‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 35 sur 192 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

Depuis ICOl et dans tout le reste du siéchoU nous sommes.

SOMMAIRE

Ln rtfi» d« la rérorme sur la prBUnUlnation rt le libre arbitre aperçus «-n Hollande. Arminlus, qui Ire rrconrult, tomtw en d’atilres excès. Partis dre rrmmtlrinU rt e«mtre-remontraiilB. Le synode de Durdrect, ou 1rs excès de la Jusllücatlon calvinienne sont clairemfnt approu>ré. Doctrine prodiRieuse sur la œrUlodc du salut, rt In JiisUcedri hommes Ire plus criminels. (ÂmséquencneRalpment absurdes de l.i sanrtUlcation des eiifants, décidée dans le s>node. La procédure du synodeJusUfie l'EalUe romaine œntre les prolrelanis. I.’arminianinne en son enlier dan» le Tond, malRre les üéciskxu de DordrecL Le péiaRÜinUine toirie, et le soupçon du socinianisme seule rause de rejeter les arminiens. Inutilité des décUlunx syiKidalrs dons la forme. Oinnlveoce du syiHxJe de l>ordrecl sur une Inllnilé d'erreurs capitales , pendant qu'on s'attaclM: aux dermes partkniliers du calvinbme. f>s lUtRmre , reconnus au oommenccment comme eiuentiels , à la tio se réilulseril presque à rien. Décret de Charenloo pour n-cevoir Ire luthériens à la communion. Conséquence île co decret, qui change l'éUt des controverses. I.a dUtincUon dre articles foodainmlaux et non fond.vmenlaux «tbllRe riiUn à reconluUre rËgUse romaine pour une vraie ErUm ou t’im peut faire son salut. Cunférei>oe de Cassel entre Ire luthériens et les calvinistes. Accord ou l'un pose des forMlenumls déri- ^fs pour la communion sous une espt'cr. Etal présent dre controverses en A'Ilem.VRne. l.'oplnion de ta er.'lce universelle prévaut en France. Elle est condamnée à Onève et cliex les Suisses. La question décidée par le magistral. Formule établie. Erreur de celte formule sur k* texie liéltrru. Autre décret sur la fol fall h Gmeve. Celte ErIîsc, bccumc par M. Claude de faire schUme avec les autres Eglises par ses

'Cl-dé$sus, Uv. XII.

notivelles dérisions. RéflexIOM nr le Test, où la réa|jf« demeure en son rmller. Reoonnabsancc de r£gii»e anglicane proirelanle, que la messe et rinvocaUou des saiols peuvent avoir un hou sens.

On avait tellement outré la matière de la grâce et du libre arbitre dans la nouvelle réforme, qu’il n’était pas possible à la fin qu’on ne s’y aprrrdt de CPS excès. Pour détruire le pélagianisme, dont on s’élaii entêté d’accuser l’Église romaine , ou s’élait Jeté aux extrémités opposées : le nom même du libre arbitre faisait horreur. Il n’y en avait jamais eu, ni parmi les hommes, ni parmi les anges : il n’éiallpas même possible qu'il yen etU, et jamais les stoïciens n'avaient fait la fatalité plus roide ni plus inflexible. La prédestination s'étendait jusqu’au mal; et Dieu n'était pas moins cause des mauvaises actions que des bonnes : tels étaient les sentiments de Luther; Calvin les avait suivis; et Bèze, le plus renommé de ses disciples, avait publié une hriére exposition dxs principaux points de la religion chrétienne , où il avait post* ce fondeiiieiu : « Que Dieu fait toutes choses selon son « coiKseil délini , voire môme celles qui sont iiié- « chantes et exécrables »

Il avait poussé ce principejusqu’au péché du premier lioinine, qui, selon lui, nes’etait pas fait sans In volonté et l’ordonnance de Dieu ; à cause ordonné laJiHf qui était de glnrilier sa ju.slice dans le supplice des réprouvés, U faut gu il ait quant et quant ordonné les causes qui amènent à cette fin * ; c'est-à-dire, les péchés qui amènent a la damnation élernelle, et en particulier celui d’Adarn, qui est la source de tous les autres; de sorte que la corruption du principal ourratje de. DieUf c’est-à-dire du premier homme, n'est point arenue à l'acentUi Cf ni sans te décret cl juste volonté de Dieu^.

Il est vrai que cet auteur vent en même temps qta la rohnté de C homme , qui a été créée bonne , se soit faite méchante * ; mais c’est qu’il entend et qu’il répète plusieurs fois que ce qui est volontaire est en même temps nécessaire ^ : de sorte que rien n’empêche que la volonté de pécher ne soit toujours la .>;uile fatale d'une dure et inévitable néce8.sitc; et si les hommes veulent répliquer guUls n’ont pu résister à la volonté de Dieu » Bèze ne leur dit pas (co qu’il faudrait dire) que Dieu ne les porte pas au péché; mais il répond seulement qu'i7/es faut laisser plaider contre celui qui saura bien défendre sa cause.

Cette doctrine de Bèze était prise de Calvin , qui soutient en tenues formels 7»'. Yddm n'a pu éviter sa chute ; et qu'il ne laisse pas d'en être coupable, parce qu'il est tombé volontairement ® ; ce qu’il entreprend de prouver dans son Institution ? ; et il réduit toute sa doctrine à deux principes : l'un, que la volonté de Dieu apporte dans toutes choses, et même dans nos volontés, sans en excepter

• Erp. delà foi, chci Rlv., I5«0, cA.i, Concl. l, — * cit. c. .1 ; I. iv , v , /». 35. — * Ibid. Cône. S , ;i. 38. —

* Ibid. 30. — » tbid. 29 , 00 , 01 . <r. 3. Cône. 6, p. 40. — * J.ib. de a-t. Oci pr^esi. Opn^. 7ü4, ?06. — ’ JAb. lir,c. 2-3, «.7.

IIISTUIRE

celle d’Adam, une ncrcssilé iiicïitabic. l’autre, que cette nécessité n’cjcuse pas les péi-lveurs. On voit par là qu'il ne conserve du libre arbitre que le nom , même dans l'elat d'innoeence : et il ne faut pas disputer apres cela s'il fait Dieu auteur du pétbé; puisque , outrequ'il tire souventeette conséquence ' , on voit tropév idemment, par les principes qu’il pose, que la volonté de Dieu est la seule cause de cette nécessité imposée à tous ceux qui pécbent.

Aussi ne dispute-t-on plus à présent du sentiment de Calvin et des premiers réformateurs sur ce sujet-là ; et après avoir avoué ce qu'ils en ont dit , mfme que Dieu pousse les méchants aux crimes énormes, et qu'il est en quelque sorte cause du péché, on croit avoir sufllsaminent justifié la réforme de ces expressions s! pleines d'impiété , à cause qu'on ne s'en est point servi depuis plus de cent ans • : comme si cc n'éuait pas une assez grande conviction du mouvais esprit dans le<iucl elle a été conçue , de voir que ses auteurs se soient emportés à" de tels blasphèmes.

'l'elle était donc la fatalité que Calvin et Bèze avaient enseignée après Cutber; et ils y avaient ajouté les dogmes que nous avons vus touchant la certitude du salut et l'inaniissibilité de la justice’. C'étjit à dire que la vraie foi justifiante ne se perd jamais : ceux qui l'ont sont très-assurés de l'avoir, et sont par là non-seulement assurés de leur justice présente , comme le disaient les luthériens , mais encore de leur salut éternel , et cela d'une certitude infaillible ctabsolue : assurés parconséqueut de mourir justes, quelques crimes qu’ils puissent commettre; et non-seulement de mourir justes, mais encore de le demeurer dans le crime même , parce qu’on ne pouvait sans cela soutenir le sens qu'on donnait à ce passage de saint Paul : Us dons et la vocation de Dieu sont sans repentance i.

CeA ce que Bèze décidait encore dans la même Exposition de la fol, lorsipi'il y disait qu’aux élus seuls était accordé le don de la foi ; que • cette foi , . qui est propre et particulière aux élus, consiste à . s'assurer, chacun en ilroit soi, de son élection : • d'où il s'ensuit que • quicompie a ce don de la vraie

• foi doiti’treassurédela persévérance. ■ Carcomme il dit : • Que me sert de croire, puisque la [HTsevé- . rance de la foi est requise, si je ne suis assuré que

• la persévérance me sera donnée’? • il compte ensuite parnti les fruits de cette doctrine • qu'elle seule ■ nous apprend d’assurer notre foi pour l’avenir : » ce qu’il trouve de telle importance, que ceux, ditil, • qui y résistent, il est certain qu'ils renversent . le principal fondement de la religion clirétienne. .

Ainsi cette certitude qu’on a de sa foi et de sa persévérance n’est pas seulement une certitude de foi , mais encore le principal fondement de la religion clieélienne : et, pour montrer qu’il nes’agit pas d'une certitude morale ou conjecturale, Bèze ajoute « que • nous pouvons savoir si nous sommes prédes-

' /><• pretdrsl. (ieorcHlt. Pr»rid. rir. * Jur. Juijfin.tur l<et tévi. X\U,p. 112, 112. “ /»r. IK. —

• B’-nt M, 29- - * t À. H, I, p. Cti ■— * tbiil. t'oMC. 2,

P lil

« titifj à «lut, ft ^tre assurrâ de la glorilication « que nous attendons , et sur laquelle Satan nous li-

• vre tous lescoinbatSy voire, disqe, assurés, coo-

I > tinue-t-il , non point par notre fantaisie , mais par

" conclusions aussi certaines que si nous étûms

• montés au ciel |>our ouïr cet arrdt de la bouche de « Dieu. • Il ne veut pas que le (Idèle aspire à une

I moindre certitude; et après avoir e?(posè les moyens d'y parvenir, qu'il met dans la connaissance r.ertaine que nous avons de la foi qui est en nous, il conHut que par là • nous apprenons que nous avons etc

• donnés au Fils selon la prédestination et prop<is de " Dieu : • par conséquent, poursuit-il, « (Niisquc « Dieu est immuable, puisque la persévérance en ki

• foi est requise à salut, et qu'étant faits certains

• de notre prédestination, la glorification y est atta- « cliée d’un lien indissoluble, comment douterons*

• nous de la persévérance, et finalement de notre « salut? »

Comme les luthériens, aussi bien que les catlio* liques , détestaient ces dogmes , et que les calvinistes lisaient les écrits des premiers avec une prévention plus favorable, l'horreur de ces sentiments, inouïs jusqu'à Calvin, se répandait peu à peu dans les Eglises calviniennes. Ou se réveillait; on trouvait horrible qu'un vrai fidèle ne pdt craindre pour sou salut, contre ce précepte de l'apdtre : Opérez votre salut avec crainte et trembUment*. c’est une tentation et une faiblesse de craindre pour son salut, comme on est forcé de le dire dans le calvinisme, pourquoi saint Paul commande-t-il cette crainte? et une tentation |>eut-elle tomber sous le précepte?

La réponse qu'on apportait ne contentait pas. Ou disait : Le fidèle tremble quand il se regarde lui* même , parce qu'en lui-même, tout Juste qu'il est, il n'a que mort et qiiedamnation, et qu'enlin il serait damné s'il était Juge à la rigueur. Mais, assuré de ne le pas être, qu’a*l-il à craindre? L’avenir, dit-on, parce que, s’il abandonnait Dieu, il périrait : faible raison, puisqu’on tient d'ailleurs la condition im* possible, et qu’un vrai fidèle doit croire comme indubitable qu'il aura la persévérance. Ainsi en toutes faisons la crainte que saint Paul inspire est bannie, et le salut assuré.

Si on répondait que sans craindre pour le salut il y avait assez d'autres cliâliinents qui donnaient de justes sujets de trembler, les catholiques et les lu* tbériens répliquaient que lacrainte dont parlait saint Paul regardait manifestement le salut : Opérez, dit*il, votre salut acec crainte et trembiement. L'apùlre inspirait une terreur qui allait jusqu’à craindre de /aire naufrage dans la foi, aussi bien qu« daiu ta bonne cmm ictur* ; et Jesus-Christ avait dit lui-inénie, CVmj/Mca celui qui f)eut envoyer fàme et te corps dans la géne^ : précepte qui regardait les fideles comme les autres, et ne leur faisait rien craindre de moins que la perte de leur âme. On ajoutait à ces preuves cel!e.s de l’expérience : les idolâtries et In chute affreuse d'un ^lomon, orné sans doute daius s<'s commenceinents de tous les dons de la grâce; lesrrimesaboiniiiablesd’un David ;

‘ /Vif/. It 12. — M. I lî*. — ’ -Vu//A. X, ss.

DES VARIATIONS, UV. XIV

ft ducun outre cela sentait les siens. Quoi donc! csf-il convenable que sans dire assuré contre les crimes, on le soit contre les peines, et que celui qui une fois s’est cru vrai fidèle soit obli^^é de croire que le pardon lui est assuré, dans quelques abominations qu'il puisse tomber? Mais penira-t-il cette certitude dans son crime? Il perdra donc nécessaimuent le souvenir de sa foi eide la prûce qu’il a reçue. Ne la perdrn-t-il pas? Il demeurera donc aussi assuré dans le crime que dans l'inriocence; et pourvu qii’H raisonne bien selon les principes de la secte, il y trouvera de quoi condamner tous les doutes qui pourraient jamais lui venir dans l'esprit sur son retour : de sorte qu’en continuant de vivre dans le désordre, il sera certain de ii'y mourir pas : ou bien il sera certain de n’avoir jamais été vrai fidèle lorsqu’il croyait l’étre le plus; et le voilà dans le déses|>oir, ne pouvant jamais espérer plus de certitude de son salut qu'il en avait eu alors, ni, quoi qu’il fasse, s’assurer jamais dans cette vie qu’il ne retombera plus dans l’état déplorable où il sc voit. Quel remMe à tout cela, sinon de conclure que la certitude infaillible, qu’on vante dans le calvinisme, ne convient pas à cette vie, et qu’il n'y a rien de plus téméraire ni de plus pernicieux ?

Mais combien l'est-il davantage de se tenir assuré, non pas de recouvrer la grâce perdue et la vraie foi justifiante, mais de ne la perdre pas dans le crime même; d'y demeurer toujours jtislc et régénéré; d'y conserver le Saint-Esprit et la semence de vie, comme on ic croit coiistaininent dans le calvinisme, si on suit Calvin et Bèze, et les autres docteurs principaux de la secte ' ? Car, scion eux, la foi justifiante est propre aux seuls élus, et ne leur est jamais ravie; et Beze disait, dans l’Kxposition tant de fois citée, que > la foi, encore qu’elle • soit quelquefois comme ensevelie ès élus de Dieu « pour leur faire cx>nnattre leur infirmité, ce néaii- « moins jamais ne va sans crainte de Dieu et « charité du prochain *. * Et, un peu après, il disait deux choses de l'esprit d'adoption : l’une, que ceux qui ne sont plantés en Église que pour un temps ^ ne le reçoivent jamais; l'autre, que ceux qui sont entrés dans le peuple de Dieu par cet esprit d'adoption n’en sortent jamais*.

