‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 139 sur 192 · XX** SEMAINE · texte numérisé non relu

XX** SEMAINE

LA VIBCACRRR DE JÉSUS , JUSQU'a SON BAPTÊME.

PRKMIÈRE ÉLÉVATION.

l.'arcroiAAPmrnl ilc l'enfatit, u sageue c( sa grioe.

L'en/ant ernhmit H se fortijiait , rempli de sagesse, et ia grâce de Dieu était en lui*. 11 y en a qui voudraient que tout se fit en Jésus-Clirist par des coups extraordinaires et miraculeux. Mais par là Dieu aurait détruit son propre ouvrage; et, comme dit saint Augustin : S'il faisait tout par miracle , il effacerait ce qu'il ajail pur ni/srncorde : />um omnia mlrahiliter Jacit, delcret qnod misericordiler Jecit. Ainsi il fallait ijuc, comme les autres enfants , il sentît le progrès de l’àge. f.a sigesse nîéme dont il était plein se déclarait par degrés, comme l'évangéliste nous le dira bientôt Cependant, dès le berceau et dès le sein de sa mère, il était rempli de sagesse. Sa sainte âme, dès sa conception unie à la sagesse étemelle en unité de personne, en était intimement dirigée, et en reçut d’abord un don de sagesse éminent au-dessus de tout, comme étant Tâmc du Vérin» divin, une âme qu’il s’était rendue projire ; en sorte que, selon I Immanité même , ■ tous le.s trésors de sagesse et de scii iu'e • étaient cachés en lui » Ils y étaient donc , mais cacliis, pour se déclarer dans leur temps.» Kl la «grâce de Dieu était en lui.» Qui eu doute, puisqu’il était si étroitement uni à la source de la sainteté et de la grâce?. Mais le saint évangéliste veut dire, qu’à mesure que l’Knfant croissait, et comineiiçait à agir par lui-méme, il reluisait dans tout

* /*. XI, &. Rom. ix,27. XI.6- — * Lue. ii,40. —

LES MYSTÈRES. ÎSO

son extérieur je ne sais quoi qui faisait rentrer en soi-mémc,et qui attirait les âmes à Dieu; tant toutctaitsimple, mesuré, réglé dans ses actions et dans ses paroles)

Aimable Enfant 1 heureux ceux qui vous ont vu hors de vos langes développer vos bras, étendre vos petites mains, caresser votre sainte Mère et le saint vieillard qui vous avait adopté, ou à qui plutôt vous vous étiez donné pour Fils; faire, soutenu de lui, vos premiers pas; dénouer votre langue, et l)égayer les louanges de Dieu votre Père! Je vous adore , cher enfant , dans tous les progrès de votre âge , soit que vous suciez la marnclic , soit que par vos cris enfantins vous appeliez celle (jui vous nourrissait; soit que vous vous rc(K)5iez sur son sein et entre ses bras. J’adore votre silence ; mais commencez,il est temps, àfairc entendre votre voix. Qui me donnera la grâce de recueillir votre première parole? Tout était en vous plein de grâce; et n’eussiez-vous fait que demander votre nourriture, j'adore les nécessites où vous vous mettez pour nous. I.Q grâce de Dieu est en vous; et Je la veux ramasser de toutes vos actions. Encore un coup, faites-moi enfant en simplicité et en innocence!

Jàus Kiil M-s pAreDlft à Jérutulem, et edebre U Pâque.

Jcsus-CIirist en venant nu monde , sans se mettre en peine de naître dansune maison opulente, ni de se choisir des parents illustres par leurs richesses ou par leur savoir, se contente de leur piété. Réjouissons-nous à son exemple, non |>oint de l'éclat de notre famille, mais qu'elle ait été pleine d'éditication et de bons exemples, et enfin une vraie école de religion , où l’on apprit à servir Dieu , et à vivre dans sa crainte.

Joseph et Marie, selon le précepte de la loi, ne manquaient pas tous les ans d’aller célébrer la Pâ‘ que dans le temple de Jérusalem '. Ils y menaient leur cher Fils, qui se laissait avertir de cette sainte observance, et pcul élre instruire du mystère de cette fêle. Il y était avant que d’y être : il en faisait le fond, puisqu’il était le vrai Agneau qui devaitélre immolé cl mangéen mémoire de notre passage à la vie future. Mais Jésus, toujours soumis à ses parents mortels durant son enfance, flt connaître un jour que sa soumission ne veuait pas de rinfirmité et de rinca{)acitéU'un âge ignorant , mais d’un ordre plus profond.

