AU.\ PROTESTANTS
LES LETTRES DU MINISTRE JURIEU
CONTRE L’HISTOIRE DES VARIATIONS
U ulttt dans romaine, selon ce ministre; le fana*
tUme établi ilan« la réforme par les minUIres tUaudo A Jurieu, scloo la doclrino d«s quakrn; lout k parti pro* lestant eiclu du titre d'EglUe, par M. Juri«-u.
Une des promesses de iT^lise , et celle qui fait le mieux sentir que la véritt^v plus puissante que toutes cboses>est en elle ; c'est qu’elle verra scs ennemis, et même ceux qui la cahmnienf , al>attU8 à ses pied.s, rappeler, malgré qu’ils en aient, la cUé du Seigneur, la Sion du Sairti d'Israël Personne, je roterai dire, n’a jamais plus indignement calomnié rÉgtise romaine que le ministre Jurieu; et néanmoins on va le voir forcé h la reconnaître pour la cité de Dieu, puisqu’il l’avoue pour vraie Église qui porte ses élus dans son sein, et dans laquelle on se sauve. Il nie de l’avoir dit;et peut-être voudrait-il bien ne l'avoir pas fait. Mais nousailons vous montrer, et cela ne nous sera point fort difficile , premièrement, qu’il l'a dit; secondement, qu'il faut qu'il le dise enox)reunefüis,et qu'il justiQe rÉglise romaine de toutes les calomnies qu'ü lui fait luiméme, à moins de renverser en même temps Ions les principes qu’il pose, cl en un mot tout son Système de rÉftlise. • Je n'ai pas pu négliger, dit-il * , « les deux accusations que M. Bossuet me fait dans
• son dernier livre (c'est le xv" des Variations) de « sauver les gens dans le socinianisme et dans le pa-
• pisme. Peut-être, continue-t-il, aurais-je pu me
• passer de répondre sur la première accusation, ■ mais il est fort nécessaire de repousser la seconde; « c'est que, selon le ministre, ou peut se sauver dans « l’Église romaine, et qu’ainsi c’est une grande lé- « niéritéd'en sortir. » Vous voyez, mes Frères, comme il s’élève contre cette accusation : avouer qu’on se sauve dans le papisme, c'est selon lui un si grand crime, qu’il trouve plus nécessaire de s'eii défendre, que d’avoir mis le salut parmi les sociniens ; mais , malgré ses vaines défaites, vous l'avez vu convaincu sur le dernier chef, et vous pouvez présumer de la qu'il lesera bientdt sur l'autre.
La preuveen est concluante, en présupposant la distinction que fait le ministre , de l'Église considéré«
' /». xu it. Apoc. II. 9: lu, 9. — • un. XI, p. w.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
selon le corps, et de TÉglise considérée selon Tâmc. La profession du christianisme suffit pour faire partie du corps de l'Eglise (ce qu'il avance contre M. Claude , qui ne compose le corps de l'Église que de véritables fidèles); mais pour avoir part à l'âme de l’Eglise, il faut être dans la grâce de Dieu « L’Église , dit le ministre * , est composée de corps « et d'âme : on en convient dans les deux commu*
« nions : l'âme de l’Eglise est la foi et la charité. • Pour décider maintenant, selon ce ministre, ce qui donne part à l'âme de l’Eglise, ou, comme il parle en d’autres endroits, ce qui rend les sociétés vivantes, il ne faut qu'entendre le même ministre dans son S)'stème. « Premièrement nousdistinguons « les sectes qui ruinent le fondement, de celles qui •< le laissent en son entier : et nous disoiis que celles « qui ruinent le fondement sont des sociétés mortes ;
« des membres du corps de l'Eglise à la vérité; mais « des membres sans vie, et qui n'ayaiit point de vie « n’en sauraient communiquer à ceux qui viventau « milieud’elles L >• Par la raison opposée, les sociétés où les fondements sont en leur entier ont la vie et la communiquent; et voici quelles elles sont, se« Ion le ministre : « Mous appelons communions « vantes les Grecs, les Arméniens, les Cophtes, « les Abyssins, les Russes, les papistes et les pro-
■ testants. Toutes ces sociétés ont forme d'Eglise : « elles ont une confession de foi , des conducteurs ,
• des sacrements, une discipline : la parole de Dieu
• y est rerue, et Dieu y conserve ses vérités fonda-
• mentales. » Vous voyez qu'il range les papistesavec les Grecs et les autres, qui, selon lui, ont conservé les vérités /ondamentales , et parmi lesquels pour cette raison il reconnaît qu'on se sauve par la vertu de la parole qui y est préchée : car c'est là son grand principe, comme vous l'avez déjà vu dans l'Avertissemetit précédent^, et comme vous le verrez de plus en plus dans la suite. Voilà ce qu'il appelle les sociétés vivantes.
Il raisonne de la même sorte dans ses Préjugés légitimes^: • L'Église universelle s'est divisée en
• deux grandes parties, l'Églisegrecque et l'Eglise la-
• tine. L'Eglise grecque, avant ce grand schisme,
• était déjà subdivisée en nestoriens, en eutychiens,
• enme)chites,et en plusieurs autres sectes. L'Église
• latine s'est aussi partagée en papistes, vaudois, « hussites, taborites, luthériens, calvinistes, ona- « baptistes, divisés eux-mémes en plusieurs bran-
• ches. C'est une erreur des'imaginer que toutes ces « différentes parties aient absolument rompu avec
• Jésus-Christ, en rompant les unes avec les au-
■ très. * Je ne m’arrêterai pas à l'ignorance de votre ministre, qui, en comptant lesmelchites parmi les sectes de l'Orient, les oppose aux nestoriens et aux eutychiens, sons songer que le nom de meichites, qui veut dire royalistes, est celui que leseulychiens donnèrent aux orthodoxes, à cause qué les empereurs qui étaient catholiques autorisaient la saine doctrine par leurs édits, et au contraire proscrivaient les eutychiens; ce qui fait voir en passant
» S'tr. Uv. XV. — > SytI. p. 10. — * p. 147- — P' Avertimem. - * Pr^J. I- part. p. S.