On appuyait cette doctrine sur ces pas.^sages : ^ieti point comme l'homme, en sorte qu'il mente, ni comme le Fils de l'homme, en mrte qu'lise repente^. Ce qui avait aussi fait dire à saint Paul que tes dom et la rocation de Dieu sont sans repentance^. Mais quoi! ne perdait-on aucun don de Dieu dans les adultères, dans les homicides, dans les crimes les plus noirs, ni même dans l'idolâtrie?Kt s’ilyen a quelques-uns qu’on puisse perdre do moins pour un temps et dans cet état, pourquoi la vraie foi justifiante et la présence du Saint-Esprit ne seront-elles pas de ce nombre; puisqu’il n’y a rien de plus incompntible avecTclalde péché quede telles grâces?

• r.i-ilrM>ns, /i>. IX. — * Ch. i» , Cône, lü, p.^t. — * UW sapr. cA. v, Cône. 6,p. W. — *èA. iv, Conc. IJ,p. 71.— *Aom. XI , SS.

Sur cette dimicre difficulté ou faisait encore une demande d'une extrême conséquence; et je prie qu’on la considère attentivement, parce qu'elle fera la matière d’une importante dispute dont nous aurons à parler. On demandait donc à un calviniste: Ce vrai fidèle, David par exemple, toiuliê dans un adultère et un homicide, serait-il sauvé ou damné , s'il mourait en cet état avant que d’avoir fait pénitence? Aucun n'a osé répandre qu'il serait sauvé : car , aussi comment soutenir étant chrétien , qu’on serait sauvé avec de tels crimes? Ce vrai fidèle serait donc daiimé s'il mourait en cet état; ce vrai fidèle en cet état a donc cessé d'être jo.ste, puisqu'on ne dira jamais d’un juste qu’il serait damné s’il romiraii en l'état où il est.

Répondre qu'il n'y mourra pas, et qu'il fera pénitences'M est du nombre des prédestinés, ce n’est rien dire; car ce n'est pas la prédestination, ni la pénitence qu’on fera un jour, qui nous justifie et nous rend saints : autrement, un infidèle prédeatiné serait actiiellrment sanctifié et justifié, avant n>éine que d'avoir lu fui et la |>énitence; puisque, avant que de les avoir , constamment il était déjà prédestiné, constamment Dieu avait déjà résolu qu’il les aurait.

Que si on ni(K)nd que cet infidèle n’est pas aetuellementjoslifié et sanctifié, parce qu'il n’a pas encore eu la foi et la pénitence, encore qu’il les doive avoir un jour, au lieu que le vrai fidèle les a déjà eues : c'est un nouvel embarras; puisqu’il s’ensuivrait que la foi et l.i pénitence une fois exercées par le fidèle le justifient et le sanctifient actuellement et pour toujours , encore qu’il cesse de les exercer et même qu'il les abandonne par des crimes abominables : chose plus horrible à penser que tout ce qii'on a pu voir jusqu'ici dans cette matière.

An reste, ce n'est point ici une question diiniérique : e est une question que chaque fidèle , quand il pèche, se doit faire à lui-même; ou plutdt c’est un jugement qu'il doit prononcer : Si je mourais en l’état où je suis , je serais damné. Ajouter après cela: Mais je suis prédestiné, et je reviendrai un jour; et à cause de ce retour futur, dès à présent je suis saint et juste, et membre vivant de Jésus- Christ : c'est le comble de l'aveuglement.

Pendant que les catholiques , et les luthériens mieux écoutés qu'eux dans la nouvelle réforme, poussaient ces raisonnements, plusieurs calvinistes revenaient: et voyant d’ailleurs parmi les luthériens une doctrine plus douce, ils s’y laissaient attirer. Une volonté générale en Dieu de sauver tous les hommes; en Jésus-Christ une intention sincère de les racheter , et des moyens suffisants offerts à tous ; c'est ce qu’enseignaient les luthériens dans le livre de la Concorde. Nous l’avons vu : nous avons vu même leurs excès touchant ces moyens ofR^ts , et la coopération du libre arbitre ' : ils entraient tous les jours de plus en plus dans ces sentiments ; et on commençait à les écouter dans le calvinisme, princif^alement en Hollande.

■Cinh-Mus, liv. Tiii. Epii. e. xi, Conerrd. p. Sottd. reptl. 609, SUS et $rti.

HISTOIUE

Jaequet Arminius, célèbre ministre d*Ams> terdam, et depuis professeur en théologie dans l'académie de Leyde, fut le premier à se déclarer dans l'afadéniie contre les maximes remues par les Églises du pays : mais un homme si véhément n’était pas propre à garder de justes mesures. Il blâmait ouvertement Bèze , Calvin , Zanchius , et les autres qu'on regardait comme les rolonnesdu calvinisme * . Mais il combattait des excès par d’autres excès ; et , outre qu'on le voyait s’approcher beaucoup des pélagiens, on le soup<;oimait , non sans raison, de quelque chose de pis : certaines paroles qui lui échappaient, le faisaient croire favorable auxsociniens; et un grand nombre de ses disciples , tournés depuis de ce côtc-là , ont conllriné ce soupçon.

il trouva un terrible adversaire en la personne de François G omar, professeur en théologie dans l'académie de Leyde*, rigoureux calviniste s'il en fut jamais. Les académies se partagèrent entre ces deux professeurs : la division s’augmenta : les ministres prenaient parti : Amiinius vit des Églises entières dans le sien : sa mort ne termina pas la querelle ; et les esprits s’échaufTèrenl tellement de part et d'au- Ire sous le non» de remoulranls et contre-rcinoii* trants , c'était à dire d'arminiens et de goniaristes , que les Provinces-Unies se voyaient à la veille d’une guerre civile.

Le prince d'Orange Maurice eut ses raisons pour soutenirlesgomarisies. On croyait Barneveld, son ennemi , favorable aux arminiens ; et la raison qu’on en eut , c’est qu’il proposa une tolérance mutuelle, et qu’on imposât silence aux uns et aux autres *.

C’était en effet ce que souhaitaient les rcri.ontrants. Un parti naissant, et faible encore, ne demande que du temps pour s’affermir. Mais les ministres, parmi lesquels Gomar prévalait, voulaient vaincre, et le prince d'Orange était trop habile pour laisser fortifier un parti qu’il croyait autant opposé à sa grandeur qu'aux maximes primitives de la réforme.

synodes provinciaux n’avaient fait qu'aigrir le mal en condamnant les remontrants. II en fallut enfin venir à un plus grand remède. Ainsi les étals-généraux convoquèrent un synode national , où ils invitèrent tous ceux de leur religion, en quelque pays qu'ils fussent. A cette invitation, l'Angleterre, i'Ec(»sse, le Palatinat, la Hesse, les Suisses, les républiques de Genève, de Brême, d'Embden , et en un mot tout le corps de la réforme qui n'était pas uni aux lutliériens , députèrent , à la réserve des Français , qui en furent em|)êcliés par des raisons d’Étut : et de tous ces députes , joints à ceux de toutes les Provinces-Unies , fut composé

» .4tL Sifit. Dordr. rdiU Dordr. lOïO, /m*/. ad Eee. anU S9H0Ü. Durcir. — * Ihid.

• rlrux pirml^rr^ rtlUion» «H-V" ft f«-l3 porl^iml tacadimie df Gmni"gar. DoMurt , sn» Rrmargart sur fuetqurs otivrageê. Imprimer» à la lin du lixiriDe avertmemtrni aux pmtesfttnis , » corrigé l^gdr , .-\ii Uni dr fMr, «t «pHile : Il nf fut à Croningtif qu'apris la snnrtiS'Jr’ nuniiij. (Note dcLequrux.)

ce fameux synode de Dordrccl , dont il iwus Csut maintenant expliquer la doctrine et la procédure.

L’ouverture de celte assemblée se fit le 11 novembre 1618 , par un .sermon de Ballasar Lydius, ministre de Dordrect. Les prentières séances furent employées à régler diverses choses de discipline , ou de procédure, et ce ne fut proprement que le 13 décembre , dans la trente et unième séance, que l’on commença à parler de In doctrine.

Pour entendre de quelle manière 00 y procéda,, il faut savoir qu’après beaucoup de livres et de conférences la dispute s’etait enfin réduite à cinq chefs. Le premier regardait la prédestination ; le second, l'universalité do b rédemption; le troisième et le quatrième, qu'on traitait toujours ensemble, regardaient b corruption de l’homme, et la conversion ; le cinquième regardait la persévérance.

Sur ces cinq cl»efs, les remontrant.s avaient déclaré en général en plein synode par b bouche de Simon F.piscopius, professeur en théologie à Leyde, qui parait toujours à leur tête, que des immtnes de grand nom et de grande réputation dans b réforme avaient établi des clioses qui ne convenaient ni avec la sagesse de Dieu , ni avec sa Iwrilé et sa justice , ni avec l'amour que Jésus- Christ avait pour tes hommes, ni avec sa satisfaction et scs mérites, ni avec la sainteté de b prédication et du ministère , ni avec l’usage des sacrements, ni enfin avec les devoirs du chrétien. Ces grawls tiommes qu'ils voulaient taxer étaient les auteurs delà réforme, Calvin, Bèze, Zanchius, et les autres qu’on ne leur {»ermettait pas de nommer , mais qu'ils n'avaient pas épai^nes dans leurs écrits. Après cette déclaration générale de leur sentiment, Us s'expliquèrent en particulier sur les cinq articles * , et leur déclaration attaquait principalement b certitude du salut et rinamissibilité de In justice ; dogmes par lesquels ils prétendaient qu'on avait ruiné la piété dans b réforme , et déshonoré un si beau nom. Je rapporterai la substance de cette déclaration des remontrants , afin qu'on entende mieux ce qui fit b principale matière de b délibération, et ensuite les décisions du synode.

Sur la prédestination , ils disaient * « qu'il ne- « fallait reronnaitre en Dieu aucun décret absolu, « par )c<}uel il eût résolu de donner Jésus-Christ « aux élus seuls, ni de leur donner non plus à eux « seuls par une vocation efficace b foi, la justification, «b persévérance, et la gloire; mois qu'il avait

• ordonné Jésus-Christ rédempteur commun du « tout le monde , et résolu par ce décret de justifier

• et sauver tout ceux qui croiraient en lui, et en

• même temps leur donner à tous les moyens suf-

• fisants pour être sauvés; que personne ne perisait

• pour n’avoir point res moyens, mais pourea « avoir abusé; que l’élection absolue cl précise des

• particuliers se faisait en vue de hnjr foi et de " leur persthérance future, et qu’il n’y avait « d'élection que conditionnelle; que In réprobation

• se faisait de même en vue de l'infidélité et de b •• persévérance dans un si grand mal. »

•ScM. 31 , p. H2. - » Ihid.

DUS VAniATlO.N'S, I.IV. XIV.

Ils aiontaipnt tirus pointsdiKim d'iinr particulière ronsidératiun : l'un « que tous les enfants des ü* dètes étaient sancliliés , et qu'auetin de ees enfants qui mouraient devant i’usape de la raison n'était damné; l'autre, qu'à^>lus forte raison aucun de ces enfants qui mouraient après le baptême avant l'usage de la raison , ne l'était non plus

l'ài disant que tous les enfants des fidèles étaient sanctifiés, ils ne faisaient que répéter ce que nous avons vu plus clairement dans les Confessions de foi calviniennes; et s'ils étaient sanctifiés , il était évident qu'ils ne pouvaient être damnés en cet état. Mais après ce premier article, le second semblait inutile; et si ces enfants étaient assurés de leur salut avant le baptême, ils l'étaient beaucoup plus après. Ce fut donc avec un dessein particulier qu'on mit un second article ; et les remontrants voulaient noter l'inconstance des calvinistes, qui d’un côte, pour sauver le baptême donné à tous ces enfants , disaient qu'ils étaient tous saints et nés dans l'ail lance, de laquelle par conséquent on ne leur iwiivait refuser le signal ; cl qui , pour sauver de l'autre côté la doctrine de l'inamissibilité de la justice , disaient que, le baptême donné aux enfants n'avait son effet que dans les seuls prédestinés: en sorte que les baptisés qui vivaient mal dans la suite n'avaient jamais été saüils , pas même avec le baptême qu'ils avaient reçu dans leur enfance.

Remarquez , je vous en conjure , lecteur judicieux , celte importante difüculté : elle porte coup pour décider sur l'inamissibilité ; et il sera curieux de voir ce que dira ici le synode.

A l'égard du second clief, qui regarde l'universalité de la rédemption, les remontrants disaient

• que le prix payé par le Fils de Dieu n'était pas

• seulement suffisant à tous, mais actuellement

• offert pour tous et un chacun des hommes; . qu'aucun n’était exclu du fruit de la rédemption ■ par un décret alisolu , ni autrement que par sa

• faute ; que Dieu , llechi par son Fils , avait fait

• un nouveau traité avec tous les hommes, quoique . pi'-cheurs et damnés ’. • Ils disaient que par ce traité il s'était obligé envers tous à leur donner CCS moyens suflisants dont ils avaient parlé : qu'au reste, • la rémission des lu'idiés méritée à tous n’était

• donnée actuellement que par la foi actuelle, par . laquelleoncroyaitacluellemenlcnJésus-Christ: ■ par où ils faisaient entendre que qui perdait par ses crimes la foi actuelle qui nous justifie, perdait aussi avec elle la grôcc justifiante et la sainteté. Finfin ils disaient encore que « personne ne devait

• croire que Jésus-Cbrist fdt mort pour lui , si ce

• n’est ceux pour lesquels il était mort en effet; . de sorte que les réprouvés , tels que quelques- . uns les imaginaient, pour lesquels Jésus-Christ . n’était pas mort, ne devaient pas croire qu'il fdt . mort pour eux • Cet article allait plus loin qu'il ne paraissait. Car le dessein était de montrer que, selon la doctrine de Calvin et des calvinistes,

* Ârt. s , 10, iWd. — * S**$. 34 , p. I IS et feg . Jri. 4 ,

ibiJ.

