suvres de Bossuet Oraisons funèbres
Quoique Bossuet eut prêché très- souvent 5 Mets, 5 l'.stis , 5 la cour et dans son diocèse , avec une réputation extraordinaire , on n’avait de lui qu'un petit nombre de discours , savoir : le Sermon sur iunité de l'Église , prédut à l’ouverture de rassemblée du clerqé en I OS 1 , et imprimé à Paris en 1082 ; le .Sermon pour la profession de madame de la lo/litVe, imprimé sanssonavcti en 1001 , et six Oraisons nsrmirs, imprimées séparément in-4"! J I époque même où elles furent prononcées , et recueillies depuis , par son ordre, en un volume in-tî. B nelil|ias entrer dams ce recueil Y Oraison funèbre de Nicolas Cornet , tirant! maître de Xavarre. Elle fut donnée au public en t G98 , in-8“, à Amstenlam , par les soins des héritiers de M. Cornet. Mais l’abbé Ledieu nous apprenti que Bossuet, après l'avoir lue, dit qu'il n’y reconnaissait pas son - ouvrage. Nous ne lierions pas d’un sermon prêché à l'ouverture d une mission , et imprimé dans un recueil de Retires cl Opuscules de Uossuet, Paris, 1748, 2 vol. in-12. I.cs autres discours de Tévéque de Meaux étaient restés inconnus entre les mains de ses héritiers, qui ignoraient eux-mêmes la valeur du trésor qu'ils possédaient dans d immenses portefeuilles presque oubliés. On ne saurait avoir trop de reconnaissance pour le service qu'ont rendu à la religion et b la littérature française D. iJéfbris, et I). Cornac, son collaborareur, en consacrant des années entières à décliiflrer, comparer, mettre en ordre et publier, avec des soins et une exactitude bien péuible, un nombre presque infini de feuilles volantes , chargées de ratures, de renvois, de corrections de toute espèce. Le premier Irait de leur travail parut en 1772 , en trois volumes in-4» qui forment les tomes iv,v et vt de la dernière édition! Ils donnèrent en 1788 deux nouveaux volumes, qui sont les tomes vu et vm ; celui-ci renferme les Oraisons funèbres. Quelques personnes zélées pour la gloire de Bossuet , et spécialement M. de Montholon , doyen et grand vicaire de Metz, ayant communiqué trop lard aux éditeurs un certain nombre de panégyriques de Bossuet , dont elles avaient les originaux, oo en forma la seconde partie du tome ni.
Nous avons distribué tous ces discours de la manière qui nous a paru U plus naturelle et U plus commode pour
les lecteurs.
Les éditeurs bénédictins avaient cru devoir porter l'exi lilude jusqu'à mettre au bas des pages les tours de pliras et les mots différents que Bossuet avait indiqués dans s. manuscrit , comme pouvant servir à exprimer sa pense Nous avons supprimé la plupart de ces variantes, n étaient sans intérêt. Mais nous avons conservé toutes rell qu’un lecteur judicieux aurait pu regretter, aussi et. — T. II.
Nous avouerons, en finissant, que la plupart des sermons de Bossuet sont restés imparfaits, plusieurs même ne présentent que des plans ou des fragments, que l’orateur remplissait en chaire, sans le secours de l'écriture, après avoir médité son sujet. Mais quoique Bossuet n'y ait pas mis la dernière main , et qu'il partit avoir dédaigné luenn'inc ces productions de son génie, on ne peut s'eibpécher do reconnaître qu'on y trouve des desseins supérieurement conçus, des aperçus nouveaux , des traits d'une éloquence admirable; et s'il nous était errais d'employer es expressions d'un poète, nous dirions que ces semions, telsqu ils sont, étinccllcnl pourtant de sublimes bcaulcs.
ORAISON FUNÈBRE
DE
HENRIETTE-MARIE DE FRANCE
IlEINE DE LA GRANDE BRETAGNE * , Prononcée le 10 novembre 1069, en présence de Monsieur frère nntque du roi , et de Madame; en l'cglise des religieuses de Sainte-Marie de Cliaiilot , où avait été déposé le cœur de Sa Majesté.
mm """C' "ÿr>’ erudimini , gui judiealù ter-
P&al. n, v. io.
tJWjdolrnant, d rots, apprenez; Instruisez vous, juges de la
Monseigneub,
Celui qui régne dans les deux, et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui platt , de grandes et de terribles leçons. Soit qu’il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes , soit qu'il la retire à lui-méme, et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une maniéré souveraine et digne de lui. Car, en leur donnant sa puissance , il leur commande d'en user comme il fait lui-méme , pour le bien du monde ; et il leur fait
ncnra-iif-MAncui- franre, fille do Henri IV, née nu Louvre le 2s novembre 1009, quelques moi» avant la mort de Km père, épousa en Uro l'infortuné rot d Angleterre Charles I- Apres I avoir vu périr sur un échafaud . die rentra dam sà patrin, ou elle mourut en tos», emportant au tombeau te Utre dr n-tnr malheureuse (|uVlle s’êtall donm4.
ORAISON FUNÈBRE
voir, en la retirant , (jue toute leur majesté est empruntée, et que , pour être assis sur le Irôno, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes , non-seulement par des discours et par des paroles , mais encore par des effets et par des exemples. El mine, reges, inlelligile; eruditnini, qui judicalis terrain.
Chrétiens , que la mémoire d'une grande reine, fdle , femme , mère de rois si puissants , et souveraine de trois royaumes , appelle de tous cétés à cette triste cérémonie , ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables, qui étalent aux jeux du monde sa vanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines : la félicité sans bornes, aussi bien que les misères ; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l’univers ; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur accumulées sur une tête, qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune ; la bonne cause d'abord suivie de Irons succès, et, depuis, des retours soudains , des changements inouïs ; In rébellion longtemps retenue , à la fin tout ù fait maîtresse ; nul frein à la licence ; les lois abolies ; la majesté violée par des attentats jusqu’alors inconnus ; i'usurpatiouct latyrnnnle sous le nom de liberté ; une reine fugitive , qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil ; neuf voyages sur mer, entrepris par une princesse, malgré les tempêtes ; l'Océan étonné de se voir traversé tant de fois en des appareils si divers, et pour des causes si différentes; un trône indignement renversé, et miraculeusement rétabli. Voilà les enseignements qnc Dieu donne aux rois : ainsi fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs. Si lis paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé, les choses parleront assez d'cllcs-mèmcs. Le coeur d’une grande reine , autrefois élevé par une si longue suite de prospérités , et puis plongé tout à coup dans un abîme d'amertumes , parlera assez haut ; et s'il n'est pas permis aux particuliers de faire des leçons aux princes sur des événements si étranges , un roi me prête ses paroles pour leur dire : Etnunc, reges, inlelligile; erudimini, qui judicalis terram: « Entendez, ô grands de - lu terre ; instruisez-vous, arbitres du monde 1 . »
* Que cet exorde est majestueux , sombre et religieux ! Pas uu mot qui ne porte, pas uu qui ne soit une image ou une Idée, un tableau ou une leçon ; et nu milieu de cet assemblage si imposant , la grande idée de Dieu qui domine tout. Qu'on se représente, après un semblable exorde, des auditeurs dans uu temple qui ajoute encore à nhi effet , et qu'on se demande si «pielqu'un d'eux pouvait songer à Bossuet. Pion ;
Mais la sage et religieuse princesse qui fait le sujet de ce discours n’a pas été seulement un spectacle proposé aux hommes pour y étudier les conseils de la divine Providence , et les fatales révolutions des monarchies; elle s’est instruite ellc-môrae, pendant que Dieu instruisait les princes par son exemple. J’ai déjà dit que ee grand Dieu les enseigne , et en leur donnant et en leur ôtant leur puissance. La reine , dont nous parlons , a également entendu deux leçons si opposées ; c'est-à-dire , qu’elle a usé chrétiennement de la bonne et de la mauvaise fortune. Dans l’une , elle a été bienfaisante; dans l’autre, elle s’est montrée toujours invincible. Tant qu’elle a été heureuse, elle a fait sentir son pouvoir au monde par des bontés infinies ; quand la fortune l’eut abandonnée , elle s’enrichit plus que jamais elle-même de vertus. Tellement qu’elle a perdu pour son propre bien cette puissance royale qu’elle avait pour le bien des autres; et si ses sujets, si ses alliés , si l’Église universelle a profité de ses grandeurs, elle-même a su profiter de ses malheurs et de ses disgrâces plus qu’elle n’avait fait de toute sa gloire C’est ce que nous remarquerons dans la vie éternellement mémorable de très-haute, trèsexcellente et très- puissante princesse Henriette-Marie de France, rein eue la Grande- Bretagne.
