XII» SEMAINE
PREMIÈRE ÉLÉVATION
L'annonciation de U sainte Vierge : Mlut de l'ange.
/4u xixiàme moix de la grossesse (TÉihahefJt , l'ange Gabriel fut envoyé dans une ville de Galilée , nommée Sazareth , à nne vierge qu'un homme appelé Joseph , de la maison de David, arail épousée; et te nom de la vierge était Marie K
Dès que nous voyons l'ange saint Gabriel envoyé, nou*; devons allendre quelcpie excellenle nouvelle sur la venue du Messie. Lorsque Dieu voulut apprendre à Daniel, homme de désirs ^ l'arrivée prochaine du Saint des saints, qui devait tire oint et immole* ,\e même ange fut envoyé h ce saint prophète. Nous venons encore de le voir envoyé à Zacharie ; et à son seul nom nos désirs pour le Christ du Stdgneur doivent se renouveler par de saints transports.
Ce n’est pas dans Jérusalem, la ville royale, ni dans le temple qui en faisait la grandeur, ni dans le sanctuaire qui en est la partie la plus sacrée, ni parmi les exercices les plus saints d'une fonction toute divine, ni à un homme aussi'céicbre par sa vertu que par la dignité de sa charge et par l'éclat d'une race sacerdotale, que ce saint ange est envoyé à celte fois. C’est dans une ville de Galilée, province des moins estimées, dans une petite ville dont il faut dire le nom , à peine connu. C'est à la femme d'un homme qui, comme elle, était à la vérité de la famille royale , mais réduit à un métier mécanique. Ce n’était pas une Élisabeth, dont la considération de son mari faisait éclater la vertu. Il n'en était pas ainsi de la femme de Joseph, qui était choisie pour être la mère de Jésus : femme d'un artisan inconnu , d'un pauvre menuisier. L'ancienne traditionnous apprend qu'elle gagnait elle-même .sa vie par son travail ; ce qui fait que Jé.sus-Christe$t appelé par les Pères les plus anciens :/abri et quæstuarUe FUius.
Ce n'est point la femme d'un homme célèbre , et dont le nom fût connu : elle avaitépousé un /tomme nommé Joseph; et on rappelait Marie. Ainsi, à l'extérieur, cette seconde ambassade de l'ange est bien rooinsillustre que l'autre. Mais voyons le fond, et nous y découvrirons quelque chose de bien plus élevé.
L'ange commence par ces mots d'une humble sa* lutation : Je vous salue, pleine de grâces, trèsagréable h Dieu , remplie de ses dons : le Seigneur
* Luc. I, S7. — * />»«• IX. 31 ft tfif.
est arec vous , et vous êtes bénie par -dessus toutes tes femmes*. Ce discours est d’un ton beaucoup plus haut que celui qui fut adressé à Zacharie. On ^mmence par lui dire : Secraignez point, comme à un homme qu'on s.nilqui a sujet de craindre; et roj prières, lui dit-on, sont exaucées. Mois ce qu'on annonce à Marie, elle ne pouvait pas même l’avoir demandé, tant il y avait de sublimité et d’excellence. Marie, liiimhie, retirée, petite â ses yeux, ne pensait pas seulement qu'un ange la pdl saluer] et surtout par de si hautes paroles : c'est son humi' lité qui la jeta dans le (rouble. Mais l’ange reprit aussildl : .Ve craignez point , Marie*. Il n'avait point commencé par là, ixiinmeon a vu qu’il fit à Zacharie : mais quand Marie eut montré son trouble causé par sa seule humilité, il fallut bien lui répondre: Se craignez point , Marie, vous ares froittyé grdee devant le Seigneur : vous concevrez dans rotre sein , et vous enfanterez unfUs Votre conception miraculeuse sera suivie d'unenfnnte4neni aussi admirable. Il y en a qui conçoivent, mais qui n’cnfanlenl jamais ; qui n'ont que de stériles et infructueuses pensées. Mon Dieu . à l’exemple de Marie, faites que je conçoive et que j'enfante! Et que dois-je enfanter, sinon Jcsus-Clirisl? Je cous enfante, disait saint Paul jusqu'à ce que Jésu.^- Christ soilformédans vous. ïantque Jésus-Christ, c'est-à-dire une vertu consommée, n’est pas eu nous, ce n’est encore qu’une faible et imparfaite conoeption : il faut que Jésus-Christ naisse dans nos âmes par de véritabh^ vertus, et accomplies selon 1.1 règle de l'Évangile.
Cet homme que Jésus quand il le vit si
bien parler du précepte de l'amour divin, n’avait encore poiirtint qu’une simple et faible conception : et dès qu'il lui fallut qiiiller ses richesses qu'il aimait, il se relira avec larmes, et abandonna l’ouvrage où Jésus l’avait appelé : Celui qui voulait encore aller ensevelir son père, avant que de suivre le Sauveur ®, ne l’avait conqu qu’à demi : et quand on t'a enfanté, on ne connaît ni d’excuse, ni de retardement. On ne se laisse non plus rebuter par aucune difficulté. Et quand Jésus-Christ nous dit : Us renards ont leurs tanières et les oiseaux leurs nids; mais le Fils de l'/tomme n’a pas où reposer sa tête ceux qui cherclient encore un chevet et le moindre repos dans les sens, n’ont pas enfanté Jésus. Ce qu’ils regardent comme grand n’est qu’une imparfaite conception, un avorton qui ne voit jamais le Jour.
n» ÉLÉVATION.
La cooerpUon et renfanlemenl d« Marie : le rf;;nr de ton fils et xa dlviulie.
Fous concevrez et enfanterez un fds , et vous lui donnerez le nom de Jésus, de Sauveur, il sera grand*’, non pas à la manière de Jean, qui était grand comme le peut être un serviteur : mais
• Luc. I. 2*. 39. — » Ibid. 30. — » Ibid. 81. - • Cnt. VI. 19. — * ;V«rr. X. 81 MuUh. vm,3l. Ibid.
ÉLÉVATIONS SUR LES MVSTÉRhS.
celui-ci sera (^.iihI île la grandeur qui convient au Fils. Aussi rappellera-l-oti le Fils du Trés'l/aut. Et ce ne sera pas par une simple dénomination ou par adoption , comme le.s autres qui sont appelés ettj'mdsde IHeu.W sera le Fils de Dieu effectivemeut, le Fds unique, leFils parnalure :c’«6t pourquoi 011 lui eu donnera le nom avec une force particulièreIl ne faut pas croire que ce soit un terme diminutif, de dire que Jésus sera appelé le Fils de Dieu' ; aulrement on pourrait dire de même que ce que dit l'ange, qu’Élisabetli est appelée stérile’ , est une espèce de diminution de la stérilité : au contraire, il faut entendre une véritable et entière stérilité.
Croyons donc que Jésus est appelé rds, parce qu'il l'est proprement, effectivement, naturellement, par conséquent uniquement; Dieu, en qui tout est parfait , devant avoir un Fils parfait, et par conséquent unique. Et c c.st pourquoi , • Dieu lui . donnera le trdue de David , son père selon la chair. Ce trône que David même voyait en esprit, lorsqu'il disait : « Le Seigneur a dit à mou .Sei-
* gneur : Sovez assis à ma droite » c'est son . Fils et son Seigneur ■ tout ensemble. Ce trône de David son père n'est que la figure de celui que Dieu, qui l'a • engendré avant l’auroreL •lui prépare. //aura donc • le trône de David son père, et il
• régnera élcrneJlemcnt dans la maison de Jacob®. ■>
Quel autre peut régner éternellement, qu'un Dieu à qui il est dit : ■ Votre trône, ô Dieu, sera éternel: ? •
. Et c'est pourquoi on ne verra point la fin de son règne.
O Jésus! dont le règne est éternel, en verra-ton la fin dans mon cœur? Cesserai-je de vous obéir? Après avoir commencé selon l'esprit, finiraije selon la chair? Me repentirai-je d'avoir bien fait? Me livrerai-je de nouveau au tentateur, après tant de saints efforts pour me retirer de ses mains ? L'orgueil ravagera-t-il la moisson si prête à être recueillie? Non; il faut être de ceux dont il est écrit : Se cessez point de travailler, parce que ta moisson que vous avez à recueillir ne doit point souffrir de défaillance ».
La de Marie t le Snint-Faprlt wirrenu en elle : aoo
Fils aaint par «on origir>e.
Dieu, qui avait prédestiné la sainte Vierge Ma- | rie pour l’associer à sa très-pure RénéMlion, lui j inspira l'amour de la virginité dans un degré si éminents que non-seulement elle en fît vœu, mais que même après que l'ange lui eut déclaré quel fils elle devait concevoir, elle ne voulut point adie* ter l'honneur d’eii être la mère au prix de sa virginité.