IM
que ce n’est pas d’aujourd'hui que les hérétiques, qui n’ont pas pour eux les puissances , tâchent de tirer avantagedeeeque l’Eglise catholique en est protégée. Mais, laissant à part celle remarque, arrêtons-nous à cette parole du ministre ;// ne faut pas croire que toutes ces sectes (ce sont celles qu’il vient de nommer, parmi lesquelles il nous range), en rompant entre elles , aient rompu absolument atyec Jésus’Christ. Mous avons observé ailleurs* que qui ne rompt pas avec JésuS‘Christ ne rompt pas, pour ainsi parler, avec le salut et avec la vie; et qu’uussi pour cette raison le ministre a compté ces sociétés parmi les sociétés virantes, sans s’emouvoirde l’objection qu'on leur fait de renverser le fondement \;pardes conséquences qu'ils nieitt: ceque le ministre pousse si loin, qu'il ose bien dire * que « les cuty-
• chiens renversaient le fondement, cTsi-à-dire,
« rincamation du Verbe, en supposant que le Ver-
• be s'etait fait chair non par voie d'assomption,
• mais par voie de changement , comme l’air se fait « eau, et l'eau se fait air; en supposant que la na- « ture humaine était absorbée dans la nature divi-
• ne, Pt entièrement confondue. Si tel a été leur « sentiment , continue-t-il , ils ruinaient le mystère « de rincaritation ; maisc'étaii seulement parconsé- ■ quence : car d'ailleurs ils reconnaissaient en Jé- « sus-Christ divinité et humanité, et ils avouaient « que le Verbe avait pris chair réellement et de « fait. * Cette doctrine du ministre sur l'incamation paraîtra étrange aux théologiens; mais ce qu’il dit de Mestorius ne l'est pas moins : • Si Mestorius a
• cru qu'il y a dans Jésus-Christ deux personnes, « aussi bien que deux natures , son hérésie était « notoire ; cependant elle ne détruisait l'incarnation « que par conséquence : car cet hérésiarque confes- « sait un Rédempteur, Dieu béni éternellement
• avec le Père : • d'où il conclut, qu'il est • aisé que « Dieu se conserve des élus dans ces sortes de sec- > tes , parce qu'il y a dans ces communions mille et « mille gens qui ne vont point jusqu’aux conséquen- « ces, et d’autres qui y allant les rejettent formel- « lement. •
Je ne veux point disputer avec le ministre sur la doctrine de Nestorius et d'Eutycbès, ni s’il est permis à des gens sages d'en croire plutôt des auteurs modernes, qui viennent les excuser après douze cents ans, que les Pères qui ont vécu avec eux et les ont ouïs , et que les conciles d'Ephèse et de Clialcédoine, où leur cause a été jugée. Mais qu’en supposant leur erreur telle qu’on vient de la rapporter, on s’en puisse contenter jusqu’à les sauver de détruire formellement riocarnation ; c’est ce qu'aucun catholique, aucun luüiérien , aucun calviniste n’avait osé dire. Les termes mêmes y résistent, puisque l'incarnation n'étant autre chose que deux natures unies en la même personne divine, pour peu que l’on divise la personne, ou que l’on confonde les natures , le nom même d’incarnation ne subsiste plus. On sauve néanmoins ces hérétiques ; on sauve, dis-je , les nestoriens ou les eutychiens , bien qu’on avoue qu’ils renversent le mystère de rincaroation ,
‘ For. hv. XV. — » Sytt. isa.
TROISIÈME AVERTISSEMENT
r'eat-à-dire» bi»*n qu’on avoue qu'ils renversent le fondement de la rédemption du genre humain. On traite aussi favorablement ceux qui font naître le Fils de Dieu dans le temps, et seulement un peu avant la création du monde'. Si cciudà conservent If fond de la Trinité , il ne faut plus s’étonner qu’on fasse aussi conserver le fond de l’incarnation à ceux qui divisent la personne de Jesus-Christ, ou lui ôtent ses deux natures en les absorbant Tune dans rautre, comme parle M. Jurieii. Tout est permis à ce prix : le mystère de la piété est anéanti ; la théologie n’est que dans les mots, et les hérétiques les plus pervers sont orthodoxes. Mais laissons cela; ce dont nous avons ici besoin, c’est de ce principe du ministre : qu’il ne faut point im)Hiter les conséquences à qui les nie. Sur ce principe il a dit, et il a dd dire , que rf^glise romaine était comprise parmi les sociétés vivantes, puisque selon lui elle ne renverse aucun des fondements de la foi , et que si on lui impute de les renverser par des conséquences, on doit ré|K>ndre pour elle, ou qii’e//e n'y entre pas, ou quV//e les nie; ce qui en effet est très-véritable : de sorte que, pour parler avec le ministre, il est aisé à Dieu de s’y conserver des élus.
A la vérité , il est liomeux à la réforme de ne sauver les enfanU de n^glise catholique qu’avec les nestoriens et les eutycliiens , et avec tant d’autres sectes réprouvées; cela, dis-je, est honteux à la réforme : car, pour nous, notre témoignage vient de plus haut ; et quand tous les protestants conspireraient à nous damner, notre salut n’en serait pas moins assuré. C’est à eux qu'il est avantageux de nous mettre au rang des vrais fidèles , quoique ce soit avec ceux envers qui il ne faudrait pas être si facile; et, dans la haine que M. Jurie u a contre nous, c’est une espèce de miracle qu’il ait pu être forcé à cet aveu. Voici comme il s'en défend , et voici en même teinpseomineil enest convaincu : • On accuse , « dit-il * , M. Jurieu d'avoir franchi le pas , et d’avoir • avoué rondement qu’on peut se sauver dans l’Eglise « romaine. Enquel endroit a-t-il donc franchi cepas? « M'a-t-il pas dit partout que le papisme est un abo- « minable paganisme , et que l’idolâtrie y est aussi R grossière qu’elle était autrefois à Athènes.^ » Il l’a du, Je le confesse : il passe outre; et après avoir exagéré nos idolâtries avec l’aigreur dont il a coutumed'accompagner scs paroles , il contitiueen cette sorte : « N’a-t-il pas dit , ce ministre qu'on accuse « de reconnaître qu'on peut se sauver dans l'Église « romaine, quelle était cette Bobylone de laquelle « en était obligé de sortir, sur peine d’ctemelledam- « nation , par le cominandementde Dieu : Sortez de « Babyione , mon peuple? • Il a dit tout cela, et il a poussé ces calomnies au dernier excès. Mais avec tout cela Dieu est le maître : Dieu force les ennemis delà vérité et les calomniateurs de son Église, à dire plus qu’ils ne veulent : et tout en calomniant l'Église romaine de la manière qu'on voit , il faut qu'il vienne aux pieds de cette Église avouer qu’on se sauve dans sa communion , et que les enfants de Dieu sont dans son sein.
