingle réveillèrent sa jalousie ^ ; et il crut qu'on lui voulait toujours opposer cet homme, pour lui disputer la gloire de premier des réformateurs. Quoi qu’il en soit, Melanchton et les luthériens demeurent d'accord qu’après cinq ou six ans de trêve, Luther recommença le premier la guerre , avec plus de fureur que jamais. Quelque pouvoir que te landgrave eût sur l'esprit de Luther, il n’en pouvait pas retenir longtemps les emportements. Les Suisses produisent des lettres de la propre main de Luther, où il défend au libraire qui lui avait fait présent de la version de Léon, de lui rien envoyer jamais de la part de ceux de Zurich ; • que c'était des hommes dam- « nés, qui entraînaient les autres en enfer; que les « ÿ^lises ne pouvaient plus communiquer avec eux, a ni consentir à leurs blasphèmes, et qu’il avait réa solu de les combattre par ses écrits et par ses a prières jusqu’au dernier soupir •

* Peue. ibid. SulUeri ep. ad Calv. inter Calv. ep. p. H,

— a Hoap.part % Calix. Judiciutn, n.lt, ISl, 123. lbid./.m.—*Sbid.f. 183.

nisTOinE

Il tint parole. T/année suivante il publia une etpliration sur la Genèse , où il mit Zuiii^le et Œrolanipade avec Ariiis , avec Miincer et les anabaptistes, avec les idohltres qui se faisaient une idole de leurs pensées , et les adoraient au mépris de la pa- >rtdede Dieu. Mais ce qu'il publia ensuite fut bien ))Iiis terrible : ce fut sa petite Confession de fol , où il les traita d'InsemèSf de blasphémaleurs, de gens de néants de dauviès pour qui il n'était plus jtermis de prier • : car il poussa la chose jusque-là, et protesta qu'il ne voulait plus avoir avec eux aucun commerce, «i par lettres ^ ni par ;wrofe«, ni par œuvres, s'ils ne confessaient • que le pain « de l'eucharistie était le vrai corps naturel de Not tre-Seigneuf, que les impies, et même le traître

• Judas , lie recevaient pas moins par la bouche,

■ que saint Pierre et les autres vrais fidèles. ■

Par là il crut mettre fin aux scandaleuses inter- I prétations des sacramentaires, qui tournaient tout à leur sens; et il déclara qu'il tenait pour fanatiques ceux qui refuseraient de souscrire à celle dernière Confession de ft)i *. Au reste , il le prenait d'un ton si haut , et inenai^ait tellement le monde de ses anathèmes , que les zuingliens ne l'appelait-nt plus que te nouveau Pape, et le nouvel Antéchrist^.

Ainsi la défense ne fut pas moins violente que Tattaque. Ceux de Zurich, scandalisés de cette expression étrange, Ijp pain et te vrai corps naturel de Jésus Christ, le furent encore davantage des injures atroces de î.nllier : de sorte qu'ils firent un livre qui avait pour titre : Contre les vaines et scandateuses calomnies de I.uther, où ils soutenaient « qu'il fallait être aussi insensé que lui pour endu- . rer sesem|)orleinenls; qu'il déshonorait sa vieîl- « lessc,et se rendait méprisable par ses violences;

« et qu'il devrait être honteux de remplir ses livres

• de tant d'injures et de tant de diables. «

Il est vrai que I.uther avait pris soin de mettre le diable dedans et dehors , dessus et dessous, à droite et à gauche, devant et derrière les zuingliens, en inventant de nouvelles phrases pour les p<inctrer de drinons, et répétant ce mot odieux jusqu'à faire horreur.

Celait sa coutume. En l.'>43, comme le Turc menaçait plus que jamais rAlieinagne, il avait publié une prière contre lui , où il mêla le diable d'une étrange sorte : • Vous savez, dis.iit-il *, ô m Seigneur! que le diable, le Pape, et le Turc n'ont •I ni droit ni raison de nous tourmenter; car nous

ne les avons jamais offensés : mais, parce que nous

confessons que vous, ô Père, et votre fils Jésus- A Christ, et le Saint-Esprit, êtes un seul Dieu

• éternel, c'est là notre péché, c'e«l tout notre crime ; H c’est pour cela qu’ils nous haïssent et nous per- - sénitent; et nous n'aurions plus rien àcrain-

• dre d'eux , si nous renoncions à cette foi. « Quel aveugictiienl de mettre ensemble le diable^ le Pape et te TurCf comme les trois ennemis de la foi de la

* Horp.parl.i. p. IH6, I87. ra/i>. f». 7X. p. l23(Pt seq, Lmih. pttrr. Cnnf. — • Conr. p. 7M. Luiher. f. il. /. 3îa. —

• //yjp l'JÎ — * Striii. t. XIV

Trinité! Quelle calomnie d'assurer ijue le Pape les persécute pour cette foi! Et quelle folie de s’excuser envers reiinemi du genre humain , comme un homme qui ne lui a jamais donné aucun mécontentement!