Quoique personne n’ignore les grandes qualités d’une reine dont l'histoire a rempli tout l’univers , je me sens obligé d’abord à les rappeler en votre mémoire , afin que cette idée nous serve pour toute la suite du discours. Il serait superflu de parler au long de la glorieuse naissance de cette princesse : on ne voit rien sous le soleil qui en égale la grandeur. Le pape saint Grégoire a donné dès les premiers siècles cet éloge singulier à la couronne de France : « qu’elle est autant au-des- « sus des autres couronnes du monde, que la di- « gnité royale surpasse les fortunes partieuliè- - res » Que s’il a parlé en ces termes du temps du roi Childebert , et s’il a élevé si haut la race de Mérovée , jugei ce qu’il aurait dit du sang de saint Louis et de Charlemagne. Issue de cette race, fille de Henri le Grand, et de tant de rois, son grand cœur a surpassé sa naissance. Toute autre place qu’un trône eût été Indigne d'cllc. A la vérité elle eut de quoi satisfaire à sa noble fierté, quand elle vit qu’elle allait unir la maison de France à la royale famille des Stuarts, qui étaient venus à la succession de la couronne d’ Angleterre
l'ironginaUon, assaillie par tant d'objets de douleur, n’a pu voir que le renversement des trônes , les coups de la fortune , les tempêtes, l’océan. ( An Harpe. )
• Quanta CÆteros hommes régla dignltas anlcmüt, tanin eajjfrarum gcnlium régna regnl \ est ri profecto cuimen excellil. ( Lib. n, ep. Tl.)
DE HENRIETTE DE FRANCE
par une fille de Henri VII , mais qui tenaient de leur chef, depuis plusieurs siècles, le sceptre d'Écossc, et qui descendaient de ees rois antiques , dont l'origine se cache si avant dans l'obscurité des premiers temps. Mais si elle eut de la Joie de régner sur une grande nation , c'est parce qu'elle pouvait contenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait à faire du bien. Elle eut une magnificence ravale , et l'on eût dit qu'elle perdait ce qu'elle ne donnait pas. Ses autres vertus n’ont pas été moins admirables. Fidèle dépositaire des plaintes et des secrets, elle disait que les princes devaient garder le même silence que les confesseurs, et avoir la même discrétion. Dans la plus grande fureur des guerres civiles , jamais on n'a douté de sn parole ni désespéré de sa clémence. Quelle autre a mieux pratiqué cet art obligeant, qui fait (pi 'on se rabaisse sans se dégrader, et qui accorde s! heureusement la liberté avec le respect? Douce, familière, agréable autant que ferme et vigoureuse, elle savait persuader et convaincre, aussi bien que commander, et faire valoir la raison non moins que l’autorité. Vous verrai avec quelle prudence elle traitait les affaires; et une main si habile eut sauvé l'État, si l’État eût pu être sauvé '. On ne peut assez louer la magnanimité de cette princesse. La fortune ne pouvait rien sur elle : ni les maux qu'elle a prévus, ni ceux qui l'ont surprise , n’ont abattu son courage. Que dirai-je de son attachement Immuable à la religion de ses ancêtres? Elle a bien su reconnaître que cet attachement faisait la gloire de sa maison aussi bien que celle de toute la France , seule nation de l'univers qui , depuis douze siècles presque accomplis que ses rois ont embrassé le christianisme, n'a Jamais vu sur le trône que des princes enfants de l'Église. Aussi a-trelle toujours déclaré que rien ne serait capable de la détacher de la foi de saint Louis. Le roi son mari lui adonné, jusqu'à la mort, ce bel éloge, qn'ii n’y avait que le seul point de la religion où leurs cœurs fussent désunis ; et confirmant par son témoignage la piété de la reine , ce prince très-éctairé a fait connaître en même temps à toute la terre la tendresse , l'amour conjugal , la sainte et inviolable fidélité de son épouse incomparable.
Dieu, qui rapporte tous ses conseils à la conservation de sa sainte Eglise, et qui, fécond en moyens, emploie toutes choses à scs fins cachées , s’est servi autrefois des chastes attraits de deux saintes héroïnes pour délivrer ses fidèles des mains de leurs ennemis. Quand il voulut sauver la ville de Béthulie, il tendit, dans la beauté de
1 SI Pergama dextra
Defendi posant, etiam haedefensa fubsmt.
{Firf. .Eneid. U, W.)
Judith , un piège imprévu et inévitable à l’aveugle brutalité d’Holopherne. Les grâces pudiques de la reine Esther eurent un effet aussi salutaire ,
. mais moins violent. Elle gagna le cœur du roi son mari , et fit d'un prince infidèle un illustre protecteur du peuple de Dieu. Par un conseil à peu près semblable , ce grand Dieu avait préparé un charme innocent au roi d'Angleterre, dans les agréments infinis de la reine son épouse. Comme elle possédait son afTection (car les nuages qui avalent paru au commencement Rirent bientAt dissipés), et que son heureuse fécondité redoublait tous les jours les sacrés liens de leur amour mutuel ; sans commettre l'autorité du roi son seigneur, elle employait son crédit à procurer un peu de repos aux catholiques accablés. Dès l'Age de quinze ans , elle fut capable de ces soins ; et seize années d'une prospérité accomplie, qui coulèrent sans interruption , avec l’admiration de toute la terre , furent seize années de douceur pour cette Église affligée. Le crédit de la reine obtint aux catholiques ce bonheur singulier et presque incroyable, d’être gouvernés successivement par trois nonces apostoliques , qui leur apportaient les consolations que reçoivent les enfants de Dieu , de la communication avec le saint-siége.
Le pape saint Grégoire , écrivant nu pieux empereur Maurice , lui représente en ces termes les devoirs des rois chrétiens : « Sachez , A grand « empereur I que la souveraine puissance vous . est accordée d’en haut , afin que la vertu soit • aidée , que les voies du ciel soient élargies , et « quel’empirede la terre serve l'empire du ciel'. * Cest la vérité elle-même qui lui a dicté ces belles paroles ; car qu’y a-t-il de plus convenable à la puissance que de secourir la vertu ? à quoi la force doit-elle servir, qu'à défendre la raison? et pourquoi commandent les hommes, si ce n'est pour faire que Dieu soit obéi? Mais surtout il faut remarquer l'obligation si glorieuse , que ce grand ■ pape impose aux princes, d'élargir les voies du ciel. Jésus-Christ a dit dans son Évangile : « Com- I « bien est étroit le chemin qui mène à la vie I • Et voici ce qui le rend si étroit : c’est que le juste, sévère à lui-même et persécuteur irréconciliable de scs propres passions, se trouve encore persécuté par les injustes passions des autres, et ne peut pas même obtenir que le monde le laisse en repos dans ce sentier solitaire otrudc,oùilgrimpc‘ plutôt qu’il ne marche. Accourez, dit saint Gré-
1 Ad hoc pnim pôle* Lit taper omnos homtnes dominonjm i mroruin pietati étrillai data est, ut qui bona appetunt ad* Juventur, ut caelorum via larglus palcal , ut terrestre regnu m * ccdf&li regno f&muletur. (Greg. lib. ur, ep. lxv.)
* I je moi propre était gravit, qui est moins familier, et même plus expressif puisque gravir c’est grimper avec cf' JitrL ( La Harpe. )
goire, puissances du siècle; voyez dans quel sentier la vertu chemino, doublement à l etroit, et par elle-même, et par l’effort de ceux qui la persécutent : seeourcz-la, tendez-lui la main : puisque vous la voyez déjà fatiguée du combat qu’elle soutient au dedans contre tant de tentations qui accablent la nature humaine, mettezla du moins à couvert des insultes du dehors. Ainsi vous élargirez un peu les voies du ciel, et rétablirez ec chemin, que sa hauteur et son âpreté rendront toujours assez difficile.
Mais si jamais l'on peut dire que la vole du chrétien est étroite, c’est, messieurs, durant les persécutions; car que peut-on imaginer de plus malheureux , que de ne pouvoir conserver la foi sans s’exposer au supplice , ni saeriiler sans trouble, ni chercher Dieu qu’en tremblant? Tel était l’état déplorable des catholiques anglais. I.’crreur et ia nouveauté sc faisaient entendre dans toutes les chaires; et la doctrine ancienne, qui, selon l’oracle de l’Evangile, « doit être préchée jusque • sur les toits ' , » pouvait à peine parler a l’oreille. Les enfants de Dieu étaient étonnés de ne voir plus ni l’autel , ni le sanctuaire, ni ces tribunaux de misérlcordequi justifient ceux qui s'accusent’. O douleur ! il fallait cacher la pénitence avec le même soin qu’on eut fait les crimes ; et Jésus- Christ même se voyait contraint , au grand malheur des hommes ingrats , de chercher d’autres voiles et d’autres ténèbres , que ces voiles et ces ténèbres mystiques , dont il sc couvre volontairement dans l’Eucharistie. A l’arrivée de la reine , la rigueur se ralentit, et les catholiques respirèrent. Cette chapelle royale, quelle fit bâtir avec tant de magnificence dans son palais de Sommerset, rendait à l’église sa première forme. Hexnir.TTE , digne fille de saint Louis , y animait tout le monde par son exemple , et y soutenait avec gloire par ses retraites , par scs prières et par ses dévotions, l’ancienne réputation de la très-chrétienne maison de France. Les prêtres de l’Oratoire, que le grand Pierre de Bérulle avait conduits avec elle, et après eux les pères capucins, y donnèrent, par leur piété, aux autels leur véritable décoration, et au service di vin sa majesté naturelle. Les prêtres et les religieux, zélés et Infatigables pasteurs decetroupeau affligé, qui vivaient en Angleterre pauvres , errants , travestis , » des- « quels aussi le monde n’était pas digne5, » venaient reprendre avec joie les marques glorieusesde leur profession dans la chapelle de la reine; et l’Église désolée , qui autrefois pouvait à peine
1 Quod in eure nudilis, pnxdicate super tecta. ( Matth. cap. x» v. 27. )
1 Bottuet iodique avec art le* confessionnaux dans cette admirable périphrase.
> Quibus tlignus non crat muudus. ( Il b cap. xi, v. 3R. )
FUNÈBRE
gémir librement , et pleurer sa gloire passée , faisait retentir hautement les cantiques de Sion dans une terre étrangère. Ainsi la pieuse reine consolait la captivité des fidèles , et relevait leur espérance.
