‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 33 sur 192 · CLEMENTS DES SYNODES NATIONAUX SUB CB « SUJET · texte numérisé non relu

CLEMENTS DES SYNODES NATIONAUX SUB CB « SUJET

A quoi sert à la justice imputée que Jésus-Christ soit venu pour servir , et non pour être servi ;t\ ce que fait ce passage venu tout à coup sans liaison au milieu de ce décret Je devine qui pourra. Je ne vois pas aussi h quoi nous sert l’imputation de la lui cérémoniale , qui n’a jamais été faite pour nous; ni pour quelle raison il a fallu que Jésus- Cliristy fiit siifet non-seulement pour notre bien, mais en notre place. Jecomprends bien comment Jésus-Christ» ayant dissipé par sa mort les ombres et les figures de la loi , nous a laissés libres de la servitude des lois cérémonielles» qui n'étaient qu’ombres et figures : mais qu’il ait fallu pour cela qu’il y ait été sujet en notre place, la conséquence on serait [wrnideuse; et on conclurait de même qu’il nous a aussi déchargés de la loi morale en l’accomplissant. Tout cela montre le peu de justesse de nos réformés» plus soigneux d’étaler de l’érudition » et de jeter en Pair de grands mots , que de parler avec précision dans leurs décrets.

Je ne sais pourquoi l’affaire de Piscator tenait si extraordinairement au cœurà nos réformés de France , ni pourquoi le synode de Privas en était venu aux dernières précautions» en ordonnant la souscription que nous avons vue. Il fallait du moins s’en tenir là. Un formulaire de foi qu'on fait souscrire à tous les pasteurs» doit expliquer la matière pleinement et précisément. Néanmoins» après cette souscription et tous les décrets précédents» on eut besoin de faire encore une nouvelle déclaration , au synode de Tonneins en 1614. Quatre grands décrets coup sur coup , et en termes si différents , sur un article particulier» et dans une matière si bornée » c’est assurément beaucoup: mais dans la nouvelle réforme on trouve toujours quebpie chose qu'il faut ajouter ou diminuer» et jamais on n’y explique la foi si sincèrement , ni avec une si pleine suffisance , qu’on s’en tienne précisément aux premières décisions.

Pour achever cette affaire , je ferai une courte réflexion sur le fond de la doctrine » et quelques autres réflexions sur la procédure.

Sur le fond j’entends bien quels mort de Jésus- Christ» et le payement qu'il a fait pour noti.s à la justice divine» delà peine dont nous étions redevables envers elle » nous est imputé comme on impute à un debiteur le payement que sa caution fait à sa décharge. Mais que la justice parfaite accomplie par notre Seigneur dans sa vie et dans sa mort, et robéissance absolue qu'il a rendue à la loi, nous soit imputée ou» comme on parle» oHouér dans le même sens que le payement de la caution est im-

puté au débiteur; c’est dire que par sa justice H nous décharge de l’obligation d’étre gens de bien » comme par son supplice il nous décharge de l'obligation de subir celui que nos péchés avaient mérité.

J’entends donc et très-clairement d'ifne autre manière à quoi il nous sert d’avoir un Sauveur d’une sainteté infinie. Car par là je le vois seul digne de nous impétrer toutes les grâces nécessaires pour nous fairejustps. Mais que formellement nous soyons faits justes parce que Jésus-Christ l’a été, et que sa justice nous soit allouée comme s'il avait accompli la loi à notre dédiarge ; ni l'Écriture ne le dit » ni aucun homme de bon sens ne le peut entendre.

Par ce moyen» en comptant pour rien la justice que nous avons intérieurement » et celle que nous pratiquons par la grâce , on nous fait tous dans le fond également justes, parce que la justice de Jésus- ('l)rist, qu'on suppose être la seule qui nous rende justes» est infinie.

On ravit aussi aux élus de Dieu la couronne dcjusticf» que le juste Juge réserve à chacun en particulier; puisqu’on suppose qu’ils ont tous la même justice , qui est infinie : ou si enfin on avoue que cette justice infinie nous est allouée par divers degrés, suivant que nous en approchons plus ou moins par la justice particulière que la grâce met en nous, c’est» avec des expressions extraordinaires» ne dire que la même chose que les catholiques.