Elle répond donc à l’ange : Cotnmentceia se/erat-UtPuU({ue je ne connais point d'homme 9? c'est^ à^ire, j’ai résolu de tout temps de n’en point con-
• Luc. U 32. — • Jbid. 3S. — * Ibid. 3C. — < /*». ax , I . biaUh. XXII, 43, 44. — > Pt. ax, 3. — * Luc. I. .33. - I Pt. U-IV. 7. thb. 1 , 3. — • Gat. VI, ». — * Luc. I, 3i,
naître. Cette résolution marque dans Marie un goût exquis de In chasteté, et dans un degré si éminent qu’eHe est à l’épreuve, non-seulement de toutes les promesses des hommes, mais encore de toutes celles , de Dieu. Que pouvait-il promettre de plus grand que son Fils, eu la même qualité qu'il le |>os5cde tui-méme; c'est à-dire en la qualité de Fils? Elle est prête à le refuser, s'il lui faut perdre sa virginité pour l’acfjuérir. Mais Dieu, à qui cet amour acheva, pour ainsi dire, de gagner le cœur, lui fit dire par son ange : IjC .Saint- Esprit surviendra en vous , et la vertu du lYès-Uaut vous coumira *. Dieu même vous tiendra lieu d'époux; il s'unira à votre corps ; mais il faut pour cela qu’il soit plus pur que les rayons du soleil. Le très-pur ne s’unit qu'à la pureté; il conçoit son Fils seul dans son sein paternel, sans partager sa conception avec un autre : il ne veut, quand il le fait naître dans le temps, le partager qu'avec une vierge, ni souffrir qu'il ait deux pères.
Virginité, quel est votre prix? Vous seule pouvez faire une mère de Dieu; mais on vous estime encore plus qu'une si haute dignité.
Le Saint-E.\prit surviendra en vouSf et la vertu du Très-Haut vous couvrira; et c’est pourquoi la chose sainte qui naîtra en tous sera nommée le Fils de Dieu*. Qui nous racontera sa génération^J Elle est inexplicable et inénarrable. Écoutons néanmoins ce que Tange nous en raconte par ordre de Dieu : La vertu du Très-Haut vous couvrira. Le Trcs-Ilaut, le Père céleste, étendra en vous sa génération étemelle : il produira son Fils dans votre sein , et y composera de votre sang un corps .si pur, que le Saint-KspHl sera seul capable de le former. En même temps cedivin esprit y inspirera une âme qui n’ayant que lui pour auteur, sans le concours d'aucune autre cause, ne peut être que sainte. Cette âme et ce corps, par l’extension de In vertu générative de Dieu , seront unis à la personne du Fils de Dieu; et dorénavant ce qu’on appellera le Fils de Dieu sera ce tout composé du Fils de Dieu et de rhomnie. Ainsi, cequi sortira de votre sein sera proprement et véritablement appelé le Fils de Dieu. Ce sera aussi une chose sainte par sa nature non d’une sainteté dérivée et accidentelle, mais substantivement : sanctum : ce qui ne peut convenir qu’à Dieu , qui seul est une chose sainte par nature. Et comme cette chose sainte, qui est le Verbe et le Fils de Dieu , s’unira personnellement à ce qui sera formé de votre sang, à l’âme qui y sera unie, selon les lois éternelles imposées à toute la nature par son Créateur ; ce tout , ce composé divin , sera tout ensemble le Fils de Dieu et le vôtre.
Voiiàdonc une nouvelle dignité créée sur la terre: c’est la dignité de mère de Dieu, qui enferme de si grandes grâces, qu'il ne faut ni tenter ni espérer de les comprendre par sa pensée. La parfaite virginité de corps et d'esprit fait partie d’une dignité si éminente. Car si la concupiscence, qui depuis le péché originel est inséparablement attachée à la concep-
’ Ibid, i.tt, — > Luc. I, 3s- - * /f. un, s.
tondes hommes, lorsqu'elle se fait à la manière oniioaire, s’étaiî trouvée eu celle-ci, Jésus-Christ aurait dû naturellement contrarier cette souillure primitive, lui qui venait pour t’effacer. Il fallait donc que Jésus-Christ fût fils d'une vierge, et qu’il fût conçu du Saint-Esprit. Ainsi donc Marie demeure vierge,el devient mère : Jésus-Christ n’appellera de père que Dieu; ma'is Dieu veut qu'il ait une mère sur la terre.
Chasles mystères du christianisme, qu'il faut être pur pour vous entendre ! Mais combien plus le faut-il être, pour vous eiprimer dans sa vie par la sincère pratique des vérités chrétiennes!
Nous ne sommes plus de la terre, nous dont la foi est si haute; et notre conversation est dans tes deux
La coiuypüon de Minl J«aD-BapU»to prépare à croire la ooncepUon de Jésua-CbrUt.
L'ange continue : t‘t voilà que votre cousine Elisabeth a elU-mdne conçu unJUs dans sa vieillesse ; et c'est ici le sixième mois de celle qui élnU appelée stérile , et qui par-dessus la stérilité naturelle avait encore celle de l’dge et de la vieillesse, \ïarce que rien nest imptissible a Dieu *. Marie n'avait pas besoin qu’on lui alléguât des exemples de la toute-puissance divine; et c’est pour nous, à qui le mystère de son annonciation devait être révélé, que l’ange apporte cet exemple. Dieu voulait néanmoins que la sainte Vierge connût la conception de saint Jean-Baptiste , à cause du grand mystère qu’il I nous préparait par la connaissance qu'on lui donne : de ce miracle.
Marie fut transportée en admiration de la puissance divine dans tous ses degrés. Elle vit que, par ^ le miracle souvent répété de rendre fécondes les stériles, il avait voulu préparer le inonde au miracle unique et nouveau de l’enfantement d’une vierge; et, transportée en esprit d'une sainte joie par la merveille que Dieu voulait opérer en elle, elle dit d’une voix soumise : f 'oici la serrante dnSeigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole
Ve ÉLÉVATION.
Sur CCS paroles : Jt suis ta ifrvante du Sthjneur.
Dieu n'avait pas besoin du consentement et de l’obéissance de la sainte Vierge, pour faire d'elle ce qu’il voulait, ni pour en faire naître Jésus-Christ, et en former dans ses entrailles le corps qu'il voulait unir à la personne de son Fils : mais ü voulait donner au monde de grands exemples , et que le grand mystère de l’incarnation fût accompagné de toutes sortes de vertus dans tous ceux qui y avaient part. C'est ce qui a mis dans la sainte Vierge, et dans Joseph son chaste époux , les vertus que l'Évangile uous fait admirer.
Il y a encore ici un plus liaut mystère. La dés-
* Piitip. 111, So “ • Lue. I, 34,37. - * /Wrf, I, .*»•.
LES MYSTERES
obéissance d’Éve notre mère; son Incrédulité envers Dieu ; sa malheureuse crédulité à l'ange trompeur était entrée dans l'ouvrage de notre perle : et Dieu a voulu aussi . par une sainte opposition , que l'obéissance de Marie, et son humble foi. entrât dans l'ouvrage de notre rédemption. En sorte que notre nature fût réparée partout ce qui avait concouru à sa perle; et que nous eussions unr nouvelle Eve en Marie, comme nous avons en Jésus-Christ un nouvel Adam, afin que nous pussions dire à cette vierge avec de saints gémissements : Nous crions à vous, misérables bannis , enfants d'Éve, en gémissant et pleurantdans celtevailee de larmes: offrez-les à votre cher Fils, et nous montrez à ia fin ce béni fruit de vos entrailles que nous avons par votre moyen.
C'est ici le solide fondement de la grande dévotion que l'Église a toujours eue pour la sainte Vierge. Elle a la même part à notre salut, qu'Ève a eue à notre perte. C’est une doctrine reçue dans toute l'Église catholique par une tradition qui remonte jusqu’à l'origine du christianisme. Elle se développera dans toute la suite des mystères de l'Évangile. Entrons donc dans la profondeur de ce dessein : imitons l’obeissaiicc de .Marie : c'est par elle que le genre humain est sauvé, et que , scion l'ancienne promesse, la U'te du serpent est écrasée ' .
I Trois vertus principâlcsdc 1a uilnte Yiert;» ü.ius son anriourUtion.