Un peu après que Luther se fut échau^'é de nouveau, de la manière que nous avons vue, contre les sacramentaires , Bucer dressa une nouvelle .Confession de foi. ('es messieurs ne s'en lassaient pas : il sembla qu'il la voulût opposer à la petite Confession que Luther venait de publier. Celle de Bucer roulait à peu près sur les expressions de l'accord de Vitemberg, dont il avait été le médiateur > : mais il n'aurait pas fait une nouvelle Confession de fol , s’il n'avait voulut changer quelque chose. C'est qu'il ne voulait plus dire aussi nettement et aussi généralement qu'il avait fait, qu'on pouvait prendre sans foi le corps du Sauveur, et le prendre trèsrcellcment en vertu de l'institution de Notre-Seigncur,que nos mauvaises di.spositions ne pouvaient priverdesoneflicacc. Bucer corrige ici cettedoctrine, et U semble mettre pour condition de la présence de Jésus (Christ dans la Cène, non-seulement qu'on la Célèbre selon l'institution de Jésus-Christ, mais encore qu'on ait une fui solide aux paroles par lesquelles il se donne lui-méme *. Ce docteur, qui n'osait donner une foi vive à ceux qui communiaient indignement , inventa en leur faveur cette foi solide , que je laisse à examiner aux protestants; et par une telle foi il voulait que les indignes reçussent et te Sacrement f et te Seigneur même

Il parait embarrassé sur ro qu'il doit dire de la communion des impies. Car Luther, qu’il ne voulait pas contredire ouvertement, avait décide dans sa petite Confession, qa'i/js rece**a/en/ Jésus-Christ aussi l'éritablementque les saints. Mais Bucer, qui ne craignait rien tant que de parler nettement, dit que ceux d'entre les impies ont la foi jioHrun temps, reçoivent Jésus-Christ dans une énigme, comme Us reçoivent PÉvnngite, Quels prodiges d’expressions! Et pour ceux qui n'ont aucune foi, il semble qu'il devait dire qu’ils ne reçoivent point du tout Jésus-Christ. Mais cela serait trop clair : U se contente de dire, quits ne voient etne touchent dans le Sacrement que ce qui est sensible. Et que veut-il donc qu'on y voie et qu'on y touche, si ce n'est ce qui est capable de frapper les sens } Le reste, c'est-à-dire le corps du Sauveur, pimt être cru; mais personne ne se vante ni de le voir ni de le toucher en lui-même ; et les fidèles n'ont de ce côlé-là aucun avantage sur les impies. Ainsi, à son ordinaire, Bucer ne fait que brouiller; et par ses subtilités il prépare la voie, comme nous verrons, à celle de Calvin et des calvinistes.

Meiaiiclilon durant res temps prenait un soin particulier de diminuer, pour ainsi parler, la présence réelle, en làcliant de In réduire au temps précis de l’usage. Cest ici un dogme principal du luthéranisme; et il importe de bien entendre comment il s'est établi dans la secte.

* CmIwus, h'p. rv. • C®»f Bue. ilij. art . W, — t IhifS. art. 20.

DES VAKIATIONS, LIV. VI

L'aversion de ia nouvelle réforme était la messe, quoique la messe au fond ne fût autre chose que les prières publiques de l'Église , consacrées par la célébration de l'eucharistie, où Jésus-Christ présent honorait son Pèr^ et sanctiflait ses fidèles. Mais deux choses y choquaient les nouveaux docteurs, parce qu'ils ne les avaient jamais bien entendues : l'une était l'oblation, et l'autre était l’adoration qu’on rendait à Jésus-Christ présent dans ces mystères.

L'oblation n'était autre chose que la consécration du pain et du vin pour en faire le corps et le sang de Jésus-Christ, et le rendre par ce moyen vraiment présent. Il ne se pouvait que cette action ne fût par elle-même agréable à Dieu; et la seule présence de Jésus-Christ montré à son Père, en honorant sa majesté suprême, était capable de nous attirer ses grâces. Les nouveaux docteurs voulurent croire qu’on attribuait â cette présence et à l'action de la messe une vertu pour sauver ies hommes, indépendamment de la Foi : nous avons vu leur erreur : et sur une si fausse présupposition la messe devient l'objet de leur aversion. I^s paroles les plus saintes du canon furent décriées. Luther y trouvait du venin partout, et jusque dans cette prière que nous y faisons un peu devant la communion : • O Seigneur « Jésus-Christ, fils de Dieu vivant, qui avez donné la « vie au monde par votre mort, délivrez-moi de

• tous mes péchés par votre corps et par votre

• sang.» Luther {qui le pourrait croire!) condamna ces dernières paroles, et voulut imaginer qu'on attribuait notre délivrance au corps et au sang indépendamment de la foi ; sans songer que cette prière , adressée â Jésus-Christ, jf/j D\eu vivant j qui avait vivifié le monde jxtr sa mort, était elle-même dans toute sa suite un acte de foi irès-vif. ^’importe : Luther disait que les moines attribuaient, leur salut au corps et au sang de JésuS’Christ, sans dire un mot de la /oiK Si le prêtre , en communiant, disait avec le Psalmiste : Je prendrai le pain céleste , et f invoquerai le nom du Seigneur • ; Luther le trouvait mauvais, et disait que mal à propos et à contretemps on détournait les esprits de la foi a\txceuvres. Combien aveugle est la haine! combien a l-on le cœur rempli de venin, quand on empoisonne des choses si saintes!