Voilà en peu de paroles ce que J’avais à dire sur le fond. J’aurai encore plus tdt fait sur la procédure : elle n’a rien que de faible » rien de grave ni de sérieux. L'acte le plus important est le formulaire de souscription ordonné au synode de Privas : mais d’abord on n’y songe pas seulement à convaincre Piscator par les Écritures. Il s'agissait d’établir que C(^issance de Jésus-Christ , par laquelle il a accompli toute la loi dans sa de et dans sa mort, nous est allouée pour nous rendre justes ; ce qu’on appelle dans le formulaire de Priva.s, comme on avait fait à Gap » l'imputation de la justice active.

Or tout ce qu’on a pu trouver en quatre synodes pour ftablircette doctrine, et l'imputation de cette justice active par les Écritures » c’est que le Fils de C homme est venu non pas })Our être servi , mais pour servir; passage si peu convenant à la justice imputée , qu'on ne {>eut pas même entrevoir pourquoi il est allégué.

C’est-à-dire que dans la nouvelle réforme , |M>un u qu'on ait nommé la parole de Dieu avec emphase, et qu’ensuiteon ait jeté un passage en l’air, on croit avoir satisfait à la profession qu’on a faite de n’en croire que l’Écriture en termes exprès. I^s peuples sont éblouis de ses magnifiques promesses, et ne sentent pas même ce que fait sur eux l’autorité de leurs ministres» quoique ce soit elle au fond qui les détermine.

Non-seulement on n’a rien prouvé contre Piscator par la parole de Dieu , mais encore on n’a rien prouvé par la Confession de foi qu'on lui opposait.

Car nous avons vu d’abord qu’on abandonne à Privas les articles xx cl xmi , qu'on avait nllégiiéa à Gajr. On se réduit au xvm*^ et comme il ne di-

DES’VATUATIONS, LÏV. XII.

sait rien que de général ot frindffini ^ on s'avise de fairediredaiis le formulaire: • Je déclare et proteste « que j'entends l'aiiicle xvni do noire Confession

• de foi selon le sens reçu en nos Églises, approuvé

• par les synodes , et conforme à b parole de Dieu. •

parole de Dieu edt sufll seule : mais comme on en disputait, pourfinir il en fallut revenir à l'autorité desdioses jugées, et s'en tenir à l'article de la Confession de foi, en l'entendant ^ non selon ses termes précis, mais selon te sens reçu dans les Èglius, et approuvé dans les synodes nationaux ; ce ((ui enûii règle b dispute par la tradition , et nous montre que le moyen le plus assuré pour entendre ce qui est écrit, c’est de voir comment on l’a toujours entendu.

Voilà ce qui se passa dans l’affaire de Piscator, en quatre synodes nationaux. Le dernier avait été celui deTonneins, tenu en 1G14, où, après la souscription ordonnée dans le synode de Privas, tout paraissait défini de la manière du monde b plus sérieuse ; et néanmoins ce n'était rien : car l’année d'après, sans aller plus loin , c’est-à-dire en ICI5, Dumoulin, le plus célèbre de tous les ministres, s'en moqua ouvertement avec l'approbation de tout un synode; en voici l’Iiistoire.

On était toujours in(|uiet, dans le parti de b réforme oppose ou luthéranisme, de n’y avoir jamais pu parvenir à une commune Confession de foi qui en réunit tous les «nembres, comme b (>>nfcssion d’Augsbourg réunissait les luthériens. Tant de diverses Confessions de foi montraient un fond de division qui affaiblissait le parti. On revint donc encore une fois au dessein de les réunir. Dumoulin en proposa les movensdansunécriienvoyéau synode de nie-de-France*. Tout allait à dissimuler Icsdngmes dont on ne pouvait convenir ; et Dumoulin écrit en lermes formels que, parmi les chosesqu’il faudra rf/ssimuter dans cette nouvelle Confession de foi, il faut mettre b question de Piscator, touchant la justification ' ; une doctrine tant détestée par quatre synodes nationaux devient tout à coup indifférente, scion l'opinion de ce ministre; elle synode de rile-de-France , de b même main dont il venait de souscrire à b condamnation de Piscator, et b plume, pour ainsi dire, encore toute trempée de l’encre dont il avait fait cette souscription , remercie Dumoulin, par lettres expresses, de celte ouverture* : tant il y a d'instabilité dans b nouvelle réforme , et lant'on y sacrifie les plus grandes choses à celle commune Confession qui ne s’est pu faire.

