‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 51 sur 192 · S43 TROISIÈME · texte numérisé non relu

S43 TROISIÈME

ehrêliens : en rannom;aut , nous y conduisons; puisque, selon les principes du Système, on ne raniioiice pas inutilement, et que la parole de Dieu n’est pas stérile. Qu’on ne nous objecte plus que nous retranchons avec la coupe une partie subsUnlielle de reuclioristie. Nous avons les sacrements en substance; et il n'y a aucune raison ni générale ni particulière de nous priver du salut. On ne peut ici se réduire aux enfants (|ui meurent parmi nous après le baptême et avant i’dge de raison : car il n’aurait fallu parler, ni de la doctrine, ni de la prédication, puisqu'ils n’y ont aucune part en l’clat nù ils sont. Les adultes se sauvent donc parmi nous, comme parmi les autres vrais cliréliens qui font une communion et retiennent les fondements; et c’est en vain qu’on voudrait tâcher de renfermée le salut dans les enfants.

En effet, dans le »néme endroit où le ministre semble s’y réduire; sentant bien en sa conscience qu’il n’y a pas moyen de s’en tenir là, il ajoute que s’il V avait quelques élus entre les adultes t cela élaiit abseUament inconnu ne fMuvait servir à rien* : comme s'il y avait sur la terre une communion où l’on connût les élus, ou que l’on sût qu’il yen a par une autre voie que par celle qui a forcé le ministre à en mettre selon ses principes dans toutes les sociétés où la parole de Dieu est prêcluH' , c’està-dire par l’efQcace et par la fécondité de celle parole.

C’en serait trop sur celte matière, si elle était de moindre importance, et si le ministre a qui nous avons affairevouloilagir de bonnefoi : mais comme il ne cherche qu’à éluder tout ce qu’il a dit de plus clair, il faut l’accabler de preuves. Car, après tout , quelle raison l’aurait empêché de nous sauver avec tous les autres, c'est-à-dire, non-seulement avec les luthériens, qui font partie des protestants, mais encore avec ceux qu'on ne met point en ce rang; nve<; les Grecs, les jacobites et les nesloriens, à qui il ne dénie pas qu’il ait accordé le salut? Coinmenrons par ce qui regarde le culte; car cVst ce qu’oii fait passer pour le point le plus essentiel. On ne nie pas que les Grecs n’aient avec nous le culte des saints, celui des reliques et des images, ni que ce culte n’ait passé en dogme constant au second concile deNicée, tenu et approuvé dans l’Église grecque. Les nestoriens et les jacobites sont dans les mêmes pratiques : le fait est constant, et personne ne le conteste : ils sont donc déjà idolâtres «•omme nous cl comme les Grecs; et néanmoins on se sauve parmi eux. Venons à ce qui regarde la personne do Jésus-Christ et son incarnation. Sans disputer maintenant du sentiment des nestoriens et des eutycinens, ou demi-eutychiens et jacobites, vous avez vu que M- Jurieu les a sauvés, en présupposant dans la doctrine des nesloriens la désunion des personnes, et dans celle des eulychiens la confusion des natures. Vous avez vu, dis-jc, f|u'on peut être sauvé en croyant l’huinaiiilé absorbée dans la nature divine, et la personne de Jésus- (Christ divisée en deux.

‘ UH. s»

AVERTISSEMENT

Passons à la doctrine de la grâce et de la prédet* tination. Vous sauvez les luthériens, encore que, de l’areu de M. Jurieu, ils soient demi-pélagiens, et qu'ils attachent la conversion de i’iiomme à des actes purement humains, où la grâce n’a aucune part. Vous en avez vu les passages dans le deuxième Avertissement.

Vous avez vu, dans le même endroit, que les mêmes luthériens nient que les bonnes ccuvrea soient nécessaires au salut, et qu'ils avouent qu’on se peut sauver sans exercer les vertus et sans aimer Dieu; ce qui va à l’extinctiou de la piété, et nVm|>êdie pas néanmoins qu’ils ne parviennent au salut.

Disons un mol des sacrements. Ce serait une cruauté, selon le ministre ' , de chasser de l’f^lise et d’exclure du salut ceux qui admettent d’autres sacrements que le baptême et la cène; et loin de nous en exclure pour y avoir ajouté la conûrmation , l’extrême-onction et les autres, il n’en exclut même pas les chrétiens d’Éthiopie, à qui il fait recevoir la circoncision à titre de sacrement, encore que saint Paul ait dit : Si vous recevez la circoncision, Jésus-Christ ne vous servira de rien*. Tout cela est objecté dans les Variations^, et tout cela a passé sans contradiction.

Pour la présence réelle, on n'a plus besoin d'en parler ; et il y a trop longtemps qu’on est ronvemi , en faveur des luthériens, que celte doctrine, qui nous rangeait autrefois au nombre des nntliropophages, est devenue innocente et sans venin. L’ubiquité , doctrine insensée et monstrueuse s’il en fut jamais, de l’aveu de vos ministres, où l’on fait Jésus-Christ, en tantqu’lioiimie, aussiimmense que Jésus-Christ en tant que Dieu, est tolérée dans les luthériens avec la présence nielle; quoiqu’au fond cette doctrine emporte avec elle reutychiaiiisme tout pur, et i’Iiumanité absorbée dans la nature divine : mais cela même est déjà passe aux jacobites, avec tout le reste.

Pour peu qu'il y eût de bonne foi, il ne faudrait plus disputer de la transsubstantiation, puisqu’il n'y a presque plus de protéstant.s qui ne la reconnaissent parmi les Grecs, et que les savants la trouvent si claire dans les liturgies des nestoriens et des eulychiens, qu'il n’y a pas moyen de le nier : mais du moins, a quelque excès que l’on porte l’impudence, on ne niera pas |>armi eux, non }»lns que parmi le.s Grecs, une oblatiou et un sacrifice dans la célébration de l’eudiaristie , et un sacrilice offert â Dieu pour les morts comme [wur les vivants , et pour les péchés des uns et des autres. Tout cela passe , cl on se sauve avec tout cela; avec le culte des saints et l’idolâtrie des reliques et des images; avec un sacri- Qce propitiatoire pour les vivants et les morts, puisque c'est pour les pèches de-s uns et des autres ; avec la présence réelle et toutes .scs suites; et ce qui est bien plus étrange, avec l'ubiquité des luthériens, avccle nestorianisme, reiilychiauisme, le stwi-pélagianlsme. Et qu’esl-ce qui ne passe point avec ces monstres d’erreurs ? Ce ne sont point seulement les

» Sytl. p. 6X1», bis. — *Onl. v, 3. — > f ar Ur. *V.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU

(mfknte qu« le ministre a voulu sauver Hans toutes I CCS sectes en vertu de leur baptême ; ce sont les adultes , qui y vivent de bonne foi , et ne sonsent seulement pas à en sortir : autrenicnt il retomherait dans In cruauté qu'il rejette» de damner tant de-chrétiens qui lui paraissent de bonne foi. Ouvrant la porte du ciel à tant d'hérétiques » quel front eiU-il fallu avoir pour nous en exclure!

Mais le grand principe du ministre l'oblige encore plus à nous recevoir. Car» comme on a vu souveut » ce qui Poblige à sauver tant de sectes , et des sectes si corrompues de son aveu propre , c'est la fécondité, qui selon lui est inséparable de la |>arolede Dieu » quoique impurement preebée. Or la parole de Dieu se prêche parmi nous autant et plus sans difficuité» que parmi les jacobites et les Grecs. Dieu serait cruel, selon le ministre» si cette parole n'était préebée que pour rendre les hommes plus inexcusables; et c'est de là qu'il conchit quelle a son effet entier dans toutes ces sectes» et qu'elle y sauve quelqu'un. C'est pousser la haine trop avant et trop au delà de toutes les bornes, que de nous faire les seuls pour qui Dieu puisse être cruel ; les seuls qui» en retenant les fondements du salut , et les prêchant si solidement» ne puissions sauver personne; les seuls à qui il faille imputer les conséquences que nous nions. Avoir un pape à sa tête pour maintenir l'unité et le bon ordre » même en tempérant sa puissance par l'autorité des canons, est-cc un crime si détestable » qu'il vaille mieux nier la grêce» rejeter la nécessité des bonnes œuvres , diviser la personne de Jésus-Christ , absorber son humanité dans sa nature divine, et tout cela en termes formels? Ce se- ' rait une cruauté et une absurdité tout ensemble» qu'un front humain ne pourrait soutenir.