• t" Avert. — » UH. XI , p- 8.
Les deux raisons qu’il allègue pour se défendre de cet aveu sont , premièrement , que TEglise romaine, selon lui , est idolâtre ; et , secondement, quelle est l'Kcilse anliehretienne. Pour c^ommence^ par l’idolâtrie, voiei les paroles du ministre : « L'Église, dit-il* , dans le cinq , le six, le sept et « le huitième siècle, adopta les divinités d'un second
• ordre, en mettant les saints et les martyrs sur les
■ autels destines à Dieu seul; elle adora des reliques, « elle se (U des images qu’elle plaça dans les temples,
■ et devant lesquelles elle se prosterna. C'était pour-
• tant la ng*me Église, mais devenue malade, in- « firme, ulcéreuse; vivants, pouhtamt, parce que
• In lumière de l’Évangile et des vérités du rhristia-
■ nisme demeuraient cachées, mais non étouffées,
■ sous cet amas de superstitions. • Voilà donc en propres termes l’Églisevivante, malgré ses idolâtries envers les saints , envers leurs reliques , et même envers leurs images. 11 n’y a point ici d't^uivoqiie : ce que le ministre appelle Eglise vivante, c’est l'Église où sont ceux qui vivent, c'est-à-dirc , les vrais fidèles ; ceux qui parlici|)ent à l'Église , nonseulement selon son corps, c’est-à-dire, selon la profession extérieure de sa foi; mais encore selon son àme , c'est-à-dire, selon la foi et la charité, comme on a vu. Si donc l’Église est vivante malgré les idolâtries dont on l'accuse, ces idolâtries n'em- |)échent pas que la fui et la charité ne s*y trouvent , ni par conséquent qu'on ne s'y sauve.
J'avais produit ce passage dans l'Histoire des Variations*: mais le ministre le passe sous silence, et se contente de s’écrier en cette sorte : • Quelle har- « diesse faut-il avoir pour avancer qu'un auteur qui « dit tout cela , » c’est-à-dire, qui dit entre autres choses que l’Église romaine est idolâtre, «afranclii « le pas , et avoué rondement qu'on |>eut se sauver « dans l'Église romaine! Il faut avoir un front sem- « blable à celui du sieur Bossuet > Il est en colère , vous levoyez: niais cela n'est rien en comparaison de ce qui paraît dans lu suite, lorsqu'il dit que * bien « desgens mettentee prélat au nombre des hypocri- « tes qui connaissent la vérité , ■ et qui la trahissent sans doute , en parlant contre leur conscience ; ce qu’il répète encore en d’autres endroits. Que lui servent ces emportements et tous ces airs de dédain qui lui conviennent si peu? Il voudrait bien avoir avec moi une dispute d'injures, ou que je perdisse lo temps à répondre aux siennes; mais ce n’est pas de quoi il s'agit. Puisqu'il se vante de répondre à l'accusation que je lui fais de nous sauver malgré DOS idolâtries prétendues, il faudrait répondre aux passages dont je la soutiens ; et c’est un aveu de sa faiblessede ne mettre que des injures à la placed'une défense légitime.
Mais il va être poussé bien plus avant. Selon lui, du temps de saint Léon l’idulâtrie était assez grande dans l'Église pour en faire une Église antichrétienne, et faire de saint Léon l’Antéchrist même ; et né:inmoins le ministre écrit ces paroles dans la treizième Lettre de cette anm^ * : « Pendant que 1* A n-
* Pri}. ligii. I. par#. rA. i, p. 8. — • t’ar. Ut. xv. - * UU. XI. ' UH. 1111 dt 1080, p. W.
SUR LES LETTRES DE M. JURIElt.
. lo hrUt fut petit, iliipriiina|us l'essence de rfiKiise.
• iaion(car il n'est plus s, tint, et SI. Jurieu l'a dégra-
• de) , Léon donc , et quelques-uns de ses sucresseurs,
• furentd'hounétes gens, autant que l'honnéteté et la
• piété sont compatibles avecuiie ambition excessive, -llestcertainaussi que de sou temps l'Eglisese trou-
• va engagée POBT AV A . ST dans L'iuoLATme du culte
• des créatures , qui est un des caractères de l'anti- " cliristianisuie; et bien que ces maux ne fussent pas
■ encore extrêmes, et ne fussent pastels qu'ils iiaji-
• NASSENT la personne de Léon, qui d'ailleurs avait
■ de bonnes qualités , c'était pourtant assez pour
• faire les commencements de ranticliristianisme. . Vous voyez donc qu'on ii'esl point damné , quoiqu'on soit non-seulement idobltre, mais encore /o;/oi-a«/ rngagé dam l' idolâtrie du etdle des créatures. Si on n'est pas du nombre des saints, et qu'il faille rayer saint I.éon de ce calologue, on est au moins du nombre des lionnéies gens ; et le mal de l'idolâtrie n'est pas si extrême qu'on en perde le salut.
Poussons encore. On a démontré dons le livre des Variations et ailleurs' , par les paroles expre.s.ses de saint Jean, que la bête et l'.\nteclirist ont blasphémé et idolâtré dès leur naissance , et pendant toute l'étendue des I2M jours de leur duree. Le ministre a voulu le dissimuler , pour n'étre point obligé de reconnaître ces attentats, du temps et dans la personne de saint laion, desaintSimplicc, de saint Gélase, et des autres saints pontifes du cinquième siècle ; mais à la lin il a fallu trancher le mot. . Il
• est certain que dès ce temps commencèrent tous les
■ caractères de la béte. Dès le temps de I>on, les « Gentils ou p.iîens commencèrent à fouler l'Kglise
■ aux picils ; car le paganisme , qui est le culte des
• créatures , y entra. Dès lors ou commença à blas-
■ phémer contre Dieu et scs saints : car ôter à Dieu
• son véritable culte pour en faire part aux saints,
■ c'est blasphémer contre Dieu*. • Voilà donc le blasphème et l'idolâtrie ontichrétienne établie sous saint la-on. Il n'en était pas exempt , puisqu'il était lui-méme l'Atitechrist : et en effet il est constant qu'iln'bonora pas moins les reliques, et ne demanda pas moins le secours de la prière des saints , que tous les autres. Voila donc non-seuleineut un idolâtre, mais encore lecliefdcl'idolâtrieanlichrétienne dans le notnbre des élus ; et l'idolâtrie n'empéche pas ie salut.