Il choisit, pour accomplir ce mystère, l’âge de douze ans, où l’on roinmcnce à être capable de raisonnement et de réflexions plus solides , .ilin de ne point paraître vouloir forcer la nature, mais plutôt en suivre le cours et les progrès-

Le sAlnl enfaol échappe à wiiit Joaeph et a ta taiote Vierge.

Jésus a divers moyens de nous échapper. L’un est quand il retire sa grâce dans le fond; ce quil

» Lue. Il , 41.

lie (lit jamais que par punition , et pour quelque piché précédent : l’autre, quand il retire non pas le fond de la grâce, mais quelques grâces singulières, ou qu'il en retire le sentiment, imur nous exercer et accroître en nous ses faveurs , par le soin que nous prendrons à le redierclier.

Ij soustraction de Jésus qui échappe à sa sainte mère et à saint Joseph, n’est pas une punition, mais un exercice. On ne lit point qu’ils soient accusés de l’avoir peniu par négligence , ou par quelque faute; c’est donc une humiliation et un exerdce.

Jésus s’échappe quand il lui plaît; son esprit va et vient : et l'on ne sait ni d'où U rient ni où i/ra*. Il passe, quand il lui plaît, au milieu de ceux qui te cherchent • sans qu’ils l’apenjoivent. Apparemment il n’eut pas besoin de se servir de cette puissance pour échapper à Marie et à Joseph. Quoi qu’il en soit, le saint Enfant disparut : et les voilà premièrement dans l’inquiétude, et ensuite dans la douleur ; parce qu’/fa ne te trouvèrent pas parmi leurs parents et leurs amis , arec lesquels ils le crurent^. Combien de fois, s’il est permis de conjecturer, combien de fois le saint vieillard se reprocha t-il à lui-méme le peu de soin qu’il avait eu du dépôt céleste! Qui ne s'aflliaerait avec lui , et avec la plus tendre mère , coin mêla meilleure épouse qui fût jamais?

Les cliarmes du saint Enfant étaient merveilleux : il est à croire que tout le monde le voulait avoir -, et ni Marie ni Joseph n’eurent peine à croire qu’il fût dans quelque troupe des voyageurs : car les gens de même contrée allant à Jérusalem dans les jours de fête , faisaient des troupes pour aller de compagnie. Ainsi Jésus échappa facilement : et ses parents marchèrent un jour sans s’apercevoir de leur perte.

Retournez à Jérusalem .- ce n’est point dans la parenté ni parmi les hommes qu’on doit retrouver Jésus-Christ , c’est dans la sainte cité; c’est dans le temple qu’on le trouvera occupé des affaires de son Père. En effet, après trois Jours de recherche laborieuse , quand il eut été assez pleuré , assez reebcTclié , le saint Enfant se laissa enfin trouver dans lelemplei.

lésa* troové a«n« le temple parmi les docteurs , et ce qu'U y faUatt

Il ét&itassU au milieu des docteurs : il tes écou> taitf et il les interrogeait; et tous ceux qui l’écoutaient étaient étonnés de sa prudence et de ses réponses^, voilà donc d’un côté assis avec les docteurs, comme étant docteur lui-méme, et né pour les enseigner; cl de l'autre, nous ne voyons pas qu'il y fasse comme dans la suite des leçons exprès* scs. Il écoutait, il interrogeait ceux qui étaient reconnus pour maîtres en Israël , non pas juridiquement, pour ainsi parler, ni de cette manière au-

• /0m. m, s. — > Lue. IV, ao. — * Lue. 11, 43 , 44 - * ibid. 44,4S,4S. - ^ /M.4S,49.

thentique dont il usa lorsqu*!) disait : « De qui es(

■ cette image et cette inscription * ? ou , De qui « était le baptême de Jean ■? ou : Si David est le « père du Christ, comment l'appelle-t-il son Sei*

• gneur^? * Ce n'était point en cette manière qu*il interrogeait; mais, si Je l’ose dire, c'était en en* fant, et comme s’il edt voulu être instruit. Cest pourcela qu’il estdit qu’il écoutait, et répondait àson tour aux docteurs qui l’interrogeaient ; ■ et (in admi- « rait ses réponses, • comme d'un enfant modeste, doux et bien instruit; en y ressentant pourtant, comme il était juste , quelque chose de supérieur , en sorte qu’on lui laissait prendre sa place parmi les maîtres.