Il ne faut pas s’étonner après cela qu'on se soit emporté contre les paroles du canon, où l'on disait que les fidèles offraient ce sacrifice de louange pour la rédemption de leurs âmes. Les mim’stres les plus passionnés sont à présent obligés dereconnatire que l'intention de l'église est ici d’offrir pour la rédemption ; non pas pour la mériter de nouveau , comme si la croix ne l'avait pas méritée, mais en action de grâces d'un si grand bienfait^, et dans le dessein de nous l'appliquer. Mais Luther ni les luthériens ne voulurent jamais entrer dans un sens si naturel : iis ne voulaient voir qu'horreur et abomination dans la messe : ainsi tout ce qu'elle avait de plus saint était détourné à de mauvais sens ; et Luther concluait de

» DtAbomin. MUs. priv. seu Canonh. Ml, .193, W.— P$. r.XT , Pf^. in tib. Albert, de Eiichar.

iù qu'il fallait avoir aulant d'horreur du canon çm? du diable même.

Dans la haine que la réforme avait conçue contre la messe, ou o'y désirait rien tant que d'en saper le fondement, qui après tout n'était autre que la présence réelle. Car c’était sur celte présence que les catholiques appuyaient toute la valeur et ia vertu de la messe : c'était là le seul fondement de l’oblation et de tout le reste du culte ; Jésus-Clirist présent en faisait le fond. Calixte, luthérien, demeure d’accord qu'une des raisons, pour ne pas dire la principale, qui fit nier la présence réelle à une si grande partie de la réforme, c'est qu'on n'avait point de meilleur moyen de ruiner la messe et tout le culte du papisme*. Luther eût entré lui-même dans ce sentiment s'il eût pu; et nous avons vu ce qu'il a dit sur l’inclination qu’il avait à s'éloigner du papisme par cet endroit-là , comme par les autres Opendanten retenant, comme il s'y voyait forcé, le sens littéral et la présence réelle, il était clair que la messe subsistait en son entier : cardés là qu'on retenait ce sens littéral , les catholiques concluaient que iion-seulement l'eucharistie était le vrai corps, puisque Jésus-Christ avait dit : Ceci est mon corps, mais encore que c'était lé corps, dès que Jésus-Christ l'avait dit, par conséquent avant la manducation; et dès la consécration , puisque enfin on n'v disait pas : Ceci sera, mais Ceci est : doctrine ou nous allons voir toute la messe renfermée.

Cette conséquence que tiraient les cathoIique.i de ia présence réelle à la présence permanente et hors de l'usage, était si claire, que Luther l'avait reeuunue : c'était sur ce fondement qu'il avait toujours retenurèlévation de l'hostie jusqu'en 16-13; et après même qu'il l'eut abolie, il écrit encore dans sa petite Confession , en lôU, « qu'on la pouvait conserver « avec piété, comme un témoignage de la présence « réelle et corporelle dans le pain; puisque par cette ■ action le prêtre disait : Voyez, chrétiens, ceci est « le corps de Jé^us-Christ qui a été livré pour vous » D’oii il parait que pour avoir (^langé la cérémonie de l’élévation , il n'en ciiangea pas pour cela le fond de son sentiment sur la présence réelle , et qu’il continuait à la reconnaître incontinent après la consécration.

Avec cette foi il est impossible de nier le sacrifice de l'autel : car que veut-on que fasse Jésus-Chrift avant que l'on mange son corps et son sang, si ce n'est de se rendre présent pour nous devant sûu Père? C’était donc pour em^chcr une conséquence si naturelle, que Melancliton cherchait des moyens de réduire cette présence à ia seule manducation; et ce fut principalement à la conférence de Ratisbonne qu’il étala cette partie de sa doctrine. Charles V avait ordonné cette conférence en 1541 , entre les catholiques et les protestants, pour aviser aux moyens de concilier les deux religions. Ce fut lé que Melancliton , en reconnaissant à son ordinaire avec les catholiques la présence réelle et substantielle ,

‘ Judk.Calix.n.*7,p. 70.«. SI, p. 7». — * CMewUS , «P. n. l.Hth. parv. Conf. \tAk. Hesp. 13.

s'appliqua beaucoup à faire voir que l'eucharistie « comme les autres Sacrements, dafis l’usage légiiime ' , c’est-à-dire , comme il l’entendait, dans la réception actuelle.

comparaison qu'il tirait des autres Sacrements ' était bien faible : cardans les sii;ties de cette nature, où tout dépend de la volonté de rinsliluteur, ce n’est pas à nous à lui faire des lois générales, ni à lui dire qu’il ne peut faire des Sacrements que d'une sorte ; il a pu dans l’institution de ses .Sacrements s'étre proposé divers desseins, qu’il faut entendre par les paroles dont il s’est servi à chaque institution particulière. Or Jésus-Christ ayant dit précisément : Ceci est, leffet devait être aussi prompt que les paroles sont puissantes et véritables , et il n'y avait pas à raisonner davantage.

