XI* SEMAINE
l’avbnkmbnt db saint jban-baptistb, phb- CUBSEUB db JÉSUS-CHBIST.
PREMIÈRE ÉLÉVATION
L« bommes avaient besoin d'èire prépartH k la venue du Sauveur.
Quelle merveille, dit saint AiiBUStin»! saint Jean n’était pas la lumière : non eral ilte lux ; mais II était envové pour rendre témoignage à la lumière : Sed ut tes'llmonium perhiberel de lumine‘. La lu-
• /•. Xl.v, n, 15. — * A/alac. nt, I.— * ¥o/ac. IT, 6, a. — ' Jpitr. XXII. n, 20. — ^ 5. in Joan. Tract, il, H. 7 tt »cq. — • Jotin. i, I.
mière a-t-elle besoin qu’on lui rende témoignage? Faut-il que quelqu’un nous dise : Voilà le soleil? Ce bel astre n'altire t-il pas assez les regards, sans qu'on nous le montre au doigt? Il est ainsi toutefois, dit saint Augustin. JéiiUs-Christ était te soleil, et saint Jean un petit Jîambeau ardent et luisant *, comme l’appelle le Sauveur; et voilà que nous allons chercher le Sauveur par le ministère de Jean , et nous cherchons le jour avec un flambeau. La faiblesse de notre vue en est la cause. Le grand jour nous éblouirait, si nous n’y étions préparés et accoutumés par une lumière plus proportionnée à notre infirmité ; Taminjirmi sumu* ;per tucernam quxrimus diem *. Le monde est trop affaibli par son péché, pour soutenirdans toute sa force le bonheur que Dieu lui envoie. Confessons notre faiblesse et notre impuissance : c'est là le commencement de notre salut. Abaissons-nous vers saint Jean, et apprenons à élever peu à peu nos yeux faibles et tremblants à Jésus-Christ.
Ile ÉLÉVATION.
Quatre diTiontUinces de U vie et delà mort de saint Jean, préparatoires k la vie et a la mort de Jétas-CiirlsL
Je découvre quatre choses dans saint Jean , par où il me prépare à Jésus-Christ : premièrement, sa conception et sa nativité : secondement, sa vie étonnante dans le désert, dès son enfance : troisièmement, sa prédication avec son baptême : quatrièmement, la persécution qu’on lui fait souffrir, sa prison et sa mort. Quatre mémorables circonstances de l'histoire de saint Jean-Baptiste, que nous remarquerons chacune à sa place, pour nous préparer à voir la gloire du Sauveur.
Suivons donc le saint précurseur, et voyons-le devancer en tout et partout le Fils de Dieu, tant dans sa vie que dans sa mort. Il va être conçu et paraître au monde. Marchez devant lui , saint précurseur, et prévenez les merveilles de la conception et de la naissance de votre maître. Mon âme , sois attentive au grand spectacle que Dieu prépare à ta foi! Seigneur, soyez loué à jamais pour les admirables préparations par lesquelles vous nous disposez à recevoir votre Christ!
Pmnière circonsUncc préparatoire de l« vie de Miot Iran-
Baptiste : sa coocepUon.
Mon Sauveur devait naître d’une vierge. Quelle plus belle préparation à ce mystère, que défaire naître saint Jean-Baptiste d'une stérile? Jésus- Christ ne devait avoir de Père que Dieu. Après Dieu , et sous sa puissance , que pouvait-on donner à saint Jean-Baptiste qui en approchât davantage , qu’un sacrificateur qui filt en même tempsunsaint? Ce fut le caractère de saint /.acharie , père de saint Jean-Baptiste. 11 est dit de lui qu’il était sacrificateur, et encore sacrificateur de la racedAbia,
' Joan. T, 36. — ' S. Amg. in Joan. Tract, if, ». $•
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ÉLÉVATIONS SUR I.KS MYSTKRKS
qui étnit b plus excellente. Sa sainteté répondait h roUe de son ministère; et afin que tout se resfiente ici de l'esprit de sainteté, ce fut durant Texernce de sa fonction que Dieu lui envoya son an^e , pour lui annoncer la conception de saint Jean-Baptiste ' .
Jésus-Christ devait avoirune mère vierge : c'était b sa prérogative. Et qu'y avait-il qui approchât davantage de ect honneur, que de naître d'une stérile, comme un autre Isaac, comme un Samson, comme un Samuel ? ces enfants miraculeux de femmes stériles sont des enfants de griice et de prières. Et c'est par la que fut consacrée la naissance de saint Jenn-Raptiste , pour être l'avant-courricre de celle du Fils de Dieu.