Les paroles de Dumoulin sont trop mémorables pour n’étre pas rapimrlées. Là y dit-iP, dans cette assemblée qu’on tiendra pour cette nouvelle Confession de foi, «je ne voudrais point qu’on disputât

• de la religion : car depuis que les esprits se sont « échauffés, ils ne se rendent jamais, et chacun en « s’en retournant dit qu’il a vaincu; mois je vou- « drais que sur b table fiU mise b Confession des

• Églises de France, d’Angleterre, d'Écosse, des « Pays-Bas , du Pabtinat, des Suisses , etc. ; que de

• ces Confessions on lâchât d’en dresser t/wn con-

* anlk. Blond. Piècs vi , j». 71. — * Md. — 5 Md. n.A.

■ Mi!XB,cn laquelle ox dissimulât plusieurs dm-

■ ses , sans la connaissance desquelles on peut être

• sauvé, COMME EST LA QUESTlOIf DK PlSCATOB

• sur b justifiealion , et plusieurs opinions subtiles « proposées par Armisius sur le franc arbitre, b

■ prédestination et b persévérance des saints. »

Il .ajoute que .Satan, qui a corrompu l'Église romaine par le troparoir, c’est-à-dire /wr/’myirice et C ambition, tâche à corrompre les Églises de la nouvelle riTorme par le trop savoir y c’est-àdire par b curiosité, qui est en effet b tentation 011 succomlient tous les hérétiques, et le piège où ils sont pris; et conclut que sur les voies d’accommodement « on aura fait une grande partie du « chemin , si on veut se commander d’ignorer plu- « sieurs choses, se contenter des nécessaires à .sa- « lut, et se siq>|>orler dans les autres. •

I.a question etU été d’en convenir : car si par les choses dont b connaissance est nécessaire à salut , il entend celles que rliaque particulier est obligé à savoir expressément sous peine de damnation; cotte commune Confession de foi est déjà failc dans le Symbole des apùtres,ou dans celui de Mcée. L’union que l’on ferait sur ce fondement s’étendrait bien loin au delà des Église.s nouvellement réformées, et on ne pourrait s'empêcher de nous y comprendre : mais si par la connais.sance de.s choses nécessaires à salut il entend la pleine explication de toutes les vérités expressément révélées de Dieu , qui n’en a révéle aucune dont b connaissance ne tende à assurer le salut de ses fidèles; y dissimuler ce que les synodes ont déclaré expressément révélé de Uieu avec détestation des erreurs contraires, c’est se moquer de l'Église, en tenir les décrets pour des illusions, même après les avoir signés; trahir sa religion et sa conscience.

Au reste, quand on verra que ce même Dumoulin, qui passe ici si légèrement avec les propositions de Piscator les propositions bien plus Importantes d’Arniinius, en fut dans b suite un des plus impitoyables censeurs; on reconnaîtra dans son procédé la perpétuelle inconstance de b nouvelle r^orme, qui accommode ses dogmes à l'occasion.

Pour achever le récit du projet de réunion qu'on fit alors; oprès cette commune Confession de fol du parti opposé aux luthériens, on voulait encore en faire une plus vague et plus générale, où les lutliérieus seraient compris. Dumoulin développe ici toutes les manières dont on pourrait s’expliquer, sans condamnerni la présence réelle, ni l'ubiquité, ni ta nécessité du baptême ’ , ni les autres dogmes lutliériens : et ce qu'il ne peut sauver par des équivoques ou des expressions vagues , il l’enveloppe le mieux qu'il peut dans le silence ; il espère par ce moyen abolir les mots de tuthériensy de calvinistes, de sacramentalres, et faire par ses é(|uivoques qu'il ne reste plus aux protestants que le nom commun â' Église chrétienne réformée. Tout le synode de l’Ile-de-Fraoce applaudit à ce beau projet; et c’est après cette union qu’il serait tetnps, poursuit Dumoulin, de sollidter d’accord l'F^Hse romaine :

' .4cl. anth. Blond, u. 19, IS.

niais il doute qu*on y réussit. Il a raison; car nous n'avons point d'exemple qu*en matière de religion elle ait jamais approuvé des équivoques, ou eonsenti à la suppression des articles qu*dle a crus une fois révélés de Dieu.