Après cela , si on nous demande d'où vient donc que les protestants sont si difflciles envers nous; et que M. Jurieu» qui nous admet au salut» fait semblant de s'en repentir : la raison en est bien aisée; et ce ministre nous apprend lui-même que c’est une fausse politique. C'est ce qu'il a dit clairement à la fin de la préface de son Système. Ce Système, qui met tant de sectes dans l'Eglise univcr.^^ellc» et les admet au salut» selon lui est un dénoOment des plus grandes diflicultés qu'on puisse faire à la rcforme ; et ce ministre déclare que si on n 'a pas encore beaucoup appuyé la-dessus , c'est de la politique du parti : c'est» en un mot» qu'un a vu qu'ilserait facile d'attirer les protestants qui aiment la paix , dans la communion de l'Lglise» si une fois on leur avouait qu'on s'y püt sauwr. Il ii’y a personne qui ne fdt bien aise d'assurer sou salut par ce moyen; et voilà bien certainement celle poZ/Y/çi/c dont se plaint M. Jurieu» et qui a empêché Jusqu'ici qu'on n'appuyât l>eaueotip sur son système.

Je lui ai fait celte objection dans le. livre des Variations ’ » et il n'a eu rien à répliquer : mais nous pouvons maintenant entrer plus avant dans ce secret de la réforme. Il est certain qu’au commencement on n'y osait dire qu'il n'y eût point de salut dans la communion romaine; au contraire,

• Faf. Uv. XV.

on faisait semblant de ne pas vouloir absolument y renoncer. Les deux partis de la réforme » c'est-àdire tant les raiingliens que ceux de h Confession d’Augsl>ourg, se soumettaient au concile que le pape assemblerait*. Nous avons vu qu'on mettait au nombre des saints les plus zélés défenseurs de l’Eglise et delà croyance romaine, un saint Bernard » un saint Bonaventure» un saint François; et Luther reconnaissait en termes magnifiques le salut et la sainteté dans cette Église ».

Je ne parle point des autres auteurs dont les discours vont au même but. Si dans la suite on a usé de plus de réserve, c'est l'appréhension qu'on a eue de rendre in réforme moins nécessaire nu salut , et de faire voir, si on se sauvait dans In communion romaine, qti'il valait mieux s'y tenir» que d'aller risquer ailleurs son éternité. On sait ce qui se passa dans la conversion de Henri IV. Quand il pressait ses théologiens » ils lui avouaient de bonne foi , pour la plupart, qu’avec eux l'état était plus parfait; mais qu’avec nous» il suflisait pour le salut. Ce prince ne trouva jamais aucun catholique qui lui en dit autant de la prétendue réforme où il était. De là donc il concluait qu'il faudrait être insensé pour ne pas aller au plus sur ; et Dieu se servait de l’aveu de ses ministres pour faire entrer ses lumières dans le grand cœur de ce prince. chose était publique dans la cour : les vieux seigneurs» qui le savaient de leurs pères, nous l’ont raconté souvent ; et si on ne veut pas nous en croire» on en peut croire M. de Sully » qui » tout zélé huguenot qu'*! était, non-seulemenl déclare au roi qu'il tient infaiiliblequ’onsc sauve étant catholique, inaisnomme encore à ce prince cinq des principaux ministres qui ne s'éloignaient pas de ce sentiment L Cependant un si grand exemple, et la conversion d'un si grand roi , fit peur aux docteurs de la réforme , et ils n'osaient presque plus dire qu’on se sauvât parmi nous. M. Jurieu lui-même avait peine à se déclarer dans ses Préjugés légitimeji. Nous avons vu < le passage où il dit, " qu’il ne veut point définir quelles « sont les sectes où Dieu peut avoir des élus » et où ■ il n’en peut avoir : l'endroit» poursuit-il» est trop « délicat et trop périlleux. * Il le dit pourtant dans la suite » comme on a vu : mais la politique du parti le faisait encore un |>eii hésiter alors; et ce n’est que dons son Système de l'Église qu’il blâme ouvertement cette politique.

. Demandez-lui maintenant ce qu'il y avait de si délicat et de si périlleux dans ce système : était-ce de sauver les Grecs, les Russes, les jacobites» les nestoriens? Craignait-il que ses protestants n'allassent en Orient rechercher le ptitriarche de Constantinople, ou celui des nestoriens? Et qui ne voit au contraire que ce qu'il craignait, c'était de faciliter le passage de la ndbrme vers nous? Il n’on faut pas davantage pour vous convaincre que» pnisqii'à la lin il s'est élevé au-dessus de la politique du parti , c’était nous qu'il voulait sauver ; et ce n’était pas les

• t'ar. in,&67.&7U, 671. Pr*f. Con/. ./«y. Ctmcln». Âr^rnl. — * t'ar. lit, 670. — » ,V<w. rh 3S. —

* ci.tlewu», p. 339.

TROJSIÈME AVERTISSEMENT

nu

enfants qu’il avait en vue : ce ne sont point les enf.iiits qu’il faut empêcher d’aller chercher leur salut dans une autrecommunion; les adultes seuls étalent l’objet de la politique, qu'il avait enün meprisceen nous recevant au salut. S’il semble s’en repentir et révoquer son aveu , c’est que la politique, qu’il avait bhlmée, reprend le dessus dans son esprit; et en deux mots , mes diers frères , il craint d’en avo»r trop dit, et que, pour assurer votre salut , vous ne le cherehiei a la fin où lui-méme il vous le montre.

Non, direz*vous, cet inconvénient n’est pas à craindre; puisque, après tout, enavouanl qu’on peut 8ü sauver dans la communion romaine, il y met des restrictions qui font lre»nbler, et n’ouvre aux catholiques la voie du salut que par une espèce de miracle. Mais, mes frères, tout cela est vain; et malgré les restrictions odieuses et excessives de votre ministre , l'avantage que nous remportons de son aveu est grand en toutes maniérés. Premièrement, parce qu’il s’ensuit que l’accusation d’idolàtrie et celle d’anlichristiaiiisme est tout à fait nulle ; puisque ces deux choses manifestement sont incompatibles avec le salut, et que le ministre na pu le nier que par la contradiction qu’on a remarquée entre ses principes ; marque évidente cl inévitable de leur fausseté.

Secondement, tout le inonde ne donnera pas dans les idées de vM. Jurieu, où il faut composer | l’Église catholique de tant de sectes ennemies qui |K)ussent le schisme cl la division Justju’à s’cxcom- j munier mutuellement, eiju.tqu’aHX rpé^s j

comme parle ce mini-slrc C'est détruire le christianisme, que de donner celle faible idée de l’unité chrétienne; c’est oter ou royaume de Jésus-Christ le caractère de paix qui le rend éternel, et lui donner le caractère du royaume de Satan , prêt à tomber, selon la parole du Kils de Dieu, parce qu’il est divisé en iui-meme». Si donc on ouvre une fois les veux à la vérité, si on voit qu'il n’est pas possible de nous refuser le litre de vraie Élglise, où I on peut trouver le salut que nous cherchons tous, ceux qui le cherclient véritablement ne tarderont pas à pousser leurs réJlexions plus loin. Ils reconnaîtront les avantages plus éclatant.s que le soleil de l'É/glise catholique romaine au-dessus de toutes les autres sociétés qui s'attribuent le titre d’É:,qlise. Ils y verront l'antiquité, la succession, la fermeté à demeurer dans le même état, sans qu’on puisse lui marquer, par aucun fait positif, ni la dote du commencement d’an • cun de ses dogmes, ni aucun acte où elle renonce à ses anciens maîtres. Ils y verront la chaire de saint Pierre, où les chrétiens de tous les temps ont fait gloire de conserver Tunité; dans celle cliaire , une eiiilnejite et inviolable autorité , et rincompatibilité avec toutes les erreurs , qui ont toutes été foudroyées de ce haut siège, llsy verront en un mol tous les avantages de la catholicité, qui forcent ses ennemis, au milieu de leurs calomnies, à lui rendre témoignage : ce qui fera confesser à tous les gens de Iton sens qu’on devait d’autant moins la quitter, qu'à la lin il faut avouer qu’on y trouve la vie éler-

* f- xu, as,

nelle; et il paraîtra évident que comme on ost aorti de son sein , c'est à ce sein maternel qu’il faut retourner de tous les coins de la terre, pour assurer son salut.

Kn effet, en troisième lieu, les dilTicullés qu’on s’imagine à le trouver parmi noii.s ne sont point fondce.s en raison , mais dans la haine la plus aveugle qu'on puisse Jamais imaginer; puisque même on a osé dire qu’on se sauverait plus aisém nt parmi les ariens quoiqu’ils nient la divinité du Fils de Dieu. V'oilà ce qu’a dit votre ministre, où vous voyez clairement que c'est la haine seule qui le fait parler: et rien ne le prouve mieux que la raison dont il se sert pour donner la préférence aux ariens : car c'est , dit-il , que parmi eux on ne nie que cet artlde fondamental, c'est-à-dire, la divinité de Jésus-()hrist ; et que parmi les catholiques romains on en nie plusieurs. Mais vous venez de le voir forcé d'avouer que nous n’en nions aucun : et s’il dit que nous tes nions par conséquence, outre qu’il a justifié ceux qui rejettent les conséquences qu'on leur impute, toujours nous serions en meilleur état que les ariens, qui nient directement le fondement de la foi avec la divinité de Jésiis-Clirisl. Or, constamment et selon les propre.s principes de M. Jurieu, ceux qui nient directement le fondement du salut sont en pire état que ceux qui ne le nient qu’indirectement et par des conséquences qu'ils tejettent. Nous sommes de ce dernier nombre . selon lui ; par conséquent, sans aucun doute et Mdon lui-même, préférables aux ariens, au-dessous desiiuels il nous met : c’est donc manifestement la haine qui le fait parler, et non la raison. D'où, preiiiièrement, je confirme, quoi qu'il dise, qu’il ne cherche qu'a diminuer l'impiété de ceux qui nient la divinité de Jésus-(Jirist ; et je conclus , secondement , que tous les obstacles qu’on cherche avec tant d’aigreur au salut des catholiques, sansenavoiraucuneraison, ne servent qu'a faire voir dans leurs adversaires une aversion injuste cl insupportable.