Admirons comme Jésus par une sage économie sait ménager toutes choses ; et comme il laisse éclater quelque <d)ose de ce qu'il était, sans vouloir perdre entièrement le caractère de l'enfance. Allez au temple, enfants chrétiens ; allez consulter les doc* leurs ; interrogez-les ; répondoz-leur; reconnaissez dans ce mystère le commencement du catéchisme et de l’école chrétienne. Et vous, parents chrétiens, pendant que l'Enfant Jésus ne üÀlaigne pas d’inter* roger, de répondre et d'écouter, comment pouvez* VOUS soustraire vos enfants au catéchisme et à Tins* tniction pastorale !

Admirons aussi avec tous les autres ta prudence de Jésus; une prudence non-seulement au-dessus de son âge, mais encore tout à fait au-dessus de l’homme, au-dessus de la chair et du sang: une prudence de l'esprit. Nous pourrions ici regretter quelques-unes de ces réponses de Jésus , qui firent admirer sa prudence : mais en voici une qui nous fera assez connaître la nature et la hauteur de toutes les autres

Plainte det parrab de JéMU , et u répo&»&

Ses parents furent étonnés de te trouver parmi les docteurs dont il faisait l'admiration. Ce qui marque qu’ils ne voyaient rien en lui d'extraordinaire dans le commun de la vie; car tout était comme enveloppé sous le voile de l'enfance; et Marie , qui était la première à sentir la perte d’un si cher fils, fut aussi la première à se plaindre de son abseuce. Et, • Mon fils, » dit-elle^, < pourquoi nous « avez-noua fait ce traitement? Votre père et mol

• affligés vous cherchions. « Remarquez : • voire pèrs

• et moi • : elle l’appelle son père, car il l’était, comme on a vu , à sa manière : père , non-seulement par l’adoption du saint Enfant ; mais encore vraiment père par le sentintent, par le soin, par la douleur : ce qui fait dire à Marie , votre père et moi cfjligés : pareils dans raffliction ; puisque , sans avoir part dans votre nais-sance, il n'en partage pas moins avec moi la joie de vous posséder et la douleur de vous perdre. Cependant, femme obéissante et respectueuse, elle Domine Joseph le premier : votre père et moi , et

• Matth. XXII, SO. ~ a Ibid. XXI, SS. — 3 Ibid. Xin, 43, 41. - * Luc. Ü, 4S. - * Ibid. 4S.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

lui fait l6 même honneur que s'il était père comme les autres. O Jésus ! que tout est réglé dans votre famille ! Comme chacun, sans avoir égard h sa dignité, y fait ce que demande rédilication et le bon exemple ! Dénie famille , c’est la sagesse éternelle qui vous règle.

■ Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous • pas qu’il faut que je sois occupé de ce qui regarde « mon Père ' ? • Voici donc cette réponse sublime de TEnfant que nous avions à considérer : mais elle mérite bien une attention distincte et particulière.

Réflexk>ot sur la réponse du Sauveur.

« Pourquoi me cherchiez-vous ! » Et quoi ?ne vouliez-vous pas qu’ils vous cherchassent? Et pourquoi vous retiriez-vous, sinon pour vous faire cherclier ? Est-ce peut-être qu’ils vous cherchaient , du moins Joseph , avec un empressement trop humain ? Ne jugeons pas ; mais concevons que Jésus parle pour notre instruction. Et en effet, il veut exclure ce qu'il y peut avoir de trop empressé dans la recherche qu’on fait de lui. Qui ne sait que ses apdtres , quand il les quitta , étaient attachés à sa personne d’une manière qui n’était pas autant épurée qu’il le souhaitait? Ames saintes et spirituelles, quand il vous échappe, quand il relire ses suavités, modérez un empressement souvent trop sensible : quelquefois il veut revenir tout seul ; et s’il le faut chercher , ce doit être doucement, et sans des mouvements inquiets.