Mais Melaiichton répondait et (c'était la grande raison qu'il ne cessait de répéter) que la promesse de Dieu ncs'adressant pas au pain, maisà l'homme, le corps de notre Seigneur ne devait être dans le pain que lorsque l’homme le recevait *. Par un semblable raisonnement on pourrait aussi bien conclure que l’amertume de l'eau de ^fnra ne fut corrigée ^ , ou que l’eau de Cana ne fut faite vin que dans te temps qu'on en but ; puisque ces miracles ne se faisaient (|iie pour les hommes qui en burent. Comme donc ces changements se firent dans l'eau, mais non pas pourl'eau, rien n’empéche qu’on ne reconnaisse de même tin diangement dans le pain, qui ne soit pas pour le pain; rien n’empéche que le pain céleste, aussi bien que le terrestre, ne soit fait et préparé avant qu’on le mange : et je ne sais comment Meianchton s'appuyait si fort sur un argument si pitoyable.

Mais ce qu'il y a ici de plus considérable, c'est que, par ce raisonnement il n'attaquait pas moins son maître, Euther, qu’il attaquait les catholiques; car en voulant qu'il ne se fit rien du tout dans le j>ain , il montrait qu’il ne s'y fait rien en aucun moment , et que le corps de notre Seigneur u’y est , ni dans l'usage ni hors de l’usage ; mais que l'homme , à qui s'adresse toute la promesse , le rei^oit à la présence du pain, comme on rei^oit dans le baptême à la présense de l’eau le Saint-Ksprit et la grûce. Mclanchton voyait bien celte conséquence, comme il paraîtra dans la suite : mais soit qu’il eût l’adresse de la couvrir alors, ou que Luther n’vprît pas garde de si près, la haine qu’il avait conçue contre la messe lui faisait passer tout ce qu’on avançait pour la détruire. •

Melanchton se servait encore d’une autre raison , plus faible que les précédentes. Il disait que Jesus- Cbrist ne voulait pas être lié, et que l’altacl^r au pain hors de l'usage, c'était lui oter son franc arbitre Comment peut-on penser une telle chose, et^dire que le libre arbitre de Jésus-Christ soit détruit par un attachement qui vient de son choix? Sa parole le lie sans doute , parce qu’il est fidèle et

' Hotp. 14*. 170, 190. — * ibid. fiel. lib. li. cp. 45. 4o. llb. III, na, ihO,4‘/c. ~ ’ Bzod. IV, 23. — • y<x3N.il. — * A/el. tp. tup. ei(. part. 4, 194, etc. Joan. Slurm. Antip.

véritable: mais ce lien n’est pas moins volontaire qu’inviolable.

Voilà ce qu’opposait la raison humaine au mystère de Jésus-Christ; de vaines subtilités, de pures ' chicanes : aii.ssi n’était-ce pas là le fond de l'affaire. I>a vraie raison de Melanchton, c est qu’il ne pouvait empêcher que Jésus-Christ posé sur la Sainte Table avant la manducation, et par la seule consécration du pain et du vin, ne fût une chose par elle-même agréable à Dieu, qui attestait sa grandeur suprême, intercédait pour les hommes, et avait toutee les conditions d'une oblation véritable. De cette sorte la messe subsistait , et on ne la pouvait renverser qu’en renversant la présence hors de la manducation. Aussi quand on vint dire à Luther que Melanchton avait hautement nié cette présence, dans la conférence de Ratisbonne, Hospinien nous ra;>porte qu'il s’écria : •> Courage, mon cher Melaneh- " ton ! à cette fois la messe est à bas. Tu en as « ruiné le mystère, auquel Jusqu’à présent je n’avais « donné qu'une vaine atteinte *.> Ainsi, de l’aveu des protestants , le sacrifice de l’eucltaristie demeurera toujours inébranlable, tant qu’on admettra dans ces mots, Ceci est mon corps ^ une efficace présente; et pour détruire la niesse il faut suspendre l’effet des paroles de Jésus-Christ, leur dter leur sens naturel, et changer ceci est en ceci sera.