Quand Dieu laisse sortir du puits de l'abîme la fumée qui obscurcit le soleil , selon l’expression de l'Apocalypse1 , c’est-à-dire, l’erreur et l’hérésie; quand pour punir les scandales, ou pour réveiller les peuples et les pasteurs, il permet à l’esprit de séduction de tromper les âmes hautaines, et de répandre partout un chagrin superbe, une indocile curiosité , et un esprit de révolte , il détermine, dans sa sagesse profonde, les limites qu’il veut donner aux malheureux progrésde l’erreur, et aux souffrances de son Église. Je n’entreprends pas, chrétiens, de vous dire la destinée des hérésies de ces derniers siècles , ni de marquer le terme fatal dans lequel Dieu a résolu de borner leur cours. Mais, si mon jugement ne me trompe pas; si, rappelant la mémoire des siècles passés, j’en fais un juste rapport à l’état présent , j’ose croire, et je vois les sages concourir à ce sentiment , que les jours d’aveuglement sont écoulés , et qu’il est temps désormais que la lumière revienne. Lorsque le roi Henri VIII , prince en tout le reste accompli, s’égara dans les passions qui ont perdu Salomon et tant d’autres rois, et commença d'ébranler l’autorité de l'Eglise, les sages lui dénoncèrent qu’en remuant ce seul point, il mettait tout en péril , et qu'il donnait , contre son dessein , une licence effrénée aux Ages suivants. Les sages le prévirent; mais les sages sont-ils crus en ces temps d’emportement , et ne se rit-on pas de leurs prophéties? Ce qu’une judicieuse prévoyance n’a pu mettre dans l’esprit des hommes, une maîtresse plus impérieuse, je veux dire l’expérience, les a forcés de le croire. Tout ce que la religion a de plus saint a été en proie : l’Angleterre a tant changé , quelle ne sait plus elle-même à quoi s’en tenir ; et plus agitée en sa terre et dans scs ports mêmes que l'Océan qui l’environne, elle se voitinondée par l’effroyable débordement de mille sectes bizarres. Qui sait si , étant revenue de ses erreurs prodigieuses touchant la royauté , elle ne poussera pas plus loin ses réflexions; et si, ennuyée de ses changements , elle ne regardera pas avec complaisance l’état qui a précédé? Cependant admirons Ici la piété de la reine , qui a su si bien conserver les précieux restes de tant de persécutions. Que de pauvres, que de malheureux, que de familles ruinées pour la cause de la foi, ont subsisté pendant tout le coursdesavic,parl’immense profusion de ses aumônes! Elles se répandaient
• Apmiit putrum abyssi; el a&cendit fumtis putei.. ... et obM'uralu» t*sl aol. ( .4ocp. cap. ix , v. 2. )
Dgle
DE HENRIETTE DE FRANCE
de toutes parts jusqu'aux dernières extrémités de ses trois royaumes ; et, s’étendant par leur abondance même sur les ennemis de la foi , elles adoucissaient leur aigreur, et les ramenaient à l'Église. Ainsi, non-seulement elle conservait, maisencore eüeaugmentnit le peuple de Dieu. Les conversions étaient innombrables ; et ceux qui en ont été témoins oculaires, nousont appris que, pendant trois ans de séjour qu'elle a fait dans la cour du roi son (lis, la seule chapelle royale a vu plus de trois cents convertis , sans parler des autres , abjurer saintement leurs erreurs entre les mains de ses auniiV niers. Heureuse d'avoir conservés! soigneusement l’étincelle de ce feu divin que Jésus est venu allumer nu monde1! Si jamais l'Angleterre revient à soi ; si ce levain précieux vient un jour à sanctilier toute cette masse où il a été mêlé par ses royales mains , la postérité la plus éloignée n'aura pas assez de louanges pour célébrer les vertus de lu religieuse Hkxbiette, et croira devoir à sa piété l'ouvrage si mémorable du rétablissement de l’Église.
Que si l’histoire de l'Église garde chèrement la mémoire de cette reine , notre histoire ne taira pas les avantages qu'elle a procurés à sa maison et à sa patrie. Femme et mère très-chérie et trèshonorée, elle a réconcilié avec la France le roi son mari , et le roi son fils. Qui ne sait qu’après la mémorable actiun de l'Ile de Rhé , et durant ce fameux siège de la Rochelle, cette princesse, prompte à se servir des conjonctures importantes, fit conclure la paix qui empêcha l’Angleterre de continuer son secours aux calvinistes révoltés? Et dans ees dernières années , après que notre grand roi, plus jaloux de sa parole et du salut de ses alités que de ses propres intérêts , eut déclaré la guerre aux Anglais, ne fut-elle pas encore une sage et heureuse médiatrice? ne réunit-elle pas les deux royaumes? Et depuis encore, ne s'est-elle pas appliquée en toutes rencontres à conserver cette meme intelligence? Ces soins regardent maintenant vos altesses royales ’ ; et l’exemple d’une grande reine, aussi bien que le sang de France et d’Angleterre, que vous avez uni par votre heureux mariage , vous doit inspirer le désir de travailler sans cesse à l’union de deux rois qui vous sont si proches, et de qui la puissance et la vertu peuvent faire le destin de toute l'Europe.
Monseigneur, ce n’est plus seulement par cette vaillante main et par ce grand cœur que vous acquerrez de la gloire. Dans le calme d'une profonde paix , vous aurez des moyens de vous signaler; et vous pouvez servir l'État sans l'alarmer, comme vous avez fait tant de fois , en cx-
* Lur. cap. XII , v. *9.
' Ici rotateur Vaitressc au duc et S la duchesse d'Orléans.
posant au milieu des plus grands hasards de la guerre une vie aussi précieuse et aussi necessaire que la vôtre. Ce service , Monseigneur, n’est pas le seul qu’on attend de vous ; et Ton peut tout espérer d’un prince que la sagesse conseille, que la valeur anime, et que la justice accompagne dans toutes ses actions. Mais où m'emporte mon zèle , si loin de mon triste sujet? Je m’arrête a considérer les vertus de Put lippe , et je ne songe pas que je vous dois l’histoire des malheurs de Hexhiette.
J'avoue , en la commençant , que je sens plus que jamais la difficulté de mon entreprise. Quand j’envisage de près les Infortunes inouïes d’une si grande reine, je ne trouve plus de paroles; et mon esprit , rebuté de tant d’indignes traitements qu'on a faits à la majesté et à in vertu, ne se résoudrait jamais à se jeter parmi tant d'horreurs, si la constance admirable avec laquelle cette princesse a soutenu ses calamités , ne surpassait de bien loin les crimes qui les ont causées. Mais en même temps, chrétiens, un autre soin me travaille. Ce n’est pas un ouvrage humain que Je médite. Je ne suis pas ici un historien qui doit vous développer le secret des cabinets , ni l’ordre des batailles, ni les intérêts des partis : il faut qnc je m'élève au-dessus de l’homme , pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu. « J'entrerai, avec David, dans les puissances du Seigneur 1 ; • et j’ai à vous faire voir les merveilles de sa main et de scs conseils; conseils de juste vengeance sur l’Angleterre; conseils de miséricorde pour le salut de In reine; mais conseils marqués par le doigt de Dieu , dont l'empreinte est si vive et si manifeste dans les événements que j’ai à traiter, qu’on ne peut résister à cette lumière.
Quelque haut qu’on puisse remonter, pour rechercher dans les histoires les exemples des grandes mutations , on trouvera que jusques ici elles sont causées, ou par la mollesse, ou par la violence des princes. En effet, quand les princes, négligeant de connaître leurs affaires et louis armées , ne travaillent qu’à la chasse * , comme disait cet historien , n’ont de gloire que pour le luxe , ni d’esprit que pour inventer des plaisirs ; ou quand, emportés par leur humeur violente, ils ne gardent plus ni lois ni mesures , et qu’ils ôtent les égards et la crainte aux hommes , en faisant que les maux qu’ils souffrent leur paraissent plus insupportables que ceux qu'ils prévoient : alors ou la licence excessive , ou la patience poussée à l'extrémité, menacent terriblement les maisons régnantes.