Au reste, je n'accorde pas à Dumoulin, et aux autres du même parti, que les diversités de leurs Confessions de foi ne soient que dans la méthode et dans les expressions, ou bien en police et cérémonies; ou si c'était sur les matières de foi, que ce fd t en eboi^ qui n'étatent encore passées en loi ni r^le* ment public : car on a pu voir et on verra le contraire dans toute la suite de cette histoire. Et peuton dire, par exemple, que la doctrine de l'épiscopat , où l’Eglise d’Angleterre est si ferme, et qu’elle pousse si loin qu’elle ne reçoit les ministres calvi< nistes qu'en les ordonnant de nouveau , soit une affaire de langage, ou en tout cas de pure police et de pure cérémonie ? N’est-ce rien de regarder une Église comme n’ayant point de pasteurs légitimement ordoniiésP II est vrai qu’on leur rend bien la pareille, puisqu'un fameux ministre du calvinisme a écrit ces mots ; « Si quelqu'un des ndtres enseignait la dis- « tinction de l’év^ue et du prêtre , et qu’il ii'y a pas • de vrai ministère sans évêques, nous ne le pour- « rions souffrir dans notre communion, c'est-à-dire,

■ au moins dans notre ministère • . • I^s protestants anglais en sont donc exclus. Est-ce la un différend de peu d'importance ? Ce n'est pas ainsi qu'en pa rie le même ministre, puisqu’il demeure d'accord quey^ar cts différences f qu’il veut a|>peler petites, de gouvememeni et de discipline , on se traite comme des excommuniés *. Que si l'on vient au particulier de ees Confessions de foi , combien trouvera-t-on de points dans les unes qui ne sont point dans les autres? Et, en effet, si la différence n’était que dans les mots, il y aurait trop d’opiniêtreté à n'en pouvoir convenir après Tavoir si souvent tenté ; si elle n'était qu’en cérémonies , la faiblesse serait trop grande de s'y arrêter : mais c'est que chacun ressent qu'on n'eat pas d'accord dans le fond; et si on se vante cependant d’être bien unis, cela ne sert qu'à confirmer que Tunion de la nouvelle réformation est plus politique qu'ecclésiastique.

Il ne me reste qu'à prier nos frères de considérer les grands pas qu'ils ont vu faire, non pas à des particuliers, mais à leurs Églises en corps, sur des dioses qu'on y avait décidées avec toute l'autorité , disait-on, delà parole de Dieu : cependant tous oes décrets n'ont rien été. Cest un style de la réforme de nommer toujours la parole de Dieu ; on n’en croit pas pour cela davantage, et on supprime sans crainte ce qu’on avait avancé avec une si grande autorité : mais il ne faut pas s'en étonner. 11 n'y a rien de plus authentique dans la religion que des Confessions de foi : rien ne doit avoir été plus autorisé par la parole de Dieu , que ce que les calvinistes y avaient dit contre la présence r^le et contre les autKS dogmes des lutbériens. Ce n'était pas seulement Calvin qui avait traité de détestable CinoenUon

' Jur. Syi/. p. su.- > M. An. aux Pw9t€9t. n. 6, à la UU

4r$ Prrjug. liÿit.

rfr la prhrHce eorporetle : Dt eorporati prsmtla drtfslabUf eoimaentum’ : toule la rérarim de France venait dedire en corps, par la bouche de Bèze, qu'eUe délfstait ce moiutre et lacomubelantmtion

luthérienne, avec la/raiiMtt6rton//a«onpapiatique..

Mais il n’jf a rien de sincère ni de sérieux dans ces détestations de la présence réelle : lujisqu’on a été prêt à retranclier tout ce qu'on avait dit contre, et que ce retraiiciiemeut se devait faire non-seuleinent par un décret d'un synode national , niais encore par un commun résultat de tout le parti assemblé solennellemeiil à Francfort. Ij doctrine du sens fi- Ruré , pour ne point parler ici des autres , après tant de combats et tant de martyrs prétendus , serait supprimée par un éternel silence, s'il avait plu aux luthériens. I-'Aiigleterre, la France, l'Allemagne, les Suisses , les Pays-Bas , en un mot tout ce qu'il y a de calvinistes dans le monde, ont consenti à la suppression. Cominent donc |ieut-on demeurer si attaclié à un dogme qu'on voit si peu révélé de Dieu, que par les voeux coinmuiis de tout le parti il est dqà retranché de la profession du christianisme.’

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