I I>n sainte virginité devait être la première dis- ' position pour faire mie mère de Dieu. Car il fallait une pureté au-dessus de c<*lîe de.s anges, pour être I unie au Père éternel , pour produire le même Fils que lui. Il fallait aussi être disposée par la meme pureté à recevoir la vertu d’en haut, et le Saint-Esprit survenant. Cette haute résolution de reiionecr à jamais à toute la joie dr.s sens, comme si on était sans corps; c’est ce qui fait une \i*Tge, et qui préparait sur la terre une mère au Fils de Dieu. Mais tout cela, ce u’etoit rien sans l’Immilité. Les mauvais anges étaient chastes ; mais avec toute leur chasteté, parce qu’ils éUiient superbes, Dieu les a repoussés jusipranx enfers. Il fallait donc que Marie fût humble , autant que ces rebelles ont été superbes ; et c’est ce qui lui a fait dire : Je suis la servante du Seigneur *. I) ne fallait rien moins pour la faire mère. Mais la dernière disposition était la foi. Car il fallait l'oncevoir le Fils de Dieu dans son esprit avant que du le concevoir dans soa corps; et cette conception dans l'esprit était l’ouvrage de la seule foi : Qu'il me soU fait selon rn- Ire parole. Par là donc cette parole entra dans la sainte Vierge comme une semence céleste : et la recevoir en soi , qu etait-ce autre chose que du concevoir le Verbe en esprit?
Ayons donc une ferme fui , et espérons tout de
• GtH. III. 14. - * Lu*. I. SH.
h bonté et de h promesse divine. Le Vprbi* s'incorporera à nous, Pt par cette ospèce d'incarnation nous participerons h la dignité de la mère de Dieu, conformément à cette sentence du Sauveur : Celui qui écoute la parole de Dieu et qui /ail sa volonté f est mon frèrCy ma sentr et ma mere ' . l» est donc le fondement de la gloire de la sainte Vierge. La suite développera d’autres effets de la prédestination de cette Vierge, mère de Dieu; et ce seront les effets du Verbe de Dieu en elle et en nous. Mais avant que de contempler les effets d'un si saint auteur, il faut auparavant en contempler la grandeur en eile-méine.
VII» ÉLÉVATIOiN.
Jésus-Christ devant tous les temps : Is théotogio de saint Jean révaogéliste.
OÙ vais-je me perdre? dans quelle profondeur, dans quel abîme! Jésus-Christ avant tous les temps peut-il être l’objet de nos connaissances ? Sans doute, puisque c'est à nous qu'est a<lressé l'Évangile. Allons, marchons sous la conduitede l'aigle des évangélistes, du bien-aimé parmi les disciples, d'un autre Jean que Jean-Raptisle, de Jean enfant du tonnerre' y qui ne patle point un tangage humain, qui éclaire, qui tonne, qui étourdit, qui abat tout esprit créé sous l’obcissancede la foi «lorsque par un rapide vol fendant les airs, perçant les nues, s'élevant uii -dessus desanges, des vertus, des chérubins et des séraphins, il entonne son évangile par ces mots : . iu commencementétait te l'erOe^. C'est par où il commence à faire connaître Jcsus-Clirist. Hommes, ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez commencer dans l'annonciation de Marie. Dites avec moi : Ju commencement était le f'erbe. Pourquoi parler du commencement, puisqu'il s'agit de celui qui n’a pointdeG>mmenccment?C'est pourdire qu’au cotniiiencement, dès l'origine des dioscs, il était: il ne commençait pas, Ü était : on ne le créait pas, on ne le faisait pas, U était. Et qu’était-il ? Qu’était celui qui sans être fait , et sans avoir de commencement, quand Dieu commença tout, était déjà? Était-ce une matière confti.se que Dieu commençait à travailler, à mouvoir, à former? Non ; ce qui était au co.nmenceineiité/aH leCerhe, la parole intérieure, la pensée, la raison, rinlelligeiice , la sagesse, le discours intérieur ; senno discours sans discourir, où l'on ne tire pas une chose de l’autre par raisonnement : mais discours où est substantiellement toute vérité , et qui est la vérité même.
Où suis-je? que vois-je? qu’entends-je? Tais-loi , ma raison : et sans raison, sans discours, sans images tirées des sens , sans paroles formées par la langue , sans le secours d'un air battu ou d'une imagination agitée, sans trouble, sans effort humain, disons au dedans , disons par la foi , avet* un entendement, ntuis captivé cl assujetti : .éu commence’ ment, sans commencement, avant tout commeneement, au-dessus de tout commencement, élait celui qui est et qui subsiste toujours : le f erhey
* /.f'r Tilt, 21. — ' .V«jrr. III, 17. — > Ji>an. i, I.
MYSTERES
la parole , la pensée éternelle et substantielle de Dieu.
il était y il subsistait; mais non comme quelque chose détaché de Dieu : car il était en Dieu *. Et comment expliquerons-nous être en Dieu ? est-ce y être d'une maniéré accidentelle, comme noire pensée est en nous? Non : le Verbe n’est pas en Dieu de celle sorte. Comment donc? Comment eipliquerons-noiis ce que dit notre aigle, notre évaugéliste ? le f'erbe était che^ Dieu : apud Deum : pour dire qu'il n'était pas quelque chose d'inhérent à Dieu , quelque chose qui affecte Dieu, mais quelque clwse qui demeure en lui comme y subsistant , comme étant en Dieu une personne, et une autre personne que ce Dieu en qui il est. Et cette personne était une personne divine : elle était Dieu'. Comment Dieu? Était-ce Dieu sans origine? Non : car ce Dieu est Fils de Dieu, est Fils unique, comme saint Jean l'apivHlera bientdl. Sous avons y dit-il, vu sa gloire comme la gloire du Mis unique Ce Verbe donc qui est on Dieu, qui demeure en Dieu, quisiib.siste en Dieu, qui, en Dieu, est une personne sortie de Dieu ninne et y demeurant; toujours produit, toujours dans son sein , ainsi que nous le verrons sur ces paroles : l'nigenitus Filius qui est in siuu J'alris : Le Fils unique qui est dans le sein du Père^. II en est produit, puisqu'il est Fils ; il y demeure, parce qu'il est la pensée éternellement subsistante. Dieu comme lui; car le Verbe était Dieu ; Dieu en Dieu, Dieu de Dieu, engendré de Dieu, subsistant en Dieu: Dieu y comme \\x\ y au-dessus de tout y béni aux siècles des siècles, jémen. Il est ainsi, dit saint Paul
Ahl je me |>erds, je n’en puis plus : je ne puis plus dire qu'.imen ; U est ainsi ; mon cœur dit : /I estainsif amen. Quel silence! quelle admiration! quel étonnement! quelle nouvelle lumière! mais quelle ignorance! Je ne vois rien, et je vois tout. Je voi-s ce Dieu qui était au commencement, qui subsistait dans le sein de Dieu ; et je ne le vois pas. j4men; U est ainsi. Voilà tout ce qui me reste de tout le discours que je viens de faire, un simple et irrévocable acquiescement, par amour, à la vérité que la foi me montre. Amen, amen, ntnen. Encore une fois, amen. A jamais, amen.
Suite (le l'Evangile de uhit Jean.
t.e Ferbe nu commencement était siibsislanl en Dieu ®. Remonte.z au commencement de toutes choses; poussez vos pensées le plus loin que vous pouvez; allez au commencement du genre humain : il était y hoceralT. Allez, au premier jour, lorsque Dieu dit : Que la lumière soit ; H élait y hoc erat. Remontez. Élevez-vous avant tous les jours au-dessus de ce premier jour, lorsque tout était confusion et ténèbres : hoc erat, U était. Ixtrsque les anges furent créés dans la vérité, en laquelle Satan et ses sectateurs ne demeurèrent point : iVeVn//, hoceraf.
• Jftnn J, 2. — * Ibid. — ' Ibid. II. — * Ibid. 14. • •
It. &. — • Jo«n. 1, î. — ■ Ibid. I.
ÉLÉVATIONS SLR LES MYSTÈRES
//h commencement , avant tout ce qui a pris commencement, /toc ^raL Il était seul, en son Père, auprès de son Père , au sein de son Père. H était f et qu'était'il ? qui lepourrait dire? raconterOf
qui nous expliquera sa génération * f U était : car, comme sou Père , il est celui qui est * ; il est le parfait; il est l’existant , le subsistant , et i'dtre même. Mais qu'était-il? qui le sait? On ne sait rien autre cJiose, sinon qu'U était; c’esl-à-cWre qu»7 était; mais qu'il était engendré de Dieu, subsistant en Dieu; c'est*à-4ire qu’il était Dieu, et qu'il était Fils.
Où yoyez-vous qu'il éLnit? Toutes choses ont été faites par tui, etsaiu lui rien n'a été fait de tout ce qui a été fait. Concevons, si nous pouvons, 1a différence de celui qui était, d’arec tout ce qui a été fait. Être celui qui était , et par qui tout a été fait, et être fait : quelle immense distance de ces deux choses! Être et faire, c'est ce qui convient au Verbe : être fait, c’est ce qui convient à l.i créature. Il était donc comme celui (Kir qui devait être f.iit tout ce qui a été fait, et sans qui rien n’a été fait de tout ce qui a été fait? Quelle force , quelle netteté pour exprimer clairement que tout est fait par le Verbe! Tout par tui, rien sans lui : que reste-til au langage humain jiour exprimer que le Verbe est le créateur de tout, ou, ce qui est la même chose, que Dieu est le créateur de tout par le Verbe? Car il est créateur de tout , non point par effort , mais par un simple commandement et par sa parole, comme i) est écrit dans la Genèse ^ , et conformément à ce verset de David : U a dit , et tout a été fait. Il a commandé, et tout a été créé^.