Mais est-il possible, direz-vous , que notre ministre ait dit CCS choses, lui qui avoue à l'auteur des Variations que l'idolâtrie, un si grand blasphème contre Dieu, n'a point d'excuse, et qu'on n'a Jamais cru ni pensé qu'on pût saucer un idolâtre sous prétexte de sa bonne foi^? N'est-il pas vrai qu'il a écrit ces paroles ? Je l'avoue : il les a écrites dans l'onzième Lettre ; mois néanmoins dans ta treizièmeil aexcusésaint Léon, quoique idolâtre et chef de l'idplâtrie. Bien plus ton luiafaitvoirquesur
lesujet de l'honneur des saints, saint Léon n'en avait
dit ni plus ni moins que saint Basile, que saint
Cbrysostüine, que saint Ambroise, que saint Augustin, que saint Grégoire de Nazianze, et tous les"autres Peres du quatrième siècle, qui, selon lui , ne .sont pas seulement d'honnétes gens, comme saint I.éon inaisencoredes saints. Lefaita passe poureonstant , et voici les paroles du ministre ■ ; ■ Cent ans avant
• saint Léon l'adoration des saints et des reliques
■ était inconnue. Quinze ou vingt ans après , on
■ commença è en voir quelques vestiges d.ins les
• écritsdes Pères; mais ce ne fut riendeconsidérable
• avant la lin du quatrième siècle. ■ Laisons lui arrangera sa fantaisie toute cette histoire ; et en ne prenant que ce qii il nous donne, posons pour princi|>e certain : que ce qu'il appelle idolâtrie , et adoration des reliques , était devenu considérable sur la fln du qimlriéine siècle où ces grands hommes fleurissaient. Non-seulement ils souffraient, mais cncoreils enseignaient cette idolâtrie : ils prêchaient les mirardes dont le démon , dit le ministre, fascinait les yeux des hommes pourl'autoriser;?/ ilest certain, dit ,M. Jurieu •, que ce/ut un esprit trompeur qui a jusa saint .dmbroise , et qui lui découvrit ces reliques (ce furenteelies de saint Gervaiset desaint Protais>)po«c en faire des idoles. Voilà donc non-seulement un adorateur de l'idole, mais celui qui l'érigo dans la maison de Dieu ,et que le diable abuse pour le faire servir d'organe à l'impiété , au nombre des saints. Saint Augustin entre en part de ce crime pui^u'il le rapporte , qu'il le loue, qu'il le cons-acrcl \ oila donc des saints idolâtres ; et l'idolâtrie , loin dètre un crime qui damne, n'empéche même plus qu on soit saint.
l-e ministre a prévu celte objection, et voici comme il se la fait à lui-même < : . Vous avouez
• que I invocation des joints a plus de douze cents
• ans sur la tête : cela ne vous fait - il point de
• peine, et comment (toiivez-vous croire que Dieu « ait laissé repo.ser son lïglise sur l'idolâtrie depuis
• tant de siecle-s? » li n’y a personne qui ne frémît a une semblable objection , et ne crût qu'il n'y a de salut qu'a nier le fait; mais le ministre accorde tout; et sans s’étonner, ■ Nous répondrons, dit-il, que
• nous lie savons point respecter l’antiquité sans vé-
■ nié. Nous ne sommes point étonnés de voir une
• SI vieille idolâtrie dans l'Eglise, parce que cela
• nous a Clé formellement prédit ; il faut que l'idolâ- « trie règne dans l'Eglise chrétienne tSftO ans. » Voila donc l 'état de l'Kgli.sc dès le quatrième siècle. Dans le siècle de saint B.asile. de saint Ambroise et de saint (Jirysoslûme, l’idolâtrie régnait; l’Eglise se reposait sur l'idolâtrie : on se sauvait neanmoins; ou parvenait à la sainteté dans celle Eglise ou régnait I idolâtrie, et qui se reposait dessus. Il nefaut donc plus alléguer l’idolâtrie de l'Eglise pour montrer qu’on ne s'y sauve pas.
Quelqu'un me dira peut-être : J’ai trouvé dans M. Jurieu la ri’-solution de cette diflieiillé. ■ L'é-
■ veque de âleaux, dit-il *, répète la vaine décla-
.Ipoe. XI. XII, 6, U. XIII, s, s. ! ar. Itv. XIII. jtporal. .4ivr- Mss. eux Proust, p. n , 2(. t utt. un, p. 00 r 5 ^ J
Ult- Al, p. B^.
BOAsrer. ~ toxt iv.
• Iseit. Il ,
. - • xfcr. ae» fropn. p. im. * x4por.it.
u4verUst. aux Prolest. p. .16. » .^poc. Jt-fii. sur lesPreetcts.
CttfJt W . p. 3I6>
TROISIEME AVERTISSEMENT
• iDAtion tirée de ce qu’en accubant (e culte de l’E* « glise romaine d’idolâtrie, cette accusation tombe
• nécessniremeiit sur les saint Ambroise et les
• saint Augustin, les saint Jérôme, iessainl(«n'*^oire
• de Naziaiize, et sur tous les chrétiens de ces
• siècles, qui ont vénéré les reliques et invoque « les saints. • l^déclomaiion tht p^fs^an(e snns doute; mais voyons si le ministre, qui la méprise, osera du moins nier le fait qu'un y avance sur le sentiment des Itères du quatrième siècle. Point du tout. Voici sa réponse : i\oui avons répondu a vcla bien des /ois. C'en est assez |)our troinjver les i;?norant8 ; ilnefautqueleur dire qu'on y a répondu. Mais qu'avez • vous répondu? que dans ces siècles il n’y avait point de superstitions des reliques, ou d'invocation des saints? Non. « Nous avons répon-
• du , dit'il , que dans ces siècles la superstition des
• reliques et de l'invocation des saints n'était pas
• encore montée au degré de l'idolâtrie où elle est
*• arrivée depuis, et que Dieu a toléré quelques sor- « tes de superstitions dans ces grands hommes , qui « d'ailleurs ont rendu tant de services h l’Église. » Quelle misère de gauchir toujours, et de n'oscr jamais parler franchement dans une matière de religion ? Ceite superstition des reliques^ cette invocation des saints, qui était alors, et qui selon vous était pratiquée parles saint .^ugnsfin, par les saint .dmbroisfy par les saint liasUe et lesatdrcs, élalt-ce une idolâtrie, ou n'en élait*ce pas une? Si c’en était une, ils sont damnés : si ce n'en était pas une, nous soinmesabsous. Ou, peut-être, c'en était une, mais non encore dans le degré qu'il fallait pour damner les hommes ; et il y a une idolâtrie, c'est-a dire, un transport du culte divin à la créature, qui ne damne pas, et qu’on |)cut si bien compenser par d'autres services, que Dieu n’y prendra pas garde : comme s'il pouvait y avoir un senice agréable à Dieu dans ceux qui rendent le culte divin à la créature. Qui jamais ouït {varier d’un égarement semblable ? Mais encore que manquait-il à l'idolâtrie de saint .Augustin et de saint Ambroise? à celle qui, selon vous, régnait alors et sur laquelle on se reposait ? Que votre ministre ne vous dise pas que cette idolâtrie nVtait pas publique : car qu’importe, premièreinent, qu’elle soit publique? Est-ce que l'idolâtrie qui se ferait en particulier ne damnerait pas? Mit’hns cesse-t il d'étre idolâtre, à cause que l’idole qu’il servait était dans sa mai.soii < ? L’Éphnd, dont la maison de Gt^éon se fit une idole, mérita-t-eile moins ce nom, parce qu'elle ne fut p:is pos<^ dans un templ«^ et que selon les apparenct s ce faux culte prit commencement dans une famille particulière? Quelle erreur donc de vouloir excuser les Pores et les chrétiens du quatrième et cinquième siècle, sous prétexte qu'ils n'idolâlrniLMit qu’en particulier! ülais d'ailleurs, quelle illusion d oser nous dire que l'idolâtrie n'était pas publique, pendant qu'on nous avoue qu'elle était pendant
qu’on la reconnaît dans les sermons de ces Peres, qui sans doute ciaieiit publics et sc faisaient dans
• Jud. xvn, 4. — » UU. XV de ta l'* anit. p. tiv. ^ec. dei Pntpk. l. p<trt. ch. l*, (te. f'ar. liv, xiii.