1 tnlp'lho In potcnli-» Dcnér.1 ( Pmi. U! , v. 15. )
1 Yçnatus mai taïus lahoresl. i t un. lit. vm,a"8. J
ORAISON FUNÈBRE
Charles I" , roi d’Angleterre, était juste, modéré , magnanime, très-instruit de ses affaires, et des moyens de régner. Jamais prince ne fut plus capable de rendre la royauté , non-seulement vénérable et sainte , mais encore admirable et chère à ses peuples. Que lui peut-on reprocher, sinon sa clémence? Je veux bien avouer de lui ce qu'un auteur célèbre a dit de César , « qu'il a été clé- « ment jusqu’à être obligé de s’en repentir : » Cœsari proprium et pecutiare sit clementiœ insigne qua usque ad pœnitenliam omncs superavit '. Que ce soit donc là , si l’on veut, l’illustre defaut de Charles , aussi bien que de César : mais que ceux qui veulent croire que tout est faible dans les malheureux et dans les vaincus, ne pensent pas pour cela nous persuader que la force ait manqué à son courage, ni la vigueur à ses conseils. Poursuivi à toute outrance par l'implacable malignité de la fortune , trahi de tous les siens, il ne s’est pas manqué à lui-même. Malgré les mauvais succès de ses armes infortunées , si on a pu le vaincre, on n'a pas pu le forcer ; et, comme Il n’a Jamais refusé ce qui était raisonnable étant vainqueur, il a toujours rejeté ce qui était faible et injuste , étant captif. J’ai peine a contempler ton grand cœur dans ces dernières épreuves. Mais certes 11 a montré qu'il n'est pas permis nux rebelles de faire perdre la majesté à un roi qui sait se connaître ; et ceux qni ont vu de quel front il a paru dans la salle de Westminster, et dans la place de Whitehall * , peuvent juger aisément combien il était intrépide ù la tète de ses armées, combien auguste et majestueux au milieu de son palais et de sa cour. Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs , quand je célèbre ce monarque ; et ce cœur, qui n'a jamais vécu que pour Ini , se réveille , tout poudre qu'il est , et devient sensible, même sous ce drap mortuaire , au nom d'un époux si cher, à qui scs ennemis mêmes accorderont le titre de sage et celui de juste ; et que la postérité mettra au rang des grands princes, si son histoire trouve des lecteurs dont le jugement ne se laisse pas maîtriser aux événements ni & la fortune.
Ceux qui sont instruits des affaires , étant obligés d'avouer que le roi n'avait point donné d’ouverture ni de prétexte aux excès sacrilèges dont nous abhorrons la mémoire , en accusent la fierté indomptable de la nation : et je confesse que la haine des parricides pourrait jeter les esprits dans
• Plln. Hisl. Hat. Ub. vin , cap. xxv.
* Jusque dans le profond abaissement où le comble du malheur a réduit Charles 1M, Bossuet sait conserver h cet infortuné monarque un caractère de grandeur que l'histoire n'a point démenti. Hume a Justifié la prédiction de Bossuet par l’équité de ses Jugements sur Charles I". ( Le cardinal de Bautsel. )
ce sentiment. Mais quand on considère de plus près l’histoire de ce grand royaume, et particulièrement les derniers règnes , où l’on voit nonseulement les rois majeurs 1 , mais encore les pupilles', et les reines mêmes 5, si absolus et si redoutés; quand on regarde la facilité incroyable avec laquelle la religion a été ou renversée , ou rétablie par Henri , par Edouard , par Marie , par Élisabeth, on ne trouve, nt la nation si rebelle , ni ses parlements si fiers et si factieux : au contraire , on est obligé de reprocher à ces peuples d'avoir été trop soumis , puisqu’ils ont mis sous le joug leur foi même et leur conscience. N’accusons donc pas aveuglément le naturel des habitants de Die la plus célèbre du monde , qui , selon les plus fidèles historien, tirent leur origine des Gaules ; et ne croyons pas que les Merciens , les Danois et les Saxons, aient tellement corrompu en eux ce que nos pères leur avalent donné de bon sang 4 , qu'ils soient capables de s'emporter à des procédés si barbares , s’il ne s'y était mêlé d'autres causes. Qu'est-ce donc qui les a poussés? Quelle force, quel transport, quelle intempérie a causé ces agitations et ces violences? N’en doutons pas, chrétiens, les fausses religions, le libertinage d’esprit , la fureur de disputer des choses divines , sans fin, sans règle, sans soumission, a emporté les courages. Voilà les ennemis que la reine a eu à combattre , et que ni sa prudence , ni sa douceur, ni sa fermeté, n'ont pu vaincre.
J'ai déjà dit quelque chose de la licence où se jettent les esprits , quand on ébranle les fondements de la religion , et qu’on remue les bornes une fois posées. Mais , comme la matière que je traite me fournit un exemple manifeste , et unique dans tous les siècles , de ces extrémités furieuses; il est, messieurs, de la nécessité de mon sujet, de remonter jusques an principe, et de vous conduire pas à pas par tous les excès où te mépris de la religion ancienne , et celui de l’autorité de l’Église , ont été capables de pousser les hommes. »
Donc 4 la source de tout le mal est que ceux qui n’ont pas craint de tenter au siècle passé la réformation par le schisme , ne trouvant point de plus fort rempart contre toutes leurs nouveautés , que la sainte autorité de l'Eglise , ils ont été obligés de la renverser. Ainsi les décrets des conciles , la doctrine des Pères , et leur sainte unanimité, l'ancienne tradition du saint-siège et de
' Hrnrt VIII.
’ Eduuanl VI.
' Marie et Elisabeth.
* Les éditions les plus estimées portent ton tent ; leçon évidemment fautive
1 Corneille a souvent employé cette particule affirmant • au commencement des phrases.
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nu HENRIETTE DE FRANCE.
l'Églisecatholiquc , n'ont plus été comme autrefois des lois sacrées et inviolables. Chacun s'est fait a soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance; et , encore qu'il semble que les novateurs nient voulu retenir les esprits , en les renfermant dans les limites de l'Écriture sainte , comme ce n'a été qu'à condition que chaque fidèle en deviendrait l'interprète , et croirait que le Saint-Esprit lui en dicte l'explication , il n'y a point de particulier qui ne se voie autorisé par cette doctrine à adorer scs inventions , à consacrer scs erreurs, à appeler Dieu tout ce qu'il pense. Dès lors on a bien prévu que, la licence n'ayant plus de frein, les sectes se multiplieraient jusqu'à l’inlini ; que l'opiniâtreté serait invincible ; et que tandis que les uns ne cesseraient de disputer, ou donneraient leurs rêveries pour inspirations , les autres , fatigués de tant de folles visions, et ne pouvant plus reconnaître la majesté de la religion déchirée par tant de sectes , iraient enfin chercher un repos finies! e , et une entière indépendance , dans l'indifférence des religions , ou dans l’athéisme.
Tels , et plus pernicieux encore , comme vous verrez dans la suite, sont les effets naturels de cette nouvelle doctrine. Mais de même qu'une eau débordée ne fait pas partout les mêmes ravages, parce que sa rapidité ne trouve pas partout les mêmes penchants et les mêmes ouvertures, ainsi, quoique cet esprit d’indocilité et d'indépendance Boit également répandu dans toutes les hérésies de ces derniers siècles , il n'a pas produit universellement les mêmes effets : il a reçu diverses limites, suivant que la crainte, ou les intérêts , ou l'humeur des particuliers et des nations , ou enfin la puissance divine, qui donne quand il lui plaît des bornes secrètes aux passions des hommes les plus emportées, l’ont différemment retenu. Que s'il s’est montré tout entier à l’Angleterre, et si sa malignité s’y est déclarée sans réserve , les rois en out souffert ; mais aussi les rois en ont été cause. Ils ont trop fait sentir aux peuples que l’ancienne religion se pouvait changer. Les sujets ont cessé d'en révérer les maximes , quand iis les ont vues céder aux passions et aux intérêts de leurs princes. Ces terres trop remuées , et devenues incapables de consistance , sont tombées de Imites parts, et n’ont fait voir que d’effroyables précipices. J'appelle ainsi tant d’erreurs téméraires et extravagantes qu'on voyait paraître tous les jours. Ne croyez pas que ce soit seulement la querelle de l'épiscopat , ou quelques chicanes sur la liturgie anglicane, qui aient ému les communes. Ces disputes n'étaient encore que de faibles commencements, par où ces esprits turbulents faisaient comme un essai de leur lilierté. Mais quel-
que chose de plus violent se remuait dans le fond des coeurs : c’était uu dégoût secret de tout ce qui a de l'autorité , et une démangeaison ' d’innover sans fin , apres qu'on en a vu le premier exemple.
Ainsi les calvinistes, plus hardis que les luthériens, ont servi à établir lessociniens‘,quiont été plus loin qu’eux, et dont ils grossissent tous les jours le parti. Les sectes infinies des anabaptistes1 sont sorties de cette même source ; et leurs opinions , mêlées au calvinisme, ont fait naître les indépendants1 , qui n’ont point eu de bornes , parmi lesquels on voit les trcmbleurs, gens fanatiques , qui croient que toutes leurs rêveries leur sont inspirées ; et ceux qu'on nomme chercheurs , à cause que , dix-sept centsans après Jésus-Christ, ils cherchent encore la religion , et n'en ont point d’arrêtéc.