N'entendons donc point par ce quelque chose de matériel et de ministériel. Toula été fait par te f'erbe, comme tout être intelligent agit et fait ce qu’il f ût par sa raison , par sa {>ensée , par sa sagesse. Cest pourquoi s’il est dit ici que Dieu fait tout par son f'erbe, qui est sa sagesse et sa pensée, il est dit ailleurs que la sagesse éterwlle qu'il a engendrée en son sein , et qui a été conçue et enfantée avant tes coUines, est avec lui, avec lui ordonne et arrange tout, se joue en sa prê.Kcnce, et se détecte par la facilité et variété de ses desseins et de ses ouvrages Ce qui a fait dire h Moïse que Dieu vit ce qu'il avait fait par son commandement qui est son Verbe, qu'il en fut content, et vit qu'il était bon et tréS‘bon^. Où vit il cette honlé des choses qu’il avait faites, si ce n'est dans la bonté même de la sagesse et de la pensée où il les avait destinées et ordonnées? C'est pourf|tioi aussi il est dit quit a possédé, c’est-à-dire qu’il a engendré , qu’il a conçu , qu’il aeiifanlésasoÿe.Mc, en laquelle ila vu et ordonné k commencement de ses voles 7. Il s'csl détecté en eÜe; il en a fait son plaisir; et celle éternelle s.igease, pleine de bonté, et inÜniment bienfaisante,' a fait son plaisir, ses délices d'être, de converser avec les hommes. Ce qui s’esl accompli parfaitement lorsque le Verbe s’est fait homme , s'est fait chair,
» h. un, s. —• * Exod. m, il. — • Gén. t, 3, 6 rf «rç. —
• Pm. XXXII, 0. — * Prov. VIII, 22, 23 eltetj. — • Cert. I, IS, 91 , *3, 31. — ' Prvr. vin, 22.
s'est incarné, et qu'il a fait sa demeure au mitteu de nous*.
Délectons-nous donc aussi dans te Verbe , dans la pensée, dans la sagesse de Dieu. Écoutons la {laroie qui nous parle dans un profond et admirable silemv*. Érétons-lui l'oreille du cœur. Disons-lui comme Samuel : Parlez, Seigneur, parce que votre set'vt^ teurécoule •, Aimons la prière, la communication, la familiarité avec Dieu. Qui sera celui qui, s'imposant silence à soi-même, et à tout ce qui n’est pas Dieu, laissera doucement écouler son cœur vers le Verbe, vers la sagesse étemelle, surtout depuis qu’il s'est fait homme, qu'il a établi sa demeure au mitien de nous? Kn nous-mêmes, in nobis, dans ce qu'il y a de plus intime en nous , selon ce qui e«t écrit : U a enseigné la sagesse à Jacob son serviteur,et a Israël son bien-aimé. .4près Haétévusuf ta terre, et a conversé avec tes hommes
Que de vertus doivent naître de ce commerc e avec Dieu et avec son Verbe! Quelle humilité, quelle abnégation desoi-méine! quel dévouement ! quel amour envers la vérité! quelle cordialité! quelle candeur! Que notre discours soit en simplicité etsans faste : cela est , cela n'est pas * ; et cpie nous soyons vrais en tout , puisque la vérité a étabit sa demeure m nous
Lâ vie üaru le Verbe ; nUuminaUoa de U>aic les honux-s.
En lui était la vie , et la vie était la lumière de.^ hommes^. On appelle vie dans les plantes , croître , pousser des feuilles, des boutons , des fruits. Que cette vie est grossière! qu’elle est morte! On ap|>clle vie , voir , goûter, sentir , aller deçà et delà , comme on est poussé. Que oette vie est animale et muette ! On appelle vie, entendre, connaître, se connaître soi-même, connaître Dieu, le vouloir, l’aimer, vouloir être heureux en lui. l'être par sa jouissance : c’est la véritable vie. Mais quelle en est la source? Qui est-ce qui se connaît , qui s’aime soi-même, n qui jouit de soi-même, si ce n'est le Verbe? En lui donc éloit la >ie. Mais d'où vient-elle , si ce n'e^t de son éternelleet vive génération ? Sorti vivant d'un Père vivant, dont il a lui-même prononcé : Comme le Pèrea la vie en soi , il a aussi dontu à son Eih d'avoir la rie en soiT. Il ne lui a pas donné la vie comme tirée du néant; il lui a donné la vie de sa vive et propre substance : et comme il est source de vie, il a donné à son Fils d'être une source de vie. Aussi cette vie de rinlelligeiice est la lumière qui éclaire fous les hommes. C'est de la vie de rintelligeiice, de la lumière du Verbe, qu’ot sortie toute intelligence et toute lumière.
Cette lumière de vie a lui dans le ciel, dans l.i splendeur des saints, sur les montagnes, sur les esprits élevés, sur les anges ; mais elle a voulu aus.si luire parmi les hommes, qui s'en étaient retirés. Elle s’en est approchée : et, afin de les éclairer,
• Joan. I, i(. — > /. Rfÿ. m, te. — > Dttnic. ni. 37, as —
• Mattk. V, 37. -*■/. Joan. iv, I2. i, i. — ’ Jvaa
KLKVATIONS SLIi LES MYSTÈRES.
leur a porté ii‘ llambfau jusqu’aux yeux par In prédication de l'Evangile. Ainsi h lumière luU liurmi (es ténèbres , et les ténèbres ne l'ont p(ts comprise *. t'n peuple <fui liabUait tlans les té/ié' bres a ru une prairie lumière. La lumière s'est levée sur ceux qui f7a/c«^ assis dans les ténèbres , et dans t'ombre de ta mort *,
l/l lumière luit dans tes ténèbres, et les téètè^ bres ne l'ont pas com})rise. Les Ames superbes n'oiit pas compris rhumiiitc de .lésus-Llirist. Les Ames aveuglées par leurs passions n’unt pas compris Jésus> Christ, qui n’avait en vue que la volonté de son ' Père. l/cs Ames curieuses, qui veulent voir pour le | plaisir de voir et de connaître, et non pas pour régler leurs mœurs et mortifier leurs cupidités, n'ont rien compris en Jcsus«Christ, (pd a commencé parfaire, et qui après a enseigné^. Les malheureux mortels ont voulu se réjouir par la /»• miére^, et non pas laisser embraser leurs cœurs dufeu que Jésus-Christ l'enaitallumer 1^ Ames iutcre«sées,toutenvcloppée.s dans elles^mèmes, n'ont |>as compris Jcsus-Clu'ist , ni le précepte céleste de se renoncer soi*méme. La lumière est renne, et tes ténèbres tt'tj ont rien compris. Mais la lumière du moins l'a-t'elle compris.^ Ceux qui disaient : :\ous voijoM ® , et qui s aveiiglaienl eux-mémes par leur présomption , ont-ils micnx compris Jésus- Christ? >'on; les prêtres ne l'ont pas compris; les pharisiens ne l’ont pas compris ; les docteurs de la loi ne l'ont pas compris. Jésus-Christ leur a été une ciilgme. Ils n'ont pu soufTrir la vérité, qui les humiliait, les reprenait, les condamnait; et à leur tour ils ont condamné , ils ont tourmenté , contredit , crucifié la vérité même.
Le comprenons-nous, nous qui nous disons ses disciples, et qui cependant voulons plaire aux hommes, nous plaire à nous-mêmes, qui sommes des hommes, et des hommes si corrompus? Uumilionsiioits, et disons : La lumière luit encore tons les jours dans les ténèbres par la foi et par l'Évangile; mais les ténèbres n'y ont rien compris; et Jésus- Cbrist ne trouve point d’imitateurs.
ÉLÊVATIOX
r MiDinrnt de toute t>U>mite iuitt fiait vu dant tf f'trba.
Il y a dans ce verset de saint Jean une variété de ponctuation qui se trouve non-seulement dans nos exemplaires, mais encore dans ceux des Féres. Flusieurs d'eux ont lu : Ce qui a été fait était vie en lui : Çuod factum est in ipso vita eratT. Recevons toutes les lumières que l'Évangiie nous présente. Nous voyons ici que tout , et même les choses inanimées qui n'otil point de vie en ellcs-inémes , fiaient vie dans le Verhedivin, parsoo idée et par sa pensée éternelle.