• Ne saviez-vous pas que je dois être occupé des « affaires de mon Père ? » Est-ce qu’il désavoue Marie, qui avait appelé Joseph son père? Non sans doute; mais il leur rappelle le doux souvenir de son vrai Père qui est Dieu, dont la volonté, qui est l’affaire dont il leur veut parler, doit faire son occupation. Croyons donc, avec une ferme foi, que Dieu est le Père de Jésus-Christ, et que sa volonté seule est sa règle en toutes choses ; soit qu'il se montre, soit qu’il se cache, soit qu’il s’absente ou qu'il revienne, qu’il nous échappe, ou qu’il nous console par un retour qui nous comble de joie.

La volonté de son Père était qu’il donnât alors un essai de la sagesse dont il était plein et qu’il venait déclarer, et tout ensemble de la supériorité avec laquelle il devait regarder ses parents mortels sans suivre la chair et le sang ; leur maître d e droit , soumis à eux par dispensation.

Vn« ÉLÉVATION.

La répofue de Jesua D*eat pat rnUrndue.

« Et ils ne conçurent pas ce qu’il leur disait*. « Ne rafSnons point mal à propos sur le texte de l'Évangile. On dit non-seulement de Joseph, mais encore de Marie même, qu’ils ne conçurent pas ce que voulait dire Jésus. Marie concevait sans doute ce qu’il disait de Dieu son Père, puisque l’ange lui en

i Ime. Il, 4». - * Ibid, 10.

avait appris le mystère ; ce qu'elle ne conçut pas aussi profondément qu'il le méritait , c'était ces affaires de son Père dont il fallait qu'il fût occupé. Apprenons que ce n’est pas dans la science, mais dans la soumission, que consiste la perfection. Pour nous empêcher d'en douter, Marie même nous est représentée comme ignorant le mystère dont lui parlait ce cher Fils. Elle ne fut point curieuse; elle demeura soumise : c'est ce qui vaut mieux que la science. Laissons Jésus-Christ agir en Dieu , faire et dire des choses hautes et impénétrables : regar* dons-ies comme fit Marie avec un saint étonnement , conservons-les dans notre ecrar pour les méditer , et les tourner de tous côtés en nous-mêmes , et les entendre quand Dieu le voudra, autant qu’il voudra.

Jésus préparait la voie dans l'esprit des Juifs à la sagesse dont il devait être le docteur : il posait de loin les fondements de ce qu'il devait prêcher, et accoutumait le monde à lui entendre dire qu'il avait un Père dont les ordres le réglaient, et dont les affaires étaient son emploi. Quelles étaient en particulier ces affaires , il ne le dit pas , et il nous le faut ignorer jusqu'à ce qu'il nous le révèle, sc^ Ion la dispensation dont il use dans la distribution des vérités éternelles , et des secrets du ciel. Plongeons-nous humblement dans notre ignorance; reposons-nous-y, et faisons-en un rempart h l'humilité. O Jésus, je lirai votre Écriture; j’écouterai vos paroles, aussi content de ce qui me sera caché que de cc que vous voudrez que j’y entende. Tournons tout à la pratique; et ne recherchons l’intelligence, qu'autant qu'il le faut pour pratiquer et ùgiT,Crains Dieu, etobserve ses commandements : c'est là tout rhomme*. Celui qui fera la volonté de celui qui m’a envoyé , connaitra si ma doctrine vient de Dieu *.

Villa ÉLÉVATION.

fielour de Jésus à Nazareth : md obéiRaance et «a vie

cachée, avec ses fMirenU.

A'f U partit avec eux , et alla à Nazareth Ne perdons rien de la sainte lecture ; le mot de l’évangéliste est, qu’l/ descendit avec eux à Nazareth. Après s’étre un peu échappé pour faire l’ouvrage et le service de son Père, il rentre dans sa conduite ordinaire, dans celle de ses parents , dans l’obéissance. C’est peut-être mystiquement cequ’îl appelle descendre; mais, quoi qu'il en soit, U est vrai que, remis entre leurs mains jusiprà spii baptême, c'est-à-dire jusqu’à l'âge d'environ trente ans, il ne fit plus autre chose que leur obéir.

Je suis saisi d’étonnement à cette parole : est-ce là donc tout l’emploi d'un Jésus-Christ , du Fils de Dieu? Tout son emploi, tout son exercice est d’obéir à deux de ses créatures. El en quoi leur obéir ? dans les plus bas exercices , dans la pratique d'un art ntécanique! Où sont ceux qui.se plaignent, qui murmurent, lorsque leurs emplois ne répondent pas à leur capacité ; disons luieuj , à leuf

• Eccl. \ii , ï3. — > Joan. vu , |7. — > Luc. ii , S|.