les églises et dans rassemblée des fidèles, et faisaient alors, comme maintenant et toujours, une partie essontielle du culte divin; et non-seuletnent dans leurs sermons, mais encore dans leurs liturgies, dans les Égliso'soù iis servaient Dieu, dans les oralnires des martyrs, et jusque sur les autels , où leurs reliques étaient déposées par honneur comme d.itjs lo heu le plus saint du temple de Dieu! a Qu’on met- « te, disait saint Ambroise, ces triomphantes vie- « times dans le lieu où Jésus-Christ est l'hostie. • « Les fidèles, dit saint Jérôme, regardent les
• tombeaux des saints martyrs roninre des autels de
■ Jésus-Christ. • « Nous honorons leurs reliques, « dit saint Augustin , jus^pi’à les placer sur In su-
■ blimité du divin autel. ■ Voila, ce me semble, pour ne pas appuyer sur l'outel et sur le sacrifice, dont il ne s'agit pas ici ; voilà pour les saints et pour leurs n-llques une vénération assez marquée, assez publique, assez soiennelie ; et ceuxqui. non contents de la leur rendre, la ifrôchent avec tant de force, ne lais.sent pas d'étre saints.
Et qu’on ne nous dise pas que 1rs saints n'avaient point alors d’oratoires, ni de chapelles : car on demeure d’accord qii'IU en avalent aux quatrième et cinquième siccles*; et encore qu'on ose dire que la sainte Vierge ii'eii avait pas dans ces deux siècles, une ignorance grossière; puisque le concile d’Éphèse, comme il parait par ses actes, fut assemblé, en 430, dans une église .appelée .t/ar/e>, du nom de la sainte Vierge, qui sans doute ne fut pas construite alors pour y tenir le concile.
Qu'on ne dise pas que rcs Pères n’employaient point envers Dieu les mérites des saints; car, au contraire, on convient que c’est par là que l’on commença.» Dans le commeni-einent , dit M. Ju-
• ricu les prières s’adressaient au Dieu des mor- « tyrs, par rapport aux mérités et aux souffrances e des martyrs. •
Qn’on ne dise pas que du moins l’Église n'avait pas été avertie de la prétcmlue erreur de ce culte : car elle l'avait été par Vigilance , que saint Jérôme mit en poudre dès sa naissance; et toute l’É-glise d'alors prit tellement le parti de ce saint, que depuis on n'entend pas seulement parler de Vigilance ni de son erreur.
Voilà donc en tout et partout b prétendue idolâtrie de ces temps-Ui dans le même étal où elle a été depuis : et quand tout cela ne serait pas, se prosterner devant les reliques, et demander des prières aux martyrs; les appeler des remparts et des forteresses, ce que M.Jiirieuappelieleciiltedes Maozzims, après son auteur Joseph Mede 4; en quoique sorte qu’on le fasse, en particulier ou en public, dans l’église , dans les cimetières, ou dans les niaisoius; c’i*i»t toujours une idolâtrie, selon les ministres, toujours par conséquent un rrime damnablc; et quand cette idolâtrie Doserait pas assez formée au quatrième siècle, elle l'était au cinquième, et
‘ Jur. Ibid. — * Cane. Ephrs. act. t, etc. lAihb. t. in, roL 44S et trtj. — > Lett. XV, p. IM. — * .dce. des Proph. L pari, ch. IS, etc. Lett. xix de ta r* «iirn. p. 10, |7. Apoc. AvrtU au* Prvt. p. M. far. liv. Xlli.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEÜ
H)ü& saint T.t'on, quo néanmoins on n’ose damner non plus que ses prochains successeurs. Votre mîiiislrc prononce lui-int>me que « le faux culte des - saints et la doctrine des seconds intercesseurs
• était si bien fonnee d.msles paroles de Théodoret
• en l’an 450 • , * qu'il y en avait assez pour cons* tiliier des lors rf’.glise jinlichrétienne , et assez d’adhérence ît celle erreur dans saint Léon pour en faire un antechrist formé, .sauvé toutefois ; et voilà encore insensiblement la seconde défense de votre ministre entièrement renversée. Uar peut-il dire qu'on ne peut trouver son salut dans une {église anlichrélienne, puisque selon lui on est sauvé, non seulement étant sectateur de T Antéchrist, mais encore étant l’Antéchrist même? Qui jamais ouït parler d’un semblable excès, et que faut-i) davantage pour appliquera un auteur ee mot de saint Paul : (jue sa folle est rtmnue n tous ? Mais allons encore plus avant, et voyons comme le ministre a établi par principes le salut uni avec l’antichristianisme.