Ainsi un temple, un palais, qui ne sont qu'un amas de bois et de pierres , où rien n'est vivant, ont quelque chose de vivant dans l'idée et dons le dessein de leur ardiilecte. Tout est donc vie dans le
* Joan. I. s. — * Matth. iv, te. — » Mcl. i, I. ~ « Joan.
T. » iwc. in, »9, — * Joan. ix. 19, lo, ti. — »yod«.
Verbe, qui est l’idée sur laquelle le grand architecte a fait le inonde. Tout y est vie, parce que tout y est sagesse. Tout y est sagesse, parce que tout y est ordonné et mis en son rang. L'ordre est une espèce de vie de l'univers. Cette vie est répandue sur toutes scs parties ; et leur correspondance inutuelleentre elles et dans tout leurtout est comme l’âme et la vie du monde matériel, qui porte l’empreinte de la vie et de la sagesse de Dieu.
Apprenons à regarder toutes choses en ce bel endroit, où tout est vie. Accoutumons-nous à rapporter tout ce qui arrive à sa source. Tout est ordonné de Dieu. Tout est vie, tout est sagesse de ce côtélà. Dans tous les biens et dans tous les maux qui nous arrivent, disons : Tout est animé par la sagesse de Dieu; rien ne vient au hasard. Le péché même, qui eu soi est incapable de règle, puisqu’il est le dérèglement essentiel , et qui par celle raison ne peut venir de l'ordre de Dieu ni de sa sagesse , par sa sagi‘sse est réduit à l'ordre, quand il est joint avec le supplice; et quand Dieu, malgré le péché et sou énorme et infinie laideur, en tire le bien qu'il veut.
Ri'guez , 0 Verbe , en qui tout est de , régnez sur uousl Tout aussi est vie en nous à notre manière. Les choses inanimées que nous voyons, lorsque nous tes concevons, deviennent vie dans notre intelligence. C'est vous qui l'avez imprimée en nous, et c'est un des traits de votre divine ressemblance, de votre image à laquelle vous nous avez faits. fJevons-nous à notre modèle ; croyons que tout ce que Dieu fait , et tout ce qu’il permet , c’est par sagesse et par raison qu’il le fait et qu’il le permet. Agissons aussi en tout avec sagesse, et croyons que notre sagesse est d'étre soumis à la sienne.
Pourquoi il f»i fait menUon de ulnt Jfan-BapU»te au cuiomonceuK-Dt de cet êvaugiie.
Il y eut un homme envoyé de Dieu , de qui le nom était Jean ». Co commencement de l’évangile de saint Jean est comme une préface de cet évangile, et un abrégé mystérieux de toute son économie. Toute l’économie de l'évangile est que le Verbe est Dieu éternellement : que dans le temps i) s’est fait homme : que les uns ont cru en lui, et les autres non : que ceux qui y ont cru sont enfants de Dieu par la foi, et que ceux qui ne croient |ws, n’onl à imputer qu’à eux-mémes leur propre malheur. Or Jésus-Christ , qui est venu parmi les ténèbres, y a apporté avec lui dans scs exemples , dans ses miracles et dans sa doctrine, une lumière capable de dissiper cette nuit. Non content de celte lumière; comme les hommes, avec leur infirmité, n’auraient pu envisager celte lumière en elle-même , Dieu, pour ne rien omettre, et afin que rien ne maiiquAt à leurs faibles yeux , pour les préparer à profiler de la lumière qu’il leur offrait , et les y remJre attentifs, a envoyé Jean-Baptiste, qui n’étant pas la lumière Ta montrée aux hommes, en
Die-
' Joan. I, s.
ÉKKVATIO.NS SLH
disant : ^oilà l'agneau de Dku^ voilai celui qui est avant moi , et dont je prépare les voies : voilà celui qui est plus grand que moi , et de qui je ne guis pas digne de délier les souliers *. Toute bonne peijsée qui nous sauve a toujours son précurseur. Ce n’est point une inaladiOf une perte, une aflüc* tion qui nous sauve par elle-niéine : c'est un pré* curseur de quelque chose de mieux. monde me méprisera, on ne m’honorera pas autant que mon orgueil le désire. Je le méprise à mon tour; je m'en dégoûte. Ce dégoût est le précurseur de l’attrait céleste qui m’unit à Dieu. Cette profonde mélancolie où Je suis jeté , Je ne sais comment , dans le.s détresses de celle vie, est un précurseur qui me prépareàla lumière. Viendra tout à coup le trait divin , qui, préparé de cette manière, fera son effet. Les terreurs des jugements de Dieu , qui ne me laissent de repos ni nuit ni jour, sont un autre précurseur ; c’est Jean qui crie dans le désert : Venez , Jésu.s , venez dans mon âme, et tirez-la après vous par un chaste et Udèle amour.
La lumière de Jésas-Chrtst s'étend à tout le mornle.
La véritable lumière qui éclaire louthomme ce^ nant au monde était au milieu de nous , mais sans y être aperçue. U était au milieu du monde t celui qui était celte lumière ; et le monde a été fait par lui, et le mon te ne ta pas connu. Il est venu chez soi , dans sou propre bien , et les siens ne l’ont pas reçu*. Les siens ne l’ont pa.s reçu : en un autre sens, les siens l'ont reçu : les siens, qu’il avait touches d'un certain instinct de grâce, l’ont reçu. Les pécheurs qu’il appela, quittèrent tout pour le suivre. Un ptiblicain le suivit à la première parole. Tous les liumbles l’ont suivi; et ce sont là vraiment les siens. Les siqierbes , les faux sages, les pharisiens, qui sont «à Un par la créât ion, sont aussi les siens; car il les a faits; et il a fait comme créateur ce momie incrédule qui n’a pas voulu le connaître. O Jésus! je serais comme eux si vous ne m’aviez converti. Achevez; tirez-moi du monde que vous avez fait, mais dont vous n’avez point fait la corruption. Tout y est curiosité, avarice, conçupiscence des yeux, impureté et co;jcw/)i<ccncc, de ta chair , et orgueil de to orgueil dont toute la vie est infectée. O Jésus! envoyez-moi un de vos célestes ;«*cAcur«4, qui me tire de cette merde corruption , et me prenne dans vos fliets par votre parole.
jMui-QirUt de qui reçu , et comment.
U a donné à tous ceux qui l'ont reçu le pouvoir d’étre faits enfants de Dieu a ceux qui ci'oient en son nom^. Croire au nom de Jésus-Clirist, c’est le reconnaître pour le Christ, pour le Fils de Dieu, pour son V’eri>e qui était avant tous les temps, et qui
' Joait. I, 97, 90. >'- * Ibid, t, 0, 10, II. -> * /. Joam, n, 19- — * MmttA. IV, 19. ^ > /«M. I, n.
LKS MYSTÈRES. üî>7
s’csl fait homme. Être prêt à son seul nom, et pour la seule gloire de ce nom sacré, à tout faire, à tout entreprendre, à tout souffrir ; voilà ce que c’est que croire au nom de Jésus-Christ. tl a donné le pouvoir à ceux qui y croient d'étre faite enfants de Dieu. Admirable pouvoir qui nous est donné! il faut que nous concourions à cette glorieuse qualité d’enfants de Dieu, par le pouvoir qui nous est donné de le devenir. Et comment y concourrons-nous, si ce n’est par la pureté et la simplicité de notre foi.’ Par ce pouvoir il nous est donné de devenir enfants de Dieu par la grâce, en attendant que nous le devenions par la gloire, etque nous soyons en/anfs de Dieu, étant enfants de résurrection , comme dit le Sauveur lui-inéme '. Portons donc dignement le nom d’enfants de Dieu; portons le nom du Dirist. Soyons des chrétiens dignes de ce nom. Souffrons tout, pour le porter dignement. Que personne parmi nous ne sotffre comme injuste, comme médisant, comme voleur, ou de la réputation du prochain ou de ses biens ; mais si nous souffrons comme chréliens pour la gloire du nom rfe Jésus, si nous souffrons à ce titre, nous sommes heureux. Glor{/ions'nous en ce nom *. Portons courageusement, mais en même temps humblement, toute la persécution que le monde fait à ceux qui veulent vraiment être vertueux^. Soyons doux et non pas fiers parmi les souffrances. N’étalons point un courage hardi et superbe; mais disons avec saint Paul : Je puis tout en celui qui me fortifie C’est ce que doivent faire ceux à qui il a donné ce pouvoir céleste de devenir ses enfants.
Comment od devient tnfanf$ de Dieu.