C’est , messieurs , en cette sorte , que les esprits une fois émus, tombant de ruines en ruines, se sont divisés eu tant de sectes. En vain les rois d’Angleterre ont cru les pouvoir retenir sur cette pente dangereuse , en conservant l'épiscopat ; car que peuvent des évêques qui ont anéanti eux-mêmes l'autoritéde leur chaire , et la révérence qu’on doit à la succession , en condamnant ouvertement leurs prédécesseurs jusqu'à la source même de leur sacre ; c’est-à-dire Jusqu'au pape saint Grégoire, et au saint moine Augustin, son disciple, et le premier apûtre de la nation anglaise? Qu’estce que l'épiscopat, quand il se sépare de l’Église qui est son tout , aussi bien que du saint-siége qui est son centre, pour s'attacher, contre sa nature, à la royauté comme à son chef? Ces deux puissances d'un ordre si different ne s’unissent pas , mais s'embarrassent mutuellement , quand on les confond ensemble ; et la majesté des rois d' Angleterre serait demeurée plus inviolable1, si , contente de scs droits sacrés, elle n’avait point voulu attirer à soi les droits et l'autorité de l'Église. Ainsi rieu n’a retenu la violence des esprits féconds en erreurs : et Dieu, pour punir l’irréligieuse instabilité
‘ La Harpe trouve celte expression un peu familière; mai* il a soin d'ajouter que la vjürur «le» termes dépend souvent de celle de l'auteur qui 1rs emploie, et que l'un pourrait dire comme un proverbe de août : Tant vaut l'homme, tant vaut la parole. »
* Ainsi appelés du nom de Socin, leur auteur et leur chef. Cette hérésie, qui consistait A ne voir en Dieu qu'une »eu!« per Min ne , fut propagée par Pau* te, neveu de Surin, et né, rumine lui, a Sienne, en Italie, au commeucemcnt du seixièuie siècle.
1 Les anabaptistes prétendaient qu’il fallait rebaptiser les enfants dés qu’ils étaient parvenus a l'age de raison.
* Ce nom seul ludique l'erreur que professaient cw hérétiques.
* Henri VIII, rn réunissant sur sa tète la puissance temporelle rl la puissance spirituelle, crut donner a l'autorité royale plus de force et d’étendue; mais celle innovation affaiblit tellement son pouvoir, que le roi d'Angleterre ne fut plus dés lors que le premier magistral de la nation < Car*, de B'iUÀset. )
de ces peuples, les a livrés à l'intempérance de leur folle curiosité , en sorte que l'ardeur de leurs disputes insensées , et leur religion arbitrai rc , est devenue la plus dangereuse de leurs maladies.
Il ne faut point s’étonner s'ils perdirent le respect de la majesté et des lois, ni s'ils devinrent factieux, rebelles et opiniâtres. On énerve la religion quand on la change , et on lui été un certain poids, qui seul est capable de tenir les peuples. Ils ont dans le fond du cœur je ne sais quoi d'inquiet qui s'échappe , si on leur ôte ce frein nécessaire ; et on ne leur laisse plus rien à ménager, quand on leur permet de se rendre maîtres de leur religion. C'est de là que nous est né ce prétendu régne de Christ , inconnu jusques alors au christianisme, qui devait anéantir toute royauté, et égaler tous les hommes; songe séditieux des indépendants , et leur chimère impie et sacrilège : tant il est vrai que tout se tourne en révoltes , et en pensées séditieuses, quand l'autorité delà religion est anéantie! Mais pourquoi chercher des preuves d'une vérité que le Saint- Esprit u prononcée par une sentence manifeste? Dieu même menace les peuples qui altèrent la religion qu’il a établie, de se retirer du milieu d'eux , et par là de les livrer aux guerres civiles. Écouter comme il parle par la bouche du prophète Zacharie : * Leur âme , dit le Seigneur, a varié . envers moi, » quand ils ont si souvent changé la religion, « et je leur ai dit : Je ne serai plus votre . pasteur ; » c'est-à-dire , je vous abandonnerai à vous-mêmes , et à votre cruelle destinée : et voyez la suite : « Que ce qui doit mourir aille à la mort ; « que ce qui doit être retranché soit retranché; » entendez-vous ces paroles? * et que ceux qui « demeureront, se dévorent les uns les autres*. - O prophétie trop réelle, et trop véritablement accomplie i la reine avait bien raison de juger qu'il n’y avait point de moyen d'ôter les causes des guerres civiles, qu'en retournant a 1 unité catholique , qui a fait fleurir durant tant de siècles l’Église et In monarchie d'Angleterre , autant que les plus saintes Églises et les plus illustres monarchies du monde. Ainsi , quand cette pieuse princesse servait l'Église , elle croyait servir l’Etat, elle croyait assurer au roi des serviteurs, en conservant fi Dieu des fidèles. L'expérience a justifié ses sentiments; et il est vrai que le roi son fils n'a rien trouvé de plus ferme dans son service , que ces catholiques si liais , si persécutés , que lui avait sauvés la reine sa mère. En effet, il est visible que puisque la séparation et la ré-
* Anima forum variavlt in nu*, et dixi : Non pascam vos. Quoi] moritur, raorlalur ; et quod succidilur, succidilur, et rt’lii[tji fieioiYnt unUM|uiüque carnem pruxüui sui- ( 2/n’h. Cïp. XI, V 0 f
FÜNÈBRK
volte contre l'autorité de l'Église a été la source d'où sont dérivés tous les maux , on n'en trouvera jamais les remèdes que par le retour à l’unité , et par la soumission ancienne. C’est le mépris de cette unité qui a divisé l’Angleterre. Que si vous me demandez comment tant de fact ions opposées , et tant de sectes incompatibles , qui se devaient apparemment détruire les unes les autres, ont pu siopiniAtreméntconspirerenscmblcconfreletrùne royal , vous l’allez apprendre.
Un homme ‘ s’est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable, hypocrite raffiné autant qu'habile politique, capable de tout entreprendre et de tout cacher, également actif et infatigable dans la paix et dans la guerre , qui ne laissait rien a la fortune de ce qu'il pouvait lui ùter par conseil et par prévoyance ; mais au reste si vigilant et si prêt à tout , qu'il n’a jamui s manqué les occasions qu'elle lui a présentées ; enfin , un de ces esprits remuants et audacieux , qui semblent nés pour changer le monde. Que le sort de tels esprits est hasardeux , et qu’il en parait dans l’histoire à qui leur audace a été funeste ! Mais aussi que ne font-ils pas, quand il plaît à Dieu de s’eu servir? 11 fut donné à celui-ci de tromper les peuples , et de prévaloir contre les rois*. Car, comme il eut aperçu que, dans ce mélange infini de sectes , qui n'avaient plus de réglés certaines, le plaisir de dogmatiser sans être repris ni contraint par aucune autorité ecclesiastique ni séculière, était le charme qui possédait les esprits, il sut si bien les concilier par là , qu'il fit un corps redoutable de cet assemblage monstrueux. Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l’appAt de la liberté , elle suit en av eugle , pourvu qu'elle en entende seulement le nom. Ceux-ci, occupés du premier objet qui les avait transportés , allaient toujours, sans regarder qu’ils allaient à la servitude; et leur subtil conducteur, qui en combattant , en dogmatisant , en mêlant mille personnages divers, en faisant le docteur et le prophète , aussi bien que le soldat et le capilaine, vit qu’il avait tellement enchanté le monde , qu’il était regardé de toute l’armée comme un chef envoyé de Dieu pour la protection de l’indépendance , commença à s'apercevoir qu’il pouvait encore les pousser plus loin. Je ne vous raconterai pas la suite trop fortunée de ses entreprises , ni ces fameuses victoires dont la vertu était indignée, ni cette longue tranquillité qui a étooué
1 Un autre Écrivain aurait pu dire : Cromwell était un d« ces prodiges de i<vléraU*$6e qui apparaissent de temps en temps dans Tuulvers comme UVffrayants phénomène» , rtc. Bossuet dit tout cela d’un seul mot : un homnt e t'est rencontré... et avec ce seul mol il fait entendre ce qu'il y a do plus extraordinaire. Voilà a* que J'appelte In langue de Bossuet : on eu trouverait des traits à toutes Ica pages, et souvent en foule et pressés Ica nus sur Ira autres. ( La Harpe. )
> .4poc. cap xiii, V. 5,7.,
3gle
DE HENRIETTE DE FRANCE
l'univers C'était le conseil de Dieu d'instruire les rois à ne point quitter son Église. Il voulait découvrir, par un grand exemple, tout ce que peut l'hérésie; combien elle est naturellement Indocile et indépendante, combien fatale à la royauté et à toute autorité légitime. Au reste , quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être l'instrument de scs desseins , rien n'en arrête le cours; ou H enchaîne , ou il aveugle, ou il dompte tout ce qui est capable de résistance. « Je suis le « Seigneur, dit-il par la bouche de Jérémie ; c'est « moi qui ai fait In terre avec les hommes et les
• animaux , et je la mets entre les mains de qui
• il me plaît Et maintenant j'ai voulu soumettre
• ces terres à IS'abuchodonosor, roi de Ilahylone, » mon serviteur5. «Il rappellesonser\itcur,quolqu'infldèlc, à cause qu'il l'a nommé pour exécuter ses decrets. > Et j’ordonne, poursuit-il , que
- tout lui soit soumis, jusqu'aux animaux5: - tant il est Vrai que tout ploie et que tout est souple quand Dieu le commande. Mais écoutez la suite de la prophétie ; ■ Je veux que ces peuples lui obéis- ° sent , et qu'ils obéissent encore à son fils , jus-
- qu'à ce que le temps des uns et des autres » vienne » Voyez , chrétiens , comme les temps sont marqués , comme les générations sont comptées; Dieu détermine Jusqu’à quand doit durer l’assoupissement , et quand aussi se doit réveiller le monde.