Il i^st vrai qu’il a semblé donner pour règle qu’on ne penl pas se sauver dans l’Eglise anlichrélienne : ce qui est tres-vrai dans le fond ; parce (jue, comme dit le ministre, il n’y a point de communion entre Clirist et Bélial. M.als ce qui en soi est indubitable, dans les principes du ministre ne peut être qu’une vaine exagération, que cet auteur réfute lui-même par le discours que voici : • Je ne veux point dé-
• finir quelles sont les sectes où Dieu peut avoir des
• élus, et où il n’en peut avoir : l'endroit est trop
■ délicat et trop périlleux. Mais ce que je puis assu- « rer, c’est que Dieu peut se consener des élus dans
■ les communions et dans les sectes très-corrom- « pues : ce qui est clair; parce qu’il s’en est con-
■ servédans le règne même de l’Antéchrist, et dans « celle de toutes les religions qui , sans avoir re- •• noncé aux principes de la religion, est ]K)urtant « la plus antichrétienne. Saint Paul nous dit ex-
• pressément que l'Antéchrist doit être assis dans " le temple de Dieu, c’est-à-dire, dans une Eglise
• qui sera chrétienne, et qui aura assez de reste
■ du véritable christianisme pour conserver le nom « d'Egliseet de temple de Dieu. Ces cent quarante- € quatre mille de l’Apocalypse sont représentés
• être dans l'empire de l’Antéchrist comme les Israé-
• lites étaient dans l’Egypte, où les poteaux de « leurs maisons furent marqués, afin que l'ange des-
■ Iruetcur ne les touchât point *. » Voilà, ce me semble, des élus en assez grand nombre , et assez bien marqués, dans l'Eglise de l’Antéchrist, c’està-dire, selon le ministre, dans la romaine, sans que son antichristianisine les en empêche. Mais achevons le passage, puisque nous y sommes :
• Les Eglises de l’Orient et du .Midi sont assuré-
• ment dans une grande décadence. « Sans doute, selop les principes du ministre; puisqu’on y voit bien assurément tout le culte et des images et des saints , qu’on nous impute à idolâtrie. « L'Kglise « des Abyssins n’est pas trop pure,» puisque, outre ces idolâtries, on y suit les erreurs de Dios-
' ÂCt. n , p. IS , ai , ~ * Avis à tons 1rs Chrtt. a> ant
VÀec. p. ^9, i9- Prri. rh.i,p.l9.
core, et on y déteste la sainte doctrine du concile de Chalcédoine. « Cependant, poursuit le mi-
• nistre, il n’y a pas lien de r>ot Ttn que Dieu ne
• s’y conserve un résidu selon l’élection de la grâ-
• ce; car jamais la parole ii'esl prêrhée en un pays, ■ que Dieu ne lui donne eflicace à l'égard de quel- « qurs-uns. • Voilà toujours son grand principe, qui est la fécondité de la parole de Dieu partout où elle est prêrhée.
Mais* afin que cette parole ait cette fécondité et cette effîcace , il ne faut pas s’imaginer qu’elle doive être prcchée dans sa pureté; puisque, comme on voit . CCS Eglises ne sont guère pures. Il n’y a point d’Eglise moins pure que celle de l’Antéchrist, et néanmoins on y trouve cent quarante-quatre mille élus. Votre ministre a écrit ces choses; vous les voyez , vous les lisez de vos propres yeux ; et toutefois , mes chers frères , il se tient si assuré de vous faire croire tout ce qu’il voudra , qu’il ose nier qu'il les ait écrites , et il se fait fort de vous persuader que jamais il n’a songé à mettre des élus parmi nous, ni à confesser qu’on se sauve dans notre communion, parce que c’est la communion d' l’Antéchrist.
Ce qu'il dit dans le Système de l'Eglise est encore plus fort, puisqu’il entreprend d’y prouver par l’Apocalypse : « que l'Eglise peut être dans « Rabylone, et que Babylone peut entrer dans « l’Eglise* . Il est vrai, poursuit-il , nous soutenons, « et nous avons raison de soutenir, que l’Eglise ro- « maine est la Babylone spirituelle dépeinte dans
• l’Apocalypse; mais Dieu dit de cette Babylone :
• Sortez de Babylone, mon peuple; de peur que, « participant à ses péchés, vous ne participiez è « ses peines. • Voilà donc encore une fois le peuple de Dieu dans Babylone; et cela jusqu'au moment où ses crimes sont montés si haut, qu'elle n'a plus à attendre que la dernière sentence, et qu’il n’y a plus aucun délai à son supplice.
Entreprenez sa défense , imaginez tout ce qu'il peut dire ; et lui-même au même moment il le réfutera. Vous pourriez croire qtie ce peuple , qui est renfermé dans Babylone jusqu'à ce mometit fatal , n’est appelé le peuple de Dieu que selun la prédestination étemelle. Mais non, dit M. Juricu*, • il ne faut
• pas dire que le peuple de Dieu sorte de Babylone « comme les chrétiens sortent du milieu des païens «quand ceux-ci se convertissent: car Dieun’ap- « pelle point son peuple des gens en état de damna- « lion ; et si le peuple de Dieu renfermé dans Baby- «lone était lui-même un peuple babylonien, Dieu « ne le pourrait plus appeler son peuple. Il est plus « clair que le jour que Dieu dans ces paroles , Sor-
• tez de Babylone, mon peuple, fait allusion au « retour du peuple juif de la captivité deBabylonc; et «pendant que les Juife furent dans Babylone , ils ne
• cessèrent pas d'être Juifs , et le peuple de Dieu. • Vous le voyez, mes chers frères : il ne dit pas seulement , mais il prouve , par tous les principes dont on convient dans la réforme, que le vrai peuple de
' Sjftt. liv. I , cA. I, p. 144 , Ms. Far. /iV. \v. — * Jnr. iUU.
5 10 TROlSlfeMK A\
Dipü , l(* peuple justifié, le peuple saintet séparé des inériiants par la grjlce «ju'il a rerue, se trouve dans sa Babylonc, qui est l'I^lise romaine, jusqu'au moment de sa cliute : et cet homme ose dire encore qu'il n’a jamais enseigné qu on se sauvit parmi nous.