Ils ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair , ni de la volonté de l'homme , mais de /J/eu ^.Quoiqu'il nousait donné lepouvoirdcdevenir enfants de Dieu , et que nous concourions à notre génération par la foi, dans le fond pourtant elle vient de Dieu, qui met en nous cette céleste seineiK^ de sa parole; non de celle qui frappe les oreilles, mais de celle qui s’insinue secrètement dans les cœurs. Ouvrons-nous donc à celle parole dès qu'elle commence à se faire sentir , dès qu’une suavité, une vérité, un goût, un instinct céleste commence en nous; et que nous sentons quelque chose qui veut être supérieur au monde, et nous inspirer tout ensemble et le dégoût de ce qui passe et qui n’est pas , et le goût de ce qui ne passe point et qui est toujours. Laissons-nous conduire : secondons ce doux effet que Dieu opère en nous pour nous attirer à lui.
Ce n’est point en suivant la chair et le sang que nous concevrons ces chastes désirs. Ce n'est point par le mélange du sang, par le commerce de la chair, par sa volonté et par ses désirs, ni par la volonté de l’homme, que nous devenons enfants da Dieu : notre naissance est uue naissance virginale.
• Lue. XX, sa. — * /. Pet. IT, 15. I«. — * //. Dsi. ui, 13. — ♦ Philip. IV, 13. — • * /«I**. I, la.
Dieu Si^ul nous fait natire de nouveau comme ses enfants.
Disons donc avec saint Paul t Quarul H a plu à cehti quim*a séparé du monde, incontinent Je n'ai plus acquiescé à la chair et nu sang *. Je me suis détaché des sens et de la nature incontinent. Incontinent : la gr<ke ne |>eut souffrir de retardement; elle se relire des âmes languissantes et paresseuses. L’épouse fait la sourde a sa voix« et tarde à se lever pour lui ouvrir; elle court pourtant à la tin». Il n’est plus temps, il s’est retiré; rapide dans sa fuite autant qu’il était vif dans sa poursuite. Tirez-moi, et nous courrons^. Dés la première touche il faut courir, et ne languir jamais dans notre course.
Sur ce* parole* : Le f’erhe <t été fait chair, Vrrbe fait chair est U came de 1a rc&alaunce qui nous fait nJauU de Dieu.
Après avoir proposé toutes ces grâces des nouveaux enfants que la foi en Jésus-Dirist donne ù Dieu , saint Jean retourne à la source d’un si grand b ienfait : Elle t orbe a été fait chair, et il a fuibité parmi nous, et y a fait sa demeure, et nous avons eu sa gloire, comme la gloire du FUs unique du Père, plein de grâce et de vér ité Pour nous faire devenir enfants de Dieu, il a fallu que son Fils unique se fit homme. C’est par le Fils unique et naturel, que nous devions recevoir l'esprit d'adoption. Celte nouvelle filiation, quinous est venue, n'a pu être qu'un écoulement et une participation delà filiation véritable et naturelle. Le Fils est venu à nous , et nous avonrvu sa gloire. H était ta tumiére ; et c’est par l’éclat cl le rejaillissement de cette lumière que nous avons été régénérés. Il était la lumière qui éclaire tout homme gui vient au monde ; il éclaire jusqu'aux enfants qui viennent au monde, en leur communiquant la raison, qui, tout o^usquée qu’elle est, est néanmoins une lumière, et sc développera avec le temps.
Mais voici une autre lumière, par laquelle il vient encore éclairer le monde : c’est celle de son Évangile qu’il offre encore à tout le monde, et jusqu’aux enfants qu’il éclaire par le baptême ; et quand il nous régénère, et nous fait enfants de Dieu , que fait-H autre chose que de faire naître sa lumière dans nos coeurs , par laquelle nous le voyons plein de grâceet de vérité : de grâce par scs miracles, de vérité par sa parole ; de grâce et de vérité par l’un et par l’autre: car sa grâce, qui nous ouvre les yeux , précède en nous la vérité qui les contente. Dieu, qui par son commandement a fait sortir ta lumière (Us tétiébres, a ra/jonné dans nos cœurs pour nous faire voir la clarté de ta science de Dieu sur la face de Jésus* Christ *. Nous sommes doncenfantsde Dieu, pareequenous sommes enfants de lumière. Mardions comme enfants de lumière. Ne
* Gat.x, IJ, le. - » Cant. v, S, J, S, S — > Cnnt. I, 5. - < loan. I, H. — » //. Ctir. xv, ®.
LES MYSTERES
désirons point la vaine gloire, ni la pompe trompeuse de la grandeur humaine. Tout y est faux, tout y est ténèbres. I.e monde qui nous veut plaire n’a point de grâce. Jésus-Christ seul , piein de grâce et de vérité ‘ , sait remplir les coeurs , et seul les doit attirer. La grâce est répandue sur ses lèvres et snr ses paroles Tout plaît en lui, jusqu’à sa croix ; car c’est là qu'éclate son obéissance, sa libéralité, sa grâce, sa rédemption, son salut. Tout le reste est moins que rien. Jésus-CImst seul est plein de grâce et de vérité. C'est pour nous qu'il en est plein ; et tous nous recevons tout de sa plénitude
Comment l'être convient à l«^*us-Chilat , et et qu'il a été fait
Après avoir lu attentivement le commencement admirable de l'évangile de saint Jean, comme un abrégé mystérieux de toute l’économie de l’Évangile, faisons une réflexion générale sur cette théologie du disciple bien aimé. Tout se réduit à bien connaître ce que c’est qu’éfre, et ce que c’est qu’iVre fait.
É.tre , c’est ce qui convient au Verbe avant tons les temps. Ju commencement il était , et U était subsistant en Dieu, et H était Dieu*. 11 n'est pas Dieu par une impropre communication d’un si grand nom, comme ceux à qui il est dit: Fous étesdesdleuxy etlesenfantsdu Trés-IIaut^. Ceux-là ont étéfaitsdieux par celui qui le.sa faits rois, qui les afaits juges, qui enfin lésa faits saints. SiJésus- Clirist n’était Dieu qu’en cette sorte, il serait fait Dieu, comme il est fait homme; mai.s non: saint Jean ne dit pas une seule fois qu’il ait été fait Dieu. Il tétait; et dés te commencement , avant tout commencement, il était Ferbc , et, comme tel , /I était Dieu. Tout aété fait par lui Le mot dV/re /fl r7 commence à paraître quand on parle des créatures: mais auparavant , ce qui était n'a pas été fait, puisqu'il était avant tout ce qui a été fait. Kt voyez combien on répète cet être fait. Par lai a été fait toid ce qui a été fait, et sans tui rien n‘a été fait de ce qui a étéjait. On répète autant do fois (le la créature (ju’ellea été Jaite, qu’on avait répété du Verlwqti’// était. Aprèscela on revient au Verbe : En lui, dit-on, était la vie t. Elle n'a pas été faite en lui; elle y était comme la divinité y était aussi. El ensuite ; /ji lumière était qui illumine tout homme ». Le Fils de Dieu n'a pas été fait lumière ni vie. En lui était la vie ; et il était la lumière. Jean- Baptiste n était j*as ta lumières. Il recevait la lumière de Jésus-Christ ; mais Jésus-Christ était la lumière même. Et quand les hommes sont devemia enfants de Dieu, u’est-ilpas dit expressément ^h’iYs ont été faits enjants de Dieu Mais est-il dit de même que le Fils unique a été fait Fils unique? Non. Il était Fils unique, et la sagesse engendrée et connue dans le seiu du Père , dès qu'il était Verbe ;
* Joaa. f, 14. — XUV, 3; Luc. iv, 22. » > 7cKtif . i. I«.
— < Ihiâ. I, I.— '* Pt. Lxxxi • Joun. I, .3. —• » Paâ. 4
- • Ibid. S. — » Ibid. 8. — ’* Ibiit. 12.
Dii.(K,^oa "v CiO(,
E^ÉVAT10^S SLU
et il n*a point été fait Fili , puisqu'il est tiré , iiou point du néant, mais de h propre substance éternelle et immuable de son Père.
Il n'y a donc rien en lui avant tous les temps qui ait été fait, ni qui l'ait pu être. Mais dans le temps qu’a-t-il été fait } it a été fait chair*. Il s'est fait homme. Voilà donc où il commence à être fait, quand il s'est fait une créature : dans tout le reste , il était; et voilà ce qu’il a été /ail. De même (pour bégayer à notre mode, et nous servir d'un exemple humain)quesi Tondisait de quelqu’un: Il ctaitnoble,
U était né gentilhomme ; il a été fait duc, il a été fait maréchal de France. On voit là ce qu'il était nalurellemcntet ce qu'il été fait par la volonté du prince. Ainsi en tremblant et en bégayant comme des hommes , nous disons du Verbe qu’il était Verbe, qu'il était Fils unique, qu'il était Dieu; et ensuite nous considérons ce qu’il a été fait. II était Dieu dans l'éternité , il a été fait homme dans le temps. Et même saint Pierre a dit : Dieu fa fait Seigneur et Christ *. Quant à sa résurrection , son Père lui a donné la toute-puissance dans le ciel et dans ta terre * : alors il a été fait .Seigneur et Christ. Et s'il n'était Dieu qu’en ce sens , il aurait aussi été fait Dieu ; mais non : Il était Dieu , et il a été fait homme. Et en sa nature humaine élevée et glorifiée, il a été Jait Seigneur et Christ; il a été fait sauveur et gloriUcateur de tons les hommes.