Quoique Luther laissât dire à Melanchton tout co qu’il voulait contre la messe, il ne se départait pas en tout de ses anciens sentiments, et il ne réduisait pnsà la seule réception de l'eucharistie l'usage où Jésus-Christy était présent ; on voit môme que Melanchton biaisait avec lui sur ce sujet, et il va deux lettres de Luther, en 1543, où il loue une parole de .Melanchton, qui avait dit, « que la présence était • dans l'action de la Cène ; mais non pas dans un « point précis ni mathématique *. » Pour Luther , il en déterminait le temps depuis le Pater noster, qui se disait dans la messe luthérienne incontinent après la consécration ,Jui7u’a ce que tout te mondt eût communié t et qu’on eût consumé les restes. Mais pourquoi en demeurer là ? Si on edt porté à l'instant la communion aux absents, comme saint Justin nous raconte qu'on le faisait de son temps quelle rai.son eût-on eue de dire que Jésus-Christ eût aussitôt retiré sa sainte présence? Mais pourquoi ne la continuerait-il pas quelques jours après, lorsque le Saint Sacrement serait réservé pour l'usage des malades ? Ce n’est que par une pure fantaisie qu’on voudrait retirer en oe cas la présence de Jésus-Christ; et Luther ni les luthériens n’avaient plus de règle, lorsqu'ils mettaient un usage, quelque court qu'il fût, hors de la réception actuelle : mai.s ce qu'il y a de pis pour eux , c'est que la messe et l'oblation subsistaient toujours ; et n’y eût-H qu'un seul moment de présence devant la communion , celte présence de Jésus-Clirist ne pouvait être frustrée de tous les avantages qui l'accompagnaient. C'est pourquoi Melanchton tendait toujours, quoi qu'il pût dire à Luther, à ne mettre la présence que

* Hotp.p. ISO. — > T- IT. Jtn. p. 566, 584. et ap. C^ltU — 'Jmt. ./pu/. I, f). 05 <*/ 67.

DES VARIATIONS, LIV. VI

dans le temps précis de b réception , et il ne voyait que ce seul moyen de ruiner l'oblation et la messe.

Il n’y en avait non plus aucun autre de ruiner rélévation et l'adoration. On a vu qu'en ôtant Télé* vatioD, Luther, bien éloigné de la condamner en avait approuvé le fond Je répète encore ses paroles : « On peut , dit‘il , conserver l'élévation comme « un témoignage de la présence réelle et corporelle; « puisque ja faire, c'est dire au peuple : Voyez, > chrétiens, ceci est le corps de Jésus-Christ qui a

• été livré pour nous». • Voilà ce qu'écrit Luther après avoir ôté l'élévation. Mais pourquoi donc, dira-t-on, l’a-t-il ôtée? La raison en est digne de lui ; et c'est lui-méme qui nous enseigne « que s'il avait « attaqué l'élévation , c'était seulement en dépit de « la papauté; et s'il l'avait retenue si long-temps,

• c'était en dépit de Carlostad. • En un mot , concluait-il, « il la fallait retenir lorsqu'on la rejetait « comme impie, et il la fallait rejeter lorsqu'on In « commandait comme nécessaire ^ « Mais au fond il reconnaissait (ce qui en effet est indubitable), qu'il n'y pouvait avoir nul inconvénient à montrer au peuple ce divin corps, dès qu'il commençait à fître présent.

Pour cc qui est de l'adoration , après l'avoir tantôt tenue pour indifférente, et tantôt établie comme nécessaire , il s'en tint à la fln à ce dernier partit ; et dans les thèses qu'il publia contre les docteurs de Louvain en 1 ô45 , c'est-à-dire un an avant sa mort , il appela l'eucharistie {eSarremefU adorable^. Le parti sacramentaire, qui s'était tant réjoui lorsqu'il avait ôté l'élévation , fut consterné ; et Calvin écrivit que par cette décision il av<tit éieoé l'idole dans le lem^e de

Melanchton connut alors plus que jamais qu'on ne pouvait venir à bout de détruire ni l'adoration , ni la messe, sans réduire toute la présence réelle au moment précis de la manducation. 11 vitméme qu'il fallait aller plus avant, et que tous les points de la doctrine catholique sur l'eucliaristie revenaient l’un après l’autre , si on ne trouvait le moyen de détacher le corps et le sang du pain et du vin. Il pous.sait donc jusque-là le principe que nous avons vu qu'il ne se laisait rien pour le pain ni pour le vin, mais tout pour l'homme : de sorte que c'était dans l'homme seul que se trouvait en effet le corps et le sang. De quelle sorte cela se faisait selon Melanchton , il ne l'a jamais expliqué : mais pour le fond de cette doctrine, il ne cessait de l’insinuer dans un grand secret , et le plus adroitement qu'il pouvait. Car, tant que Luther vécut, il n'y avait aucune espérance de ie fléchir sur ce point , ni de pouvoir dire ce qu'on en peiisaitavec liberté : mais Melanchton mit si avant celte doctrine dans l’esprit des théologiens de Vitemberg et de Leipsick, qu'après la mort de I.utJier, et après la sienne, ils s'en expliquèrent nettement dans une assemblée qu'ils tinrent à Dresde, par ordre de l'électeur, en lôfll. lÀ ils ne craignirent pas de rejeter la propre doctrine de Luther, et la présence réelle