Mais, dit-il, ceux qui s’y sauvent, ce sont les enfants ; car il avoue dans sa Lettre, qu'il dit bien
• que dans t’flglise romaine il y a une infinité d'a-
> mes sanctifiées par la vertu du cliristianime ; • mais qu’il a ajouté « que ces âmes sont celles des en-
> (ontsqui ont été baptisés au nom de Jésus-Christ,
« et qui , étant morts avant l’âge de raison , n’oiil -pris aucune part aux abominations du papisme
• Ce qu’il répète encore une fois en ces termes:
• >'ous ne reconnaissons d’élusdans TfiglLse romaine
• qu’entre les enfants <jui ne sauraient prendre part
- à ses idolâtries*. » ^ns doute, c'est aux enfants qui n'ont pas atteint l’dge de raison que s’adres.sc cctle parole: Sortez de Babylone , mon peuple: ils entendront à merveille que Babylone, c’est rflgliseromp>ne;que c’est celle-là d’où il faut sortir, et qu'il faut passer en tloliande pour se joindre au peuple de Dieu. Lesenfants enleiidfnt cela avant l'usage de la raison , cl ils sont le peuple de Dieu ù qui s’adresse cette voix du ciel. Qu’on esi>ère de vous faire croire de telles absunlité.s ! Mais si vous n’avez pas oublié ce que votre docteur vient de vous dire, ceux qui se sauvent dans la couimuninn romaine , c’est-à-dire dans la Babylone spirituelle , on*, été comparés aux Juifs qui étaient dans la Babylone temporelle ou en Égypte, qui sans doute étaient des adultes, et non pas de petits enfants avant l’âge de raison. On attribuait tout à l'heure le salut de ce grand nombre d'élus, qui setrouvedans Babylone et sous le régné de rAnledirisl, à l’efficace de la parole , qui n’e-st jamais préchée inutilement L Est-ffl que c»*s enfants écouteront celle parole ; et qu’à la faveur des vérités qu'elleeonlient, ils sauront bien se séparer de la corruption? Pour qui veut-on vous faire passer, et dans queJ rang inet-on ceux qu’on es|)èrc contenter par de tels moyens ? Il n'y a donc rien à répondre à des passages si clairs : les plus sourds les entendent, les plus ignorants en sont frappés ; et il ne vous reste que le seul refuge où l'on se jette ordinairement quand on n’rn peut plus: c’est de dire ce que tous lesjoui's nous entendons de votre bouche : Nous ne saurions vous répondre ; mais notre ministre, s'il était ici , vous répondrait bien. Quelle réponse pour des gens à qui tout est clair, et qui eroient pouvoir décider seuls au-dessus de tous les docteurs et dé tous les synodes! Mais encore, ce misérable refuge vous est-il fermé ncette fois. Il n'est pas question de dire que votre ministre répondra quand on lui objectera ces passages tirés de scs livres , on les lui a objectés dans l'ILstoiredes Variations * ; vous les trouverez dansce livre xv, qu'il reconnaît avoir lu , et auquel il s'est engagé de répondre, du moins pour les endroits qui le touchent. Il ne dit mot
‘ Lett. II. p. M. ~ » Ibid. - * f cl-dcMUf, p. 3-X9.
— * /'tfr. Iii\ XV.
ERTISSEMENT
néanmoiii.s de ceux-ci; et ces témoignages qu'il a portés contre lui-mémelui ferment la bouche.
Mais vous trouverez dans ce même livre de quoi le confondre plus démonstrativement. Le ministre propose deu.x voies dont Dieu se sert pour sauver son peuple au milieu de la corruption de Babylone: la première est la voie de tolérance, parce qu'//#tt/>pnrte les erreurs et les superstitions en ceux qui y virent de bonne fui, et qui (f ailleurs ont beaucoup de plètè et de charité* ; \d^ seconde, e.st la voie de séparation , parce qu’f/ éclaire ceux qu'il crut sauver , jusqu'à leur faire séparer ta doctrine divine des addWnnshumaines'.Cest ainsi , dit-il , qu'on se sauve dans le règne même de C IniechrUt. Or constamment ce n’esl pa.s ainsi que Dieu veut sauver les enfants; ni il supporte leurs erreurs, ni ü ne leur donne de discernement. Ce n’est donc p.is eux qu’on entend par ce peuple sauve dans Babylone, ce sont les adultes : ce sont, dis-je , ceux-la qui , selon les principes de votre ministre, .sont sauvés dans l'Église romaine, noii-seuleinent en rejetant ses préiendue.s erreurs, mais encore en les croyant de bonne foi.
Vous ne croyiez pas, mes rhers frères, qu'on en piU venir parmi vous dans la conjoncture présente jusqu'à nous donner cet avantage; mais Dieu l’a voulu ainsi : Dieu , qui a soin de votre salut, a voulu vous donner ce témoignage par la bouche d'un ministre, d'ailleurs si implacable envers nous; et il n'a pu s’en défendre. Car il a déclaré formellement que la voie de la tolérance pour les erreurs regarde ceux qui y vivent de bonne foi ; et ce qu’il n'a dit qu'en passant dans ses Préjugés légitimes^, il l’explique à fond dans son Système , où ii parle ainsi» : • Pour ce qui est des sectes qui reuverscnl ■ le fondement par additions , sans l'dter pourtant, » (vous entendez bien que c'est de nous et de nos semblables qu’il veut parler) • il est certain qu’on n’y
• peut communier sans péché; et afin de pouvoir
• espérer de Dieu quelque tolérance, il faut pre- « mièrement qu’on y soit r.ngagé par la nai.ssance.
• 2. Qu'on ne puisse communier avec aucune autre
• société plus pure. C'est pourquoi il n'edt pas été
• permis de communier tantôt avec les vauduis , et
• tantôt avec les prétendus catholiques. 3. Qu'on y « communie de l>onne foi , croyant qu'elle a eonscr- « vé l’essence des sacrements , et qu'elle n'oblige
• à rien contre la conscience. • Vous voyez donc clairement que ceux qui se sauvent dmis ces communions impures , où néanmoins les fondements sub.Nistent toujours, ce sont ceux qui y vivent de bonne foi, et qui croient qu'on n’y oblige à rien qui blesse la conscience. ■ Car , poursuit-il , si on « croitqucceUesociétéobligeà quelquechose contre « la conscience, on pèche mortellement quand on «participe à scs sacrements : c'est pourquoi il « ne vous est pas permis de communier altcma-
• livement iivec les prétendus catholiques et avec <t les réformés ; parce qu'étant dans les sentiments «des réformés, nous sommes persuadés que le pa-
• Jur. IMd. p. S7. — * Pnÿ. I. part. ch. I, p. 17. — * Ibid. — ' Uv. I.
sin LES LETTUES DE M. JLHIEÜ.