<)iii po.s.iieut pour ilo.qtne induhU.'thle que Jéstiü» Ohri.st n'était mort en aucune sorte que pour prédestinés, et n'éiait mort en aucune sorte pour les réprouvés, il s'ensuivait que pour dire: Jésut’ Christ est mort jtourmoij U fallait être assuré <Tune certitude absolue de sa prédestination et de son salut éternel; sans que jamais on pùt dire : Hestmortpour moi;maUjemesuis rendu sa mort et la rédempUon inutiUs : A<x\T\Qt qui renversait toutes les prédications, où l'on ne cesse de dire: aux chrétiens qui vivent mal, qu'ilsse sont rendus imiignes d'avoir été rachetés par Jésus-Christ. C'était aussi l'un de ces articles où les remontrants soutenaient qu'on renversait dans la réforme toute la sincérité et la sainteté de la prédication , «aussi bien que ce passage de saint Pierre : lU ont renié le Seigneur quilesaoait rachetés, et se sont attiré une soutlaine ruine

Sur les troisième et quatrième chefs, après avoir dit que la grâce était nécesstaire à tout bien, non-seulement pour l'achever, mois encore pour le coniinenccr, Us ajoutaient que la grâce ej^tcace n’ètait pas irrésistible *. Celait leur mot, et celui des luthériens dont ils se vantaient de suivre la doctrine. Ils voulaient dire qu'on pouvait résister à toute sorte de grâces ; et par là, comme chacun voit, ils prétendaient * qu'en- « core que b grâce fiU donnée égslemcot , Dieu

• en donnait ou en offrait une suflisante à tous

• ceux à qui l'Évangile était annoncé, même à

« ceux qui ne se convertissaient pas; et l'offrait-' « avec un désir sincère et sérieux de les sauver « tous, sans qu'il fit deux personnages, faisant «semblant de vouloir sauver, et au fond ne le « voulant pas , et poussant secrètement les hom*

« mes aux péchés qu'il défendait publiquement^. • Iis en voulaient directement dans tous ces endroits aux auteurs de la réforme, et à la vocation peu sincère qu'ils attribuaient h Dieu, lorsqu'il appelait à rextérieiir ceux que dans le fond il avait exclus de sa grâce , les prédestinant nu mal.

Pour nmntrer combien la grâce était résistible (il faut permettre ces mots que l'usage avait consacrés, pour éviter la longueur), ils avaient mis un article qui disait que • l'homme pouvait par « la grâce du Saint-Esprit faire plus de bien qu'il

• n'en faisait, et s'éloigner du mal plus qu’il ne « s'en éloignait 4,: » ainsi il résistait souvent à la grâce , et la rendait inutile.

Sur la persévérance ils décidaient • que Dieu « donnait aux vrais fldèles régénérés par sa grâce « des moyens pour se conserver dans cet état ; qu’ils « pouvaient perdre la vraie foi justifiante , et tom- « ber dans des péchés incompatibles avec la jus- « tification, même dans des crimes atroces, y per- « sévérer, y mourir, s'en relever aussi par la péni- « tence , sans néanmoins que la grâce les contraignit « à la faire *. • Voilà ce qu’ils pressaient avec plus de force, • détestant, disaient-ils, de tout leur cceur ces

• dogmes impies et contraires aux bonnes moeurs,

• //. Pelr. Il, !. — » Kad. »eu. p. llietseq.—* P. |I7.-*

• Art.'ixibid. \\l.— ^ Ëad. êsts. p. ll7,ltS«<Mf.

UB

IIISTOIRR

« qu*on répandait tous les jours parmi 1rs peu-

• pies; que les vrais tidèles ne |M>uvaient toin- « ber dans des péciiés de malice > mais seule- « ment dans des péchés d’ignorance et de fai- « blesse; qu'ils ne pouvaient penlre la grâce;

• que tous les crimes du monde assemblés en un

• ne pouvaient rendre inutile leur élection , ni

• leur en Ôter la eertituüe : cltose^ ajoutaient-ils,

• qui ouvrait la porte à une sécurité charnelle et « pernicieuse ; qu'aucuns crimes , quelque horribles

• qu'ils fussent , ne leur étaient imputés ; que tous

• péchés présenis et futurs leur étaient remis par « avance; qu'au milieu des hérésies, des adultères

• et des liomicides pour lesquels on pourrait les

• excAninunier, ils ne pouvaient totalement et « finalement perdre la foi * . •

Ces deux mots (otatemen4 et /inaJemeni étaient ceux sur lesquels principalement roulait la dispute. Perdre la foi et la grâce de ta justification totalement , c'était la perdre tout à fait un certain temps; la |>erdre finalement , c’était la perdre à jamais et sans retour. L’un et l'autre était tenu impossible dans le calvinisme; et les remontrants détestaient l’un et l’autre de ces excès.

Ils concluaient la déclaration de leur doctrine en disant que comme le vrai fidèle pouvait dans le temps présent être assuré de sa foi et de sa IxHine coirscience, il pouvait aussi être assuré pour ce temps-lâ, s’il y mourait, de son salut éternel ; qu’il pouvait aussi être assuré de pouvoir persévérer dans la foi, parce que la grsU’e ne lui manquerait jamais pour cela ; mais qu'il fût assuré de faire toujours son devoir , ils ne voyaient pas <|u'il le pût être, nf que cefte assurance lut fùi nécessaire

Si l’on veut maintenant comprendre en peu de mots toute leur doctrine, le fondvmen: eu était qu'il n'y avait point d’élection absolue, ni de préférence gratuite par laquelle Dieu préparât à certaines personnes choisies, et h elles snitcs, des moyens certains pour les conduire à ta gloire : mais que Dieu offrait à tous les hommes, et surtout à tous ceux à qui l'Rvangile était niinonré, des moyens suffisants de se convertir, dont les uns lisaient , et les autres non , sans en employer aucun autre pour ses élus, non plus que pour les réprouvés; de sorte que l’élection n'était Jamais quo conditionnelle, et qu’on en pouvait déchoir en manquant à la condition. D’où ils concluaient, premièrement, qu'on pouvait perdre la grâce justifiante, et totalement, c’est-à-dire tout entière, et finalement, c’est-à-dire, sans retour : secondement, qu’on ne pouvait en aucune sorte être assuré de sou salut.

Encore que les catholiques ne convinssent pas du principe, ils convenaient avec eux des deux dernières conséquences, qu'ils établissaient néanmoins sur d'autres principes qu'il ne s'agit pas d'expliquer ici : et ils convenaient aussi que la doctrine calvinienne contraire à ces conséquen- ]

* Jrt.S,ibié. p. IIS. - •^r1. ^ et 6, iWd. 119. ^

ces était impie, et ouvrait la porte â tôutec sortes de crimes.

lies luthériens convenaient aussi en ce point les catholiques et les remontrants, avec Mais la différence des catholiques et des luthériens est que les derniers, en niant la certitude de persévérer, reconnaissaient une certitude de la justice présenté; en quoi ils étaient suivis par les remontrants; au lieu que les catholiques différaient des uns et des autres, en soutenant qu'on ne pouvait être assuré ni de ses bonnes dispositions futures, ni même de ses bonnes dispositions présentes, dont, au milieu des ténèbres de notre amour-propre, nous avions toujours sujet de nous défier; de sorte que la coufinnee que nous avions du côté de Dieu n’dtait pas tout à fait le doute que nous avions de nousmêmes.

Calvin et les calvinistes conibattaient la doctrine des uns et des autres, et soutenaient aux luthériens et aux remontrants que le vrai fidèle était assuré non-seulement du présent, mais encore de l’avenir; et assuré par conséquent de ne perdre jamais ni totalement, c’est-à-dire tout à fait, ni finalement, c'est-à-dire sam retour, b grâce justifiante , ni la vraie foi une fois re^e.

L'état de la question et les difTérenU scati. ments sont bien entendus; et, pour peu que le synode de Dordrect ait voulu parler clairement , on comprendra sans dinjcuité quelle en aura été la doctrine; d’autant plus que les remontrants, après leur déclaration, avaient sommé ceux qui sc plaindraient qu’on expliquait mal leur doctrine, de rejeter nettement tout ce dont ils se croiraient injustement accusés; et priant aussi le synode de s’expliquer précisément sur des articles dont on se servait pour rendre toute la réforme odieuse*.

Si jamais il a fallu parler nettement, c’est après une telle déclaration et dans de semblables conjonctures. Ecoutons donc maintenant la décision du synode.

II prononce sur les cinq cliefs proposés en quatre cliapiires; car, comme nous avons dit, le troisième et le quatrième chefs allaient toujours ensemble. Chaque diapitre a deux parties : dans la première on établit, dans la seconde on rejette et on improuve. Voici la substance des canons ; car c’est ainsi qu’on appela les décrets de ce synode.

Sur la prédestination et l'clcction, l’on décidait « que le décret en est absolu et immuable; « que Dieu donne la vraie et vive foi à tous ceux « qu'il veut retirer de la damnation commune,

• ET A E17X seuls; qu6 cctte foi est un don (Ve « Dieu; que tous les élus sont dans leur temps

• assurés de leur éIe<*lion, quoique non pas en

• même degré et eu égale mesure; que cette as-

• suranec leur vient non en sondant les secrets - de Dieu, mais en remarquant en eux, avec

• une sainte volupté et une joie spirituelle, les

• fruits infaillibles de l'élection , tels que sont la

' End. St‘M. p. I3|, 133.

DES VARIATIONS, LIV. XIV

• vraie fui, la douleur de ses péchés, ei les au-

• très; que le sentiment ei la certitude de leur « élection les rend toujours meilleurs; que ceux « qui n’oDt pas encore ce sentiment eflicace et

• cette certaine conQance , la doivent désirer; et « enfin que cette doctrine ne doit faire peur qu'à

• ceux qui, attachés au monde, ne se convertissent

• pas sérieuseuient *. » Voilà déjà pour les seuls élus avec la vraie foi la certitude du salut : maU la cliose s'expliquera bien plus clairement dans la suite.

L'article xvii décide que « la parole de Dieu

• déclarant saints les enfauts des fidèles, non

• par nature, mais par l'alliance où ils sont

• compris avec leurs parents , les parents fidè- « les ne doivent pas douter de l'életrlion et du

• salut de leurs enfants qui meurent dans ce bas « Age *. >

En cet article le synode approuve la doctrine des remontrants , à qui nousavoos oui dire précisément la même chose H n'y a donc rien de plus assuré parmi nosadversairesqu'unarticle qu'on voit égale* ment enseigné des deux partis : la suite nous fera voir quelles en sont les conséquences.

Parmi les articli s rejeles on trouve celui qui veut que la certitude du talut dépende d'une condition incertaine ^ : c'est-à-dire que l'on condamne ceux qui enseignent qu'un est assuré dVtre sauvé en persëvérantàbiea vivre, maisqu'on n'est pas assuré de bien vivre ; qui était précisément la doctrine que nuus avons oui enseigner aux remontrants. I.e synode déclare absurde cette certitude incertaine; et par conséquent établit une certitude absolue, qu’il Uclie meme d'établir par l’Écriture : mais il ne s'agit pas des preuves; il s'agit de bien poser la doctrine^ et d'entendre que le vrai fidèle , selon les décrets de Dordrect, non-seuletnentdoit être assuré de son salut, supposé qu’il fasse bien son devoir, mais encore qu’il doit être assuré de le bien faire, du moins à la fin de sa vie. Ce n'est pourtant rien encore, et nous verrons cette doctrine bien plus clairement décidée.

Sur le sujet de la rédemption et de la promesse de grâce, on décide qu'elle est« annoncée indifférciu-

• meut à tous les peuples : c'est par leur faute que

• ceux qui n'y croient pas la rejettent, et c'est par la

• grAce que les vrais fidèles l'embrassent; mais les

• élus sont les seuls à qui Dieu a résolu de donner

• ta foijustiliante,parlaquelleilssontinfaillibleinent « sauvés. • Voilà donc une seconde fois la vraie foi justifiante dans les élus seuls : il faudra voir dans la suite ce qu'auront ceux qui ne continuent pas à croire jusqu'à la fin.

Le sommaire du quatrième diapiCre est, qu'enrore que Dieu appelle sérieuiement tous ceux à qui l'Evangile est annoncé, en sorte que, s'ils |>érissent, ce n'est pas la faute de Dieu ; il se fait néanmoins quelque cliose de particulier dans ceux qui se convertissent , Dieu les appelant efficacement , et leur donnant la foi et la pénitence. La grâce

> Set$. 3A, p. S19 et neif. Ibid. art. tS et teq. p. —

• Jri I7,SS3. — *U ürMOI,llv. XIV.— ‘ Ibtd., nrt.T^p. 2il.

suffisante des arminiens , avec laquelle te tAre arbitre se diicerne tui-tnémey est r^ée «oinme m» dogme petagien*. La régénération est représentée comme se faisant sans .nous , non par ta parole extérieure f ou par une persuasion morale, mais par une operation qui ne laisse pas au pouvoir de l'homme d'-étre aÈGBnsBS ou non*, d'étre converti ounon :et néanmoins, dit-on dans cet article, quand la volonté est renouvelée , elle est non-seulement poussée et mue de Dieu, mais elle agit étant mue de lui ; et c'est l'homme qui eroU et qui se repenf.

Lu volonté n'agit donc que quand elle est convertie et renouvelée. Maisquoi! n'agit-ellequequaod oncomincnceàdésirersaoonversion , età demander i la grâce de la régénération? ou bien est-ce qu'on l'avait d^à quand on commençait à la demander? C'est ce qu'il fallait expliquer, et ne pas dire généralement que la conversion et la régénération se fait sans nous. Il y aurait bitn d'autres choses à dire ici ; mais il ne s'agit pas de disputer : il suffit historiquement de bien faire entendre la doctrine du synode.

Il dit au xtn^ article, que la manière dont se fait en noua cette opération de la grAce régénérante est inconcevable : il suffit de concevoir que, par cette grâce, le fidèle sait et sent qu’il croit et qu'il aime son Sauveur. Il sait et sent : voilà, dans l’ordre de la connaissance , ce qu’il y a de plus certain , savoir et sentir.

Nous lisons dans l'article xvi* , que de même que le péché n’a pas ôté la nature à 1 homme , ni son entendement, ni sa volonté; ainsi la grâce régénérante n'agit pas en lui comme dans un tronc et dans une bûche : elle conserve 1rs propriétés à la volonté , Cl ne ta force point matgté elle : c'està-dire qu'elle ne la fait point vouloir sans vouloir. Quelle étrange théologie! N'est-c.e pas vouloir tout embrouiller que de s’expliquer si faiblement sur le libre arbitre ?