O langage est suivi |)ortout : Celui qui est venu après moif dît saint Jean-Baptiste, et que j’ai dd précéder en ma qualité de son précurseur, a été fait et a été nih derant moi , et m‘a été préféré C Sa gloire a été tout à coup faite plus grande que la mienne. En ce sens , // a été fait devant moi. Mais pourquoi : Pareequ’ii était avant moi, et sa gloire avant tous les temps au-dessus de toute la mienne, et detoutela gloire créée. Voyez, entondfz.
Il était naturellement plus que Jean ; et c'est pourquoi il lui a été préféré. Cette préférence, pour ainsi parler , est une chose qui a été faite; mais qui n’ourait point été faite, si en effet Jésus-Christ, selon sa divinité, n'etait plus grand que Jean; et qu'ainsi U lui fallait faire une gloire conforme à ce qu'il était.
Jésus-Christ, que dit-il de lui-même? /évant qu Abraham fût fait , jesuis^. Pourquoi choisir si distinctement un autre mot pour lui que pour Abraliam ; sinon pour exprimer distinctement qu' Abraham a été fait, et lui il était ? .-tu commencement était le f 'erbe. On dira pourtant qu'iV a été fait, quand on dira ce qu'il est devenu dans le temps comme fils d'Abraliam; mais quand il faut exprimer ce qu'il était devant Abraham, on ne dira pas qu'il a été fait, mais qii’iV était.
Et quand le même disciple bien-aimé dit dès les premiers mots de sa première épUre: Ce qui fut au commencement ^ \ où le ce doit être entendu substantivement , comme qui dirait; Ce qui était par sa nature et par sa substance , n'est-ce pas la
• Joan. I, U. ~ Il, 32, w, — > .Vaf/A. XXTlll, IR.
• J«nn. I, IS, 30. — * lliid. VIII, SR. Joun. 1,3.
LES MYSTERES. Cüï)
même chose que ce qu’il a dit: .tuca.nmencemeat était le térbcl El ensuite lorsqu’il ajoute; Aoni vous annonçons la vie qui était subsistante dans te Père: apud Patnm ; et nous a apparu , n’est-ce pas la même chose que ce qu'il a dit dans son évangile: An lui était ta vie ; et te f 'erbe était subsistant en Dieu * ? Toujours apud. Et pour parler conséquemment, que pouvait ajouter le même disciple bien-aimé , sinon ce qu’en effet il a ajouté: Celui-ci, Jésus-thrUt, était le vrai Dieu, et ta rie éternelle: Hic est verus Deus, et vita sclerna *.
Croyons donc l'économie du salut; et, comme dit le même disciple bien-aimé : Crogons à famourque Dieu a eu pour nous^. Pour croire tous les mvstères que Dieu a opérés pour notre salut, il ne faut que croire à son amour ; à un amour digne de Dieu; à un amour où Dieu nous donne nonseulement tout ce qu'il a, mais encore tout ce qu'il est. Croyons à cet amour, et aimons de même : donnons ce que nous avons, et ce que nous sommes : établissons-nous en celui qui était , en croyant à ce qu'il a été Jait pour nous dans le temps. Ainsi, dit saint Jean nous serons en son rrai Fils; ou, comme lisaient les anciens Grecs, et comme alu saint Allianase ; ./fmque nous soyonsdanslc vrai, dans son Fils^; dans le vrai, cVst-à-dire dans son Fils qui .seul est vrai , qui seul est la vérité.
Taisez-vous, pensé«'s humaines. Homme, viens te recueillir dans l’intime de ton intime: et conçois dans ce silence profond ce quec'estqne d’etre dans le vrai , d'éloigner de soi le faux. Quelle solidité! quelle vérité dans toutes nos actions et dans toutes nos pensées! Détestons tout ce qui est éloigné du vrai, puisque nous sommes dans le vrai , étant dans le Fils.
Ré|)étons : au commencement était le f'erbe; au commencement, au-dessus de tout commencement était le Fils: Jje Fils, Cest, dit saint Basile^ , un Fils qui n’est pas né par te commandement de son Père, mais qui par puissance et par plénitudea éclaté de son sein : Dieu de Dieu, lumière de lumière, en qui était la vie, qui nous Ca donnée. Vivons donc de cette vie éternelle, et mourons à tout le créé. Amen, amen.
XUr SEMAINE.
ONCTION DE JÉSl'8-CHSIST : SA. BÜYAUTÉ ! SA r.ENEALOGIE I SON SACEUOOCB.
PREMIERE ÉLÉVATION
L'oncüon de ivsiu-Chriil et le nom de Cbrbt.
O CliristI ô Messie! d vous qui êtes attendu ot donné sous ce nom sacré , qui signille l’oint du
' /. Jmh. 1, s, 4. — V Ibid. », 30. — 3 thid. IT, IS. — — * Ibid. V. SO. — * .Slha». tom. 2, p^ff. OUR. — ^ Ornt. de Fid. Hom. 15. loin. I, pag. MW. kdil. Br»ed. (om. 9. Arun. 13, pag. Ml.
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ÉLEVATIO.NS bUU ttS MVSTÊatS.
Seigneur! apprenez*moi , dans roxcellencc de votre onction « PoriKine et le fondement du cliristianisme. Et puisqu'il est écrit, que l'onction nous apprend et encore :que nousarons fonction ^ et que noua Maçons toutes choses ' : quand est-ce que cette onction nous doit enseigner, sinon lorsqu'il s'agit d'expliquer Ponction qui, vous faisant Christ, nous fait aussi chrétiens par la communication d’un si beau nom?
O ('.hrist ! vous êtes connu de tout temps sous ce beau nom. Le l^saliniste vous a vu sous ce nom, lorsqu'il a chanté : f otre trône, ô Dieu ! est éternel: et cotre Dieu cous a oint d'une huile ravissante ». C'est vous que Salomon a célébré , en disant dans son divin cantique ; f ’otrenom est une huile , vn baume répandu Quand l'ange saint Gabriel a annoncé le temps priicis de votre venue, il s’en est expliqué, en disant que le Saint des sainis serait oint; et que VOint ouïe Christ serait immolé Et vous-méme, qu'avez-vous préebé dans la synagogue, lorsque vous expliquâtes votre mission? qu'avpz-vous, dis-je, prêché que ce beau texte d’IsaTe : L'esprit du Seigneur m’a envoyé, et c'est pour cela qu'il m’a oint ^?
Vous avez paru vouloir expliquer, par ce texte d'Isaïe, que vous êtes oint par le Saint-Esprit; et n'est-ce pas aussi ce qu'a enseigné votre apdtre saint Pierre au saint centurion Cornélius, lorsqu’il lui préclia Jésus de Nazaretii: et comment Dieu favolt oint du Saint-Esprit et de puissance pour opérer des prodiges , et remplir toute la Judée de ses bienfaits ® ?
O Christ! encore un coup , faites-moi connaître, comme fit saint Pierre au saint centenier, comment votre Dieu vous a oint du Saint-Esprit; et rendezmoi participant Je cette onction.
Il» ÉLÉVATION.
Comment leSaint-E'^prit est en Jésus-Christ.
Le Saint-Esprit est en nous comme y venant du dehors, comme reçu par emprunt; il n'est point notre propre esprit, mais il est le propre esprit de Jésus-Christ : Il prend du sien: le Verbe divin le produit avec son Père; et quand il a été fait homme, il a produit ce Saint-Esprit, comme un esprit qui lui était propre , dans l'homme qu’il s'est uni 7.
Ainsi, quand les hommes font des miracles par le Saint-Esprit, c'est en eux un esprit qui vient du dehors et par emprunt; mais, dit doctement et excellemment saint Cyrille d’Alexandrie r « Quand
• Jésus-Christ chasse le démon, et fait d'autres « miracles par le Saint-Esprit, comme il l'assure « lui-même, il agit par un esprit qui lui est pro- « pre , et qui est en lui comme dans sa source. •
De là vient qu’il l’a reçu avec une entière plénitude : « L'esprit ne lui est pas donné avec ine- « sure*, mais sans mesure et en plénitude par-
» Joan. Il, ÎO. T7. — » Pt. XUV, 7. «. — * CohI. 1,3. — IX. 3i, ai, 3s, sa. — * It, i.xi, X ; Luf. rv, ih. —
• .4ct. X, 38. — * Joan. x%’i, U; Lue. xxit. 4»; Jon». xv, 38.