.Sainte Élisabeth était, comme son mari, d une vie sainte et irréprochable devant Dieu et devant les hommes*. Comme lui , elle était aus,si fille d'Anron et de la race sacerdotale, qui était , dans la tribu de Lévi , aussi distinguée que la tribu de I.évi était élevée parmi les tribus d'Israël. Tout relève b naissance de saint Jean-Baptiste ; et rien ne pouvait mieux préparer les voies au Messie qui devait venir.
Outre la stérilité d'Elisabeth, elle était , comme Zacharie, avancée en Age : tout s'opposait nu fruit qu'elle devaitporter. Seigneur, nous somme.s stéri* les : accablées de b vieillesse d'Adam et des anciennes habitudes de la corruption, nous ne pourrons produire aucun fruit. Mais Dieu sepbit atout tirer du néant.
T.a vertu ne vient jamais parmi les hommes que des lieux naturellement stériles : Et où le pér/ié abonde , c'est là que. la grâce veut surabonder^ : c'està rhumilité à l'attirer. Confessons notre impuissance ; et Jean , c'est-à-dire la grâce et la colombe , ou le Saint-Esprit ^ nous sera donné.
La conrpption de SAint Jean-Baptiste, comme celle de Jésos- Christ, rat annoncée par l'ange »aliil(',abrirl.
Je suis Gabriel» un des esprits assistants devant Dieu^ que te Seigneur vous a enrotjê pour vous parier , et rausannoncer ces heureuses nouvelles*. Dieu destinait à ce saint archange une bien plus haute ambassade, puisqu'il devait annoncer l'enfantement d'une vierge; mais afin de tout préparer , et donner foi aux paroles de son ange. Dieu lui fit auparavant annoncer l'enfantement d’une stérile; et avant que de promettre le Christ, il le chargea de promettre son saint précurseur.
Un des caractères des œuvres de Dieu est de prendre le temps convenable; et c'est b un des /traits des plus remarquables de sa sagesse. Zacharie était dans l'exercice le plus pur de la fonction .sacerdotale, qui était celui d'offrir les parfums au dedans du temple, sur faute) destiné à cette fonction ; et tout le peuple était au dehors , en attente du saint sacrificateur qui devait sortir du temple, après avoir accompli le ministère sacré. Ce fut à
* Lnc. — * It,id. — J Rom. v, SO. — * Lue.
Bossirr. — Tow» IV.
Cf moment que l'ange du .Seigneur lui apparut du cdlé droit de l’aiitel où il officiait »,
Le trouble dont il fut saisi à la vue de l’ange, est l’effet de celte crainte religieiisf dont l'Ame e.^t occupée, lorsque Dieu se rend pifsenl par quelque.s iiwyens que ce soit. L’impression des choses divines fait rentrer l'Ame dans son néant; elle sent plus que jamais son indignité : In frayeur qui acfomp.igne ce qui est divin la dispose à rolwl.ssancc.
JVe craignez point » lui Hit cet ange. Comme le premier eftet de In présence divine e.sl la frayeur dans le fond de l'Ame, le premier effet de la proie portée de b port de Dieu est de rassurer celui à ê qui elle e.sl adres.sée. l'ofrc prière est e.raucêe , et votre femme concevra un fils*. Il l'avait donc demandé à Dieu ; et Jean, comme Samuel, fut le fruit de b prière. Mon Ame, prie avec foi et persévérance; l’ange du Seigneur viendra; une douw confiance se formera ; qiielqtie lumière céleste apparaîtra dans lecoMir, et Jean , qui est la grAie, en seralefruit.il faut demander ; c'est un acte nécessaire de la soumission qu’on doit à Dieu; c’est une rccnimalssnnredes,'! puissance et de sa bonté ; la confiance, qui est le fruit d’un pur et fidèle amour, s’y fait ressentir; c'est-à-dire qu’elle fait ressentir Dieu.
fous lui donnerez te nom deJean.\,t même ange dit à Marie : f'ous aurez un fils , et vous lui donnerez k nom rftf Jésus* : et rimposltion du nom de Jean, qui est ordonnée par l’ange, est b préparation à un plus grand nom.