t pigme nous oblige dans sa communion à bien des ces prétendues Idolâtries; et secondemeot par ton-
• choses contre la conscience , comme, dit-ll , à tes les preuves par lesquelles on a démontré qu’il « adorer le sacrement : » par où l’on voit manlfei- met des idolâtres reconnus pour tels par lui- même, tement qu’il a compris iKnlise romaine avec celles non-seulement au nombre des sauves, mais encore où l’on peut se sauver en y vivant de bonne foi , au rang des plus grands saints.
c'est-à-<lire en participant sincèrement à sa doc- Si tout cela ne démontre pas qu'il a sauvé parmi trine et à son culte ; et c’est pourquoi il n’oblige à nous d'autres gens que les enfauts décédés avant péché mortel que ceux qui communieraient ou l’usage de raison, je ne sais plus ce qu’il y a de déadoreraient avec nous, sans croire de bonne foi monstratif. Mais voici encore une autre preuve, notre doctrine. qui n'est pas moins concluante : • Nous avouons,
Ouvoit[)arlà le pas important qu'il a fait au delà < dit-ih, à M. de Meaux, que l'^glîsedont Jésusde M. Claude et du commun de sa secte. M. Claude, " Christ parle là > (dans le passage de saint Mat> avant la reforme, ne sauvait parmi nous que ceux thieu , xvi , où il dit que l'enfer ne prévaudra point qui n’étaient pas de bonne foi, en demeurant dans contre rEglise) > est une Église confessante, une le sein de notre Église sans y croire : M. Jurieu, * Église qui publie la fui, une Église par conscqui a bien vu combien il était absurde de ne sauver « quent extérieure et visible; mais nous nions que que les hypocrites, a été forcé de passer outre, et « cette Église confessante, et qui publie la foi, d'accorder le salut plutôt à la bonne foi qu'à la * soit une certaine communion chrétienne, distromperie. * lincte et séjwrée de toutes les autres. C’est l'ail est vrai qu’il semble y mettre deux conditions : «mas de toutes les conimumoiis qui prêchent
l'une, qu'on soit engagé à une communion par la ■ un mdmc Jesus-Christ, qui annoncent le même naissance; l’autre, qu’on ne puisse communier * salut, qui donnent les mêmes sacrements eu avec une société plus pure. Alais il tempère lui- * substance, et qui enseignent la même docméme la première condition, en disant que ceux • trine; » en substance encore, etquantaux points qui passent de bonne foi, et par persuasion, datis fondamentaux, comme il vient de dire ; car s'il ies sectes qui ne ruinent ni ne renversent le /on- voulait qu’en tout et partout on enseignât jusqu’aux dement, au nombre desquels il nous met, comme moindres points la même doctrine, il sortirait vion a vu , ne sont pas en autre état que ceux qui tj siblemeiit de son système, et ne |>ourrait plus sausont nés : et pour l'autre condition, qui est celle ver, comme il fait, ni les nestoriens, ni les jacode ne pas pouvoir communier avec une société plus bites, ni les Grecs; et c’c'st pourquoi il ajoute que pure, il est fort commode |K)ur cela; puisqu'en l'Eglise dont Jésus-Christ parle ici, • e.xt un disant qu'il faut rompre avec les conciles qui dé- • corps qui renferme toutes les communions, lesiruisent les fondements delà religion, soit en les • quelles retiennent le fondement de la foi. • Or niant, soit en les renversant , il y appose la cou- il nous comprend dans ce corps; il nous met dans âlüon : si on est en état de pouvoir te Jaire*. Les cet amas, comme on a vu, et comme il le dità Questions qu'il propose ensuite vous feront encore cluque page de son livre, et en particulier dans mieux connaitre ses intentions. • Il semble, dit- cet endroit, puisque c'est de nous en particulier et
• il » » que si l'idée de l’Église renferme générale- de l'Église romaine qu'il s’agit. C'est dans cet amas « ment toutes les sectes, on puisse sans scrtipule que sont les élus : le ministre le décide ainsi par
• passer de l’une à l'autre ;élrc tantôt grec, tantôt ces paroles .* « Dans ce corps visible et externe est « latin , tantôt réformé, tantôt papiste, tantôt cai- •renfermée l'âine de n'élise, les (idéles et les « viniste, tantôt luthérien. » Telle est la question • 'rais saints*; • et un peu plus bas : • Quelque qu’il propose, ou l’on voit qu’il met également les « sens qu'on donne à cet arlicle ( c'est à l'article du latins et les grecs , les papistes et 1rs prétendus ré- «Symbole où l’on croit l'Église universelle), et formés: et il répond premièrement, qu’il n’est pas « quoique l'on avoue que par là il faut entendre permis depasserd'unecommunionàuiieautre pour • une vraie Église visible, les prétendus catholifaire profession de croire re qu'on ne croit p<is; ce « ques n’en peuvent tirer aucun avantage ; puisque qui est très-assuré : mais, secondement, il ajoute « celte Eglise visible , laquelle nous faisons proqu’on y peut passer, comme on vient de voir, sans • fessioii de croire, est celle qui est répandue dans risque de son salut, « en changeant de sentiment, « toutes les cotninunions véritablement chrétien- « lorsqu’on passe dans les sectes qui ne ruinent ni • nés, et dans laquelle est renfermée la partie in-
• ne renversent le fondement L • • visible, qui sont les élus et les vraissaints. <■ Nous
Lorsque pour répondre à ce passage il dit qu’il sommes, comme on a vu plusieurs fois, unede ces
faut entendre sa proposition des sectes qui ne rrn- communions véritablement chrétiennes, c’est-àversent en aucune sorte le fondement de la reli- dire, de cclle.s où l’on retient les fumlements de la gion, nienle niant, ni en y mêlant des erreurs inor- foi; et nous sommes par consé'iiueiU une de ees telles , telles que sont les idolâtries qu'il nous iin- communions où l'on est contraint d’avouer que h s pute* : il est battu premièrement par tous les saints sont renfoniiés. Qu’on ne nous objecte donc endroits où il a sauvé, non-seulement les Grecs plus nos idolâtries prétendues lumme exclusives aussi idolâtres que nous, mais encore les nestoriens du salut. Nous annom^x}ns dans le fond le même et les eulychiens, qui joignent d’autres erreurs à salut que les aiilresqu’oii reconnaît pour véritables
' p. 25®, — » Ibid. • * Sÿ»t. p. 175. — * Ja'U XI. • Sÿtl. p. 216. — • Stfst. p. 2lfl.
Diyiii^cd uy