Tel a été le sort de l’Angleterre. Mais que , dans cette effroyable confusion de toutes choses, il est beau de considérer ce que la grande Henriette a entrepris pour le salut de ce royaume ; ses voyages , scs négociations , ses traités , tout ce que sa prudence et son courage opposaient a la fortune de l'Etat ; et enfin sa constance, par laquelle n'ayant pu vaincre la violence de la destinée, elle en a si noblement soutenu l'effort I Tous les jours elle ra-
* Bossuet nn nomme pas une seule fols Cromwell. Il fait mirax : U le montre à tous les esprits ; il Je rend présent n tous les regards; il lui laisse tous les lauriers qui ombrageaient son ‘front tant de fols victorieux, et il arrache le manque qui couvrait tant de crimes et d'hypocrisie. C«t la plus noble vengeance du génie et de la vt-rlu. { Le cardinal de Bttuxsei ) — Celte modération de Bossuet est d'autant plus remarquable, que l'éloge funèbre de la veuve de Charles I" fut prononcé en 1663, onze ans seulement après la mort de Cromwell , et dix ans après le rétablissement de Charles II sur le trône : c'est-à-dire, quand depuis deux lustres révolus ia mémoire de Cromwell était livrée au Jugement de l'histoire, il que son cadavre avait été exhumé, (rainé sur la claie dans les rues de I/>ndres, pendu i l eut rré au pied du gibet. ( Le cardinal Mauroy. )
1 Ego fecl terrant, et homlnes, et jumenla qu.r s unt super fartent terra;, in fortiludine mea magna et in hrachio meo «lento; Vt dedi cam ci qui plaruit in oculls mois. ( Jertm. cap. xxvii, v. 5. )
* Et nunc itaque dedi onmes terras islns in manu >'ahuchodonovor, régis Bab> louis, servi mei. ( Ibid. V. Q. )
4 Insuper et bestias agri dedi ei, ut serviant iili. ( Ibid. )
* Et tervirnt ek onmes génies, et lilio cjus , etc. douce veniat tempus (erre «*Jus et ipsius. ( Ibid. v. 7. )
menait quelqu'un des rebelles ; et de peur qu’ils ne fussent malheureusement engagés ù faillir toujours , parce qu’ils avaient failli une fols , elle voulait qu'ils trouvassent leur refuge dans sa bonté , et leur sûreté dans sa parole. Ce fut entre ses moins que le gouverneur de Sharborough remit ce port et ce château inaccessible. Les deux Hot ha m père et fils , qui avaient donné le premier exemple de perfidie , en refusant au roi même les portes de la forteresse et du port de llull, choisirent la reine pour médiatrice , et devaient rendre au roi cette place, avec celle de liever- Icy; mais ils furent prévenus et décapités; et Dieu , qui voulut punir leur honteuse désobéissance pur les propres mains des rebelles , ne permit pas que le roi profitât de leur repentir. Elle avait encore gagné un maire de Londres , dont le crédit était grand , et plusieurs autres chefs de la faction. Presque tous ceux qui lui parlaient se rendaient à elle ; et si Dieu n'eût point été infiexi. ble , si l'aveuglement des peuples n'eût pris été incurable, elle aurait guéri les esprits, et le parti le plus juste aurait été le plus fort.
On sait , messieurs , que la reine a souvent exposé sa personne dans ces conférences secrètes; mais j 'al à vous faire voir de plus grands hasards. Les rebelles s’étalent saisis des arsenaux et des magasins ; et malgré la défection de tant de sujets, malgré l'infâme désertion de la milice même, Il était encore plus aisé au roi de lever des soldats , que de les armer. Elle abandonne, pour avoir des armeset desmunitions, non-sculementsesjoyaux, mais encore le soin de sa vie. Elle se met eu mer nu mois de février, malgré l'hiver et les tempêtes; et sous prétexte de conduire en Hollande la princesse royale sa fille aînée , qui avait été mariée à Guillaume, prince d'Orange, elle va pour engager les Etats dans les intérêts du roi, lui gagner des officiers, lui amener des munitions. L'hiver ne l'avait pas effray éc , quand elle partit d’Angleterre; l'hiver ne l'arrête pas onze mois apres, quand il faut retourner auprès du roi : mais le succès n'en fut pas semblable. Je tremble au seul récit delatempétcfurleusedontsallottefut battue durant dix jours. Les matelots furent alarmés jusqu'à perdre l’esprit, et quelques-uns d’entre eux se précipitèrent dans les ondes. Elle , toujours intrépide autant que les vagues étaient émues, rassurait tout le monde par sa fermeté ; elle excitait ceux qui l'accompagnaient à espérer en Dieu , qui faisait toute sa confiance ; et pour éloigner de leur esprit les funestes idées de la mort qui se présentait de tous côtés, elle disait, ovecun air de sérénité qui semblait déjà ramener le calme , que les reines ne se noyaient pas. Hélas! elle est réservée à quelque chose de bien plus extraordi-
ORAISON FUNÈBRE
nairc ! et pour s'ètre sauvée du naufrage, ses malheurs n'en seront pas moins déplorables. Elle vit périr ses vaisseaux , et presque toute l'espérance d’un si grand secours. L’amiral où elle était, conduit par la main de relui qui domine sur la profondeur de la mer, et qui dompte ses dots soulevés, fut repoussé aux ports de Hollande ; et tous les peuples furent étonnés d'une délivrance si miraculeuse.
Ceux qui sont échappés du naufrage disent un étemel adieu à la mer et aux vaisseaux ' ; et , comme disait un ancien auteur , ils n'en peuvent même supporter la vue. Cependant onze jours après, ô résolution étonnante ! la mine, à peine sortie d’une tourmente si épouvantable , pressée du désir de revoir le roi , et de le secourir, ose encore se commettre à la furie de l’Océan et à la rigueur de l’hiver. Elle ramasse quelques vaisseaux, qu'elle charge d'oflicicrs et de munitions, et repasse enfin en Angleterre. Mais qui ne serait étonné de la cruelle destinée de cette princesse? Après s’être sauvée des Ilots, une autre tempête lui fut presque fatale. Cent pièces de canon tonnèrent sur elle à son arrivée , et la maison où elle entra fut percée de leurs coups. Qu'elle eut d'assurance dans cet effroyable péril I mais qu’elle eut de clémence pour l’auteur d'un si noir attentat I On l'amena prisonnier peu de temps après; elle lui pardonna son crime, le livrant pour tout supplice à sa conscience , et à la honte d'avoir entrepris sur la vie d'une princesse si bonne et si généreuse : tant elle était au-dessus de la vengeance aussi bien que de la crainte I
Mais ne la verrons-nous jamais auprès du roi , qui souhaite si ardemment son retour? Elle brûle du même désir, et déjà Je la vois paraître dans un nouvel appareil. Elle marche comme un général à la tête d’une armée royale , pour traverser des provinces que les rebelles tenaient presque toutes. Elle assiège et prend d'assaut en passant une place considérable qui s'opposait A sa marche ; elle triomphe, elle pardonne ; et enfin le roi la vient recevoir dans une campagne , où il avaltremporté l’année précédente une victoire signalée 1 sur le général Esscx. Une heure après, on apporta la nouvelle d’une grande bataille gagnée. Tout semblait prospérer par sa présence; les rebelles étaient consternés : et si la reine en eût été crue ; si au lieu de diviser les armées royales, et de les amuser, contre son avis , aux sièges infortunés de Hull
* Naiifngio libérait , rxlnde rfpiujmm et navi et mari dlount. ( Tertutl . de Pocnit. n®7. )
* Cette victoire signalée parait être la bataillp d'Edgehil , dans I ai ('nH le le (ils du célèbre rl mnlbrurrux favori d'Elitabé-lh combattit le roi rn personne. 1* succès rn fut douteux ; rt quelque temps après Charles dut lever le sWgp de Glocester, que Bossuet caractérise si bien par l'épithète d 'tnjorluiir
et de Glocester, on eût marché droit à Londres, 1 affaire était décidée , et celte campagne eût fini la guerre. Mais le moment fut manqué. le lerme fatal approchait;etleclel, qui semblaitsuspeudre, en faveur de la piété de la reine , la vengeance qu’il méditait , commença à se déclarer. - Tu sais
• vaincre , disait un brave Africain au plus rusé
■ capitaine qui fut jamais; mais tu ne sais pas
• user de ta victoire : Rome, que tu tenais, t'é-
• chappe; et le destin ennemi t’a ôté tanUit le moyen ,
■ tantôt la pensée de la prendre *. . Depuis ce malheureux moment , tout alla visiblement en décadence, et les affaires furent sans retour. La reine , qui se trouva grosse, et qui ne put par tout sim crédit faire abandonner ccs deux sièges, qu’on vit enfin si mal réussir, tomba en langueur; et tout l’État languit avec cite. Elle fut contrainte de se séparer d’avec le roi , qui était presque assiégé dans Oxford, et ils se dirent un adieu bien triste, quoiqu'ils ne sussent pas que c'était le dernier. Elle se retire ù Exeter, ville forte , où elle fut ellemême bientôt assiégée. Elle y accoucha d'une princesse, et se vit, douze jours après, contrainto de prendre la fuite pour sc réfugier en France.