Une objection si pressante , proposéeau livre xv des Variations, est demeurée sans réplique. Vous y voyez d'un coté la liainc la plus excessive et la plus aveugiti qu’on puisse imaginer; et d’autre part, malgré celte haine, l’avini le plus aullieatiquc et le plus formel , qu'on peut se sauver parmi nous. Dieu ne vous donne pas en vain ce témoignage. Dieu ne permet [las en vain que ce Caïplie prophé. lise : trompé et troin|H*ur en tant d’endroits, il eU force à dire cette vérité, pour aider les faibles, pour ramener les gens de bonne foi , et à la lin rendre les autres autant inexcusables qu'ils sont endurcis.

Enfin, si l’aveu que fait le ministre, qu’on peut se sauver |iarmi noms et dans rflgllse romaine, n’était pas pour ille d’une extrême conséquence , ce ministre, après l’avoir fait si sidemicllement et tant de fois dans ses Préjuges légitimes, dans son Système, et ailleurs, comme on a vu, ne ferait pas tant d'efforts, dans sa Lettre onzième, pour nous radier un aveu si constant , ou plutôt pour se dédire s’il pouvait. .Mais il se tourmente en vain ;

* Pr<J. itÿit. I. p<irt. f. i, $yt(. p. rnr. XV , IVfc.

SUR LES LETTRES DK M. JURIEU

et de peur que vous ne cro\iez que ce ministre t/en ^ e^t venu ià que parce qu'il l'a bien voulu , ou qu'il | en pourrait revenir s'il lui plaisait, il est bon de considérer par quelle force invincible il y a été entraîné. L’histoire en est courte; et je veux bien répéter ici, en abrégé, ce qui enestexpliqiié un peu pUisau long, mais encore très-brièvement, auquinzièine livre des Variations .

Tout est fondé sur la question ; Où était l'I^glise avant la réforme? I>a chimêred’Eglise invisibicayant été vainement tentée, et à la lin étant reconnue pour insuffisante, il a fallu avouer, non-seulement que l'Eglise était toujours, mais eiicorequ'elle était toujours visibleetvi.siblcinentsubsistantcdansune immortelle société de pasteurs et de |>euple. C'est cetaveu qu'on a démontré autant nécessaire qu'important dans les écrits des ministres Claude et Jurieu, qui, après tout , n'était qu'une suite des princi|>es déjà avoués dans lu réforme. T.a question est donc toujours revenue : Où y avait-il dans le moiidc une Église semblable à celle des protestant.s, avant laréformalion prétendue? Là , après avoir vainement clierché par toute la terre une Église qui eût la même foi que celle qui se disuit réformée, il a fallu enfin avouer qu'un nen reconnaissait aucune de cette sorte dans quelque partie que ce fût de funivers, et ajouter que l'Église sul)sisUiit visiblement dans ce corps dg. pasteurs et de peuple qu’on appelait l'Église romaine, où les prétendus reformateurs, et tous ceux qui les ont suivis, avaient été élevés et avaient reçu le baptême. On pouvait donc se sauver dans cette communion : les élus de Dieu y étaient. Quoiqu’on la dit idolâtre, quoiqu’on la dit antichrétienne, ce qui est le comble des maux, des impiétés et des erreurs parmi lesdirétiens ; il a fallu en rnétne temps lui donner la gloire de porter les enfants de Dieu , sans qu’elle eût |>er(lu sa fécondité par tous les crimes et par toutes les erreurs qu’on lui imputait. La question étant ainsi résolue, du eommun aveu de la réforme, une autre question s'élève naturellement. SI on pouvait se sauver dans la communion romaine avant la réforme, qui empêche qu’on ne s'y sauve depuis? N’y avait-il pas, quand on s’y sauvait, la niOme messe, les mêmes prières, le même culte, qu’on y veut regarder aujourd'hui comme un obstacle au salut? On s’y sauvait néanmoins : d’où viendrait donc aujourd'hui qu'on ne pourrait s'y sauver ?

Dire qu'elle eiU ajoute depuis dans le concile de Trente de nouveaux articiesde foi; quand cela serait, ce ne serait rien ; c;»r U était bien constant qu’on n’avnit pas de nouveau ajouté la messe, ni tout ce que la n forme voulait appeler idolâtrie; cl tout cela y était, pendant qu'il faut confesser qu'on s’y sauvait : pourquoi donc encore un coup ne pourraiton maintenant que s’y damner?

A lléguer ici l’ignorance , et la faire servir d'excuse aux bonnes intentions de ceux qui vivaient avant In grande lumière de la reforme, c'est, premièrement , une fausseté manifeste; puisque la réforme prétend que dans le fond la même lumière a précédé dans les h('ssitcs,dans le.s vicléOtes, dans les vanduis,dans

^ /«r. lir. XV,

les albigeois, dans Bérenger, dans les autres ; et c’est, .‘îccondement, une vaine excuse pour des abus qu'on taxe d'idùlatrie manife.ste; étant chose avouée parmi les chrétiens, comme elle l'est encore tout nouvellement par leministre Jurieu, qu'on n'a jamais cru ni pensé qu'on püt sauver un idolâtre, sous prétexte d'ignorance ou de bonne foi. Ainsi excuser nos pères sur leur ignorance', c’était détniire entièrement l'accusation d'idolâtrie, ùter tout le fondement de la réforme et toute excuse du schisme. Il fallait donc ou damner nos pères, et ne laisser durant tant de siècles aucune ressource au christianisme, ou nous sauver avec eux : cl l'argument ne souffrait aucune réplique. Ajoutez à tout cela les luthériens, que toute la reforme sauve avec la présence réelle, avec le monstre de l'ubiquité, avec le semi-pélagianisme, ennemi de la grJee de Jésus- Christ; avec l’erreur où l’on nie la i»ccessité des bonnes œuvres. Kaites la comparaison de ces dogmes qu’on veut tolérer, avec ceux qu'on veut trouver intolérables: ajoutez l'ambiguïté des articles fondamentaux, énigme indissoluble à la reforme: voilà par où M. Jurieu s'est trouvé forcé à l'aveu que nous avons vu, et dont il est maintenant si embarrassé.

Je ne m’étonne donc pas si les ministres, et en général tous les protestants, évitent autant qu’ils peuvent la question de l'Église, comme fccueil où ils se brisent. Ils parlent tous et toujours deccUe question, comme si elle n’était pas du fond de la religion ; c’est, disent-il.s, une dispute étrangère, et une chicane où on les jette. Mais il faudrait donc effacer cet article du Symbole , Je crois l’Église universelle : c’est de cei article qu'il s’agit dans la que.stionde l’Église; si on l'entend hlin ou mal ,o», pour mieux dire , si on i’entend ou si on ne fentend pas. Il s'agit donc du fond delà foi et d’un article principal du christianisme; et il n'y a pas moyen de le nier. Bien plus: Une s’agit pas seulement ici d’un des articles principaux, mais d’un article dont la décision entraîne celle de tous les autres. Car considérons où il nous mène, et commençons par considérer où il a conduit >(. Jurieu. Je ne parle plus de Inconséquence qu’il a tirée malgré lui, et forcé par la vérité , qu’on peut se sauver parmi nous : en voici d'autres aussi importantes et aussi certaines. S'il y a toujours une ^^lise ou l’on se sauve, et que cette Église soit toujours visible, ce doit être en vertu dequelque proincssedivine, eld'uneassistance particulière qui ne la quitte jamais: caria raison nous enseigne, l'Écriture décide, l’expérience confirme, (\a' un ouvrafic humain se dissiperait de lui-méme*. Les ministres passent condamnation: et ilsavouentque l'Église su!>siste visiblement dans ses pasteurs et dans son peuple en vertu de celle promesse :7e fwàorec vous; de celle-ci : Les jiortesd'en/enieprêvatuiront point, et des autres de cette nature. Mais l'Église ne peut subsister sans la profession de la vérité : c'estpourquoi M. Jurieu avoue, après M. Claude, que l’Église, à qui Jésus- Christ promet u neétemcile durée, est une Eglise confessantei uneÈglisequi pubtielafoi, et parconsé- , queiil qui a pourcela une assistance particulière : oo

I • I.Ht. XI , f . Si>. - ’ AcU T, 3S ri vy.