Parmi les erreurs rejetées , je trouve celle qui enseigne « que, dans la vraie conversion del'hommc,

• Dieu ne peut répandre par infusion des qualités,

« desitabitudes et des dons ; et que la foi par laqiirlle

• nous sommes premièrement convertits , et d'où

• Doussomines appelés fidèles , n'est pas un don et « unequalité infuse de Dieu, maisseuleroent un acta

• de l'homn>e • Je suis bien aise d'enteftdrc l'infusion de ces nouvelles qualités et habitudes : elle nous sera d’un grand secours pour expliquer la vraie idée de la justification , et faire roirparquel moyen elle peut être obtenue de Dieu. Car je ne croîa pas qu'on puisse douter qu’eu ceux qui sont en âge de connaissance , ce ne soit un acte de foi inspiré de Dieu , qui nous inqiètre la grâce d'oi recevoir l'habitude avec celle des autres vertus. Cependant l'infusion de cette habitude n'en sera pat moins gratuite, comme on verra en son temps : nuit passons. Il faut maintenant venir au damier chapitre, qui est le plus important; puisqu'il y fallait expliquer précisément et à fond ce qu'on aurait à

• .tii, U, p. Sûi. — » tbid. — » Jr(. 6, p. SC7.

uu uy

répondre aux reproHiea des remontrants sur la certitude du salut et riiiamissibilitê de la justice.

Sur l’iiiainissiliililé voici ce qu'on dit :

« Que dans certaines actions particulières tes « vrais Üdêles peuvent quelquefois se retirer, et se

• retirent en effet , par leur vice , de la conduite de

• la Krdce, pour suivre la concupiscence, jusqu'à « tomber dans des crimes atroces; que par ces « pécl>és énormes ils offensent Dieu, se rendent

• coupables de mort, interrompent l'exercice de la

• foi, font une grande blessure à leur conscience, et

• QUELQUEFOIS perdent pour un tem]>s lr sbtvti-

• ME.'VT DK LA fiBACK *. •• O Dicu ! estol bien possiblc que dans rct état détestable ils ne fienlent que LR sBNTiMKMT DK LA fiBACB , et non )>as la gr^cc même, et ne la perdent que quelqurfois? Mais il n'cst pas encore temps de se récrier ; voici bien pis : « Dieu, dans ces tristes chutes, ne leur oie « pas TOUT A FAIT SOU Salnt-Esprît , et ne les laisse « pas tomber jusqu'à oeciioik de la grâce de l'a*

«UOPTIOM ET DE t'ÉTAT DR LA JUSTIFICATION^ ,

« nijusqu'à conmiellre le pédié à mort, ou contre x leSaint-Ksprit, et être damnés*. » Quiconque donc est vrai Cdele, et une fois régénéré par la grâce, non-seulement ne périt pas dans ses crimes, mais dans le temps qu'il s'y abandonne , il nb déchoit PAS DE LA GRACE DE l'aDOPTION ET DE L'KTAT DE LA jtsTiFiCATio.N. Peut-oii mettre plus clairement Jésus-Christ avec Reliai , et la grâce avec le crime?

A la vérité, le synode semble vouloir préserver les vrais lidcics de quelques crimes, lorsqu'il dit qu'ils ne sont pas délaissés jutqu’a tomber dans k péché à mort, ou contre le Saint- Esprit , que l'Écriture nomme irrémissible : inai.s s’ils entendent par ces mots quelque autre pèche que celui de l'impénitence finale, on ne sait plus ce qucc’est ; n'y ayant aucun péclieur , dans quelque désordre qu'il soit tombé , a qui on ne doive faire espt*rer la rémission de ses crimes. Laissons néanmoins nu synode telle autre explication de ce péché qu'il voudra s'imaginer; c'est assez que nous voyions chiirement, selon sa doctrine, que tous les crimes qu’on peutiHommer, par exemple un adultère aus.si long et un homicide autant m^ité que celui d'un David, l'hérésie , l'idolâtrie même avec toutes ses abominations, où constamment, selon le synode, le vrai fidèle peut tomber , compatissent arec la grâce de l'adoption et l'éialde la justification.

Rt il ne faut pas dire que par cet état le synode entende seulement le droit au salut qui reste toujours au vrai Gdèle, c'est-à-dire, selon le synode, nu prédestiné, en vertu de la prédestination : car au contraire il s'agit ici du droit immédiat qu'on n au salut par la régénération et la conversion actuelle, et de l'état par lequel on est non pas destiné , mais en effet en possession tant de la vraie foi que de In justification. La question est, en un mot, non pas de savoir si on aura un jour cette grâce, mais si on en peut déchoir un seul moment après l'avoir eue : le synode décide que non. Remontrants, ne vous

• .4rt. 4, 5, p. 5"l. — • ^rt. S tt $eq.

^plaignez pas : on vousparledu moins franchement, comme vous l'avez desire ; cl tout ceqtie vous dites qu*on croit de pernitueux dans le parti que vous accusez, tout ce que vous y rejetez avec tant d’Imrrcur , y est décidé en termes formels.

Mais, pouréler toute équivo<|tie, il faut voir dans le synode ces mots essentiels, totalement tX finaleînent, sur lesquels nous avons fait voir que roulait toute la dis[Hite ' : il fout voir, dis-je, si l'on permet aux remontrants d'assurer qu'un vrai fidèle puisse déchoir et totalement et finalement de l’état de justification.'lje synode , pour ne nous lai.sser aucun doute de son sentiment contre la perte totale, dit que • la semence immortelle, par laquelle les vrais

• fidèles sont régénérés, demeure toujours en eux

• malgré leur chute. • Contre la perle finale, le même synode dit qu'un jour réconciliés, ils sektjbo.>t de nourcau la grâce*: ils ne la recouvreront pas ; le synode se garde bien de dire ce mot : ils la sentiront de nourrau. De cette sorte, poursuit-il, il arrive quen//Vs ne perdent totalement ta fui H la grâce, «f ils ne demeurent finalement dans leur péché jusqu'à périr.

Kn voilà, cerne semble, assez pourl’inamissibililc. Voyons pour la certitude.

« Les vrais fidèles , dit le synode ^ , peuvent être « certain, et le sont de leur salut et de leur per- « sévérance selon la mesure de la foi par laquelle ils

■ CROIENT AVEC CERTITUDE qu'ils sont et demcii- « reiU membres vivants dcrKglise, qu'ils ont la « rémission de leurs péch«, et la vie éternelle :

• certitude qui ne leur vient pas d’une révélation «particulière, mais par la fol des promesses que « Dieu a révélées dans sa parole, et par letémoi- « gnage du Saint-Esprit, et enfin par une bonnecons-

• cience, et une sainte et sérieuse application aux «bonnes rruvres.»

On ajoute , pour ne rien laisser à dire , que dans « les tentations et les doutes de la chair qu’on a à « combattre, on ne sent pas toujours celle plénitude

■ de foi cl cette certitude de la persévérance • afin que toutes les fois qn'on sent quelque doute, et qu'on n’ose pas se promettre avec une enliere certitude de persévérer toujours dans son devoir, on se sente obligé à regarder ce doute comme un mouvement qui vient de la chair, et comme une tentation qu’il faut combattre.

Ou compte ensuite parmi les erreurs rejetées,

• que les vrais fidèles puissent déchoir, et dé-

• choient souvent TOTALEMENT et finalement, « de la foi justifiante, de la grâce et du salut; et

• qu’on ne puisse durant celle vie avoir aucune as- « surance de lu future i)ersevérance sans révélation « sjK'ciale^: » on déclare que cette doctrine ramène les doutes des papistes, parce qu’en effet celte certitude sans révéla lion spéciale était condamnée dans le concile de Trente ^

On demandera comment on accorde avec la doctrine de i’inainissibilité ce qui est dit dans te syno<le,

• llv. XIV. — *Jri. 7. R,p. J7Î. — 3 IM art

0. p. «72, 27.1. - « Ibid. art. 2. - » S. p. fi. — • COHC. Trid. u*i. VI, cap. 12, eau. IS.

DES VABIATIOiNS, LIV, XIV.

que par les grands eriin» les fidèles qui les coiiimetleiit se rendent coupables de mort C’est ce qu’il est bien aisé de concilier arec les principes de la nouvelle réfornie, où l’on soutient que le vrai fidèle, quelque régénéré qu’il soit, demeure toujours par la convoitise coujsable de mori, non-seulement dans ses péchés grands et petits, mais encore dans ses lionnes œuvres; de sorte que cet état , qui nous rend coupables de mort , n’empéche pas que , selon les termes du synoilc , on ne demeure en état de justification et de grâce.

Mais , enfin , n'avons-nous pas dit que nos réformes ne pouvaient nier, et ne niaient pas en effet , que si on mourait dans ses crimes sans en avoir fait pénitence, on serait damné.’ Il est vrai , la plupart l’avouent ; et encore que le synode ne décide rien en corps sur celte difficulté, elle y fut proposée , comme nou.s verrons, par quelques-uns des opinants. A la vérité, il est bien étrange qu’on puisse demeurer dans une erreur où l’on ne peut éviter une contradiction aussi manifeste que celle où on reconnaît qu’il y a un état de grdee, dans lequel néanmoins on serait damné si on y mourait. Mais il y a bien d’autres contradictions dans cette doctrine ; en voici une sans doute qui n’est p.vs moins sensible que cellelà. Dans la nouvelle réforme la vraie foi est inséparable de l’amour de Dieu, et des bonnes œuvres qui en sont le fruit nécessaire; c’est le dogme le plus constant de cette religion : et voici néanmoins contre ce dogme la vraie foi non-seulement sans les bonnes œuvres, mais encore dans les plus grands crimes. Patience, ce n’est pas encore tout : je vois une autrecontradiction non moins manifeste ^ dans la nouvelle réforme, et selon le décret du I synode même : Tous les enfants des fidèles sont | saints, et leur salut est assuré *. En cet éut ils sont i donc vraiment justifiés : donc ils ne peuventdéchoir j de la grâce , et tout sera prédestiné dans la nouvelle i réforme ; ni , ce qui est bien plus étrange , ils ne |)eu- j vent avoir d’enfant qui ne soit saint et prédestiné comme eus ; ainsi toute leur postérité est certainement prédestinée, et jamais un réprouvé ne peut j sortir d’un élu. Qui l’osera dire? Et cependant qui ; pourra nier qu'une si visible et si étrange absurdité ne soit clairement renfermée dans les principes du synode et dans la doctrine de l’inamissibilité ? Tout y est donc plein d’absurdités manifestes; tout s’y contredit d’une étrange sorte : mais aussi est-ce toujours l’effet de l’erreur de se contredire ellemême.

Il n’y a aucune erreur qui ne tombe en contradiction par quelque endroit : mais voici ce qui arrive quand on est fortement prévenu. On évite i premièrement , autant qu’on peut , d’envisager cette ’ inévitable et visible contradiction ; si on ne peut ! s’en empêcher, on la regarde avec une préoccupa- | tion qui ne permet pas d’en bien juger : on croit s’en défendre en s’étourdissant parde longs raisonnements et par de belles paroles : ébloui de quelques ' principes spécieui dont on s’entête, on n’en veut pas revenir. Eutvcbès et set sectateurs n’osaient ^

• , p. KM- — * Ibid. p. 33Sv >

dire que Jësus^hrist ne fût pas tout ensemble vrai Dieu et vrai homme; mais^ éblouis de cette unité mat entendue qu'ils imaginaient en Jésus- Christ, ils voulaient que les deux nai ures se fussent confondues dans l'union , et se faisaient un plaisir et un honneur de B 'éloigner par oe moyen, plus que tous les au« très (quoiquecefdt jusqu'à l'excès), de l'hérésie de Nestorius, qui divisait le Fils de Dieu. Ainsi on s'embrouille, ainsi on s'entête; ainsi les hommes prévenus vont devant eux avec une aveugle détermination , sans vouloir ni pouvoir entendre , comme dit l'apdtre, ni ce guUs disent eux^nlémes^ ni les choses donl ils partent avec assurance ' : c'est ce qui fait tous les opiniâtres; c'est par là que périssent tous les hérétiques.

Nos adversaires se font un objet d'un agrément infini , dans la certitude qu'ils veulent avoir de leur salut éternel. N'attendez pas que jamais ils regardent de bonne foi ce qui peut leur ôter cette certitude. S'il ne faut pour la maintenir que dire qu’on est assuré de ne mourir pas dans le crime, encore qu'on y tombât par une malice déterminée , et même qu'on en formât ta détestable habitude, ils le diront. S'il faut pousser à toute outrance ce passage de saint Paul , Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance *, et dire que Dieu n'ôte jamais tout à Ibit, ni dans le fond, ce qu'il a donné; Ils le diront, quoi qu’il en arrive, quelque contradiction qu’on leur montre, quelque inconvénient, quelque affreuse suite qu’on leur fasse voir dans leur doctrine : autrement, outre qu'ils perdraient le plaisirde leur certitude , et l'agrément qu'ils out trouvé dons la nouveauté de ce dogme, il faudrait encore avouer qu'ils auraient tort dans le point qu'ils ont regardé comme le plus essentiel de leur réforme, et que l'flglise romaine, qu'ils ont blâmée et tant hèaïe, aurait raison.

Mais peut-être que cette certitude qu’ils enseignent n’est autre chose dans le fond que la confiance que nous admettons. Pldt à Dieu ! Personne ne nie cette confiance : les luthériens la soutenaient; et cependant les calvinistes leur ont dit cent fois qu’il fallait quelque chose de plus. Mais, sans sortir du synode , les arminiens admettaient cette confiance; car sans doute ils n'ont jamais dit qu’un fidèle tombé dans le crime dont il se repent dût désespérer de son salut. Le synode ne laisse pas de les condamner, parce que, contents de cette espérance, ils rejettent la certitude. Les catholiques enfin admettaient cette confiance; et la sainte persévérance, que le concile de Trente veut qu'on reconnaisse comme un don spécial de il veut qu'un l'attende avec con-

fiance de sa bonté infinie. Cependant, parce qu'il rejette la certitude absolue, le synode le condamne, et accuse les remontrants, cfui niaient aussi cette certitude, de retomber par ce moyen dans les doutes du papisme. Si le dogme de la certitude absolue et de l’inamissibilité eût causé autant d'horreur au synode qu'une si affreuse doctrine en doit exciter naturellement dans les esprits, les ministres qui

• f. Tim. 1,7. — * Aom. xi, M- — * Coitc. Trid. »eu. vi, CSH. I&, 16, tS.

romposüient celie n'aiirnient pas ou assez

<lo voix pour faire entendre à tout l'univers que les remontranU, que les luthériens , que les callioliques, qui les accusent d'un tel hlas|)hème , les calomnient^ et toute l’Europe eût retenti d’un tel désaveu : mais au contraire, loin de se défendre de cette certitude et de cette inamissibilité que les remontrants leur objectaient, ils l'ctablissinit, et condamnent les remontrants pour l’avoir niée. Quand ils se croient calomniés, ils savent bien s'en plaindre. Ils se plaignent, par exemple, à la fin de leur synode , de ce que leurs ennemis, et entre autres les remontrants, les accusent <« de faire Dieu auteur du péché, de lui •> faire réprouver les hommes sans aucune vue du • péché ; de lui faire précipiter lesenfanlsdes fidèles > dans la damnation, sans que toutes les prières « de l'Église, ni même le baptême, les en puissent •• retirer » Que ne disent-ils de même qu'on les accuse à tort d’adnwttre la certitude et l'inamissibilité dont nous parlons? Il est vrai qu’ils disent dans ce même lieu qu'on les accuse • d'inspirer aux •> hommes une sécurité charnelle , en disant qu'au- - cun crime ne nuit au salut des élus , et qu'ils peu- •> V eut en toute assurance commettre les plus exécrables. • Mais est-ce assez s’expliquer, pour des gens à qui l’on demande une réponse précise? Ne leur suffil-il pas , pour s’échapper, d’avoir reconnu des crimes, par exemple ce péc/ié à mort, et contre le Sftiut-Esprit , quel qu’il soit , où les élus et les vrais fidèles ne tombent jamais? Kt s'ils voulaient que les autres crimes fussent autant incompatibles avec la vraie foi et l’état de grâce , n’auraient-ils pas pu le dire en termes exprès, au lieu qu’en termes exprès ils décident le contraire?