Kl.ÉVATlONS SUR LES MYSTERES.

orgueil? qu'ils vicnnenl dans la maison de Joseph el de Marie, et quils y voient travailler Jésuschrist- Nous nolisons point que ses parents aient jamais eu de domestiques, semhlablrs aui pauvres gens dont les enfants sont les serviteurs. Jésus a dit de lui-inêmc , qu i/ fiait renu pour tercir I.a'S anges furent obligés, pour ainsi dire, à le venir servir eui-uiéuies dans le désert ■ ; et l'on ne voit nulle part qu'il eilt de serviteurs à sa suite. C.e qui est certain , e'est tpi'il travaillait lui-niéme à la boutique de son |>ère I,e diraiqe! il y a beaucoup d'apparence qu'il perdit Joseph avant le temps de ton luiuistère. A sa Passion il laisse sa mère en garde à son disciple hien-aimé, qui la ret;ut dans sa maison*; ce qu'il n'aurait pas fait, si Joseph son chaste époux eiU été en vie. Des le commencement de son ministère, on voit Marie conviée avecJésus aux noces de Cana * ; on ne parle point de Joseph. Un peu apres on le voit aller à Capharnaüiu, lui , sa mère, ses frères et ses disciples*' : Joseph ne parait pas dans un déuonibreinent si exact. Marie parait souvent ailleurs; mais depuis ce qui est écrit lie .son éducation sous saint Joseph, on n'entend plus parler de cc saint homme. Kt c'est pourquoi au commenreuicnt du ministère de Jésus-Christ, lorsqu'il vint prêcher dans sa patrie, on disait : .\"esl-cc pas là ce char/Kulier, fils île Marie 7 ? comme celui , n'en rougissons pas , qu'on avait vu , pour ainsi parler, tenir la bouti<|uc, soutenir par sou travail une mère veuve, et entretenir le petit cotmnerce d'un métier qui Icsfai.sait sidisister tous deux. Sa méi'e ne s’op/xlle l-clle.pas Marie? S'acutts-nous pas parmi nous ses frères Jactfues 1 1 Joseph , et Simon et Juik , et ses sœurs • f On ne parle point de sou père; apparemment donc qu'il l'avait perdu ; Jésus-Christ l'avait .servi dans sa dernière maladie. Heureux pèfe, à qui un tel fils a fermé les yeux ! Vraiment il est mort entre les bras et comme dans le baiser du Seigneur. Jésus resta b sa mère pour la consoler, pour la servir : ce fut là tout sou exercice.

O Dieu! je suis saisi encore un coup. Orgueil, Tiens crever à ce spectacle : Jésus, fils d'un charpentier, charpentier lui-méme , connu par cet exercice, .sans qu'on parle d'aucun autre emploi, ni d'aucune autre action! (In se souvenait dans son Église naissante des charrues qu’il avait faites ; et la tradition s’en est conservée dans les plus anciens auteurs. Que ceux qui vivent d'un art mécanique se consolent et se réjouissent : Jésus-Christ est de leur corps : qu'ils apprennent en travaillant à louer Dieu, à chanter des psaumes et des saints cantiques : Dieu lionira leur travail, et ils seront devant lui comme d’autres Jésus-Christs.

Il y en a eu qui ont eu honte pour le Sauveur, de le voir dans cet exercice : et dès son enfance 3s le font SC jouer avec des miracles. Que ne diton point des merveilles qu'il lit en Égypte? Mais tout cela n'est écrit que dans des livres apocry-

' Maàh. XX, ÎS. - ’ /("«(. IV, II. - ’ Itiit- xlll, es. Man. VI , a*. — * Juau. XIX , 2S , 27. — ' toaii. Il, I. — • Itûd. 12, ~ * Mtiff. , 3. — * Malth. \tll, W, W.

plies. L'Évangiie renferme durant trente ans toute 1.1 vie de Jésus-ChrUt dans ces paroles : H leur était ioumit * ; et encore : Ctsi ici ce charpentier, fiU de Marie. Il y a dans l’obscurité de saint Jean-Baptiste quelque chose de plus grand en ap* parciice : il ne parut point parmi les hommes; et, te désert fat sa demeure *. Mais Jésus dans une vie si vulgaire, connu à la vérité, mais par un vil exercice, |K)uvait-il mieux cadier ce qu'il était? Que dirons-nous, que ferons-nous pour le louer? Il n'y a, en vérité, qu'à demeurer dans l'admira* tion et dans le silence.