TROISIÈME AVERTISSEMENT

ena vu les passages* ;et scs deux ministres l'avouent en termes formels. Il est vrai que c'est avec restriction ; car ils confessent que Jésus-Qirist assiste l’Église visible , quoique non pas just{u’au point de ne la laisser tomber en aucune erreur, du moins jusqu'au point de ne la laisser tomber en aucune erreur capitale. CVst pourquoi M. Jurieu demeure d'accord que > rÈglise universelle est infaillible « jusqu'à un certain degré, c’est-à-dire jusqu’à ces « bornes qui divisent les vérités fondamentales de « celles qui ne le sont pas *. « C'est déjà un attentat manifeste de donner des restrictions a la promesse de Jésus-Christ qui est absolue, et trois raisons s’y opposent, tirées l'une du coté de Dieu, l’autre du côlédes dogmes qu’il révéle , et la troisième du côté des promesses mêmes. Du côté de Dieu , il est toutpuissant ; il sauve en peu , comme en beaucoup , ainsi que dit l'Écriture^; et il ne lui est pas plus difüciie de garantir de toute erreur , que de quelque erreur; ni de comserver tous les dogmes , que de conserver seulement les principaux , en laissant périr cependant ceux qui en sont des accessoire.s et des dépendances. 11 les conserve donc, tous dims son Église; d'autant plus qu'à considérer les dogmes mêmes, Jésus-Clirist qui nous les a révélés, ou par lut-môme ou par ses apôtres, n'est pas un maître curieux qui enseigne des dogmes inutiles et dont la croyance soit indifférente : au contraire, c'est de lui qu'il est écrit dans Isaïe : Je suis le Seigneur qui t’enseigne des choses ufileSy et qui te conduis dans ta voie où tu dois marcher i. Il n’a donc rien enseigné qui ne soit utile et nécessaire à sa manière : si quelqu’un de ses dogmes ne l'est pas à tous et toujours, il l'est toujours au général , et il l’est aux particuliers en certains cas : autrement il n'aurait pas dû le rév(V lcr ; et par la même raison qu’il a dû le révéler à son Église, il a dû aussi l'y conserver parl’assistance perpétuelle de son Saint-hlsprit. C'est pourquoi, et c’est la troisième raison , c’est pourquoi , dis-je, les promesses de cette assistance n’ont point de restriction; car Jésus-Christ n’en apporte aucune, quand il dit : Je suis avec vous, et quand il dit : Les portes denfer ne prévaudront point. Il ne dit pas , Je suis avec vous dans certains articles . et je vous abandonne dans les autres; il ne dit pas, L’enfer prévaudra dans quelques points, et dans les autres je rendrai ses efforts inutiles : il dit, sansrestrirtion, L'enfer ne prévaudra pas. Il n'y a point là d’exception , ni aucun endroit de sa doctrine que Jésus- Christ veuille abandonner au démon ou à l’erreur : DU contraire, il a dit que l’Esprit qu'il enverrait à ses apôtres leur enseignerait, non pas quelque vérité, mais/ott/e tcnYé^ : ce qui devait durer éternellement, à cause que cet Esprit ne devait passeulement éireeneuje y mais encore g demeurer^, cl que Jésus- Christ les avait choisis, non-seulement pour porter du fruit, mais encore aOn que le fruit qu'ils porteraient demeurât t; et , comme dit Isaïe * , afm

• Far. Vv. xr. — * Syst. p. 2M5, Far. tiv. xv. — » geg. XIV, «. — * h. XLVIII, 17. — • J<>an. xvi, U. — • Ibid, iiv, le, 17- - ^ Ibid. XV, l«. — • h. LU, ai.

que l'Esprit qui était en eux et ta parole qu'il iéur mettrait à ta bouche passât de génération en génération, de la bouche du pire à celle du fils y et à celte du petit-fUs , et ain.ii a toute éternité. Cea promesses n’ont point d’exceptions ou de restrictions, et on n’y en peut apporter que d’arbitraires, qu’on tire de son cœur et de son esprit particulier; ce qui est la peste de la piété. Que le Seigneur juge donc entre nous et nos frères; ou plutôt qu’il prévienne son jugement, qui serait terrible, en leur inspirant la docilité pour les jugements de l’Église à qui Jésus-Christ a tout promis. Mais, sans les pousser plus loin qu’ils ne veulent, ce qu’ils nous donnent suflit pour les tirer de tou.s leurs doutes; et VOUS en serez convaincus en lisant le xv* livre de l’Histoire des Variations : car je ne veux ici répéter ni soutenir que ce que M. Jurieu en a attaqué dans ses réponses.

Il traite avec un grand air de mépris les sophismes de ce livre , comme il les appelle , et ne daigne entrer dans cet examen; mais puisqu'il a quelques endroits qu'il a jugés dignes de réponse, voyons s'il y en aura du moins un seul où il ait pu se défendre. (^omme il ne songe , à dire vrai , qu'à rendre tout diHicile, il prétemi qu'on toml>e parmi nous dans des embarras inévitables, par le recours qu’on y a dans les controverses aux décisions de l'Église universelle; parce que l’Église universelle n’enseigne rien, selon lui, ne décide rien, ne juge rien * , et qu’on n’en peut savoir les sentiments qu’avec un travail immense.

On voit bien où cela va : c'est à jeter tout particulier, savant ou ignorant, et jusqu’aux femmes les plus incapables, dans la discussion du fond des controverses, au hasard de n’en sortir jamais, ou de n’en sortir que par une diule; et au hasard, en s'imaginant avoir tout trouvé de soi-méme, de se laisser emporter au premier venu. Voilà où M. Jurieu et ses semblables ont entrepris de mener tous les fidèles.

Pour cela, cc ministre a osé dire que l'Église n'enseigne rien et ne juge rien. Comment le peutil dire , puisqu'il dit en même temps que le consentement de toutes les Églises à enseigner certaines vérités est uneespéce de jugement, ef de jiigkmext inpailirle: si infaillible, selon lui, qu'il fait une démonstration (ce sont ses paroles), et qu’on ne peut regarder que comme une marque certaine de réprobation * l'audace de s’y opposer? Ce sont encore ses paroles, et on ne pouvait en imaginer de plus fortes. Mais, f>oursuit-il , on ne peut savoir le sentiment de l’Église universelle qu'avec beaucoup de recbcrdics. Quelle erreur! et pourquoi ainsi embrouiller les choses les plus faciles ? On fait Imaciner à un lecteur ignorant que, pour savoir les sentiments de l'Église catholique, il faut envoyer des courriers par toute la terre habitable; comme s’il n’y avait pas dans les pays les plus éloignés des choses dont on peut s'assurer infailliblement, sans qu’il en coûte autre chose que la peine de vouloir

* Far. lit. xT. Syti.p. 0, 117, W si »«•»■ — * Ibid. Sytt. p. i9t.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU

les apprendre ; ou que tout particulier^ dans quelque partie qu'il habitait du monde connu, ne peU pas aisément savoir ce qui , par exemple , avait clé décidé à Nicéeou à Constantinople sur la divinité de Jésus-Christ ou du Sainl-Kspril, et ainsi du reste. Je ne sais comment on peut contester des chose.s si évidentes; ni comment on peut s'imaginer qu'il soit difficile d'apprendre des décisions, que ceux qui les font sont soisneux de rendre publiques par tous les moyens possibles; en sorte quelles deviennent aussi éclatantes que le soleil , et qu'on en peut dire ce que saint Paul disait de la prédication apostolique : Le bruit s'en est répandu dans tonte la terre, et la parole en a pénétré jusqu'aux extrémitésde Cunirers Saint Paul pariaitaux Romains d'une vérité qui leur était conuue, sans avoir besoin de dépédier des courriers par tout le monde, ni d'en attendre des rc|>onses. Kt pour venir à des exemples qui touchentde plus près les protestants, fout-il envoyer en Suède |M)ur savoir qu'on y professe le luthérani.sme, ou en Ecosse pour savoir que le puritanisme y prévaut, et que l'épiscopat y est haï ; ou en Hollande , pour savoir que les arminiens, qui y sont fort répandus, tendent fort à la cruyanec des sociniens? Mais puisque le ministre est en humeur de contester tout, qu'il se .souvienne du moins de ce qu'il a dit liii-méme : que ce consentement de > rflclise universelle est la rèitle la plus sûre |K>ur

■ juger quels sont les points fondamentaux, et

■ les distinguer de ceux qui ne le sont pas : ques-

• tion, dit-il, si épineuse et si ditücUe à rcsou-

• dre*. »

Voilà les passages de M. Jurieu, que je lui objecte à lui-méme , dans le livre xv des Variations. Us sont assez inqiortants, et surtout le dernier, pour montrer l'autorité infaillible des jugements de l'Églisc. Que croyez-vou.s, mes chers frères, que ce ministre y réponde? Une chose rare sans doute : écoutez-la , et voyez d’abord de quelle hauteur il le prend : • On veut bien que M. Rossuel sache qu’on « ne parle pas à des simples, mais à des savants,