— • tbid. III, M
• faite, pour être répandu sur nous, et afin qae « nous tous reçussions ce que nous avons de sa ■ plénitude *. » Cequi a fait dire à Isaïe : • I>e&iint
• Esprit se reposera surlui »;• et, selon une ancienne version : « Toute la source, toute la fontaine du
• Saint- Esprit descendra sur lui. •
Jésus est donc oint par le Saint-Esprit, comme l'ayant en lui par sa divinité, comme ayant reçu du Père qui est en lui la vertu de le produire ; comme le donnant en propre à l'homme qu'il s'est uni en unité de personne. Ce qui a fait dire aux saints qu'il a é.té oint de la divinité ; et c'était ce que voyait ce prophète, lorsqu'en disant qu'il a été oint par
• son Dieu ^ > en même temps lui-mêine il l'appelle Dieu.
Telle est donc Ponction qui a fait le Christ. Ce n'est pas d’une huile matérielle qu'il a été oint , comme Elisée et les prophètes, comme David et les rois , comme Aaron et le.s pontifes. Quoique roi , prophète et pontife, il ii'a pas été oint de celte onction, qui n’élail qu’une ombre delà sienne. Aussi David a-l-il-dit qu’il « était oint d'une huile excel-
• lente, au-dessus de tons ceux qui sont nommés
• oints<, » en figure de son onction, |>arcc qu'il est oint de divinité et du .Saint-Esprit. Cest ainsi que Dieu l'a fait Christ. Et quand il nous a faits chrétiens, de quel autre esprit a-t-il rempli son Église naissante; et par quel autre esprit a-t-il répandu le nom chrétien par toute la terre ? Mais ne nous arrêtons pas à cette doctrine, quoique divine et nécessaire ; fai$ons-en l’application que Dieu nous commande.
Quel est l’efret de celte oacUon en Jésus-Christ et en noue.
Par cette onction divine JésusAihrist est roi, pontife et prophète. Voilà ce qu’il est comme Olirist ; et il nous apprend aussi que comme chrétiens, et par l'épanchement de son onction , nous sommes faits rois et sacrilicateurs : un sacerdoce royal, comme dit saint Pierre *. Et saint Jean dans l’Apocalypse : Jésus-Christ nous a faits rois et sacrificateurs de Dieu son pére^.
Ayons donc un couraqe royal ; ne nous laissons point assujettir par nos passions ; n’ayons que de grandes pensées : ne nous rendons point esclaves de celles des hommes.
Comme rois, soyons magnanimes, magniliques : aspirons à ce qu'il y a de plus haut ; mais aspirons , comme prêtres et sacrilicateurs spirituels, àce qu’il y a de plus saint. Chrétiens, nous ne sommes plus des hommes profanes; nous sommes ceux à qui il est dit : Soyez saints, parce que je sulssainfl.
Comment sommes-nous prophètes? Agissons par un céleste instinct : sortons de l’enceinte des choses présentes : remplissons-nous des choses futures : ne respirons que l’éternité. Quoi! vous vous faites un établissement sur là terre : voua voulez vous y élever • songez au pays où vous serez rois : lie eratynex
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ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
pat, petit troupeau, parce qu'Uapluà cotre Pire de roue donner son royaume
Sur drax verhispriDClpalrs que nous doit inspirer Ponction de Ji^us-ChrUl.
Tndcs eftels principaux de la foi chrétienne et de la sainte onction des enfants de Dieu, est la dou> ceur : Apprenez de moi, dit Jésus lui-méme, que je suis doux et humbU de cœur*, [saîe avait prédit sa douceur par ces paroles que saint Matthieu lui a appliquées : f'oid tnon serviteur quej’al élu; mon bien<t\méy où je me suis plu, et en qui j'ai mis mon affection. Je ferai reposer sur lui mon esprit; et il annoncera la justice aux nations^. Voilà un ministère bien éclatant; mais qu’il est doux en même temps, et qu'il est humble! puisque le prophètc ajoute , et après lui l'évangéliste : Il ne députera point, ni il ne criera point, et on n’entendra poirUsa voix dans les rues, comme les esprits contentieux et disputeurs la font éclater au dehors. U ne brisera point le roseau cassé, et il n’achèvera point d'éteindre la mèche qui fume encore : il n'ajoutera point, comme on fait ordinairement parmi les hommes, l'afllictioii à l'oppressé par des reproches amers. Voilà l'esprit de Jésus-Christ et le vrai espritde Dieu, qui n'habilepas dansun tourbillon, »/ dans le souffle d'un vent violent qui renverse les rochers et tes montagnes, comme Élie semblait le penser en voulant tout exterminer et tout perdre : Il n’habite pas dans la commotion et l’ébranlement , ni dans le feu qui le suit , mais dans le doux souffle d’un air léger et rafraîchissant^.
Tel est l'esprit du .Seigneur Jésus. Et c'est pourquoi, lorsque ses disciples voulaient, dans l'esprit d'Élie et d'Êlisée, faire descendre le feu du ciel sur les villes qui leur refusaient le passage, il leur disait avec sa douceur ineffable : f ous ne savez pas de quel esprit vmis étes^ : vous ne savez pas quel est l'esprit de votre religion et de la doctrine du Christ. Quelle fut sa douceur, lorsqu'il dit à celui qui le frappait: Si fai mat dit, faites connailre le mat que j’ai fait;et si fai bien dit, pourquoi me frappez-vous^} Et ailleurs : Race incrédule et méchanU , jusqu’à quand serai-je contraint d’étre parmi vous, et de souffrir vos injustes contradictions} Toutefois amenez-moi *)otre Jilsi, alin que je le guérisse. Et encore : femme , où sont vos accusateurs? Personne ne vous a condamnée? Je ne vous condamnerai pas non plus ; allez , et ne péchez plus •.
Prenons donc l'esprit de douceur, comme le vrai esprit du christianisme : que Ponction du Saint-PIsprit adoucisse notre aigreur et notre fierté, prenons pas ces tons superbes et avantageux; c'est h)iblesse que de s'animer de cette sorte : la force est dans la raison tranquillement exposée : cette force manque, lorsqu'on a recours à cette force hautaine
• Lue. XI!, 31. — » yatth. XI, ». — 3 h. xut, I ei — *///. Reç. XIX, II, 11. — * Lue. ix, M. — • Joan. xtiii, as. -- * Marc. IX, |S; Lur. tx, 11. — *Josn. TUI, 10, If.
et contentieuse qu’on fait venir à son secours. Quand vous avez à combattre pour la vérité, songez que ce n'e.st point par d’aigres disputes que l'Évangile s’est établi, niais par la doua*ur et la patience, en imitant Jésus-Christ, qui s’est laissé non-seulemerU tondre*, mais encore écorcher, sans se plaindre. Ér.outez dans les Actes les prédicateurs de son évangile qui, condamnés par les Juifs : Jugez roia-w^mes, leur disaient-ils , s'il faut vous écouter plutôt que Dieu : car, pour nous, nous ne fx>upons pas dissimuler ce que nous avons vu et ce que nous avons OUI*. C’est dans cet esprit qu’il faut parlera ceux à qui la vérité nous oblige de nous opposer : c’est ainsi que, sans disputer et sans se troubler, on les met visiblement dans leur tort. Voilà de vrais chrétiens et de vrais imitateurs du Christ.
Écoulez encore ce que dit dans le même endroit des Actes son innocent troupeau si injustement maltraité : Seigneur, qui arez fait le ciel et la terre, regardez les menaces de nos ennemis , et donnez à vos serviteurs d’annoncer votre parole en toute confance,puisquil vousplaitd'étendre cotremaln pour faire de si grands prodiges par le nom de votre saint fils Jésus C’est ainsi qu’ils veulent parler ot ec con/îo«ce seulement, mais non pas avec amertume ni avec aigreur. Qui met sa confiance en Dieu , ne la met pas dans la violence d’un ton aigre et impérieux : la victoire appartient à la douceur et à la patience ; et Isaïe , après avoir fait Jésus-Christ si humble , si patient et si doux , conclut enfin en disant qu’iV remportera la victoire; qu'il gagnera sa cause en jugement , et que les Gentils mettront en lui leur espérance^. Traitez donc avec douceur l’affaire de Dieu : soyez de vrais chrétiens, c’est-à-dire de vrais agneaux, et sans murmure, sans bruit, sans avoir aucune teinture de l’esprilde contradiction, montrez autant de tranquillité qued’innocence. Ayez la douceur, et la pa- ; tiencesa «Me: ces deux vertus sont les deux caractères propres de la piété chrétienne, et les deux fruits de l'onction de Jésus-Clirist répandue sur nous.
V« ÉEÉVAT10.\.