IX« ÉLÉV.VTION,

La vk de Marie.

Ceux qui s'ennuient pour Jésus-Qxrist , et rougissent de lui faire passer sa vie dans une si étrange obscurité, s'ennuient aussi pour la sainte Vierge, et voudraient lui attribuer de continuels mirucies. Mais écoutons l'Évangile : Marie conservait toutes ces choses en son cœur^. L’empliii de Jésus était de s'occuper de son métier : et l'emploi du Marie, de méditer nuit et jour le seenV de Dieu.

Mais quand elle eut perdu son lils, chaiigcat-elle d’occupation? Où la voit-on paraître dans les Actes, ou dans b tradition de l'Église? On b nomme parmi ceux qui entrèrent dans le cénacle, et qui reçurent le .Saint-Esprit < : et c'est tout ce qu'on en rapporte. IS’rst-cc pas un assez digne emploi, que celui de conserver dans sou cœur tout ce qu'elle avait vu de ceclier Fils ? Kt si les mystères de son enfaucelui furent un si doux entretien , roni* bien trouva-t-elle à s’occuper de tout le reste de sa vie! Marie méditait Jésus : Marie, avec saint Jean qui est b figure de b vie contemplative, demeurait en perpétuelle contemplation , se fondant , se liquéfiant, pour ainsi parler, en amour et en désir. Que lit l'Église au jour de son assomption glorieuse? L'évangile de Marie , sœur de Lazare , assise aux pieds du Sauveur, et écoulant sa parole^. Depuis l'absence du Sauveur, l'Église ne trouve plus rien )>our Marie mère de Dieu dans le trésor de ses Écritures, et elle emprunte pour ainsi dire , d’une autre Marie, l'évangile de la divine contemplation. Que dironsnous donc à ceux qui inventent tant de belles choses pour b sainte Vierge? Que dirons-nous? si ce n'est que l'humble et parfaite contemplation ne leur suffit pas. Mais si elle a suffi à Marie, à Jésus même durant trente ans, n'est-cc pas assez à b sainte Vierge de continuer cet exercice? Le silence de rÉcrilure sur celte divine mère, est plus grand et plus éloquent que tous les discours. O homme! trop actif et inquiet par ta propre activité, apprends à te contenter, en te souvenant de Jésus , en l'écoutant au dedans, et eu repassant ses paroles.

' Luc. Il, :>1. — * Ptiâ. I , W. — J ll/id. Il, U. — *

I, 13, U; II, I, s. — * Luc. X, 3», 41.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

CoinncQt noos dcvoo» troilcf J^u» fl Marie dans leur vie obicure.

Void donc quel est mon parlnge ; Marie ron- $ervait ces choses élans son coeur ■ . Marie a choisi la meiileure part, qui ne lui sera point ôtée. El : lln'ij a qu'une seule chose qui soit nécessaire *. Orgueil liumain, de quoi te plains-lu avec tes inquiétudes? de n étre de rien dons le monde? Quel personnage y faisait Jésus? quelle fii;ure y faisait Marie? C’était la merveille du monde, le speoiaele de Dieu et des anges : et que faisaient-il? De quoi elaient-ils? Quel nom avaient-ils sur la terre? Et tu veux avoir un nom et une action qui éclate! Tu ne connais pas Marie , ni Jésus. Je veux un emploi pour faire connaître mes talents, qu’il ne faut pas enfouir. Je l’avoue; quand Jésus l’emploie et te donne de ces utiles talents, dont il le déclare qu’il te redemande compte. Jlais ce talent enfoui avec Jésus-Christ, et cadié en lui, ii’est-t-il pas assez lieau à ses yeux? Va, tu es un homme rempli de vanité , et tu cherches dons ton action , que tu crois pieuse et utile , une pJture à ton amour-propre.

Je sèche, je n’ai rien à faire; ou mes emplois trop bas me dé|)taisent : je m’en veux tirer, et en tirer ma famille. Et Marie et Jésus songent-ils è s’élever? Regarde ce divin charpentier avec la scie, avec le rabot, durcissant ses tendres mains dans le maniement d’instruments si grossiers et si rudes. C.e n’est point un docte pinceau qu’il manie : il aime mieux l’exercice d’un métier plus humble et plus nécessaire à la vie : ce n’est point une docte plume qn’il exerce par de beauxécriU : il s’occupe, il gagne sa vie : il accomplit, il loue, il bénit la volonté de Dieu dans son humiliation.