■ qui examinent la question des points fondamen-

• taux et non fondamentaux. Mais, poursuit-il un

• IH*u après, à l'égard des simples celle règle est « de nul usage^. » Mais quelle règle auront donc les simples pour résoudre cette question si épineuse et si difjkikl L’Écriture. Mais comment donc dites-vous que la régie la plus sûre est le consentement des Église.s? Il y aurait donc une règle plus sdre que l'Écriture? ^^ais si l'Écriture est claire, comme vous le soutenez, comment est-ce que la question des articles fomlamentaux est si épineuse et si difficile à résoudreJ Ou bien est-ce qu'elle est difficile pour les savants seulement, sans rélro pour le simple peuple; et que l'Écriture, qui la décide pour le |>cuple, ne la décide pas pour les savants? Reconnaissez que souvent on s'embarrasse beaucoup, quand on ne songe, en expliquant les difficultés, qu'à éblouir le vulgaire. Mais voici un beau dénoüment^ : « C'est que les simples ne sont guère

• Rom. K, IS. Pt. XVIII, S — * Vbi iupn. — î LfU. xi, f . W . c. I. — ♦ lind.

m appelés à distinguer les points fondamentaux; a cela ne leur est aucunement nécessaire. Mais s'ils

■ veulent entrer dans cet examen, leur unique rè- « gie sera lei’R raison et l'Écriture sxinte; * et par ces deux lumières ils jugeront aisément du

■ poids et de rimportance d'une doctrine pour le « salut. » .Mais si les simples peuvent le juger aisément, pourquoi les savants seront-ils les seuls à qui cette question est si épineuse et si difficile a résoudre? La raison et l'Écriture ne sont-elles que pour les simples? Et les savants ont-ils une autre règle de leur croyance que les autres? Itîais pourquoi vous met-on ici votre raison avec V Ecriture? Ixur raison et L Écriture, dit-on, seront teur iinlque règle. Est-ce qu'à ce coup l'Écriture n’est pas suflisante? ou bien est-ce qu'en cette oeeasion il faut avoir de la raison pour bien entendre l'Écriture , et que dans les autres questions la raison n'est pas nécessaire? O (leuples foscinés et préoccupés! car c'est à vous que je parie ici ; et Je laisse pour un moment les superbes docteurs qui vous séduisent: ne sentirez-vous jamais que vos ministres se jouent de votre fol? Car, je vous prie, pourquoi vous exclure de l'exainen des articles fondamentaux , et se le réserver à eux seuls? >'est-ce pas un article nécessaire à tous , de bien savoir, par exemple , que Jésus-Christ est le fondement^ ? Mais si quelqu'un venait dire que l'article de sa divinité, ou celui du péché originel et de la grdee, ou celui de l'immortalité de fâme et de l'cternité des peines, ou quelque autre de celle importance, n'est pas fondamental, et qu'il faut communier les sociniens qui les nient; pourquoi le {>euple sera-t-il exclu de la connaissance de celte question? Mettons, par exemple, que quelque ministre ose avancer qu'il faut recevoir à la communion, non-seulement les luthériens, mais encore ceux qui rejettent les articles qu'on vient de rapporter, ou qui veulent qu’ils n'appartiennent pas à l'essence de la religion : ce n'est point là une idée en l'air; M. Jurieu sait bien que plusieurs ont proposé et proposent encore de semblables tolérances : les docteurs jugeront-ils seuls cette question, ou seront-ils Infaillibles à cette fuis , et le peuple sera-t-il tenu de les en croire à l'aveugle? Mais si les ministres se trompent, car ils ne veiiientélre infaillibles, ni en particulier, ni en corps; faudra-t-il consentir à leur erreur? Peuple aveugle! où vous mène-t-on, en vous disant que vous voyez tout par vous-niéme? et à qui peut-on mieux appliquer cette parole du Sauveur : .Vf cous étiez aveugles, vous n'auriez point de péché; mais maintenant que vous dites : Aous voyons; votre péché demeure sur vous • ?

Mais voici encore une autre illusion. M. ^*icole presse le ministre sur l'invincible difficulté où se trouvera une Imnne femme dans un article important ; lorsque , par exemple (car il m'est permis de réduire la question générale à un cas particulier), lors, dis-je, qu'un socinien viendra lui dire, comme font tous ceux de celle secte, que

' I. Cor. ni, II. - * Jvân. xi, il

TROISIÈMK AVERTISSEMENT

rintelligence des paroles par oii on lui prouve In r divinité de JésuS'Christ» ou le pcciié originel , ou l’éternité des peines t dépend des langues originales, dont les versions, et même les plus Hdêles,iie peuvent jamais égaler la force ni remplir toutes les idées. L’embarras assurément n’est pas petit, lorsqu'avec les protestants on tient pour certain que dans les points de la foi on ne peut se fier qu'à soimême ; et celte femme est agitée d'une terrible manière. Mais M. Jurieu apaise scs troubles, en lui disant ' : • qu'une simple femme qui aura appris le « Symbole desapdtres, et qui l'entendra dans le « sens de l'Eglise universelle, sera peut-être dans

• un • \uii' plus sdre que les savants qui disputent

• avectant decapacité sur la diversitédes versions. • Le livre des Variations proposait encore à votre ministre ce témoignage tiré de lui-même, où il parait clairement que, pour tirer d'embarras cette pauvre femme, il lui propose l'autorité de l'Église universelle, comme un moyen plus facile que celui de la discussion. C’était là parler en catholique; c'était donner à celte femme le même moyen d'affermir sa foi, que nous donnons généralement à tous les fidèles; et dans un état si embarrassant, votre ministre n'a pu s'empêcher de revenir à notre doctrine. Mais il lâche de se relevercontrecetaxeu.

• Vit-on jamais, répond-il*, une plus misérable

• chicanerie? Le ministre dit bien qu'une femme

• peut entendre le Symbole dans le sens de l'Église «universelle; mais il ne dit pas qu'ellepuissesa- « voir le sens de l'Église universelle. > Ht un peu après : « Elle ne connaîtra point le sens de l'Église « universelle par l’Église univer.»;elle elle-même; ce

• sera par l’Écriture. Carelle fera ce raisonnement : «C’est ici le vrai scnsderÉcriture;et par conséquent

• c'est celui de rÉgliscuniverselle. » Ne voilà-t-il pas un doute bien résolu, et une femme bien contente? Troubléeen sa conscience surl'intelligencede l'Écriture, et embarrasséed’unesamen oùelle se perd, elle trouvaitdu soulagement lorsque vous la renvoyiez à l’auloritéde l’Église universelle, comme à un moyen plus connu; et maintenant vous lui faites voir qu'elle ne voit goutte en ce moyen! Pourquoi donc Iclui proposer? qui vous obligeait à lui parlerdei'flglise universelle, pour dans b suite l'embarrasser d’avatjtage? et ne valait-il pas mieux, selon vosprincipes,sans lui parler de l'Église ni du Symbole . la renvoyer tout court à l'Écriture, que d'y revenir enfin par ce circuit embarrassant? Mais c'est que les principes de la réforme veulent une chose , et que la force de la vérité ou plutôt le besoin pressantd'une conscience agitée en demande une autre.

Que si le ministre nous demande comment on peut s’a.ssurer du consentement de tous les siècles dans certains articles , sans lire beaucoup d'Iiistoires et remuer Iwaucoup de livres : ce moyin était tout trouve dans les principes qu'il posait , s’il eût voulu les pousser dans toute leur suite. Il n'avoit qu'a se souvenir que Jésus-Christ, selon lui, promet une Église où b vérité sera toujours auuon- ]

« SjfH. ItV. III , f A . i , i». iW. - * »«. & I . p. K3.

I cée, du moins quant aux articles capitaux; infaillible par conséquent à cet égard, comme il en est convenu. Or uue Église infaillible n’erre dans aucun moment; qui n’erre point croit toujours In même chose; et il n'y adanscecas qu'a voir ce qu'on croit de son temps pour savoir ce qu'on a toujours cru'. I^-s principes sont avoués, la conséquence est claire; on nous donne un dénoüment sdr «x la principale diftlcullé qu'on nous fait sur l'autorité de l'Église. On nous objecte sans cesse, et autant de fois que nous recourons à cette autorité, que c'est recourir aux hommes, au lieu de se tourner du côté de Dieu. Que si on avoue maintenant que le consentement de l'É^glise est une règle certaine, et la pius sûre de toutes , il est clair qu’en s’y sounicttant ce n'est pas aux hommes qu’on cède, mais à Dieu; et l'objection que la réforme nous faisait est résolue par la réforme même.