Concluons donc que des trois articles dans lesquels nous avons fuit consister la justification calvinienne*, les deux premiers, qui étaient déjà insinués dans les Confessions de foi^, c'est-à-dire la rorlitude absolue de la prédestination, et l'impossibilité de déchoir finalement de In foi et de la grâce une fois rerue, sont expressément définis dans le svnode de Dordrect ; et que le Iroisièmearticle, qui consiste à savoir si le vrai fidèle pouvait du moins perdre quoique temps, et tant qu'il vivait dans le crime, la grâce ju.stiüaiitc et la vraie foi quoiqu’il ne fut exprimé en aunine Confessiou de foi, est semidiihlement décidé selon la doctrine de Calvin i l l’c-sprit de la nouvelle réforme.

On peut encore connuitre le sentiment de tout le synode par celui du célèbre Pierre Dumoulin, ministre de Paris : c’éuit assurément , del'uvcu de tout le monde, le plus rigoureux calviniste qui fiU alors, et le plus attaché à la doctrine que Gomar soutenait contre Arminius. Il envoya à Dordrect son jugement sur cette matière, qui fut lu et approuvé de tout le synode , et inséré dans les actes. Il déclare qu’il n'avait pas eu le loisir de traiter toutes les questions ; mais il établit tout le fond de la doctrine du synode, lorsqu’il décide que nul n'est justifié que

' Swn. I>nrdr. Conel. tfss. 100, p. 27S. — * Ci-dfuui, liv. IX, p. 1.13 et tuie. — > Conf. def>H de Fr., art. IS, II», »), SI, SS, Dim. iS, 19, 06. — * Ci-iirssus, liv. ix. Coh/. Betg. art. SI, SyM. CfH. I.piirt p. 139.

celui qui est glorifié' : par où il cor>dairme la* arminien, sen ce qu’ils enseignent y a des justifiés qui perdent la foi et sont damnés • ; et encore plus clairement dans ces paroles’ : « Quoique le

• doute du salut entre quelquefois dans l’esprit des

• vrais fidèles. Dieu commande néanmoios dans sa « parole que nous en soyons assurés ; et il faut tendre « de toutes ses forces à cette certitude , où il ne faut

• pas douter que plusieurs n’arrivent; et quiconque

• est assuré de son salut, l’est en même temps que « Dieu ne l'nbandoimera jamais, et ainsi qu'il peraé- <• vérera jusqu'à In fin. » On ne peut pas plus clairement regarder le doute comme une tentation et une faiblesse, et la certitu^le comme un seiitiroefft commandé de Dieu. Ainsi le fidèle ii’est pas assuré qu'il ne tombera pas dans les plus grands crimes, et qu’il ny demeurera pus longtemps comme David: mais il ne laisse pas d'ètre assuré que Dieu ne l’abandonnera jamais ^ et qn' U persévérera jusqu^à laftn. C'est un abrégé du synode : aussi résolut-on dans celte assemblée de remJre grâces à Dumoulin pour le jugement très-e.xact qu'il avait porté sur cette matière, et pour son consentement avec la doctine du synode.

Quelques-uns ont voulu douter si la certitude que le synode établit dan.s chaque fidèle pour son salut particulier est une certitude de foi : mais on cessera de douter, si on remarque que ia certitude dont il est |>arlé est toujours exprimée par le mot d(j a'oire, qui dans le synode ne se prend que pour la vraie foi ; joint quecette certitude , selon le même synode, n’est que la foi des promesses appliquées par cliaque particulier à soi-méine et à son salut éternel , avec le sentiment certain qu’on a dans le coeur de la sincérité de sa foi : de sorte qu'afiii qu’il ne manque aucun genre de certitude, on a celle de la foi, jointe à celle de l’expérienee et du sentiment.

Ceux de tous les opinants qui expliquent le mieux le sentiment du synode, sont les th^logiensde h Grande-Bretagne ; car après avoir avoué avec tous les autres dans le fidele une espèce de doute de son salut, mais un doute qui vienttoujoursdela tentation, ils expliquent très-clairement : * qu’après la

• tentation l'acte par lequel on croit qu’on est « regardé de Dieu en miséricorde, et qu’on aura « infailliblement la vie éternelle, n'est pas un acte « d'une opinion douteuse, ni d’une espérance con- A jecturale où l'on pourrait se tromper, cui /aisum •I .luhesse potesl; mais un acte d'une vraie et vive « foi , excitée et scellée dans les coeurs par l'esprit

• d'ado])tion ^ • en quoi ces théologiens semblent aller plus avant que la Confession anglicane^, qui parait avoir voulu éviter de parler si elairemeot sur la certitude du salut, comme on a vu^.

Quelques-uns ont voulu penser que ces théologiens anglais n'étaient pas de l’avis commun sur la justice qu’on attribuait aux fidèles tombés dans les

' Sfts. IC3 , IM, p. W, SOO. — > Cii MHpr. p. 391 . — » Ihid. p. ai«». — * SrHt. theid. Idnq. Prit. C. de prrtev. rrrtit. qiiiMid NO». Th. m, p. 2is. lùid. Th. IV, p. ai9, — » C'oh/. At>g. oit, 17, ^•jut. IUh. I, p. Uta. — • ( l-drM-u», /ir. X.

..•«..rx

DBS VARIATIONS, LIV. XIV

IpraruU cri»:es pendant qu'ils y persévèrent , comme fit David ; rt ce qui peut faire douter, c’est que ces lUK'leursdmdeiit formeJlenient que res fidèles sont en êlat de damnatioHf et seraient damnés s’ils Mouraient ' : d’où il s'ensuit qu’ils sont déchus (le la griice de la justification, du moins pour ce tem|is. ^Inis c'est ici de ces endroits où il faut que tous ceux qui sont dans l'erreur tombent néces$ai> remenl en contradiction : car ces théologiens se voient contraints par leurs principes erronés à reconnaître d'uncôtéqueles fidèles ainsi plongés dans le crime seraient damnés s'ils mouraient alors ; et de l'autre quUs ne dèehéent pas de Cètat de ta justifieaiion *.

Kt il ne faut pas se persuader qu'ils confondent ici la justification avec l.i prédestination; car, au contraire, c’est ce qu'ils distiimuent très-expressément : et iis disent que res fidèles plongés dans le crime non-seulement ne sont pas déchus de leur prédestination, t*e qui est vrai de tous les élus,

• mais qu’ils ne sont (>as déchus de la foi , ni de ce

« germe céleste de In régénération , et des dons fon- ^ > dainentaux sans lesquels la viespirituellene peut fl subsister^ ; de sorte qu'il est impossible que les « dons de la cliarité et de la foi s'éteignent tout à I. fait dans leurs <xcurs4 : Us ne perdent point tout « à fait la foi, la sainteté, l’adoption^; ils demeu- « rent dans la justification universelle, qui est (a

• justification très-proprement dite, dont nul crime

• particulier ne les peut exclure*» : • ils demeurent dans la justification, « dont le renouvellement in-

• lerieur et la sanctification est inséparnbleî; * en un mot, ce sont des saints qui seraient damnés s'ils mouraient.

On était bien embarrassé, selon ces principes , à bien expliquer ce qui restait dans ces saints plongés dans le crime. Ceux d'Binbden demeurent d’accord que la Joi actuelle n'y pourait resteVf et qu'elle était incompatible avec le consenlemetU aux péchés griejs. Ce qui ne se perdait pas, c'élail la foi habUutUef celle y disaient-ils, qui subsiste en t homtne lorsqu'il dort, ou qu'il n'agit pas * ; mais aussi celle foi habituelle répandue dans l'homme par la prédication et l'usage des sacremenls^ est la craie foi vive et justifiante 9 ; d’où ils concluaient que le fidèle parmi ces crimes énormes ne perdait ni la jusücet «f le Saint-Esprit : et lorsqu’on leur • demandait s'il n'éuit pas aussi bon de dire qu’on perdait ta foi et le Saint-Esprit pour les recouvrer après, que de dire qu'on en perdait seulement le sentiment et l’énergie , sans perdre la chose; ils répondaient qu'il ne fallait pas dter au fidèle la consolation de ne pouvoir Jamais perdre « la foi ni le

• Saint-Esprit, en quelquecrimequ'M tombât contre > sa conscience. Car ce serait, disaient-ils'**, une

• froide consolation de lui dire : Vous avez tout à

• fiait perdu la foiet le Saint-Esprit ; mais peut-être

' Sent. Theol. Mag. Bril. C. de perstt\ certil. qttoaii no*, r*. IM. IV - » Ibid. Th. II. p. 212. - * Ibid. Th. y. p. 313; IV.p. 21*.— < Ibid ili' — bjbiii, Th. vm. — * Ibul Th. VI. p 21 1 , 9IR. — * Theol. Kmbd. de v, tirt.

fh. 1, ». tl. Ci2 2r0, 287. — * tliel. n. *5. 270. — •• Ibid. ». SU, !*l.

« que Dieu vous adoptera et vous régi'uércradc nnu- > veau, afin4|ue vous lui soyez réconcilié. •• Ainsi, h quelque péché que le fidèle s’abandonne contre sa propre conscience, on lui est si favorable, qu'on ne se contente pas , pour le consoler, de lui laisser l'espérance du retour futur à l'état de grâce; mais il faut(|iril ait encore la consolation d'y être ar/«e/lement ' parmi ses crimes.

Il rest.iit encore la question, savoir ce que faisaient dans les fidèles ainsi livrés au péché la foi et le Saint-Esprit, et s'ils y étaient tout à fait sans action. On répondait qu'ils n'étaient pas sans action ; et l'effet qu'ils produisaient, par exemple dans David , était qu’il ne péchait pas tout entier : Peccarit David, al non lotus » ; et qu’il y avait un certain péché qu’il ne commettait pas. Que si enfin l'on poussait la clvose jusqu'à demander quel était donc ce jwché oit thomme pèche tout enfiery et dans lequel le fidèle ne tombe jamais, on répondait que « ce n'i'tait pas une chute particulière du chrétien

• en tel et tel crime contre la première ou la se- « conde Table; mais une totale et universelle dé- « fectioii et apostasie de la vérité de l’Kvangilc, « par laquelle l'homme n'offense pas Dieu en partie

• et à demi, mais par un mépris obstiné il en mé- « prise la majestit tout entière, et s'exclut absolu- « ment de la grâoe^ • Ainsi, jusqu'à ce qu'oii en soit venu à ce mépris obstiné de Dieu et à celle

, a()ostasie universelle, on a toujours la consolation d'étre saint, d'étre justifié et régénéréy cl d’avoir le Saint-Esprit habitant en soi.

Ceux de Brême ne s'expliquent pas moins durement, lorsqu'ils di.sent que « ceux qui sont une fois <1 vraiment régénérés ne s'égarent jamais assez pour « s'écarter tout à fait de Dieu par une apostasie « universelle, cil sorte qu'ils le haï.ssent comme un « ennemi, qu'ils pèchent comme le diable par une

• malice affectée, et se privent des biens célesti'S : fl c'est pourquoi ils ne perdent jamais absolument la > grâce et la faveur de Dieu 4; » de sorte qu'on demeure dans cette grâce, bien régénéré, bien justifié, pourvu seulement qu'on ne soit pas un ennemi déclaré de Dieu , et aussi méchant qu'un démon.

Ces excès sont si grands que les protestants en unt honte , et qu'il y a eu même quelques catholiques qui n'ont pu se persuader que le synode de Dordrect y fût tombé. Mais enfin voilà historiquementi avec les décrets du synode , les avis des principaux opinants. Et afin qu'on ne doutât point de tous les autres, outre ce qui est inséré dans les actes du synode, que tout y fut décidé avec un consentement unanime de tous les opinants sans en excepter un seul ^ , j'ai expressément rapporté les opinions où ceux qui veulent excuser le synode de Dordrect trouvent le plus d’adoucissement.

Outre ces points importants, nous en voyons un quatrième expressément décidé dans ce synode; et c'est celui de la sainteté de tous les enfants des fidèles. On s’était expliqué différemment sur cet article

• Ibid, n 30. p. 28.^. — * Ibid. ». &*, p. 267 — ^ Ibid. ». 60, p. 2rji.— V«rf. Brem. de v, ort. ». I2,U.|>. 55*, 256.—

X'A, e! prtrf.ad Kcf. ,

dans les actcsik* la iMUvdle réforme * . Nous avons vu cette sainteté des enfants formellement établie dans le Catéchisme des calvinistes de France, et il y est 4^it expressément que tous les enfants des fidèles sont sanotillés et naissent dans l'alliance : mais nous avons vu le contraire dans l’accord de ceux de Genève avec les Suisses*; et la sanctiflcation des petits enfants même baptisés y est restreinte aux seuls prédestinés. Bèze semble avoir suivi cette restriolion dans V/CxpoaUion déjà citée’; mais le synode de Dordrect prononce en faveur de la sainteté de tous les enfants des fidèles, et ne permet pas aux parents de douter de leur salut * : article dont nous avons vuqu'ilsuitpius clair que le jour, selon les principes du synode, que tous les enfants des Bdèles, et toui les descendants de ces enfanu jusqu'à la consommation des siècles , si leur race dure autant , sont du nombre des prédestinés.

Si toutes ces décisions, qui paraissent si authentiques, font un fondement si certain dans la nouvelle réforme , qu’on soit privédu salut et retranclié de l'I^glise en les rejetant , c'est ce que nous avons à examiner en expliquant la procédure du concile.