Et qu’a-l-il fait au seul moment où il s’échappa d’entre les mains de ses parents |»ur les affaires de son Père céleste? Quelle œuvre fit-il alors ? si ce n’est l’œuvre du salut des hommes. Et tu dis : Je n’ai rien à faire , quand l’ouvrage du salut des hommes est en partie entre tes mains : n’y a-t-il point d'ennemis à réconcilier, de différends à pacifier, de querelles à finir, où le Sauveur dit : / ous aurez saucé cotre frère >’y a-t-il point de misérable qu’il (aille empêcher de se livrer au murmure, au blasphème, au désespoir? Et quand tout cela te serait été , n’as-tu pas l’affaire de ton salut, qui est pour chacun de nous la véritable œuvre de Dieu? Va au temple : échappe-toi, s’il le faut, à ton père et ù ta mère : renonce à la' chair et au sang, et dis avec Jésus : Ne faut U pas que nous tracaUtions à l'aurre que Dieu notre Père nous a coi\fièeil Tremblons, humilions-nous de ne trouver rien dans nos emplois qui soit digne de nous occuper.

Xl“ ÉLÉVATION.

L'Avane-nicnl d« J«ua est If modù'U* du ndlre.

Peut-on dire d’un Jésus, du Fils de Dieu, d’un

'Lue. n,si. — • /tilt. I, s», 41- - i.VuH.Vxvni, is.

— * J(xm. Il, 4.

homme- Dieu , h qui b saqesie m<}me était unie eo personne, qu'i7 croissait en sagesse et en grâce, commeen âge, devanlOieu et denant les hommes* ? N*avons-nous pas vu, qu'en entrant nu monde, il se dévoua lui-ménie à Dieu pour aiTomplir sa vo« louté , en prenant la place des sacrilices de toutes les sortes*? IS’est-il pas appelé dès sa naissance, le Sage, leconseil, tauleur de la paix^? y.^vait-il pas la sagesse dès le ventre de sa mère? n’est-c» pas en vue de cetlesagesse accomplie que lepropliète avait prédit comme une merveille, qu'une femme eiwironjierait un homme* : f irum : enfermerait dans ses üancs un homme fait ? Entendons donc que la sa;^osse et la grâce qui étaient en lui dans sa plé* nitude, par une sai:e dispen.salion , se déclaraient avec le temps et de plus en plus, par des œuvres et par des paroles plus eicellentes devant Dieu et de> vant les hommes.

Parions donc, non par impatience, ni par faiblesse, ni par vanité, et pour nous faire paraître; maisquand Dieu le veut : car Jésus dans son i>ereeau n'a parlé ni aux bergers, ni aux mages qui étaient venus de si loin pour le voir. La sagesse humaine apprend beaucoup, si elle apprend à se taire. Aimons donc à demeurer dans le silence , quand Jésus est encore enfant en nous. Car s'il s'y funnait tout d’un coup eu son entier, son apdtre n’aurait pas dit ; Mes petits enfants, gue feufante cncorejuMiuà ce que Jésus-Christ soit formé en vous Jusqu'à cc qu'il y soit formé, furtitions-noiis avec Jésus : allons au temple interroger les docteurs : supprimons une sagesse encore trop enfantine : apprenons de Jésus, la sagesse même , que c'est souvent la sagesse qui fait cacher la sagesse.

Mais quel docteur pouvons-nous interroger, sinon Jésus, la sagesse même? En toutes choses, en toute affaire, en toute action, consultons la sagesse de Jésus, la lumière de sa vérité, la doctrine de son Evangile.

liO plaisir me trompe, et me fait croire innocent ce qui m’agrée : nous croyons en être quittes pour dire, avec Eve trop ignorante : Ix serpent m'a déçu^. Mais si nous consultons la sagesse et la raison éternelles, nous verrons qu'elles maudissent ce serpent qui se glisse sous les Heurs, et nous en fait connaître le poison. Les grands du monde nous flattent par leurs vaines et artifleieuses paroles : vous croyex être quelque chose; et, tout rempli de leur faveur, votre cœur s'enfle : ouvrez les yeux : CAiiisultez Jésus, qui vous fera regarder et ouvrir vos mains vides. Uù est a*ltc imaginaire grandeur, et celte enflure d’un cœur aveuglé? Cesl Jésus qui vous répond : écoutez-le avec ces docteurs, et admirez ses réponses.