C'est ce que j'ai dit au ministre*; et sans seulement songer à y répondre, il continue ses plaintes contre l'évêque de Meaux en cette sorte : « Vit-on « jamais un plus étrange exemple de hardiesse, que « l'accusation qu’il fait aux ministres Claude et Ju-

• rieu, d'avoir confesse ou écrit qu'il n’est pas né- « cessaire aux simples de lire et d’étudier l'Écriture

• sainte? Dans quel esprit faut-il être pour imputer « a des gens un aveu forinellementcontraire à tou- ■ tes leurs di.sputes et à leurs sentimeiils ministre change un peu les termes. Je n'accuse ni M. Claude ni lut de nier absolument b nécessité de lire ou d'étudier l’Écriture sainte : je dis seulement qu'ils ont nie que l'Écriture fdl nécessaire aux simples pour former leur foi. Et afin de marquer les termes précis de l'accusation, je soutiims que ces deux ministres ont enseigné poshivcmeiit « que l'Écriture n'est pas nécessaire au fidèle pour « former sa foi; qu'il peut la former sans avoir lu « aucun livre, et sans savoir même quels sont les li- « vres inspirés de DieuL » J’avoue bien que cette doctrine est contraire à toutes les maximes de la secte, et c’est aussi pour cette raison que je maintiens que b secte est insoutenable, puisqu'à b lin il en faut nier toutes les maximes. Mais voyons cc qu'on nous répond. Voici les propres paroles de M. Jurieu ^ : • Les niintstrc.s Claude et Jurieu ont

• avoué <|u’il n'clait pas d'une absolue nécessité > aux simples d'eludier la question des livres cano- « niques et apocryphes: donc ils ont avoué qu'il ne

• leur est |>as permis de lire rÉcrilure. Quelle « croyance devez-vousavoirà un convertisseur d'une « mauvaise foi si découverte? « Encore un coup, on change les termes de l’accusation pour lui ôter la vraisemblance : car qui croira que des ministres en soient venus jusqu'à dire que b lecture de l'Écriture ne soit pas permise aux simples? Aussi n’estce pas là ce que je dis; mais seulement, que l'Écriture n'est pas nécessaire au fidèle pour former sa foi. Voilà moJi accusation , surprenante à la vérité contre des ininistrcs ; mais par malheur pour celui-

* far. lii'. XV. “ » llià. — • L<tt. il, p. 8.1, c. 5. - * far.

' Uv. XV. ■— ^ un. Il, p. S3.

Diyiii^cd uy

sm LES LETTRES DK M. JURIED.

ei, qui fait tant l’étonné, il en avoue la moitié, fl encore, commeon va voir, une moitié qui entraîne Pautre. Car enfin, qu’il biaise tant qu'il lui plaira, et qu'il tâche de dissiinuler son aveu, en disant qu'il n'est pas (te nécessité absolue aux simples ü'étudicr la queslion des livres canoniques : ou celte queslion est indifférente, et les fidèles formeront leur foi sans connaître quels sont les livres divins; ou s'il leur est nécessaire de le savoir, et qu'ils ne le sachent pas, il faudra bien ou qu'ils l’étudient, ou qu’ils s’en fient à leurs docteurs et à fantorité de n-^lise ; ou que, comme des fanatiques, ils attendent que, sans étude et sans aucun soin , Dieu leur révélé par lui-ioéme les livres divins. Quoi qu'il en soit, et de quelque côté qu'il se tourne, au fond il est constant qu'il accorde ce que M. Claude avait aussi accordé, qu'il n’est pas besoin qu'un homme étudie \aquestion des livres apocryphes et canoni^ ques; et il avoue lui-méme en termes formels « que

• la queslion des livres apocryphes et canoniques '

• fait partie de cette science qu'on appelle théo-

• loffie; mais qu'elle ne fait point partie de l'objet

■ de la foi*. • Quoi donci il n'appartient point à la foi si l'Apocalypse, si l'Épltrenux Hébreux, si d'autres livres sont divins ou non? On peut errer sur ce point sans blesser la foi ? Que deviendra donc la doctrine, que l'f^Iise romaine est Babylone*; doctrine si importante , qu'elle est à présent le principal fondement de la séparation , et un article sans lequel on ne peut pas être chrétien? Que deviendra cet article selon la réforme, et quel fondement aura-t-il, si l’on peut révoquer en doute la divinité de l'Apocalypse? D'ailleurs, s'il est ;>ermis une fois aux simples de croire, par exemple, sur la foi de saint Innocent et du concile de Carthage, pour ne point parler ici des autres niitetirs, que les livres des Machabées sont divins; il faudra donc passer nécessairement, et le sacrifice pour les morts , et la rémission des p^hés après cette vie ^ , comme choses révélées de Dieu. Je crois alors que la question des livres canoniques ou apocryphes deviendra appartenante à la foi, autant pour les simples que pour les doctes protestants : autrement ce qu'on leur donne pour assuré par la foi ne lu sera plus. Que dira ici la réforme, si vivement pressée par les propres réponses de ses ministres? Avouez que la confusion se met parmi vous d'une manière terrible, et, comme disait le Psalmisle, quennf<7ui7csccfémcn/ trop visiblement elie-méme*.

Mais, encore, qui pouvait obliger deux ministres si précautionnés et si subtils à un aveu si considérable? Je le dirai eu peu de mots : c’est qu'enfin ils ont reconnu qu'on ne peut plus soutenir cet article de In reforme : « qu'on connaissait

■ les livres divins pour canoniques, non tant par «le consentement de l’Église universelle, que par

■ le témoignage et la persuasion iiitérieuredu Saint- • £spritL> Les ministres ont bien senti que de faire croireà tous les fidèles qu’ils vontconnaitred'abord

' 5yi<. fit», m, ch. 2, p. ISI , 4S3. — * Prr/, de V^cc. des Pn>f*k. Lett. XI , c#r. — * //. Mach. XJI, 43 et ssg. — * Pt. XX»ll, la. — * Cunf. defoi^ari. 4.

par un goilt sensible la divinité du Cantique des cantiques , ou du commencement de la Genèse, ou d’autres livres semblables, sans lesecoiirs delà tradition; ce serait une illusion trop manifeste, ou, pour enfin trancher le mot , un franc fanatisme. De renvoyer les fidèles au consentement derÉalisc,que, pour ne point donner toutà l’inspiration fanatique , ou était forcé en celte occasion de reconnaître du moins commeun moyen subsidiairc;cela serait dangereux : car, à quelque prix que ce soit, on veut que ce consentement de l’Église, moyen que l'antiquité a toujours donné pour si facile, soit d’une recherche si abstruse et si embarrassante , que les simples n’y connaissent rien. Que faire donc? Le plus court a été de dire que la question des livres canoniques et apocryphes , où il s’agit d'établir le fondement de la foi et la parole qui en règle tous les articles, n’appartient pas à la foi et n'est pas nécessaireaux simples.

Mais comme enfin il a bien fallu doifner aux simples un moyen facile dediscerner les livres divins d'avec les autres, à moins de les exposer à autant de chutes que de pas, on a trouvé ce moyen dans nos Jours , de dire que la foi commence par sen ti r les choses en elles-mêmes; et que, par le gofil qu'on a |>ourles choses, on apprend aussi à goûter les livres où elles sont contenues. C’est ce que le ministre Claude a dit le premier , cet homme (jiie les protestants nomment maintenant leur invincible Achille: c’est ce que le ministre Jurieu a suivi depuis ; et voici ses propres paroles* : « C'est la doc- « trine de l’Évangile et la véritable religion qui fait «sentir sa divinité aux simples, indépendamment

■ du livre oùelleest contenue ; • et pourconclu.sion: «En un mot , continue-t-il, nous ne croyons pas « divin cequi est contenu dans un livre, parce que « ce livre est canonii{ue ; mais nous croyons qu'un

■ tel livre est canonique , parce que nous avons « senti que ce qu’il contient est divin : et nous

■ l’avons senti comme on sent la lumière quand « on la voit, la chaleur quand on est auprès du

■ feu, le doux et l’amerquand on mange.»

Ainsi, contre les maximes qu'on avait crues jusqu'ici les plus constantes dans la réforme , le fidèle ne forme plus sa foi sur l'Écriture; mais après avoir formé sa foi en lui-méme, indépendamment des livres divins, il commence la lecture de ces livres. Ce n'est donc point pour apprendre ce que Dieu a révélé qu'il les lit : il le sait déjà, ou plutôt üle sent; et je vous laisse à penser avec cotte prévention s'il trouvera autre chose dans ces divins livres que ce qu'il aura déjà cru voir commeon voit le soleil, et sentir comme on sent le froid et le chaud.

Or, cela, c'est formellement ce qu’enseignent le.s fanatiques , comme il parait par leurs thèses: car voici celles que les quakers ou les trernbleurs, c'est-à-dire les fanatiques les plus avérés, ont publiées, et qu’ils ont ensuite traduites en français par ces paroles * : ■ Les révélations divines et

* /></. de U% Rèf. II. purt. ch. 0, p. 100 et tuiv. Sÿst. fi* III , rA . 3 , p. 433. — > Les Princ. de la l'ir. elc., avec les Thites theatog. impr. A Roferd. en IS7S; Th. 3 , p. 31 , SS.

TBOISIÊME AVERTISSEMENT

« intérieures , lesquelles nous croyons absolument

• mressaires pour fobmkb la >flAiB roi ; comme « elles ne contredisent point au témoignage es- « teneur des Écritures, non plus qu’à la saine rai-

• son ; aussi n’y peuvrnt-ellrs jamais coiilredire. :

• line s’ensuit pas toutefois de là que c*es révélations

• divines doivent être soumises à l'examen du !