La première chose que j'y remarque, c'est une requête des remontrants , oil ils exposent au synode qu'ils-ont été condamnés , traités d'hérétiques et excommuniés par les contre-remontrants , leurs collèqueset leurs parties; qu'ils sont pasteurs comme les autres, et qu'ainsi naturellement ils devraient avoir séance dans le synode avec eux ; que si on les en exclut comme parties dans le procès, leurs parties doivent être exclues aussi bien qu'eux ; autrement , qu’ils seraient ensemble juges et parties , qui est la chose du monde la plus inique

C’était visiblement les mêmes raisons pour lesquelles tous les protestants avaient récusé le concile des catholiques, pour lesquelles les zuii^lieiis en particulier s'étaient élevés contre le synode des ubiquitaires, qui les avait condamnés à lène, comme on a vu Les remontrants ne manquaient pas de se servir de ces exemples. Ils produisaient principalement les griefs contre le concile de Trente, où les protestants avaient dit : « Nous voulons - un concile libre ; un concile où nous so)*ons avec « les autres ; un concile qui n’ait pas pris parti ; un « concile qui ne nous tienne pas pour hérétiques : « autrement nous serions jugés par nos parties?. » Nous avons vu que Calvin et les calvinistes avaient allégué les mêmes raisons contre le synode de lènc. lies remontrants se trouvaient dans le même état , quand ils voyaient François Gomar et ses adhérents assis dans le synode au rang de leurs juges, et se voyaient cependant exclus et traités comme coupables ; c'était préjuger contre eux avant l'examen de la cause; et ces raisons leur paraissaient d'autant plus convaincantes, que c'était visiblement celtes de leurs pères contre le concile de Trente, comme ils le faisaient voir par leur requête*.

' Ci-dnsut, Uv. IX, p. las. — > ibiâ. p. 607. — * Expot. rfc Im Fvi, eh iv, Cône. 13, p- SO. — -l Sxu. 36, c<tp. de deêt. art. 17. Cl-di*MU&, p. 23h. — * Sets. 23, p. 66 et — «O-dmi», lév. VIII, p. tso. Seu. Vt p. 70,81. — * S^n. Üardr ibtd p. ?U, 71, 72, etc. SI, etc.

Après qu'on eut In rcUe requête » , on leur déclara • que le synode trouvait fort éiranyc que

* les accusés voulussent faire la loi à leurs juges , « et leur prescrire des règles; et que c'était faire «injure non-seiilcment au synode, mais encore « aux états-généraux qui les avaient convoqués, « et qui leur avaient commis le jugement ; qu'ainsi

* ils n'avaient qu'à obéir *. *

C’était leur fenner la bouclie par l'autorité du souverain; mais ce n'était pas satisfaire à leurs raisons, ni aux exemples de leurs pères, lorsqu'ils avaient décliné le Jugement du concile de Trente. Aussi n’entra-t-on guère dans cet examen. Les délégués des états, qui assistaient au synode avec toute fnutorité de leurs supérieurs , jugèrent que les remontrants n'étaient pas recevables dans leurs demandes ’ , et leur ordonnèrent d’obéir à ee qui serait réglé par le synode, qui de son côté déclara leurs propositions insolentes , et la récusation qu'ils faisaient de tout le synode comme étant partie dans le procès, injurieuse non-seulement au synode même, mais encore à la suprême autorité 'des états-généraux.

Les remontrants condamnés diangèrent leurs requêtes en proleslalions contre le synode. On délibéra dessus*; et comme les raisons qu'ils alléguaient étaient les mêmes dont les protestants s’étalent servis pour éluder l'autoiité des évêques catholiques, les réponses qu'on leur Ht étaient les mêmes que les rathntiques avaient employées contre les protestants. On leur disait que ce n'avait jamais été la coutume de l'Églisede priver les pasteurs du droit de suffrage contre les erreurs, pour s'y être opposés : que ce serait leur ôter le droit de leur charge pour s'en être fidèlement acquittés , et renverser tout l'ordre des jugements ecclésiastiques : que par les mêmes raisons les ariens, les nestoriens et les euiychiens auraient pu récuser toute l'Église, et ne se laisser aucun juge parmi les chrétiens : que ce serait le moyen de fermer la bouche aux pasteurs, et de donner aux hérésies un cours entièrement libre. Aprèstout, quels jtiges voulaientils avoir? Où trouverait- on d.ins le corps des pasteurs CCS gens neutres et indifférents qui n'auraient pris aucune part aux questions de la foi et aux affaires de l’Église’? (’es raisons ne souffraient point de réplique : mais , par malheur pour nos réformés, c’étaient celles qu'on leur avait opposées lorsqu'ils déclinèrent le jugement des évêques qu’ils trouvaient en place au temps de leur séparation.

Ce qu'on disait de plus fort contre les remontrants, c'est qu'i/s étaient des nomtears^ et qu'ils étaient la parité la plus petite aussi bien que la plus novvelle, qui devait par conséquent être jugée par ta plus grande f par la plus ancienney par celle qui était en possession , et qui soutenait la doctrine re^ çue Jusqu’alors. Mais c’est par là que les catholiques devaient le plus l'emporter : car enfin quelle antiquité l'Église belgique réformé? alléguait-elle aux re-

* ihid. p. sa — * Sea. 26, p. S3, A3 — * Sr«. 26, p. SI .

Seu 27, p. U3.— * ihid. n. b.3, M7. 07 , 96, lO), t(U, lud —

* Pag. 07, lua, etr.

Dfô VARIATIOMS, LIV. XIV.

■WDtrants? Nous ne voulons pas , disait-olle, laisser •Ifaiblir la doctrine que nous avons toujours soute* ■ue depuis cinquante ans* ; car ils ne remontaient pas plus haut. Si cinquonte ans donnaient à PEglise qui se disait réformée tant de droit contre les armU niens nou^'ellement sortis de son sein, queMc devait être l’autorité de toute l’Église catholique fondée depuis tant de siècles !

Parmi toutes ces réponses qu’on faisait aux re* montrants sur leurs protestations, œ qu’on passait le plus légèrement, e'était la comparaison qu’ils faisaient de leurs exceptions contre le synode de Dordrect, avec cellesdes réformés contre les conci* les des eatlioliques et ceux des luthériens. Les uns di.saient qu'il y avait ■ grande différence entre les

• conciles des papistes et des luthériens, et celui^i.

• lii on écoute des hommes , le pape et Luther; ici

• on écoute Dieu. Là on apporte des préjugés; et

• ici il n'y a personne qui ne soit prêt à céder à la « parole de Dieu. I«à on a des ennemis en tête; et « ici on n'a d'affaire qu’avec ses frères. Là tout est

• contraint; ici tout est libre*. > C'était résou- | dre la question parce qui en faisait la difficulté. Il s’agissait de savoir si les gomaristes >ne venaient pas avec leurs préjugés dans le synode ; il s’agissait de savoir si c'était des ennemis ou des frères , il s’agissait de savoir qui avait le cceur plus docile pour la vérité et la parole de Dieu; si c’était les protestants en général plutôt que les catholiques , les disciples de Zuingle plutôt que ceux de l.uther, elles gomaristes plutôt que les arminiens. Kt pour ce qui est de la liberté, l’autorité des états, qui intervenait partout, et qu'aussi on avait toujours à la bouche dans le synode^ ; celle du prince d’Orange, ennemi déclaré des arminiens; l’emprisonnement de Grotius et des autres chefs du parti , et enfin le supplice de Barnevcid , font assex voir comment on était libre en Hollande sur cette matière.

Les députés de Genève tranchent plus court; et sans s'arrêter aux luthériens , à qui aussi quatre ans qu’ils avaient au-dessus des zuinglicns oc pouvaient pas attribuer l’autorité de les juger, ils répondaient à l’égard des catholiques]^ : « Il a été

• libre à nos pères de protester contre les conciles

• de Constance et de Trente, parce que nous ne « voulons avoir aucune sorte d’union avec eux ; au

• contraire , nous les méprisons et les haïssons : de «tout temps, ceux qui déclinaient l’autorité des « conciles se séparaient de leur communion. > Voilà toute leur réponse ; et ces bons théologiens n’auraient rien eu à opposer au déclinatoire des arminiens, s'ils avaient rompu avec les ^Hses de Hollande, et qu’ils les eussent baies et méprisées ouvertement.

Selon cette réponse, les luthériens n’avaient que faire de se mettre tant en peine de ramasser des griefs contre le concile de Trente, ni de discuter qui était partie ou qui ne l’était pas dans cette cause. Pour décliner l’autorité du concile où les catholiques les appelaient, ils n'avaient qu’adiré sans

• Pr^f. ad Kct. anif .Vyn. Üordr. - * Sr«. 27, p. 00. —

• StU. p. m. ir*». 26, p. SI , 82 . 83, tbid. m.

tant de façon : Nous voulons rompre avec vous , nous vous méprisons , nous vous haïssons, et nous n’avons que faire de votre oondle. Mais l’édiGcation publique et le nom même de chrétien ne souffrait pas une telle réponse. Aussi n’est-oe pas ainsi que répoixlireot les luthériens : au contraire, ils déclarèrent , et même à Augsbourg dans leur propre Confession, qu’Hs en appelaientau concile, et même au concile que le pape assemblerait *. Il y a une semblable d^aration dans la Confession de Strasbourg * : ainsi les deux partis protestants étaient d’accord en ce point. Ils ne voulaient donc pas rompre avec nous : ils ne nous haïssaient pas; ils ne nous méprisaient pas tant que le disent ceux de Genève. S'il est donc vrai , selon eux, que les remontrants devaient se soumettre au cooeile de la réforme, parce qu'ils ne voulaient pas rompre: les protestants , qui témoignaient ne vouloir non plus se séparer de l’Église catlwlique, devaient sa soumettre à son concile.

Il ne faut pas oublier une- réponse que fit tout un synode de la province de Hollande au déclinatoire des remontrants. C'est le synode tenu à Delphi , un peu avant celui de Dordrect K Les remontrants objectaient que le synode qu’on voulait assembler contre eux ne serait pas infaillible cûmnve l'étaient les apôtres, et ainsi ne les lierait pas dans leur conscience. 11 fallait bien avouer cela, ou nier tous les principes de la réforme; mais après l'avoir avoué , ceux de Delplit ajoutent ces mots * : « Jésus-Christ, qui a promis « aux apôtres l’esprit de vérité, dont les lumières

• les conduiraient en toute vérité a aussi promis à

• som Église d’être m ec elle .jusqu’à la fin des siè- « des et de se trouver au milieu de deux ou trois « qui s’assembleraient en son noni^ ; « d’où ils concluaient DR peu après « que lorsqu'il s'assemblerait

• de plusieurs pays des pasteurs pour décider selon « la parole de Dieu ce qu’il faudrait enseigner dajis

• les Églises , il fallait avec une ferme coiifiauce so

• persuader que Jésus-Christ serait avec eux selon « sa promesse. •

Les voilà donc enfin obligés à reconnaître deux promesses de Jésus-Christ pour assister aux jugements de son Église. Or les catholiques o’ont jamais eu d’autre fondement pour croire l'Église infaillible. lisse servent du premier passage pour montrer qu’il est toujours avec elle considérée dans son tout. Ils se servent du second pour faire voir qu'on devrait tenir pour certain qu'il serait au milieu de deux ou de trois, si on était assuré qu’ils fussent vraiipent assemblés au nom de Jésus^hrist. Or ce qui est douteux de deux ou trois qui se seraient assemblés en particulier est certain à l'égard de toute l’Église, lorsqu'elle est assemblée en corps : on doit donc alors tenir pour certain que Jésus-Christ y est par sonesprit, et ainsique ses jugements sont infaillibles ; ou qu'on nous dise quel autre usage on peut

• a (Imwu, liv. m, p. 53 — • P^<^r- ‘îr"*»

1. part.p. 109. ^*H.orl. inin. — Üelph. tnt. Mt. Üt>rdr. tb, p. HO -» MVIU. 50. — •

XV lit, 2U.

illSTOlRE

fjîre Je ces promessi's , dans le cas où les applique le synode de Delplit.

lî est vrai que ccst dans le corps de Tl^glise universelle et de son concile œcuménique qu*on trouve raccoinplissement assuré de ces promesses. C'était pussi à un tel concile que les remontrants avaient appelé. On leur avait répondu • qu'il était douteux si •• et quand on pourrait convoquer ce concile œcu- <• ménique; qu'en attendant « le national convoqué « par les états serait coiniiK œcuménique; et géne- «• raU puisqu'il serait composé des députés de tou- « tes les Eglises ré^orml^es ; que, s'ils se trouvaient « grevés par ce synode national , il leur serait libre • d'en appelerauconcileœcuménique, pourvu qu'en « attendant ils obéissent au concile national »

La réllexion qu'il faut faire ici, est que parler de concile œcuménique, c'était |>arini les nouveaux reformés un reste du langage de l'Eglise. Car (jue voulait dire ce mol dans ces nouvelles Eglises.’ Elles n'osaient |>as dire que les députés de toutes les Kglises réformées fussent un concile œcuménique représentant n-lglise universelle. Cétait, dit-on, non p,is un concile œcuménique, mais comme unconcUe<xcumèniqn€. I>e quoi devait doue cire com()osc un vrai concile œcuménique? Y fallait-il avec eux les luthériens qui les avaient excommuniés? ou les catholiques ? ou enlîn quelles autres Eglises ? C'est ce que les calvinistes ne savaient pas; cl en l’état où ils s'étaient mis en rampant avec tout le reste deschréliens, ce grand nom de concile œcuménique, M vénérable parmi les chrélicjis, n’clail plus|K)ur aix qu'un nom en l'air, auquel il ne répondait aucune idée dans leuresprit.

La dernière observation que j'ai à faire ppur la procedure regarde les Confessions de foi et lescatéchismes reçus dans lesFrovinres-Vnies. I.es synodes provinciaux obligèrent les remontrants à y soiiscrire : ceux-ci le refusèrent ab.solument, parce qu'ils crurent qu'il y avait des princi|)cs d'où suivait assez clairement la condamnation de leur doctrine. On les avait traitê.s d'hérétiques et de schismaliquessur ce refus; et néanmoins on était d'accord dans les synodes provinciaux»; et il fut expressément déclaré dans le synode de Dordrect que ces Confession» de foi, loin de passer pour une réglé cerl.nine, pouvaient être examinées de nouveau : de sorte qu'on oblige.all les remontrants à souscrire à une doctrine de foi, même sans y croire.

Nous avons déjà observé ce qui est marqué dans les actes, que les canons du synode contre les reinoulranU furent établis avec un consealenienl unanime de tous les opinants , sant en excepter un seul *, Ixs prétendus reformés de France n'avaient pas eu permission de se trouver à Dordrect, (|Uoiqii'ils y fussent invités : mais ils en reçurent le.s decisions dans leurs synotles nationaux , et entre autres dans celui de Charenton en 1G20 , où l'on en traduisit en français lou.s les canons; cl la souscription en fut ordonnée avec sernipi.i en celte

• Tr-rr. nH Et. aMt< IhtM. — • Htlpk. i«l.

,4‘ t. JW*». 5i, P- 91, «•*»■ 32. P >23. — ISi, i30.