Cet enfant vous mettra dans la joie et dans le rarisseme}it ; et ta multitude se réjouira ni sa naissance*. C'e.stceque l'ange promet, c’est (*e que nous verrons bientAt accompli.
Usera granddecanl k Seigneur*. Le nvéme ange, en annonçant Jésus-Christ, répète la même parole; Usera grand ; mais il ajoute ; et il sera nommé le Fils du Très- Haut^. Jésus sera grand comme le fils; Jean sera grand comme un serviteur, cofnme un héraut qui marclie devant son maître , et inspire le respect à tout le monde. Jésus est grand par es.sence; et Jean sera grand par un éclat et un rejaillissement de la grandeur de Jésus. Il ne boira fwint de vin , ni de tout ce qui peut enivrer ; et il sera rempli du Saint-Esprit dés le ventre de sa mè/c7. Commeuenns à voir dans Jean le caractère de la pénitence et de l'abstinence» Seigneur, je le reconnais : c’est lui qui prépare les voies à Jésus , et la pénitence est sa vraie avant-courricre.
C’csl aussi un cnraclère de Kaxarcen, c'est-àdire un caractère de saint , de s’abstenir du vin et de tout ce qui enivre. Tout ce qui flatte les sens et les transporte, est un obstacle à la sainteté : si vous évitez l'ivresse et la joie des sens , une autre ivxesse vous sera donné.e ; comme Jean , vous serez rempli du Saint- Esprit, et transporté d’une joie céleste.
Ne vous laissez donepoint enivrer aux charmes des sens; n'attendez pas que le vin, que b joie du monde vous renverse entièrement la raison : des
* lMC.%,0. — * Ibid. 13. - * Ibid. 31. — * /M. U. —
* Ibid. 13. — « Ibid? W. — ' Ib. IS»
by CjvjO^Ic
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ÉLKVATIO.NS SUR
que vous la goûtez, vous commencez à perdre le goût de la grûce, et vous êtes déjà tout troublé : une épaisse vapeur vous offusque lessens;elleest douce, il est vrai ; mais c’est par là qu’elle est pernicieuse ; tout se brouille dans notre cerveau ; et c'est hasard si nous ne tombons dans quelque étrange désordre. Fuyons, fuyons : dés que L’cincommencc à briller et à jyeliüer dans la coupe , il nous trompe en Jlaltaiit nos sens; mais àlaftn U nous mordra comme une couleuvre , et son poison se portera jusqu à noire cœur’.
Suite dm fwtrolcs d« ranffr : VefTrt de la pmlicatiiin di* xaint
Jran>Bapti»>tces( prMU.
il convertira plusieurs des enfants d' Israël au Schjneur leur Dieu*. Helas! étant déjà enfants d’Israël, avons-nous l>c5oin d'étre convertis? Ne devons-nous pas avoir conservé la grâce? Gémis- KOns d'avoir besoin qu’on nous convertisse. Mais, iiélas! notre état est bien pire, puisque même nous résistons à b grâce qui veut nous changer; et, plus durs que des pierres, nous ne voulons pas nous laisser convertir.
Le monde était dans un excès de corruption incompréhensible. La loi de Dieu n'était pas seulement méprisée; mais encore on rëpaiAlait dans le peuple des maximes opposées. Il fallait un nouvel Élie pour émouvoir les pécheurs; il fallait le feu d'Klie pourpurilier ces consciences gangrenées. Il y fallait rejr/irtV et la vertu d’h'lie l’efficace de ses discours et la merveille de ses exemples. Qui nous donnera un Élie pour nous convertir au Sauveur;;wtfr luipréparer cœurs par la pénitence; pour ramener l’ancienne discipline, et faire que les pères reconnaissent leurs enfants , par le soin qu’ils leur verront prendre de les imiter! Faisons revivre nos pères; ressuscitons la foi d’Abraliam ; réveillons celte vigueur apostolique de l’ancienne Église. Venez, Élie ; venez , prédicateurs de l’Évangile, avec une céleste ferveur; remuez , ébranlez les cœurs ; excitez l’esprit de pénitence; remplissez-nous de terreur a la vue du juge qui doit venir. Qu’on le craigne, afin qu'on l’aime.