• témoignage extérieur des Écritures, non plus j

• qu’a celui de la raison naturelle et humaine , conv « me à la plus noble et a la plus certaine règle et

• mesure : car la révélation divine et illumination

• intérieure est une chose qui de soi est évidente ■ etclaire ,etqui contraint, parsa propre évidence et «clarté, un entendement bien disposé à conseil- «tir, et qui le meut et le fléchit sans aucune ré- «sistauce; ne plus ne moins que les principes «naturels meuvent et fléchissent l’esprit au con- «sentement des vérités naturelles, comme sont :

« Le tout est plus grand que sa partie : Deux con-

• tradictoires ne peuvent être ensemble vrais ou

• faux. » D’où s’ensuit la troisième tlièse, que de ces saintes révélations de C Esprit de Dieu sotd émanées les Écritures, dont la thèse fait une espère de dénombrement, et puis elle poursuit en cette sorte:

• Cependant ces Écritures n’étant seulement que la « déclaration de la source d’où elles procèdent , et « non pas cette même source , elles ne doivent pas

• être considérées comme le principal fondement « de toute vérité ctconiiaissance , ni comme la règle

• première et très-parfaite de la foi et des mœurs ;

« quoique rendant un Gdèle témoignage de la pre- « luière vérité , elles en soient et puissent être esti- « niées la seconde règle , subordonnée à l’esprit , du- «quel elles tirent toute l’excellence et toute lacer- « titude qu'elles ont. »

Quand ils disent que l'Écriture n’est que la seconde règle, conforme néanmoins à la première, qui est la foi déjà formée dans l'intérieur avec toute sa certitude par la révélation avant l’Écriture; ils ne font que dire en autres termes ce qu’on vient d’entendre de la bouche de vos ministres : qu’avant toute lecture des livres divins, on a déjà senti au dedans toute vérité ; comme on sent le froid et le chaud, c’est-à-dire, d’une inaiiièredont on ne peut jamais douter : cequi opère nécessairement, non qu'on juge de ces sentiments par l'Écriture, et qu’on les rapporte a cette règle comme à la première, ainsi qu’on l’avait toujours cru dans la réforme; mois qu’on accommode l’Écriture à sa prévention, et qu'on appelle cette prévention de son jugement une révélation de l'Esprit de Dieu. Qu'on me cherche un moyen plus sdrde faire des fanatiques. ].a reforme tombe à la Un dans ce mallieur; et c'était l'effet nécessaire de ces enseignements.

Je ne m'étonne donc pas si M. Jurieu a tant déguisé l'accusation que je lui faisais , aussi bien qu’à M. Claude; et s'il en a dissimulé la moitié . c’està-dire, cette formation , pour ainsi parler, de la foi indépendamment del'Écriture. Pres^jiar la vérité, 011 hasarde de telles choses dans un long discours , I où les simples ne les sentent pas au milieu d'un j embarras inüni de questions et dedislinctions dont '

on les amuse; mais s'il edi fallu dire la chose en trois mots précis dans un article d'une lettre, on eût fait trop têt sentir à ta réforme rélrange variation qu’on introduit dans ses maximes les plus essentielles : et tout le monde aurait frémi à un établissement si manifeste du fanatisme, où l’on veut que chacun jugede sa foi par son godt , c’est-à-dire, qu'il prenne pour inspiration toutes les pensées qui lui montent dans le cœur; en un mot , qu'il appelle Dieu tout ce qu’il songe.

Ainsi cette accusation de i'evêque de Meaux, qui devait faire sentir toute la mauvaise foi de ce convertisseur (pidt à Dieu, encore une fois, que j'eusse pu mériter ce titre!), se trouve a la fln trèsvéritable : mais le ministre sera encore plus tôt confondu dans sa dernière plainte. Elle est fondée sur ce qu’il exclut les sociniens et les autres sectes semblables d'être des communions, et des communions chrétiennes , à cause qu’elles ne sont ni anciennes ni étendues ; d’où j’ai conclu qu'il reconnaît donc que toute communion chrétienne doit avoir l’antiquité, c'est-à-dire, la succession, qui manque visiblement aux calvinistes'. Cette conséquence est claire, ce raisonnement est court et démonstratif. Toute communion chrétienne, selon M. Jurieu , doit avoir l’antiquité ou la succession , et en même temps t'étendue : elle ne doit pas venir d’elle-mêmc ; mais elle doit montrer ses prédécesseurs dans tous les temps précédents : elle ne doit pas s’élever comme une parcelle délacliée du tout, ni comme le )K'tit nombre qui se soulève contre le grand et contre l’universalité; c’est-à-dire, en autres termes, que toute société chrétienne doit être universelle et pour les temps et pour les lieux ; et voilà ce beau caractère decailiolicité , tant loué par les chrétiens de tous les âges, caractère inséparable de la vraie Église, et en même temps inimitable àtoutes les hérésies, dont aussi M. Jurieu sesert lui-même pour confondre les sociniens. Mais il ne veut pasentendre qu’il confond en même temps toute la réforme : car ayant trouvé dans le livre des Variations cette objection tirée de lui-même :

• Cela est faux , répond-il * : si le ministre a dit que, « par les communions qu’il renferme dans l’Église

• universelle , il n’rntend que les grandes cominu-

• nions qui ont de l’clendueel de la duree, c'est à «la vérité pour en exclure les sociniens, qui n’ont

• ni étendue ni durée ; mais il n’a pas voulu dire que «quand cette secte aurait étendue et durée, H vouhU « la renfermer dans le vrai cliristianisme. • Je l’entends. La succession et l’étendue ne font pas qu’on soit compris dans l’Église : à la vérité on en est exclu par le défaut de ces deux rlioses, il faut plus que cela pour l’inclusion; mais pourl’exctusion cela suflit ; je n'en veux pas davantage. On est exclu du titre d’Église et de communion chrétienne, lorsqu’on manque de succession et d’étendue (c'est la proposition de M. Jurieu contre les sociniens) : or est-il que les calvinisteset les luthériens, comme

• SytU /il), ni, eh. i. p. 234. f’ar. Uv. \y. * LttL si.

eu uy (jOOglt

SUR LES LETTRES DE M. JÜRIEÜ

tuutâslcsaulressectejf n*avaieiitau commencement ni antiquité ou succession , ni étendue, non plus que les sociniens : comme eux donc ils étaient alors exclus de l’Église universelle; qui est tout ce que je voulais dans l'Ilistoire des Variations, et à quoi M. Jurieu n’a pas seulement songé à répondre, quoiqu'il traite expressément cetendroit-là.

I! est donc vrai, mes chers frères, que la vérité l'occ^ible. Il n conru une injuste horreur contre TÉqlise romaine ; sa haine le porte jusqu ùdire qu'on se sauve plus aisément avec les ariens qu'avec elle ; mais à la fin il fautavouer qu'on fait son salut dans sa communion. Il fait semblant d'étre impitoyable aux sociniens, jusqu’à les mettre sans miséricorde au rang des niahoroétans ; cependant les principes qu’H pose le fondent à reconnaître que leur erreur n’empécherait pas que leur prédication ne produisit de vrais saints dans leur communion, s'ils pouvaient venir à bout d'étre une communion ou une société chrétienne. Il entreprend de leur montrer qu’ils n'en sont pas une, et qu’ils ne méritent pas le nomd'Église,àcausedeleurélat malheureux où matiquentees deux caractères, l’antiquité, ou la succession et ré> ' tendue. Mais, quoi! un calviniste reprocher aux autres le défaut de succession ou d’étendue ! ne son* ge-tû) pas à lui-mémeet à la société dont il est ministre? Cette société se inéconnait-elle? un siècle ou deux de durée lui ont-ils fait oublier ses commencements, et ne sentira-t-elle jamais qu’elle les condamne? ^on , mes frères, la vérité est plus forte que toutes ces considérations. Parle, parle, dit-elle au ministre; condamne les sociniens par une preuve qui retombera contre toi-méme : ainsi deux mauvaises sectes seront percées d’un même coup, et à travers du socinien le calviniste portera le couteau jusque dans son propre sein. Je vous avais dit, mes frères, dès mon premier Avertissement, que cela devait arriver ; mais maintenant le fait est constant par l’expérience.

Que si vous dites peut-être qu’aussi votre ministre s'est trop avancé, et qu'il a eu tort de se servir de ces preuves dont les papistes tirent de si grands avantages; désabusez- vous, mes clters frères : car il n’avait point d'aiKre moyen d'exclure les socinirns de l'unité de l'Église, et du nombre des soi'ietés vraiment chrétiennes. Vous avez vu ses variations sur leur sujet; mais dans les temps où il a voulu les exclure du titre d'Église et de communion chrétienne, il n'avait point de meilleur moyen de le faire, qu’en leur montrant, par le défaut de la succession et de retendue, qu'ils ne méritaient même pas le nom de communion , qu’il ne pouvait refuser aux sociétés à qui il attribuait la succession et l'etendue.