Pf€j. >id Ecrt

forme : • Je reçois, approuve et embrasse toute - la doctrine enseignée au synode de Dordrect « comme entièrement conforme à la parole de Dieu « et Confession de foi de nos Eglises : la doctrine A des arminiens fait dépendre l'élection de Dieu de « la volonté des hommes, ramène le paganisme, « déguise le papisme, et renverse toute la certi- A tude du salut'. • Ces derniers mots font connaître ce qu'on jugeait de plus important dans les décisions de Dordrect ; et la certitude du salut y paraît comme un des caractères des plus esseniiela du calvinisme.

Encore tout nouvellement la première chose qu'on a exigée des ministres de ce royaume réfugiés en Hollande dansces dernières affaires de la religion , a été de souscrire aux actes du synode de Dordrect; et tant de concours, tant deserments, tant d'actes réitérés semblent faire voir qu'il n*y a rien de plus authentique dans tout ce parti.

Le décret métiie du synode montre l'importance de cette décision , puisijue les remontrants y sont • prives du ministère, de leurs diaires de professeurs A en théologie, et de toutes autres fonctions tant A rcdésiastiquesqu'académiques.jiisqu'àcequ'ayant I A satisfait à l'Egiise, ils luisaient pleinement rccon- A ciliés et reçus à sa coniinunioii * : • ce qui nxMi- ; tre qu'ils étaient traités d'exrnmmuniés, et que la sentence d'excommunication portée contre eux dans les Eglises et synodes parliriiliers était oonflnnée; après quoi le synode supplie les états « de ne souffrir A pas qu'on enseigne une autredoctriiie que celle qui A venait d'étre deflnie, et d'empédier les hérésies A et les erreurs qui s'élevaient : * ce qui r^arde inanifestement les articles des arminiens, qu'on avait qualifiésd'erroncs et de sources eferrewr* cnchées.

Toutes ces choses pourraient faire voir qu'on a regardé ces articles comme fort essentiels à la religion. Cependant M. Jurieu nous apprend bien le contraire : car après avoir supposé que VÈgUxe romaine du temps du concile de Trente (tait du moins dans les sentiments des arminiens, il poursuit ainsi ^ : a Si ellcn'eüt point eu d'autres erreurs,

A nous eussions très-mal fait de nous en séparer, a il dit fallu tolérer cela pour le bien de la paix;

A parce quec'est une Eglise dont nous faisions par- A lie, et qui ne s'était pas confédérée pour soutenir la A grâce selon In tliéologie de saint Augustin ,* » etc. Et c'est niissl ce qui lui fait conclure « que ce qui fait « qu'on a retranché les remontrants de la A communion, c'est parce qu'ils n'ont pas voulu se A soumettre à une doctrine premièrement que nous « croyons conforme à la parole de Dieu; seconde- A ment, que nous nous étions obligés, par une Con- A ft'ssion confédérée, de soutenirelde défendre coo- A tre le pélagianisme de l'Eglise romaine. »

Sans lui avouer scs principes, ni ce qu'il dit de l'Eglise romaine, il nie suflit d'e.\|>oser ses sentiments, qui lui font dire dans un autre endroit que

• .Sy». rie Chnr. c. 23. — ’ .Vn/. 5yi. de PemumL I3R. p. ^ .SyU. lie rEÿf. t. Il , f. 3,/> - * Ibid

r. 10, p. aü.'i.

DES VARIATIONS, LIV. XIV

«• les Églises de b Confef^sioii des Suisses et de Ge< « nève relrancheraient de leurcoinmunion un semi>

• |k^l.igien et un homme qui soutiendrait les er> « reurs des remontrants; mais que ce ne serait « pourtant pas leur dessein de déclarer cet homme « damne, çominesilesenii-pélagjanismedamnait*. » Il demeure donc bien établi, par le sentiment de ce ministre , que la doctrine des remontrants peut bien exclure (|^iie!qu*un de la confédération parti* culière des Kgli.ses prétendues réformées; mais non pas en général de la société des enfants de Dieu : ce qui montre que ces articles ne sont pas de ceux qu’on ap()e)le fondamentaux.

Kriliii le même docteur, dans le Jugement sur les métliodes,où il travaille à la réunion des luthériens avec ceux de sa communion , reconnaît que , • pour « arrêter un torrent de (>élagiaiii$me qui allait inon-

• der les Pays-Bas , le synode de Dordrect a dd op* « poser la méthode la plus rigide et la plus exacte à ce « reidcliement pélagien *. ■ Il ajoute que, dans cette vue, « ita pu imposer à son parti la nécessité de

• soutenir la méthode de saint Augustin, et obii-

• gei non tous les membres de sa société, mais au « moins tous ses docteurs , prédicateurs, et autres « gensqui se mêlent d’enseigner, sanspourlantohli- « gerà la même chose les autres Ëiglises et les autres m communions. • D’où il résulte que, le synode, loin d'obliger tous les chrétiens à ses dogmes, ne prétend pas mémey obliger tousses membres, niais seulement ses prédicateurs et ses docteurs : ce qui montre ce que c'est nu fond que ces graves dérisions de la nouvelle réforme , où, après avoir tant vanté l'expresse parole de Dieu , tout aboutit enûn à obliger les docteurs à enseigner d’un commun accord une doctrine que les particuliers ne sont obligés ni de croire ni de professer.

Et il ne faut pas répondre que c’est ici de ces dogmes qui ne doivent pas venir à la connaissance du peuple: car, outre que tous les dogmes révélés de Dieu sont faits pour le peuple comme pour les autres , et qu'il y a certains cas où il n'est pas permis de les ignorer, celui qui fut déliiii a Dordrect devait être plus que tous les autres un dogme très-populaire, puisqu’il s'agissait principalement de la certitude que chacun devait avoir de son salut : dogme où l’on mettait dans le calvinisme le principal fondement de la religion clirctieime^.

Tout le reste des décisions de l>ordrect aboutissant, comme on a vu , à ce dogme de la certitude, il n’était pas question de spéculations oiseuses, mais de la pratique qu'on jugeait la plus nécessaire et la plus intime de la religion : et néanmoins M. Jurieu nous a parlé de cette doctrine , non tant comme d’un dogme principal, que comnie d’une méthode qu’on aété obligé de suivre; et non pas comnie étant la plus certaine , mais comme étant la plu* rigide : Pour arrêter, disait-il, ce torrent de pélagianisme , il a fallu lui opposer la méthode la plu* rigide et la plu* exacte, et décider, ajoute-t-il 4, beaucoup

de VÈgt. l. II. e. S, p. MO. — * Jtig. sur Urs m/M. «>-(/. tK. IbO, lüu.-^Ct*üeMUS. p. 204.— * Jwÿ.iur/e’d in.'M. Uit. 18, P'

I de choses aupréj/tdicc de ht liUrté,fpti a toujours, été de disputer pour cl contre entre les réformé* • ^ comme si c’était ici une affaire de politique, ou qu’il y edi autre cliose à considérer dans les décisions de l’Kgüse que la pure vérité révélée de Dieu clairement et expressémejit par sa parole, sur laquelle aussi, après qu’elle a été bien reconnue , il n’est plus permis de biaiser.

Mais ce qu'enseigne le même ministre en un autre endroit est encore bien plus surprenant, puisqu’il déclare aux arminiens que ce n'est point proprement rarininianisme, mais le socinianisme, qu’on rejette en eux. • Ces messieurs les remontrants, « dit-il ' , ne se doivent pas étonner que noms of- ■ frions la paix aux sectes qui paraissent être dans

• les mêmes sentiments qu’eux à l’égard du synode « de Dordrect, et que nous ne la leur présentions « pas. Leur semi-socinianisme sera toujours une mu-

* raille de séparation entreeux et nous. » Voilà donc ce qui fait la séparation. C’est i\iiuujaurd'hui, poursuit il, le socinianisme e^l entre eux dans te* lieux tes plus élevés. On voit bien que sans cet olwtacle on pourrait s’unir avec les arminiens , sans s'embarrasser de ce torrent de péiagianisme dont U* inondaient les Pays-Bas, ni des décisions de Dordrect, ni même de la confédération de tout le calvinisme pour les prétendus sentiments de saint Aumislin.

M. Jurieu n'est pas le seul qui nous a révélé ce sccretdu parti. Le ministre .Mattlûeu Bochart nous avait appris avant lui que • .si les reinotiiranU " o'eusseiit différé du reste des calvinistes que dans « les cinq points décidés dans le synode de Dor- •> drcct , j’affaire cdt pu s’accommoder* ; > ce qu’il connrme par le sentiment des autres docteurs de la secte ^ , et par celui du synode même 4.

Il est vrai qu’il dit en même temps qn’enron qu’on fût disposé à tolérer dans les particuliers paisibles et modestes les sentiments opposés à ceux du synode, on n’edt pas pu les .souffrir dans les ministres, qui doivent être mieux instruits que les autres : mais c’en est toujours assez pour faire voir que ces décisions fu'on opfyosait au pélagianisme^, quoique faites par le synode avec un si grand appareil, et avec tant de fréquentes déclarations qu'on n'y suivait autre chose que la pure et expre.<;se parole de Dieu, ne sont pas fort essentielles au christianisme; et ce qui est le plus étonnant , qu’on réputé pour gens modestes des particuliers qui après avoir connu la dé(*ision de tous les docteurs , et , comme parle M. Bocliarl, de toutes les Églises du parti autantquUyen a dans l'Europe ^ , croient encore pouvoir mieux entendre la saine doctrine, non» seulement que chacune d'elles en particulier, mais encore qu'elles tonies ensemble.

Il est même très-assuré que les docteurs dans lesquels on ne voulait point tolérer les sentiments opposés à ceux dusyiinde, se sont ouvertement relâchéssurce sujet. Ia*s ministres qui ont écrit dans les derniers temps , cl entre autres M. de Beaulieu,

' Jng., etc., sert. |fl, p. j27. — * OinHart. ettp. 8, p.

rii’ft. 130. — » /6irf. J«7. — * Ibid. IVietsrg. Jbid.li7,

quenous avons VU 5 Sedan un des plus savants et des plus pacifiques de tousiesministres, adoucissent le plus qu ib peuvent le dogme de l'inamissibilité de la justice « et même celui de la certitude du salut • ; et deux raisons les y portent : la première est IVIoigneinent qu'en ont eu les luthériens, à qui ils veulent s'unir à quelque prix que ce soit; la se* ronde est l'absurdité et l'impiété qu'on découvre dans CCS dogmes, pour peu qu'ils soient pénétrés. Les docteurs peuvent bien s’y accoutumer, en confié<iucnre des hmx principes dont ils sont imbus : mais les gens simples et de bonne foi ne croiront pas aisément . que chacun, pou r être lidèle, doi ve s'as* surer qu'il n'a point à craindre la damnation, dans quelque crime qu'il se plonge; encore moins qu'il soit assuré d’y consener la sainteté et la grâce.

Toutes les fois que nos réformés désavouent ces dogmes impies , louons-en Dieu ; et , sans disputer davantage , prions*les seulement de considérer que le Saint- Esprit ne pouvait pas être en ceux qui les ont enseignés, et qui ont fait consister une grande partie de la réforme dans de siirKÜgnes idées de la justice chrétienne.

Il résulte neaiinmins de là qu'aprestout ce grand synode a été inutile ,ct qu'il ne guérit ni les peuples ni les pasteurs mêmes, pour qui principalement Ma été fuit ; puisque ce qu’on appelle pélagianisme dans la rérornie,qui est ce quele syiiodea voulu détruire, demeure en sou entier, car, je le demande : qui est guéri de ce mal.^ Ce n’est pas déjà ceux qui n'en croient pas le synode; et ce n'est non plus ceux qui le croient; car, par exemple, M. Jurieu, qui est de cc dernier nombre , et qui parait demeurer si ferme dans la confédération , comme il l'appelle, des Eglises calviniennes contre le pélagianisme, au fond ne rimprouve pas , puisqu’il soutient, comme onavu*, qu’il n’('st pas contraire à la piété. Il ressemble à ces soriniens qui, interrogés s’ils croient ia divinité éternelle du Fils de Dieu, ré|>ondent bien qu’ils la croient : mais si on les pousse plus loin, ils disent que la croyance contraire, au fond n'est pas opposé à la piété et à la vraie foi. Ceux-là sont vrais ennemis de In divinité du Fils de Dieu, puisqu'ils en tiennent le dogme pour indiffèrent : M. Jurieu est pélagien, et ennemi de la grâce dans le même sens.

En effet, quel est le but de cette parole : Dans les exhortations il /aitl weessairement parier à ta pélagiennef Cen'esX pas là le discours d'un théologien; puisque si le jvlagianisme est une hérésie qui rende inutile la croixde Jésus-Christ, commeon l'a tant prêctvé même dans la réforme^ , il eti faut être éloigné jusqu'à l’infini dans l'exhorlalion , loin d'y en conserver la moindre teinture.

C.€ ministre ne s’entend pas mieux lorsqu'il excuse les pélagiens ou les scmt-pH.igtens de la Cmifes.sion d'Augsbourg a\e<* les arminiens qui on suivent les sentiments ; sous prétexte que, • iiendanl qu'ils sont - senii-pélaglens de parole et pour l’espiit , ils sont

* Thft.ef nrt.juêt. Itfm. th. an ho-

•V» miu Mi. vinh. etr. ComU, 3, 3, 4, &, 0 ttc. — * Ci- P- 217. — ‘ Vr/A. 5.<i. 15, P ni.

« disciples de saint Augustin pour le coeur ' ; • ear ne sait-il pas que l'esprit gâté a bleotdt corrompa le coeur ? On est trop attaché à l'erreur quand on ne se réveille pas lors même que la vérité nous est présentée, prlncipalen>ent porun synode de toute la communion dont on est.

Quand donc M. Jurieu dit d'un côté que le pélagianisme ne damne pas * , et que de l’autre on ne rendrajaiiiais de vrais chrétiens et de vrais dévots pélagiens et semi-pélaglens ^ ; tout subtil théologien qu’il est , il ne pouvait pas montrer plus clairement qu’il ne songe pas à ce qu’il dit, et qu'en voulant tout sauver on perd tout.

Il croit aussi avoir évité ces excès de faire Dieu auteur du péché , oii il prétend qu’on ne tomlie plus dans son parti depuis ceut ans*, et il y retombe 'lui-même danslemême livre où il prétend montrer qu’on les évite. Car enfin, tant qu'on ôtera au geure humain la liberté de son choix , et qu'on croira que Je libre arbitre subsiste avec une entière et inévitable nécessité, il sera toujours véritable que ni les hommes ni les anges prévaricateurs n’ont pas pu ne pas pécher ; et qu'ainsi les péchés où ils sont tomliés sont une suite nécessaire des dispositions où leur Créateur les a mis. Or M. Jurieu est de ceux qut laissent en leur entier cette inévitable nécessité, lorstiu’i! dit que nous ne savons de notre âme , sinon quelle f>ense, et qu’on ne peut pas définir ce qu’il fautpotfr élrelibre^. Il avoue donc qu’il ignore si ce n'est (raint cette inévitable et fatale nécessité qui nous entraîne au mal comme au bien , et tl se replonge dans tous les excès des premiers réformateurs , dont il se vante qu'on estsorti depuis uti siècle.