Princesse, dont la destinée est si grande et si glorieuse, faut-il que vous naissiez en la puissance des ennemis de votre maison ? O Élerncl ! veillez sur elle ; anges saints , rangez à l'entour vos escadrons invisibles, et faites la garde autour du berceau d’une princesse si grande et si délaissée. Elle est destinée au sage et valeureux Philippe, et doit des princes à la France , dignes de lut, dignes d'elle et de leurs aïeux. Dieu l’a protégée, messieurs. Sa gouvernante, deux ans après, tire ce précieux enfant des mains des rebelles : et quoique ignorant sa captivité , et sentant trop sa grandeur, elle se découvre elle-même; quoique refusant tons les autres noms, elle s'obstine à dire qu'elle est la Princesse ; elle est enfin amenée auprès de la reine sn mère, pour faire sa consolation durant ses malheurs, en attendant qu’elle fasse la félicité d'un grand prince et la joie de toute In Franco. Mais j'interromps l’ordre de mon histoire. J ai dit que In reine fut obligée A se retirer de son royaume. En effet, elle partit des ports d'Angleterre A la vue des vaisseaux des rebelles , qui la poursuivaient de si près, qu’elle entendait presque leurs cris et leurs menaces insolentes. O voyage 1 bien différent de celui qu'elle avait fait sur la même mer, lorsque , venant prendre possession du sceptre de la Grande-Bretagne, elle voyait , pour ainsi dire , les ondes se courber sous elle , et soumettre toutes leurs vagues à la domi-
1 Tum Malinrbal : Vlnceresds, Anriikil.xkioriaull nrseis. ( TU. JJ v. Dix*. 3 , lib. il- )
l'uUumlèp iirbi.» Boni;»*, modo inrntum non dari. modo, foriunnm ( Itid. lib. vi. )
1>K HENRIETTE DE FRANCE
nutricc des mers ! Maintenant chassée, poursuivie par ses ennemis implacables , qui avaient eu l'audace de lui faire son procès , tantôt sauvée , tantôt presque prise, changeant de fortune à chaque quart d'heure , n'ayant pour elle que Dieu et son courage inébranlable, elle n’avait ni assez de vents ni assez de voiles pour favoriser sa fuite précipitée. Mais enfin elle arrive à Brest , où après tant de maux il lui fut permis de respirer un peu.
Quand je considère en mol-méme les périls extrêmes et continuels qu’a courus cette princesse , sur la mer et sur la terre , durant l'espace de près de dix ans , et que d'ailleurs je vois que toutes les entreprises sont inutiles contre sa personne , pendant que tout réussit d’une manière surprenante contre l’État, que puis-je penser autrechose, sinon que la Providence , autant attachée à lui conserver la vie qu’à renverser sa puissance , a voulu quelle survéquit à ses grandeurs, afin qu’elle put survivre aux attachements de la terre , et aux sentiments d'orgueil qui corrompent d'aulant plus les âmes , qu’elles sont plus grandes et plus élevées? Ce fut un conseil à peu près semblable qui abaissa autrefois David sous la main du rebelle Absalon.
• Le voyez-vous , ce grand roi , dit le saint et élo- « quent prêtre de Marseille ; le voyez-vous seul,
• abandonné, tellement déchu dans l'esprjt des
• siens , qu'il devieut un objet de mépris aux uns ;
• et, ce qui est plus insupportable à un grand cou-
■ rage , un objet de pitié aux autres ; ne sachant ,
• poursuit Salvien, de laquelle de ces deux choses
• il avait le plus à se plaindre , ou de ce que Siba « le nourrissait, ou de ce que Sémet avait l’inso-
• lencedele maudire'? » Voilà, messieurs, une image , mais imparfaite, de la reine d’Angleterre , quand, après de si étranges humiliations , elle fut encore contrainte de paraître au monde, et d’etalcr, pour ainsi dire, à la Franee même, et au Louvre, où elle était née avec tant de gloire, toute l’étendue de sa misère *. Alors elle put bien dire , avec le prophète Isaïe : • Le Seigneur des armées
• a fait ces choses , pour ancantirtout le faste des
• grandeurs humaines, et tourner en ignominie ce
■ que l'univers a de plus auguste 3. » Ce n'est pas que la France ait manqué à la fille de Henri le Grand; Anne la magnanime, la pieuse, que nous ne nommerons jamais sans regret , la reçut d'une manière convenable à la majesté des deux reines.
' Dejectususquein tervorum suorum, quod grave est.contuincllaui, vd, quod gravit» , uiUericordinm ; ul vel Siba eum pasceret, vel ei maledi erre Srmri publier non Uoieret. ( Suit, de Cubera. Del , lib. n , cap. v. )
* La postérité aura peine h croire que la petite-fille de Henri IV ail manqué d'un fagot pour se lever, au mois de jao- 'ler, au Louvre. ( Le cardinal de Retz, dans ses Mémoires. ) » Dotnint» exerrituum cogitav it hoc , ut detraherel superbktm omiiLn glorto, et ad ignominiain deduceret univers os tnclytos terrx. ' Itaias, cap. xxm, 9. )
Mais les affaires du roi ne permettant pas que cette sage régente pùt proportionner le remède nu mal, jugez de l’état de ces deux princesses. Hksbiettk, d’un si grand coeur, est contrainte de demander d« secoure : Anne, d’un si grand cœur, ne peut en donner assez. Si l’on eût pu avancer ces belles années dont nous admirons maintenant le coure glorieux, Louis, qui entend de si loin les gémissements des chrétiens affligés1; qui, assuré de sa gloire, dont la sagesse de ses conseils et la droiture de ses intentions lui répondent toujours, malgré l’incertitude des événements , entreprend lui seul la cause commune , et porte ses armes redoutées à travers des espaces immenses de mer et de terre ; aurait-il refusé son bras à ses voisins , à ses alliés , à son propre sang , aux droits sacrés de la royauté , qu’il sait si bien maintenir? Avec quelle puissance l’Angleterre l’aurait-elle vu invincible défenseur, ou vengeur présent de la majesté violée ’.I Mais Dieu n’avait laissé aucune ressource au roi d’Angleterre ; tout lui manque, tout lui est contraire. Les Écossais, à qui il se donne, le livrent aux parlementaires anglais, et les gardes fidèles 3 de nos rois trahissent le leur. Pendant que le parlement d’Angleterre songeà congédier l’armée, cette armée, tout indépendante, informeelle-méme à sa mode3 le parlement, qui eût gardé quelques mesures , et se rend maltresse de tout. Ainsi le roi est mené de captivité en captivité; et la reine remue en vain la Frauce, la Hollande, la Pologne même, et les puissances du Nord les plus éloignées. Elle ranime les Écossais, qui arment trente mille hommes : elle fait avec le duc de Lorraine une entreprise , pour la délivrance du roi son seigneur, dont le succès parait infaillible , tant le concert en est Juste. Elle retire scs chers enfants , l'unique espérance de sa maison, et confesse à cette fois que, parmi les plus mortelles douleurs , on est encore capable de joie. Elle console le roi , qui lui écrit , de sa prison même, qu’elle seule soutient son esprit, et qu’il ne faut craindre de lui aucune bassesse , parce que sans cesse il se souvient qu’il est à elle . O mère! ô femme! 6 reine admirable ! et digne d’une meilleure fortune, si les fortunes delà terre étaient quelque chose; enfin il faut céder à votre sort. Vous avez assez soutenu l’État , qui est attaqué par une force invincible et divine : il ne reste plus désormais , sinon que vous teniez ferme parmi ces ruines.
1 Allusion aux accours envoyés h Candie assiégée par les Turcs.
1 Admirable expression. C'est le nnnu-n prie te ns des Latin».
i Une des quatre compagnies des gardes du corps du n>| était alors entièrement composée d'Erouai*.
‘ A h mode était olors du style soutenu On dirait at\)ottf* d’hui , a tvn tjri.
FUNÈBRE
Comme une colonne , dont la masse solide parait le plus ferme appui d'un temple ruineux , lorsque ce grand édifice quelle soutenait fond sur elle sans l'abattre, ainsi la reine se montre le ferme soutien de l’État, lorsqu'après en avoir longtemps porté le faix, elle n'eSt pas même courbée sous sa chute.
Qui cependant pourrait exprimer ses justes douleurs? qui pourrait raconter ses plaintes? Non, messieurs, Jérémie lui-même, qui seul semble être capable d'égaler les lamentations aux calamités , ne suffirait pas à de tels regrets. Elle s'écrie avec ce prophète : « Voyez, Seigneur, mon - affliction ; mou ennemi s’est fortifié , et mes « enfants sont perdus. l.e cruel a mis sa main sa- « crilégesur cequim’était le plus cher. La royauté « a été profanée, et les princes sont foulés aux « pieds*. Laissez-moi , je pleurerai amèrement; ■ n’entreprenez pas de me consoler. L'épéc a • frappé au dehors ; mais je sens en moi-meme > une mort semblable *. »
Mais après que nous avons écouté scs plaintes, saintes filles , ses chères amies (car elle voulait bien vous nommer ainsi) , vous qui l'avez vue si souvent gémir devant les autels de son unique protecteur, et dans le sein desquelles elle a versé les secrètes consolations qu'elle en recevait , mettez fin à ce discoure , en nous racontant les sentiments chrétiens dont vous avez été les témoins fidèles. Combien de fois a-t-elle en ce lieu remercié Dieu humblement de deux grandes grâces; l’une, de l’avoir fait chrétienne; l’autre, messieurs, qu'attendez-vous? peut-ètred'avoir rétabli les affaires du roi son fils? Non : c'est de l'avoir fait reine malheureuse. Ah 1 je commence A regretter les bornes étroites du lieu où je porte. Il faut éclater, percer cotte enceinte, et faire retentir bien loin une parole qui ne peut être assez entendue. Que ses douleurs font rendue savante dans la science de l'Évangile, et qu'elle a bien connu la religion et la vertu de la croix, quand elle a uni le christianisme avec les malheurs 1 Les grandes prospérités nous aveuglent , nous transportent , nous égarent , nous font oublier Dieu , nousmêmes, et les sentiments de la foi. De là naissent des monstres de crimes, des raffinements de plaisir, des délicatesses d'orgueil, qui ne donnent que trop de fondements à ces terribles malédictions, que Jesus-Christ a prononcées dans son