Voilà doue une première raison qui robliseait à condamner les sociniens par le defaut d étendue cl d’antiquité. Mais une autre raison plus pressante l'y forçait encore : c'est qu'il sentait en sa conscience que cette preuve, quoique fatale ù votre réforme, en effet et par clle-méine était invincible : car, mes frères, ce sera toujours, quoi qu’on en dise, un coup mortel aux sociniens, et à tous ceux qui nient ou qui ont nié la divinité du Fils de Dieu, toutes

les fois que vous leur direz : Quand vous êtes venus au monde , il n'y avait dans le monde personne de votre croyance : si donc votre doctrine est la vérité, ils’ensiiit qiiela vérité était éteinte sur la terre. Cette objection suffit pour fermer la bouche à ces hérétiques : ils n’ont rien eu, ils n’ont rien encore, iis n'auront jamais rien à y répondre toutes les fois que vous la ferez; carnulle oreille chrétienne ne souffrira qu'on assure que sous un Dieu si puissant, si sage, si bon, la vérité soitéleinte sur la terre. Mais en même temps que vous aurez lâdié le mot, et que vous aurez fait cette objection aux hérétiques qui venaient nier la divinité du Fils de Dieu; en même temps nous retombons sur vous, et nous vous forçons d'avouer que la vérité , qu’on se vantait de rétablir dans la réforme, était donc éteinte avant que la réforme pardt, aussi bien que celle que les socinieos, et avant eux les ariens, les paulianistes et les autres, sc vantaient de rétablir.

Il n’est pas vrai, direz-vous; il y avait mille, qui n'avaient point fléchi le genou devant Baal. Mais qui empêche les ariens et les sociniens, et en un mot tous les hérétiques , d’en dire autant ? On les confond, en leur montrant que la vérité ne voulait pas seulement être crue, mais encore annoncée , et que l’ Église ne devait pas être seulement , mais encore être visible, ainsi que nous l’avons vu très-clairementreconnu par vos ministres. Maissans avoir recours à cet allument, quoique invincible, on les confond encore par une voie plus courte, en leur disant : .Si lorsqu’un Artémon, un Paul de Sainosatc, un Bérylle, un Arius, et les autres qui s’opposaient a ta divinité de Jésus-Christ , ont commencé à prêcher, leur doctrine edi déjà été dans l’Église , en quelque sorte que ce fdt , cacliée ou publique ; on ne m serait pas étonné de leur nouveauté, ils n'auraient pas été réduits à n'étre d’abord que qualreoucinq, ni contraints d’avouer qu'ils avaient eux-mémes été élevés dans une croyance contraire à celle qu’ils voulaient introduire dans le monde, sans pouvoir nommer personne, je ne dis pas qui la professât, mais qui la reçût auparavant. Osez faire le même argument à t'es hérétiques; vous les réduirez à la honte de ne pouvoir trouver dans tout l’univers un seul homme qui crût comme eux quand ils sont venus. Mais en mêtne tempsvous voilà perdus, puisque vous ne sauriez vous sauver du même reproche.

La preuve en est bien facile , en vous faisant seulement cette demande. l^Ies frères , donnez gloire a Dieu. Quand on a commencé votre réforme, y avaitil, je ne dis pas quelque Église (car il est déjà bien certain qu’il n'y en avait aucune), mais du moins y avait-il un seul homme, qui en se joignant à Luther, U Zuingle, à Calvin, à qui vous voudrez, lui ait dit en s‘y joignant : J’ai toujours cm eommevous; je n’ai jamais cm ni à la messe , ni au pape , ni aux dogmes que vous reprenez dans l’Église romaine? Mes chers frères, pensez-y bien, vous a-t-on jamais nommé un seul homme qui sesoit joîntde cette sorte à votre réforme? En trouverez-vous quelqu’un dans ' vos Annales, où l'on a ramassé autant qu’on a pu

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jamais fait cette ‘jw pensce ; on la

frères, ne vous l'a«ea P demandé cent fois

leur a faite cent fois , on IÇO eus

qu'ils montrassent qE.üéine le dernier des éve-

= T de Dieu, ja.

ques, et le ...oindre f “/'"'Eil de vos défendcuiandé à M. Claude ’ ^ j i,oniine qui sesoit

seurs, s'il pouvait noiiinie ^ „:„urs cru comme

unUlaréfomieendisaiit. Jai j romaine. Qu'a cela, je n'ai jamais Eo„d In évasions , si adroit répondu ce ministre SI \feaux

à huiler les difr.culles? V. de ‘ J

il qu oi, oi< tout écrit . ? vous 1 rôle-

frères, il ii a eu personne a -aslorale ; et de ce

vé celle réponse dans ma Lettre pas

:;Tu. Cla‘:?de n-a nen

articulé, sur une demande si précise, j

comme on fait dans un légitime '"''"Eplique ’■

le fait était avéré , et ...a demande sans «l'''<l

Qu'a répondu M. Jurieu, qui se '

«Ue Lettre pastorale? Voie. ^“/uite je

du quand il est venu a cet endroit . Lnsu

,.>1» .s/vivâ niiloiir ont rf>. Pn StOSSC (

. v,riuiniis'.» Je reconnais le

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stvle ordinaire de crovez pas. M. Ju-

répondu à tom : n.a.s^^^^ ortieulé à

rieu ■ 'même rien dit qui approcl.c de

M. Claude; il n a >iic

cette i il v"- renvoie en géné-

lire tous ’ mer aucun endroit, pour

ral , sans vous en n i n

clierclier la réponse 1 . j ré/ulatian du Iroi-

est vrai qu'il " ■•C'S'dans sa septièine ^ es ss..ttp nrétendue

»r^tt«U»svr» --

la-ure de cette année q

réfutation ; elle c'”'® ,,„mme vous verrez en son ne font rien a la quest , trouverez pas un

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seul mot du fait jes autres endroits où

Vous en P«r"\“®'rle silenceobstinédevosmiiiis-

core sur ce »oje‘^a da q„ n voulait

quil ne sait ou ' ',„ralc était qu'on iiepoudetriiirede iiial.eltr ^

vait du o'oins nier 1 gerenger, c'est-à-dire, adoré l'eucliar.st.e -1 P“ * ài-je dit, tous

depuis SIS a ""ijgUires, selon vous; et si on

les cliretiens étaient /.uingle et de làilvin

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'L^roVrrse’^ia vvai rué tout le ..Inde ni au culte de Rom . pagic. A eette

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'“"fai™ ns en! "o" est à p’résent ,iercoinnie noos taisioi . m-ls „„ ne trouve

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moins 'cachés; un fait, par conséquent , qui à ert

Z en vain, et voici toui w ■— , - fjouclic aux catholiques, caui

en aurez: .En répomlaiil à M. îiicoleet a M. Bos- Çg' rendait invincibles ne letai.t

• siiel, on a répondu cent fois à ce sophisme . | ,pcn trouve rien, non plus que M.

. nous y avons répondu dans nos Lettres pastora- pa. . ■ ^ importer

. les, et encore tout nouvellement en réfutant le l'importance est si visible. 1-' Pul

* Lett. vu de la V una.f l^

du quand il est venu à cet endroit : ■ r.nsuue u.

. cela, notre auteur entre en grosse dispnl® a . Claude, pour ldi prouver que la «“PP^^d'""

. fidèles cachés est ridicule ». • \ ous ’

lui disons-nous; ce n'est Point ici une pos« dispu le, comme vous voudriez le faire accroire a leurs, afin de les rebuter par la difhculte de ■ tière; encore un coup , ce n'est point ici un g procès : il ne s'agit que d'un simple fait ; savoi , parmi vous on sait quelqu’un qui, en se joigna aux réformateurs , leur ait déclaré que '“ujou nvüit rru pnmino Au*. Viiîln relie

aux riiuMiiuAcuin * icür ait déclare que .

avait cru comme eux. Voilà celle grime (tispute vous voudriez qu'on n'enlràtjamais, |>arce que vous y trouvez voire honte. Ce fait dont Us')’ agit devai élre constant parmi vous , s'il n’était pas absolumen faux. Répondez-y du moins^ monsieur Jurieu, vous

qui avez entrepris d'y répondre : si vous savez sur ce fait quelque chose de meilleur que M. Uaude,» c.sl lemps de nous le dire. Mais, mes frères, vous vous y attendez en vain, et voici tout ce que vous ^ répomlaiit à M. Nicole et a M- Bos* n a répondu cent fois a ce sophisme .

avons répondu dans nos Lettres paslora* encore tout nouvellement en réfutant le

.V. C/ftarfe, Rffy>n$e au dite, df | 'srti A. U de ftoiux, " S-

• CoB/f>. rtê/. xxii, it.de Coud. p. 3««i. .

• Utt

■■ J. «iti. .et. 1,1

p. 3««l. - » i^ff^ patt. de V. de XIX, p. iio, II* cal

. un. xix.p. llO.C’fi'l.

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