Pour éviter ces terribles inconvéoieots, il faut du moins savoir croire, si on n'est pas parvenu jusqu’à l'entendre , qu’on ne peut admettre sans blasphème, et sans faire Dieu auteur du péché, cette invincible nécessité que les remontrants ont reprochée aux prétendus réformateurs, et dont le synode de Dordrecl ne les a pas justifiés.

Et en effet , je remarque qu’on ne dit rien dans tout le synode contre cos damnables excès. On a voulu épargner les réformateurs, et sauver d’un blâme éternel les comnieocemeuts de la réforme.

Mais du moins il ne fallait pas ménager les remuntrants, qui opposaient aux excès des réformateurs des excès qui n’étaient pas raoius criminels.

On imprima en lioliaude en 1618, un peu do vaut le synode, un li\Te avec ce titre : État des controverses des Pays-Bas ; où l'on fait voir quo c'flait la doctrine des remontrants , qu'il pouvait survenir à Dieu quelques accidents ; qu'il était capable de changement; que sa prescience sur le.s événements particuliers n'élait pas rerlaine; qu'il agissait par discours et par cmijccture , en tirant comme nous une chose de l’autre^: et d’autres

» Idem. Secl. il,/), lis. III. /). 247. ri

— * Melh. Sert. 15, /i. i 1 1, 121. — 233. — * Meth.

Sect. 15, p. IJ®, 8.VI. — • Spertm- Controv. Bef-j., e* otüc. t /•. 2.4,7, rtr.

DiÇltiZou

DES VARIATIONS, LIV. XIV

meurs infinies de cette nature, où Ton prenait le parti de ces philosophes, qui, de peur de blesser notre liberté, Ôtaient ù Dieu sa prescience. On faisait voir qu’ils s'égaraient jusqu’à faire Dieu corporel , jus> qu’à lui donner trois essences; et le reste , qu'on peut apprendre de ce livre, qui est très-net et trèscourt. Ce livrefut composé pour préparer au synode qu’on allait tenir la inaticre de ses délibérations : maison n’y parla point de toutes oesdwses, ni de beaucoup d’autres aussi essentielles que les remontrants remuaient. On fut seulement soigneux de conserver les articles qui étaient particuliers au calvinisme , et on eut plusde zèle pour ces opinions que pour les principes essentiels du christianisme.

I^es complaisances que nous avons vu qu’on avait pour les lutliériens n’en obtenaient rien pour l'union, et ils persistaient à tenir tout le parti des sacramentaires pour excommunié. Enfin les prétendus réformés de France, dans leur synode national de Charenton, firent le décret mémorable où ils déclarent que ■ les Allemands et autres suivant la «Confession d’Augsbourg, attendu que les f.glises

• de la Confession (TAugslraui^ conviennent avec

• les autres réformés aux principes et points fomJa-

• mentaux de la vraie religion, et qu’il n'y a en leur «culte ni idolâtrie, ni superstition, pourront, •• sans faire abjuration , être re<;iis à la sainte

• table, à contracter mariage avec les fidèles de

• notre confession, et à présenter comme parrains « des enfants au baptême, en promettant au consis-

• toire qu’ils ne les solliciteront jamais à contre-

• venir diri'ctement ou indireiHement à la doctrine

• reçue et professée en nos f)giises , mais se con- « tenteront de les instruire dans les princi|>es des-

• quels nous convenons tous. »

F.n conséquence de ce décret , il a fallu dire que la doctrine de la présence réelle prise en ellc-méme n‘a aucun renia ; « qu’elle n’est pas contraire à la

• piété ni à l’honneur de Dieu, ni au bien des hom-

• mes : qu’encore que l’opinion des luthériens sur

• l’eucharistie induise aussi bien que celle de Rome

• la destruction de l’humanité de Jésus-Cdirist ; cette « suite néanmoins ne leur peut être mise sus sans « calomnie, vu qu’ils la rejettent formellement ‘ : • de sorte qu’il demeure pour constant qu’en matière de religion il ne faut plus faire le procès à |>er8onnc sur ce qu'on tire de sa doctrine , quelque claire que paraisse la conséquence ; mais sur ce qu’il avoue en lermes formels.

Jamais les sacramentaires n’avaient fait de si grande avance envers les luüvériens. La nouveauté de ce décret ne consiste pas à dire que la présence réelle, et les autres dont on dispute entre les deux partis, ne regardent pas les fondements du salut : car il faut demeurer d'accord de bonne foi que des le temps de la conférence de Marpourg *, c’est-àdire, dès l'an 1529, les zuingüens offrirent aux luthériens de les tenir pour frères , malgré leur doctrine de la présence réelle; et dès lors ils ne croyaient pas qu’elle fdt fondamentale: mais ils voulaient que

' IhiiHf, V/M/.r. VII, rcf. LcNfvà .VoMÿ/. — > Q-dmut,

la fraternité fdt mutuelle, et également reconnue de part et d’autre; ce qui leur étant refusé par Luther, ils demeurèrent de leur côté sans tenir pour frères ceux qui ne voulaient pat prononcer le même jugement en leur faveur : au lieu que dans le syn^e de Charenton oe sont les sacramentaires seuls qui reconnaissent pour frères les tutlvéricns, encore qu’ils en soient tenus pour excommuniés.

date de ce décret de Charenton est mémorable: il fut fait en 1631. Le grand Gustave foudroyait en Allemagne; et, à ce coup, on cnit dans toute I? réforme que Rome même allait devenir sujette au luthéranisme. Dieu en avait décidé autrement : l’année d’après, ce roi victorieux fut tué dans la bataille de Lutzen,et il fallut rétracter tout ce qu'on en avait vu dans les propliéties.

Cependant le décret était fait, et les catlioliques remarquaient te plus grand changement qu’on pfit jamais voir dans la doctrine des prétendus réformé.s.

Premièrement, toute l’horreur qu'on avait inspirée au peuple contre la doctrine de la présence réelle a paru manifestement injuste et calomnieuse. doi-teurs en diront ce qu'il leur plaira. C’était priiiripalenu'iit à b présenc.e réelle que l'aversion des |ieuples était atlacliée. On leur avait représenté celte doctrine, non-seulement comme chamelle et grossière, mais encore comme brutale et pleine de barbarie, par laquelle on devenait des cyclopes, des mangeurs de chair humaine et de sang humain, des parricides qui mangeaient leur père et leur Dieu. Mais maintenant, depuis le décret de ce synode, il demeure pour constant que toutes res exagérations, dont on avait longtem|>s fasciné les simples, sont calomnieuses ; et la doctrine qu’on faisait passer pour si impie et si inhumaine , n'a plus rien de cou traire à la piété.

Dès là même elle devient très-croyable, et même très-nécessaire; car ce qui obligeait le plus à détourner le sens de ces paroles : Si cous ne mangez ma chair et si raas ne burez mon sang ' ; et encore de cellcs-ci : }fangez , ceci est mon corps ; buvez , ceci est mon sang*^ a des sens spirituels et métaphoriques, c'est qu'elles semblaient induire au crime, en obligeant de manger de la chair humaine et de boire du sang humain : de sorte que c'était le cas d'interpréter spirituellement,. selon b règle de saint Augustin, ce qui paraissait porter au mal. Mais maintenant cette raison n'a plus même b moindre apparence : tout ce crime imaginaire s’est évanoui, et rien n'empécbequ'oii ne prenne au pied de la lettre b parole de notre Sauveur.

On avait fait horreur au peuple de la doctrine catholique, comme d’une doctrine qui détniisait la nature humaine en Jésiis-Clirist, et ruinait lemystère de son ascension. Mais maintenant on ne doit point être effrayé de ces conséquences , et on en est quitte pour les nier, sans qu'on puisse les imputer à qui les nie.

('.es horreurs, qu’on avait mises dans l’esprit des petiples, étaient, à vrai dire, dans leur esprit le vé-

• j^H. Tt.&j. xxvt,«e,s7,a8.

ritable sujel du leur nipture avec Tt^glise. Qu’on lise dans tous les actes des prétendus martyrs la cause pour laquelle ils ont soulTert, on verra par> tout que c'est la doctrine contraire â la présence réelle. Que l'on consulte un MelanchtoOf un Stur* mius, un Peucer, tous les autres qui ne voulaient pas que l'on condamndt cette doctrine des zuingliens; leur principale raison fut, que c'était pour cettedoctrinequeinouraienttantdeüdèles en France et en Angleterre. En mourant pour cette doctri* ne , ces malheureux martyrs croyaient mourir pour un fondement de la foi et de la piété : maintenant cette doctrine est innocente , et n’exclut ni de la ta* ble sacrée, ni du royaume des deux.

Pour conserver dans le cœur des peuples la haine du dogme catholique, il a fallu la tourner contre un autre objet que la présence réelle. I«i transsubstantiation est maintenant le grand crime ; ce n’est plus rien de mettre Jésus-l'.lirist présent, de mettre un même corps en divers lieux, de meure tout un corps dans ^que parcelle; la grande erreur est d'avoir ôté le pain : ce qui regarde Jèsus-Clirist est « peu de chose; ce qui regarde le pain est l'essentiel.

On a cliangé toutes les maximes qui avaient Jusqu'alors passé pour constantes toucliant l’adoration de Jésus-Christ. Calvin et les autres avaient démontré que partout où Jésus-Christ, un objet si adorable, était tenu pogr présent, d'une présenco aussi spéciale que celle qu’on reconnaissait dans l’eudiaristie, il n'était pas permis de le frustrer de l'adoration qui lui est due'. Mais maintenant, ce n'est pas assez que Jésus-Christ soit quelque part pour y être adoré, il faut qu’il commande qu’on l’adore; quU déclare sa cohnté , pour être adoré en tel lieu ou en tel état * : autrement, tout Dieu qu'il est, il n’aura de nous aucun culte. Bien plus, il faut qu'il se montre : « Si le corps de Christ est

• en un lieu invisiblement, et d’une manière ini-

• perceptible à tous les sens , il ne nous oblige pas ■ à l'adorer en ce lieu-là. • Sa parole ne suflU pas, il faut le voir : on a beau entendre la voix du roi, si on ne le voit de ses yeux , on ne lui doit rien , ou du moins il faut qu'il dise expressément que son intention est d'étre honoré : autrement, on agira comme s’il n’y était pas. Si c'était le roi de b terre , on n’hésiterait pas à lui rendre ce qui lui est dd, dès qu'on sait qu'il est quelque part : mais honorer ainsi le Roi du ciel, ce serait une idoldtric, et on aurait peur qu’il ne erdt qu’on adore un autre que lui.

Mais voici une nouvelle finesse. Le luthérien , qui croit Jésus-Christ présent, le reçoit comme son Dieu ; U y met sa confl.ince, il l'invoque; et le synode de Chareiiton décide qu'il n'y a ni idolàlr'te ni superstition dans ton cidie : mais s’il fait un acte sensible d'adoration, il idolâtre : c'est-à-dire qu'il est permis d'avoir le fond de l’adoration, qui est le sentiment intérieur; mais il n'est pas permis de le témoigner, et on devient idolâtre en faisant paraître,

' Cnnt. f'etlph. Cont. d» ministre

rnr te Sj/n, de Char. I, 21. £Ju»d. I}ia/. rap. 7.

ScJitni, P ai.

par quelque posture de respect, le sentiment de vénération vraiment sainte qu’on a dans le cœur.

Mais, dit-on, c’est que si le luthérien adorait Jésus-Christ dans l’eucliaristie, où il est avec le pain, il serait à craindre que l’adoration ne se rapportât au pain comme à J^us-Christ '; et, en tout cas, qu'on ne crût que ce fût l’intention de l'y rapporter. Sans doute, lorsque les mages ont adoré Jésus- Christ, ou dans sa crèche, ou dans un berceau, il fallait craindre qu’ils n'adorassent, avec Jésus-CJirist, ou le berceau , ou la crèche; ou enfin, que la sainte Vierge et saint Joseph ne les prissent |KKir des adorateurs du berceau où reposait le Fils de Dieu. Voilà les subtilités que le décret de Cbarenton avait amenées.

D’ailleurs, la doctrine de l'ubiquité, qu’on avait traitée avec raison, autant parmi les sacrainentaires que parmi les catholiques, comme une doctrine monstrueuse, où l'on confond les deux natures de Jésus-Christ, devient la doctrine des saints.

Car il ne faut pas s’imaginer que les défenseurs de cette doctrine soient exceptés de l’union : le synode parie en géi>éral des Eglises de la Confession d’Augsbourg, dont on sait que la plus grande partie est ubiquitaire; elles ministres nous apprennent que l'ubiquité n’a rien de mortel * , quoiqu’efie renverse, plus expressément que n’oiU jamais fait les eutyriiiens , la nature humaine de notre Seigneur.

En un mot, on compte pour peu tout ce qui ne change rien dans le culte , et encore dans le culte extérieur; car la croyance qu’on a au dedans n’est pas un obstacle à la communion : il n'y a que le respect qu'on rend au dehors qui fait le péché; et voilà où nous réduisent ceux qui ne nous prêchent que l’adoration en esprit et en vérité.

Ou voit bien, sans qu’il soit besoin que j'en avertisse, qu’après le synode de Charenton, ni rinamissibilité de la justice, ni la certitude du salut, ne sont plus un fondement nécessaire de la piété, puisque les luthériens sont admis à la communion avec la doctrine èontraire.

II ne faut non plus nous parler de la prédestination absolue et des décrets absolus comme d'un article principal, puis^iu'on ne doit pas nier, selon M. Jurieu^,- qu'il ii’y ail delà piété dans ces gran- « des communions de protestants, dans lesquel- > les on traite si mal et les décrets absolus, et la » grâce efficace par elle-niéme. • I.e même ministre demeure d’accord que les protestants d'Allemagne font entrer * la prévision de la foi dans « cet amour gratuit par lequel Dieu nous a ai- « mes en Jésus-Christ « Ainsi le décret de la prédestination ne sera pas un décret absolu, et indépendant de toute prévision; mais un décret condition» net, qui renferme la condition de la foi future : et c’est ce que M. Jurieu ne condamne pas.

Mais voici les deux plus remarquables nouveautés qu'ait introduites le décret de Cliarenlon

* Dûil., etc. /). 21 . — ‘ ftiich. ibid. t7 l Dial. U. part. t. 7. — ^ sur Ut otclk. , fxt. II,/». MO. — < lbsd.,tcct.

lN,/i l.»H.

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