• Ci-dPMCu, p. 83. — » Parv. ConJ, — 3 Ihid . -- * //md, M. — » Ad ari. Lov. The$i 16. (. n , Ml. — * Ep. ad Bue. p. lOS.

qu'il admettait dans le pain ; et ne voyant point d'autre moyen de se défendre de la transsubslantia- Uon.del'adorationetdusarriBee, ils se réduisaient 3 la présence réelle que Melanchton leur avait apprise, non plus dans le pain et dans le vin, mais dans le lidèle qui les recevait. Ils déclarèrent done . que le vrai corps substantiel était vraiment et - substantiellement donné dans la Cène, sans tou- " tefois qu'il fiU nécessaire de dire que le pain fût . le corps essentiel (où le propre corps) de Jésus- « Christ, ni qu'il se prît corporellement et charnel- . lement par la bouche corporelle; que l'ubiquité . leur faisait horreur; qu'il y avait sujet de s'étonner . de ce qu'on s'attachait si fort à dire que le corps " fût pilent dans le pain, puisqu'il valait bien mieux . considérer ce qui se fait dans l'homme, pour le- ■ quel , et non pour le pain , Jésus-Christ se rendait « présent'. • Ils s'expliquaient ensuite sur l'adoration, et soutenaient qu'on ne la pouvait nier en admettant la présence réelle dans le pain , quand même on aurait expliqué que le corps n’y est présent que dans l’usage; . que les moines auraient tou-

• jours la même raison de prier le Père éternel do

• les exaucer par son Fils, qu’ils lui rendaient « présent dans cette action ; que la Cène étant éta- . blie pour se souienir de Jésus-Christ , comme on

• ne pouvait le prendre , ni s’en souvenir sans y « croire et sans l’invoquer, il n'y avait pas moyen . d’empêcher qu'on ne s'adressât à lui dans la . Cène comme étant présent, et comme se mettant . lui-même entre les mains du sacrificateur, aprè* . les paroles de la consécration. • Par la même raison , ils soutenaient qu'en admettant cette présence réelle du corps dans le pain, on ne pouvait rejeter le sacrifice ; et ils le prouvaient par cet exemple ; « C’était, disaient-ils, une coutume an* . cieiinede tous les suppliants, de prendre entre > leurs mains les enfants de ceux dont ils iinpln- . raient le secours , et de les présenter à leurs . Pères, comme pour les fléchir par leur entre- . mise. . Ils disaient de la même sorte , qu'ayant Jésus-Christ présent dans le pain et dans le vin do la Cène , rien ne nous pouvait empêcher de le présenter à son Père pour nous le rendre propice; et rnfln ils concluaient > qu'il serait plus aisé aux . moines d’établir leur transsubstantiation, qu’il . ne serait aisé de la combattre à ceux qui, en lu

• rejetant de parole, ne laissaient pas d’assurer que “ le pain était le corps essentiel (c’est-à-dire le . propre corps) de Jésus-Christ. .

C'est Lutlier qui avait dit à Sraalcalde, et qui avait fait souscrire à tout le parti que le pain était le vrai corps de notre Seigneur, également reçu par les saints et par les impies ; c'est lui-même qui avait diulaiis sa dernière Confession de foi approuvéo dans tout le parti , que /« pain de Ceiu harUtie est le rrai corps naturel de notre Seigneur'. Melanchtoii et toute la Saxe avaient reçu cette doctrineavec tous les autres; car il fallait bien obéir à Luther;

’ S'il, et Lipt. Theol. Orthod. Crnf. Ileitdetb. an. IS7S. /totp. au. iMi, asi. — > -Vrt. VI. Concord, p.sso. lup. lû. iv, M. Parv. Cot^feu. iupra. n. 14.

maU ils en reviorent après sa mort, et reconnurent ; avec nous que ces mots, le pain est le vrai corps, emportent nécessairement le changement du pain au corps; puisque le pain ne pouvant être le corps en nature, i! ne le peut devenir que par cliangement : ainsi ils rejetèrent ouvertement la doctrine de leur maître. Mais Us passent encore plus avant dans la déclaration qu'on vient de voir, et ils confessent qu’en admettant comme on avait fait jusqu’alors parmi les luthériens , la présence réelle dans le pain , on ne peut plus empêcher ni le sacrillce que les ca* tholiques offrent à Dieu, ni l'adoration qu’ils rendent à Jésus-Christ dans l’eucharistie.