O Dieu! l'iner^ulité règne sur la terre. On n'est plus méchant par faiblesse ; on l'est do dessein , on l’est par principes, par maximes. Eiivoyez-nous quelque Jean-Baptiste qui confonde l’erreur; qui fasse voir que les incrédules sont des insensés. Hamenez-les à la véritable prudence, ces incrédules^., et ces libertins de profession. I>a véritable prudence est de ne pas se croire sui-même, et de pratiquer ce que dit le .Sage : ?i€ vous fiez pas a tsdre prudence^. Mais, Seigneur, confonde/, aussi l’imprudence de ceux qui disent qu'ils croient, encore qu’ils ne fassent rien de ce (|ij'iis croient, /{amenez donc Us incrédules de toute.s les sortes à lapru^ dence des Justes. T^es Ju.stes sont les seuls prudents , les seuls prévoyants , les seuls sages ; ils ont la
‘ Prov. wiii, 31, 32. — * Lh^. I. 18. — * Ibid. 17. — • Ibid. — ’ Prm'. 1U, R.
LES MYSTÈRES
règle, ils la conservent; ils ne sont pas humbles en parole , et orgueilleux en effet; dévots par contenance, et en effet intéressés , vindicatifs, téméraires C4>nseurs des antres, sans connaître, sans guérir leurs vices cachés.
vio ÉLÉVATION.
Sur rincrédulilê de Zacharie.
Zacltarie répondit : Comment saural-Je la cérite de ces paroles? Je suis vieux, et ma femme est déjà avancée en àtje'. Stérile dans son meilleur temps , comment pourra-t-elle deveni r féconde dans sa vieillesse?
L’incrédulité de Zacharie fut suivie d'une punition manifeste. L'ange lui déclara qu'il serait muet*. C'est un des endroits par où la prédiction de la conception du précurseur est inférieure à celle du maître, où il ne parait que foi et obéissance. Dieu fit servir In faute et le châtiment du saint saerificoteiir à la déclaration de son ouvrage * tout le peuple s’aperçut qu'il avait eu une vision dans le temple , et par le long temps qu'il y demeura contre la coutume , cl parce que pour s'excuser , et aussi pour faire connaître l'œuvre de Dieu, il faisait signe, comme il pouvait, qu'il était devenu muet, pour avoir été incrédule à une eélcste vision.
Profitons de cet exemple. Quand vous opérerez en moi pour me convertir. Seigneur, j'espérerai en votre grâce : je ne dirai pas , Je suis stérile , je ne puis entreprendre un aussi grand ouvrage; je ne serai pas de ceux dont parle saint Paul, qui, désespérant d'eiLT-mémes , se livrent à toutes sortes de désordres^ \ mais je dirai au contraire avec cet apôtre : Je puis tout en celui qui me fortifie*.
Dieu est fidèle et véritable, quoique les hommes soient incrédules; et leur incrédulité n’anéantit pas la promesse de Dieu. Celle qu'il fit faire à Zacliarie eut un prompt accomplissement : Élisabeth devint grosse miraculeusement, et il est dit qu’e//e se cacha cinq mois ; parce que c'est là , disait-elle^, ce que le Seigneur a fait en moi, lors^ qu'il a voulu me tirer de C opprobre où fêtais devant les hommesk cause de ma stérilité. Les grandes grâces demandent un grand recueillement pour être goûtées a loisiret dans le silence, et pour envoyer au ciel ses remercimentsdufond de sa retraite. 6n ne laisse pas d’entrevoir qu’il entre dans celle d'Klisabetli durant cinq mois, et jusqu’à ce que sa grossesse pariU,unsecret dessein d'éviter lesdiscoursdeshonimes. Malgré le miracle qui rend féconde une stérile, laconception luimaine a dans son fond quelquechose qu’il faut cacher, surtout dans un grand âge ; et l’on sait ce que dit Sara dans une occasion semblable^. Mais nous allons voir une conception où il n'y a rien que de saint , et à la fois de mirnculeux. Il fallait que le maître fût couçu d'une manière plus liaute
1 * /.«<*. », 18. — * Uid. 20, 21 . 23. — * Ephet. rv, IS. —
j ‘ Philip. IT, 13. — * Lhc, I, 21 , 25. — * Cea. xviii, 10, #1,
I 13, It.
ÉLÉVATIONS SUR LES MVSTERtIS.
que celle lîu précurseur; et que le m^menmbassa- •ii-ur, qui fui l'onge saint Gabriel, en portant à la Minte Vierge une parole plus excellente et plus relevée, eût aussi un succès plus sublime et plus merveilleux.