1 Charte I*r fut ta tète tranchée le 30 ianvier Ifll’J, apKs vingt-quatre ans de régne.
1 Facti sunl filü uni penliti, quonlam invaluit inlmlens.
I Latn. cap. i, v. 16.) Manum suant niteit limite ad omnla deslderabilia oju». ( Ib . i, lo.) Folhiil regnum et principes eju»- (76. Il, 2.) Receditea me, nmare flebo; noble incumbere, ut cunsoleinini me. (/*. cap. XXII, V. 4.) Kuris interficit gladius. et iloini mors simili» est. ( Lam. cap. i . v. 2v. )
Évangile : « Malheur à vous qui riez I malheur « à vous qui êtes pleins et contents du monde ■ ! - Au contraire , comme le christianisme a pris sa naissance de la croix , ce sont aussi les malheurs qui le fortifient. Là, on expie scs péchés; là, on épure ses intentions ; là , on transporte ses désire de la terre au ciel ; là on perd tout le goût du moode, et on cesse de s'appuyer sur soi-même et sur sa prudence. Il ne faut passe flatter; les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales. Mais que uous nous pardonnons aisément nos fautes , quand la fortune nous les pardonne ! et que nous nous croyons bientût les plus éclairés et les plus habiles, quand nous sommes les plus élevés et les plus heureux ! Les mauvais succès sont les seuls maîtres qui peuvent nous reprendre utilement , et nous arracher cet aveu d'avoir failli , qui coûte tant à notre orgueil. Alors, quand les malheurs nous ouvrent les yeux, uous repassons avec amertume sur tous nos faux pas : nous nous trouvons également accablés do ce que nous avons fait , et de ce que nous avons manqué de faire, et uous ne savons plus par où excuser cette prudence présomptueuse qui se croyait infaillible. Nous voyons que Dieu seul est sage ; et en déplorant vainement les fautes qui ont ruiné nos affaires , une meilleure réflexion nous apprend à déplorer celles qui ont perdu notre éternité, avec cette singulière consolation, qu'on les répare quand on les pleure ’.
Dieu a tenu douze ans sans relâche, sans aucune consolation de la part des hommes, notre malheureuse reine (donnons-lui hautement ce titre, dont elle a fait un sujet d'actions de grâces ), lui faisant étudier sous sa main ces dures, mais solides leçons. Enfin , fléchi par scs vœux et par son humble patience, il B rétabli la maison royale. Charles II est reconnu, et l’injure des rois a été
y», qui wilurati est!*!... Vie vobls, qui ridetis ! ( Lue. vi,
’ Voyez comme Bossuet Annonce avec hauli ur qu'il va instruire les rote; comme il si* Jette ensuite à Iras ers les divisions et Ips orages de celle ile; comme il peint Je délmrdemenl des sectes, le fanatisme des indépendante ; au milieu d’eux Cromwell, actif et impénétrable, dogmatisant et combattant, montrant l'étendard de la Hlwrlé et précipitant les peuples dans la servitude; la reine luttant contre le malheur et la réiolte, cherchant partout des vengeurs, traversant neuf fol* Us mers, lut lue par Ips tempêtes, voyant son •
époux dans les fer», ses amis sur l'échafaud , ses troupes vaincues; cl|p- même obligée de céder, mate, dans la chute do rCtet, mtMl ferme puni ses ruines, tetla qu'uns eotoune qui, après avoir longtemps soutenu un temple ruineux, reçoit sans être courbée ce grand édifice qui tombe et fond sur elle sans l'abattre Cependant l’orateur, à travers re grand spectacle qu’il déploie sur la terre, nous montre toujours Dieu présent au haut des deux, secouant cl brisant les trône», précipitant les révolutions, et, par sa force im incible, enchaînant ou domptant tout cc qui lui résiste. Celle Idée, répandue dans tout le discours, y Jette une (erreur religieuse qui en augmente encore l’effet, et en rend le pathétique plus sublime et plus sombre. < Thema », Essai sur le* éloges. )
DK HENRIETTE DE FRANCE
IS
vengée. Ceux que les armes n'avaient pu vaincre ni les conseils ramener, sont revenus tout à coup d’eux-mémes : déçus par leur liberté , ils en ont à la fin détesté l'excès , honteux d'avoir eu tant de pouvoir, et leurs propres succès leur faisant horreur. Nous savons que ce prince magnanime élit pu litlter ses affaires , en se servant de la main de ceux qui s'offraient à détruire la tyrannie par un seul coup. Sa grande âme a dédaigné ces moyens trop bas. Il a cru qu’en quelque état que fussent les rois , il était de leur majesté de n'agir que par les lois ou par les armes. Ces lois, qu'il a protégées , l’ont rétnbli presque toutes seules : il règne paisible et glorieux sur le trône de ses ancêtres , et fait régner avec lui la justice , la sagesse et la clémence.
Il est inutile de vous dire combien la reine fut consolée par ce merveilleux événement : mais elle avait appris par ses malheurs à ne changer pas dans un si grand changement de son état. Le inonde une fois banni n'eut plus de retour dans son cœur. Elle vit avec étonnement que Dieu , qui avait rendu inutiles tant d'entreprises et tant d'efforts , parce qu'il attendait l'heure qu'il avait marquée, quand elle fut arrivée, alla prendre comme par la main le roi son fils , pour le conduire à son trône. Elle se soumit plus que jamais à cette main souveraine , qui tient du plus haut des cieux les rênes de tous les empires ; et , dédaignant les trônes qui peuvent être usurpés , elle attacha son affection au royaume où I on ne craint point d'avoir des égaux', et où l’on voit sans jalousie scsconcurrents. Touchée deces sentiments, elle aima cette humble maison plus que ses palais. Elle ne se servit plus de son pouvoir que pour protéger la foi catholique , pour multiplier ses aumônes, et pour soulager plus abondamment les familles réfugiées de ses trois royaumes , et tous ceux qui avaient été ruinés pour la cause de in religion, ou pour le service du roi.
Rappelez en votre mémoire avec quelle circonspection elle ménageait le prochain , et combien elle avait d'aversion pour les discours empoisonnés de la médisance. Elle savait de quel poids est, non-seulement la moindre parole, mais le silence même des princes ; et combien la médisance se donne d'empire , quand elle a osé seulement paraître en leur auguste présence. Ceux qui la voyaient attentive à peser toutes ses paroles , jugeaient bien qu'elle était sans cesse sous lavuede Dieu , et que fidèle imitatrice de l'institut de sainte Marie , jamais elle ne perdait la sainte présence de la majesté divine. Aussi rappelait-elle souvent ce précieux souvenir par l’oraison , et par la lec-
1 Plus amant lllud repnum in quo non liment babere cooaortw. ( .S. Aug . de Civ». Ilb. v, cap. xxnr. )
turc du livre de l’Imitation de J ésns , où elle apprenait à se conformer nu véritable modèle des chrétiens. Elle veillait sans relâche sur sa conscience. Après tant de maux et tant de traverses , elle ne connut plus d’autres ennemis que ses péchés. Aucun ne lui sembla léger : elle en faisait un rigoureux examen ; et , soigneuse de les expier par la pénitence et par les aumônes, elle était si bien préparée , que la mort n’a pu la surprendre , encore qu’elle soit venue sous l’apparence du sommeil. Elle est morte , cette grande reine ; et par sa mort elle a laissé un regret éternel , non-seulement à Moxsieur et à Madame, qui, fidèles à tous leurs devoirs, ont eu pour elle des respects si soumis , si sincères , si persévérants , mais encore à tous ceux qui ont eu l’honneur de la servir ou de la connaître. Ne plaignons plus ses disgrâces, qui font maintenant sa félicité. Si elle avait été plus fortunée, son histoire serait plus pompeuse, mais ses œuvres seraient moins pleines; et avec des titres superbes , elle aurait peut-être, paru vide devant Dieu. Maintenant qu’elle a préféré la croix nu trône, et qu’elle a mis ses malheurs au nombre des plus grandes grâces , elle recevra les consolntions qui sont promises ù ceux qui pleurent'. Puisse doncce Dieu de miséricorde accepter scs afflictions en sacrifice agréable ! Puisse-t-il la placer au sein d' Abraham; et, content de ses maux, épargner désormais ù sa famille et au monde de si terribles leçons * I
* Mntth. cap. V, V. 6.
* Cette péroraison est si tranquille, qu’à peine «lie en parait une. Soit il dessein, soit parce que la leçon que Bossuet avait promise aux roi» est donnée, soit parc* que ton génie se calme et s’apaise quand il n'a plus à parler de la Providence qui remue les royaumes , cette fin de discours ressemble à celle de ta vie de Henriette qui t’éteint sans éclat ; et après ce fracas de disgrâce* royale» et de leçons divines, l’orateur repose l’âme de ses auditeurs dan» une espérance douce et chrétienne. ( L'abbé de fauxcclles. )
ORAISON FUNEBRE
ORAISON FUNÈBRE