Leurs preuves sont convaincantes. SiJésus-TJirist est cru dans le pain, si la foi s’attache à lui dans cet état, cette foi peut-elle être sans adoration? Mais cette foi elle-même n'cmporte-t-elle pas nécessairement une adoration souveraine, puisqu’elle entraîne l’invocation de Jésus-Christ comme Fils de Dieu, et comme présent? La preuve du sacrifice n’est pas moins concluante : car, comme disent ces théologiens, si par les paroles sacramentales on rend Jésus-Christ présent dans le pain, cette présence de Jésus-Christ n'esl-elle pas par elle-même agréable au Père; et peut-on sanctilier ses prières par une offrande plus sainte, que par celle de Jésus-Christ présent? Que disent les catholiques davantage, et qu'est-ce que leur sacritice, sinon Jésus-Christ présent dans le Sacrement de l’euchorislie, et représentant lui-même à son Père la victime par laquelle il a été apaisé? Il n'y a donc point de moyen d'eviter lesacriDce, non plus que l'adoration et la transsubstantiation , sans nier celte présence réelle de Jesus- Christ dans le pain.

C’est ainsi que fflglise de Vitembfvg, la more de la réforme, et celle d'où selon Calvin était sortie dans nos jours la lumière de l'f^angile ' , comme autrefois elle était sortie de Jérusalem, ne peut plus soutenir les sentiments de Luther qui l'a fondée. Tout se dément dans la doctrine de ce fondateur de la réforme : il établit mvinnblemenl le sens littéral et la présemre réelle : il on rejette les suites nécessaires, soutenues par les catholiques. Si l'on admet avec lui la présence réelle dans le pain, on s’engage à la messe tout entière , et à la doctrine catholique sans réserve. Cela paraît trop fâcheux à la nouvelle réforme qui ne sait plus à quoi elle est bonne , s'il faut approuver ces choses et lo culte de l’Église romaine tout entier. Mais d'autre part, qu'y a t il de plus chimérique qu'une présence réelle séparée du pain et du vin ? IS'est-ce |»as en montrant le pain et le vin , que Jésus-Christ a dit. Ceci est mon corps? A-t-il dit que nous dussions recevoir son corps et son sang détachés des choses où i) lui a plu de les renfermer? et si nous avons à en recevoir la propre substance , ne faut-il pas que oe soit de la manière qu'il l’a déclarée en instituant ce mystère? Dans ces embarras inévitables, le désir d'ôter la messe l'emporta; mais le moyen que prit Mclanchton avec les Saxons |>our la détruire était si mauvais qu'il ne put subsister. Ceux de Vitnnbcrg

» Epùt. Crtfl*. p. t>80.

et de Leipsicii en revinrent eux-mêmes bientêtaprès ; et l'opinion de Luther, qui mettait le corps dans le pain , demeura ferme.

Tendant que ce chef des réformateurs tirait à sa Gii, il devenait tous les jours plus furieux. Ses tlièses contre les docteurs de Louvain en sont une preuve : et je ne crois pas que ses disciples puissent voir sans honte , jusque dans les dernières années de sa vie , le prodigieux égarement de son esprit. Tantôt il fait le Iwuffon, mais de la manière du monde la plus plate ; il remplit toutes ses tlièsc's de ces misérables équivoques, vaccuUas, au lieu dt/aculUu; cacolyca F.cclesia, au lieu de ca/holica; parce qu'il trouve dans ces deux mots vaccuUas et cacolyca, une froide allusion avec les vadies, avec les méchants et les loups. Pour se moquer de la coutume d'appeler les docteurs nos maitres, il appelle toujours ceux de liOuvain , nostrolU magistrolU , bruta magistrolia : croyant les rendre fort odieux ou furl méprisables par ces ridicules diminutifs qu’il invente. Quand il veut parler plus sérieusement, U appelle ces docteurs • de vraies bêles, des pour- « ceaux,dcs épicuriens, des païens et des athées, « qui ne connaissent d'autre pénitence que celle de

• Judas et de Saül, qui prennent, nou de l’Écriture

• mais de la doctrine des hommes , tout cé qu'ils vo-

• missent; » et il ajoute , ce que je ii'ose traduire; (fiiidifuid ructant, vomunt, h cacant. C’est ainsi qu’il oubliait toute pudeur, et ne se souciait pas de s’immoler iui-méineàla risée publique, pourvu qu'il poussât tout à l'extrémité contre ses adversaires.

Il ne traitait par mieux les zuingliens; et outre CG qu’il avait dit du Sacrement adorable, qui détrui.sait leur doctrine de fond en comble, il déclarait sérieusement qu'il les tenait hérétiques et é^lgnés de l'Église de Dieu '.Il écrivit en même temps la fameuse lettre, où sur ce que les zuingliens l’avaient appelé malheureux Ils m'ont fait plaisir, « dit-il ; moi donc, le plus malheureux de tous les « hommes , je m'estime heureux d’une seule cliose,

• et ne veux que cette béatitude du Psalmiste : Hcu- « reux l'homme qui n’a point été dans le enuseil « des sacramenuires, et qui n’ajamais marché dans

• les voies des zuingliens ni ne s’est assis dans la « chaire de ceux de Zurich \ • Melanchton et ses amis étaient honteux de tous les excès de leur clief. On en murmurait sourdement dans le parti : mais pcrsonnen’osail parler. Si les sacramentairesse plaignaient à Melanchton et aux autres qui leur étaient plus affectionnés, des emportements de Luther, « ils répondaient « qu’il adoucissait les expressions « de ses livres par ses discours familiers, et les « consolait sur ce que leur maître, lorsqu'il était « échauffé, disait plus qu'il ne voulait dire*; «ce qui était, disaient-ils, un grand hiconvénlent ; mais où ils ne voyaient point de remède.