Vous vous mêlez dans les grandes choses; vous croyez que tout le monde vous admire, et vous peu* sez devenir l’oracle de l'figlisc : consultez Jésus et la sagesseétcrnelle : examinéz-v ous sur ces grandi s œuvres que vous aimez comme éclatantes, plutdl

‘ Lnr. )l, S'i. — * Hebr. X, S, A, 7. - * /»• IS. 0. — * Jrrrm.'

— IV, 19. Cru. Ul, IS.

ÉLÉVATIONS SUB LES MYSTÈRES

oe corome solides et utiles : vous travaillez peut*

tre pour votre ambition, sous prétexte de travailler pour la vérité. Eh bien donc, je quitterai tout, et j’irai me cacher dans le désert. Arrêtez-vous, consultez Jésus : la vanité mène quelquefois au désert aussi bien que la vérité : on aime mieux mépriser le monde, que de n’y pas être comme on veut, et au gré de son orgueil. Que ferai-je donc? Faites taire toutes vos pensées : consultez Jésus ; écoutez la voix qui éclate sur la montagne : • Celui-ci est mon Fils • bien aimé :écmitez-le*. » et : * Ils ne trouvèrent que « Jcsusseul*. « Quand Jésus reste seul, et que, renonçant h vous-même , vous n’écoutez que sa voix, c’est lui qui répond ; et sa réponse vous Mifie.

fiecueU des mystères de IVofaoce de Jésus

En ramassant dans son esprit avec Marie ce qu'on Tient de voir de l'enfance de Jésus-Christ , on y voit les profondeurs d'une sagesse cacliée , et d'autant plus admirable que , renfermée en elle-méine , elle ji'éclate en Jésu^hrist par aucun endroit. Il se déclare avec mesure : il suit les progrès de l’àge : il parait comme un autre enfant. S’il a fallu une fois marquer ce qu’il était, ce n'est que pour un moment : un intervalle de trois jours n'est pas une interruption de Tobscurité de Jésus : au contraire, une si courte illumination ne fait que mieux marquer le dessein précis de se cacher.

Si Jésus s'abaisse lui-même en se plongeant dans rhumilité d’un art mécanique ; en même temps U relève le travail des hommes, et change en remède l’ancienne malédiction de manger son pain dans la sueur de son corps. Pendant que Jésus en se soumettant à celte loi prend le personnage de pécheur, il montre aux pécheurs à se sauctilier parcelle voie.

Pendant que la sagesse divine prend un si grand soin de se cacher, toutes les conditions, tous les Ages, et enfln toute la nature se réunit pour publier ses louanges. Une étoile parait au ciel : les anges y font retentir leur musique : les mages apportent au saint Enfant la dépouille de l'Orient , et tous les trésors de la nature; ce qu’elle a de plus riche dans i’or, ce qu'elle a de plus doux dans les parfums. Les sages du monde et les riches viennent l’adorer en leur personne, les simples et les ignorants en celle des bergers. Un prêtre aussi vénérable par sa vertu que par sa dignité prévient la lumière qui s’allait lever, etlereconualtsouslenomde rorient: sa femme se joint à une mère vierge pour le célébrer : un enfant lesent dans le sein de sa mère : d'autres eulants depuis l'Age de deux ans lui sont immolés, et ces victimes innocentes vont prévenir la troupe de ses martyrs. Si une vierge , si une femme l’ont honoré, une veuve prophétise avec elles, et une vieillesse consumée dans le service de Dieu veut s'exhaler: Simeon, à qui l’Évangile ne donne point de caractèreque celui d'un commun fidèle qui attend l'espérance d’Israèl, M joint aux sacrificateurs et aux docteurs de

• A«e. ix,U,9S.

la loi , pour reconnaître Jésus-Christ dans son saiol temple : il prophétise les contradictions qui commencent a paraître. La manière d’honorcr ces vérités nous est montrée dans une profonde considération qui nous les fait repasser en silence dans notre cœur. Que désirons-nous davantage? et qu’altendon.s-nous pour célébrer les mystères de la sainte enfance et de la vie obscure du Sauveur?

Page 1