Iji lettre qu’on vient de voir est du 25 janvier 1540.1^ 18 février suivant, Luther mourut. Les zuingliens, qui ne purent lui refuser des louanges sans ruiner la réforinatioii dont il avait été l’auteur,

• Cnnt. art. Lnv. Thrs. ftosp. |W. — * Bpisl. Critety. ad Fit. ThtiÀl. iivsp. loi, ITaif/r.

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poor te consoler de Tinimitié implacable qu’il arait témoignée contre eux jusqu'à la mort, débitèrent quelques entretiens qu’il avait eus avec ses amis, où ils prétendent qu’il s'était beaucoup adouci. H n’y a aucune apparence dans ces récits : mais au fond il importe peu pour le dessein de cet ouvrage. Ce n’est pas lesentretiens particuliers que j'écris, mais seulement les actes et les ouvrages publics; et si Luther avait donné ces nouvelles marques de son inconstance, ce serait en tout cas aux luthériens à nous fournir des moyens de le défendre.

Pour ne rien omettre de ce que je sais sur ce fait , je veux bien remarquer encore que Je trouve dans l’histoire de la réforme d'Angieterc de M. Bumet, un écrit de Luther à Bucer, qu’on nous y donne avec ce titre : Papier concermnt ta riconcUiation avec Us zuingtiens. Cette pièce de M. Burnet, pourvu qu’on la voie , non pas dans l’extrait que cet adroit historien en a fait dans son histoire, mais comme elle se trouve dans son recueil de pièces ■ , fera voir les extravagances qui passent dans l'esprit des novateurs. Luther commence par cette remarque, qu’il ne faut point dire qu'on ne s'entende pas Us uns Us autres. C’est ce que Bucer prétendait toujours, qu'on ne disputait que des mots , et qu'on ne^entendait pas : mais Luther ne pouvait souffrir cette illusion. En second lieu, il propose une nout^lle pensée pour concilier lesdeux opinions. Il faut, dit-il, que les défenseurs du sens figuré « accordent que Jésus-CIirist est vraiment présent : • et nous, poursuit-il, nous accorderons que le seul « pain est mangé, • Panem sotum manducarl. 11 ne dit pas. Nous accorderons qu’il tj a véritabUment du pain et du vin dans U Sacrement, ainsi que M. Burnet l'a traduit; car ce n'eût pas été là une nouvetU opinion , comme Luther Id promet ici. On sait assez que la consubstantiation , qui reconnaît le pain et le vin dans le Sacrement, avait été reçue dans le luthéranisme dès son origine. Mais ce qu’il propose de nouveau, c’est qu'encore que le corps et le sang soient véritablement présents, néanmoins iln’y aqueUpaln seutqul soit mangé: raffinement si absurde que .M. Burnet n'en a pu couvrir l'absurdité qu'en le retranchant. Au reste, on n'a que faire de se mettre en peine à trouver du sens dans ce nouveau projet d'accord. Après l’avoir proposé comme utile, Luther tourne tout court, et considérant tes ouvertures que l’on donnerait par là à de nouvetUs questions qui tendraient à c7a6/iV l'épicurisme : non dit-il , il vaut mietix laisser ces deux opinions comme elles sont, que d’en venirà ces nouvelles explications, qui ne feraient aussi bien qu’irriter U monde, loin qu’on pût Us fairepasser. Enfin, pour assotqûr ce//e dis.<tension , qu’il coudroit, dit-il , avoir rachetée de son cotps et de son sang, il déclare de son cdté qu’il veut croire que ses adversaires sont de bonne foi. Il demande qu'on en croieautantdelui,etconclutàsesupporterinutuel)cment , sans déclarer ce que c’est que ce support : de sorte qu’il ne paraît entendre autre chose , sinon

* 7*. Il, liv. I, an. iM9, p. Il>9. Cclltct. des piicet, 3. part. Llh U.

que de part et d’autre on s’abstienne d’écrire et de se dire des Injures, comme on en était déjà convenu, mais très-inutilement, dès le colloque de Marpourg. Voilà tout ce que Bucer put obtenir pour les zuinglicns . pendant môme que Luther était en meilleure humeur, et apparemment durant ces années où il y eut une espèce de suspension d’armes. Quoi qu il en soit , il revint bientôt à son naturel ; et dans la crainte qu’il eut que lessacramentaires ne Lâchassent par leurs équivoques de le tirer à leurs sentimeiiU après sa mort, il fit contre eux sur la fin de sa vie les déclarations que nous avons vues , laissant ses disciples aussi animés contre eux, qu'il l’avait été lui-méme.

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